Le printemps des poètes à Virton le 11 mars 2017 en images

à tous et toutes pour cette très belle soirée!

Merci à Claude Miseur et à Jacques Cornerotte pour les photos

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Revue Traversées, n° 82, décembre, 2016 Traduction

Lieven Callant

Revue Traversées, n° 82, décembre, 2016 Traduction


On pourrait penser que la poésie est traduction, qu’elle instaure un rapport au monde en le traduisant. Le poète est dès lors un passeur, qui sans cesse traverse l’espace du langage, des langages. D’une rive à l’autre, il construit, établit le poème avec le même soin que l’épeire tisse sa toile. Il semble primordial que la trame reste presque invisible, que les points d’attache soient choisis avec une précision qui donneront l’impression au lecteur attentif qu’un mot et celui-là uniquement a le droit d’occuper la place que lui a tout spécialement réservée le poète. Toujours, parce que les environnements, les temps se modifient, le poète garde en lui le privilège de retravailler son ouvrage.
Traversées consacre régulièrement des numéros à la traduction. Aux traducteurs. Car c’est surtout à leur travail que ces numéros rendent hommage. Le numéro 82 n’échappe pas à la règle. Nous lirons en version bilingue et trilingue de nombreux poèmes. J’ai particulièrement apprécié ceux de Shizue Ogawa, D’Emily Dickinson, de Yorgos Thémélis, de Xavier Bordes naturellement.
L’attention est portée d’abord aux poèmes traduits vers le français et puis ensuite aux poèmes traduit du français vers d’autres langues comme pour souligner que ce que transmet le poème est universel, que ses frontières ne se limitent pas à sa langue d’origine. Beaucoup de poètes sont les traducteurs d’autres poètes.
Si la tâche de la traduction d’une langue à une autre, d’un poème me semble être un acte d’une grande bravoure, un acte de haute voltige qui implique bien plus que d’exemplaires connaissances linguistiques, il faut aussi savoir agir avec respect. Respect des mots, respects des messages, respect de l’auteur, respect du lecteur. La traduction a pour vocation de passer inaperçue, le traducteur est donc forcément quelqu’un qui est en mesure de s’effacer devant l’autre, d’être à ce point discret que la voix qu’on entend est celle et uniquement celle du poème.
Horia Badescu nous rappelle que « traduire ce n’est pas trahir », Zéno Bianu évoque la « chambre d’échos » qu’est le poème en cours de traduction. Michèle Duclos nous assure que « le plus sûr moyen de comprendre et d’apprécier un poème est de s’attacher à le rendre dans une autre langue. » Idée rejointe par Patrice Breno dans son édito qui regrette que l’enseignement d’aujourd’hui tente de plus en plus à bannir l’apprentissage du grec ancien et du latin. L’apprentissage du passage d’une langue à l’autre mais pas seulement, l’apprentissage de l’analyse linguistique qui nous invite à penser et repenser les origines de notre langue (comme si nous en avions une commune), à en explorer les structures, à les questionner. Nous aurons toujours besoin de traduire pour comprendre le monde, de trouver une langue pour le rendre.

violoncelliste
Photo © Jacques Cornerotte

Enfin, je terminerai le compte rendu de ma lecture de ce très bon numéro, en évoquant les photographies de Jacques Cornerotte. L’image photographique est aussi d’une certaine manière la traduction d’un moment très particulier. Un instant sans mot et pour lequel il n’y a peut-être pas de mots. Une pensée fugitive, une énigme silencieuse. L’une des photos représente une jeune violoncelliste en train de jouer. Son visage reflète à la fois l’inquiétude, le doute, le questionnement. L’effroi lorsqu’on se retrouve à interpréter l’œuvre musicale d’un autre. Cet autre qui nous le demande au travers d’une partition qu’il nous faut interpréter. Peut-être que cette photographie résume à elle seule les propos du n°82 sur la traduction?

« La liberté est
clé en main, elle est
comme un poème inachevé. »  Károly Fellinger

©Lieven Callant

Jacques Cornerotte & Anne Léger, Le guetteur de matins, Editions Traversées, La Croisée des Chemins, Juillet 2015, 188 pages.

