Nour Cadour, Le Bleu de la mer s’est enfui, Les Carnets du Dessert de lune, Val-de-Reuil, 2023, 78 p., 15 €. 

Nour Cadour, Le Bleu de la mer s’est enfui, Les Carnets du Dessert de lune, Val-de-Reuil, 2023, 78 p., 15 €. 


Nour Cadour est médecin, peintre et écrivaine d’origine syrienne installée dans le sud de la France. Le Bleu de la mer, son recueil le plus récent, issu d’une résidence d’écriture, est un ouvrage composite, une fable à laquelle on pourra se laisser prendre, où il est question de la Syrie d’Assad, de la torture et d’un voyage-pélerinage au pays des aïeux. Tant de rappels de la réalité qui rendent bien difficile de démêler le vrai du faux. Alors, autant se laisser emporter par cette belle et tragique histoire d’amour entre une intellectuelle, poète à ses heures et un beau cordonnier nommé Sultan-Soleil qui gravait les poèmes de l’aimée sur les semelles des souliers.

Notre résistance à nous
c’étaient
la poésie
et l’artisanat,
les mots
et la beauté.
Il suffisait de lever le pied
pour voir s’y refléter le ciel 

La poétesse, présentée comme la mère de Nour Cadour, sera torturée, violée

Alors je les ai sentis, nue,
un à un,
en moi,
mon visage tourné vers mon citronnier.

Elle s’adresse à sa fille, censée rapporter ses propos,

Et te voilà ainsi
Fille-quai sans origine
de Femme-gare sans destination
à écouter mon histoire.

Demeure le souvenir de cet amour avec le cordonnier, enlevé puis disparu en prison,

J’ai cousu un rêve
avec sa peau
le pli de la nuit
entre ses cuisses
j’ai laissé couler
entre ses jambes
la tectonique des haines
les bourrasques des jugements.

L’évocation poétique de la mère et de son destin ne constitue qu’une première partie du Bleu de la mer s’est enfui. Elle est suivie par des pages de prose entremêlant le récit du voyage de l’auteur en Syrie et des lettres du cordonnier Riyad à sa bien-aimée, écrites en prison. Une deuxième partie qui complète et éclaire la première, comme ferait une postface. 

Thierry Radière, Poèmes à Tilda, illustrations de Joy Eau, Les Carnets Du Dessert De Lune, collection Petite Lune, 2022.

Une chronique de Lieven Callant

Thierry Radière, Poèmes à Tilda, illustrations de Joy Eau, Les Carnets Du Dessert De Lune, collection Petite Lune, 2022.


« Irremplaçable est le poète, car il prolonge le rêve à l’infini ». Gary Klang

Par cette exergue commence l’album de poèmes à Tilda. Le lecteur est prévenu: le rêve sera prolongé à l’infini. Dès la première page, il est invité à changer son point de vue, à retrouver la perspective d’un « petit ». Si Thierry Radière s’adresse à une enfant en particulier, à travers elle, il s’adresse à tous les enfants y compris ceux qui ont dépassé l’âge requis.

Ce qu’il faut préserver c’est la capacité à s’émerveiller d’un rien. La faculté de traduire la réalité selon sa propre fantaisie, de retrouver la joie de l’émotion. De puiser à sa source toute pure. Pour agrandir le monde, il faut pouvoir le rêver. Voyager dans sa tête sans limites et puis finalement cueillir et partager les fruits de ces voyages aussi peu lointains soient-ils. Le quotidien et l’ordinaire sont à explorer chaque jour selon que l’on grandit et vieillit. 

La frontière entre l’adulte poète et l’enfant se fait plus floue. Le poète croit aux histoires farfelues de l’enfant. Pour se rapprocher d’elle et de cet univers, il faut jouer. Jouer avec les sensations, les mots, le sens et les valeurs qu’acquiert la parole au fil de la vie. Pour le poète et l’enfant, le jeu a bien des pouvoirs magiques.

Le cerf-volant dans le ciel

Dessine des boucles

Écrit des mots

Fait des phrases

Tellement légères et belles à la fois

Qu’on aurait envie

De passer sa vie entière

Assis sur le sable

Près de la mer 

À imaginer des livres

Dansant devant nos yeux.

© Joy Eau

Le défi est de taille: grandir.  L’enfant est par essence poète, on est donc inviter à le rester tout en devenant adulte. Cette faculté magique disparait à forcer de devenir raisonnable, à force d’obéir à une logique et à se plier à ses règles sans jamais plus les inventer. 

Ce qu’il faudrait proposer c’est d’agrandir ses aptitudes créatrices et comme le propose l’auteur: 

« Grandir 

C’est apprivoiser 

Tous les es animaux de son coeur

Essayer de les comprendre

Sans jamais les juger

Vivre avec eux

Sans rien dire à personne »

Il y a en nous « une langue intérieure » qu’il nous faut apprendre à pratiquer. Une langue qui cherche son chemin vers l’expression parmi l’inexprimable. 

Les dessins de Joy Eau illustrent lumineusement les propos du livre. Les aquarelles surgissent de la masse confuse et blanche du papier comme si elles surgissaient directement du rêve pour nous inonder de couleurs presque rélles. 

© Lieven Callant


Sans botox ni silicone – Blog de l’écrivain Thierry Radière


Poème vivant : le site de Joy Eau