Chronique de Lieven Callant

Une Guetteur

Jacques Cornerotte & Anne Léger, Le guetteur de matins, Editions Traversées, La Croisée des Chemins, Juillet 2015, 188 pages.


Textes et images

Les photographies de Jacques Cornerotte comme on le signale à la fin du livre sont issues de quatre régions: la Gaume, l’Ardenne, la Meuse française et les Cévennes et rendent « hommage à ceux qui ont fait et qui font encore de ces terres de si grands chemins de richesse. » Chaque image a sa propre petite histoire. Elles révèlent comment un arbre à lui-seul porte le ciel chargé de nuages, comment une fenêtre perce un cadre pour faire du paysage un tableau dans l’image. Elles célèbrent le temps, celui des saisons, celui des objets, des outils mis un temps au repos. Pour en apprécier toutes les nuances, le photographe a ralenti le temps. Chaque image est un tableau où les dégradés de gris allant du blanc pur au noir profond rétablissent l’équilibre subtil qui existe entre les matières, les textures, les ombres et la lumière. La composition étudiée de chaque photographie nous laisse entendre qu’elle plus qu’un instantané où l’on donne au hasard le rôle principal. Chaque photographie est pleinement mûrie et étudiée comme peut l’être une nature-morte, un portrait en clair-obscur qu’aurait réalisé un grand peintre. Certaines images font d’ailleurs directement référence à un Georges de La Tour où les scènes très étudiées sont éclairées par l’unique source lumineuse d’une bougie.

Les images interrogent avec finesse la réalité qu’elles représentent, les gestes qui construisent le quotidien, les objets qu’on utilise et qui ont la faculté magique de révéler le geste et l’homme à l’origine de ce geste. Sans en faire l’objet d’une représentation, l’humain est au cœur des photographies de Jacques Cornerotte. En partageant son intimité avec la nature et les éléments naturels, le photographe nous dévoile une partie de son âme, nous laisse regarder comment on peut espérer apprivoiser la vie tout autour de nous.

Aux photographies en noir et blanc de Jacques Cornerotte répondent dans les mêmes teintes, les textes issus d’une étroite collaboration entre Jacques Cornerotte et Anne Léger. Certains textes ont été primés. L’univers évoqué est celui des campagnes où le temps semble avoir été arrêté. L’avis (la vie) des anciens est valorisé(e). On estime leur parole, on apprécie leur savoir-faire. L’humain a encore sa place. À la campagne où la vie quotidienne est tributaire de la nature, de ces caprices comme de ses générosités, la solidarité, l’amitié, la patience sont encore des mots qui ont du sens. L’isolement, la solitude sont nécessaires, on ne les redoute pas comme des maladies contagieuses car elles permettent le recueillement sur soi-même, l’acceptation de l’autre, la résilience. Les textes écrits à quatre mains et qui ne permettent pas de repérer qui a écrit quoi ont le pouvoir de révéler avec finesse la vie, de dresser les portraits de personnages attachants et hors du temps. Justes, précis, ils révèlent la beauté nostalgique d’un monde sur lequel la modernité et l’économie libérale de consommation n’ont pas eu d’emprise et n’ont pu corrompre. Ainsi les histoires nous parlent de gens qui croient aux miracles, à la magie de la neige qui tombe et recouvre tout d’un manteau scintillant et immaculé. Le pain qu’on a pétri avec patience et amour, porte en lui les saveurs de la vie. La pluie soudain rafraîchit la terre et l’âme et la nature nous ouvre son cœur en nous permettant d’être quelques instants complices d’un cerf et de sa biche.

Les textes et les images font bien plus que se répondre, qu’entremêler leurs histoires. Les uns comme les autres honorent les spécificités de leurs écritures. Jamais le texte ne se fait légende, jamais l’image ne devient une illustration. La qualité de l’impression est à la hauteur des images et des textes. J’ai particulièrement apprécié les notions de respect de l’autre, de ses modes d’expression et de vie. Rien ne semble troubler l’atmosphère sereine qui anime et justifie ce très beau livre.

©Lieven Callant



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