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Les villes de papier (une vie d’Emily Dickinson) de Dominique Fortier, Grasset, septembre 2020 (prix Renaudot)

Chronique de Paule Duquesnoy Les villes de papier (une vie d’Emily Dickinson) de Dominique Fortier, Grasset, septembre 2020 (prix Renaudot) Emily, je la retrouve au jardin, assise sur un rayon de soleil ou une goutte de rosée, dans le parfum de la violette, ou du jasmin, sous la tête penchée des chastes hellébores, dans le sourire d’une mésange ou d’un merle, le chant du premier oiseau à l’aube. Les plantes et les oiseaux me parlent d’elle. Aussi, notre amie la fleur, que butine l’abeille, miel et dard. Le jardin n’est-il pas un univers ? Le chien Carlo, qui dort au pied de son lit – car dans toute histoire il y a toujours un chien, ou un animal de compagnie, plutôt un chien – honore l’herbe., Maisons de fleurs et de papiers où volettent les mots, subtils papillons, légers flocons. Fleurs de papier. Cet essai de Dominique Fortier est servi par une écriture gracieuse, alerte, allègre, et le goût de la nature commun à l’auteur, attachée à l’arbre qu’elle voit de son bureau, férue de botanique …

L’Exil vaut le voyage, Dany Laferrière, Grasset, (406 pages – 28€) – Février 2020

Chronique de Nadine Doyen L’Exil vaut le voyage, Dany Laferrière,  Grasset, (406 pages – 28€) – Février 2020 Dany Laferrière, « écrivain japonais » dans la légende, n’est pas à son coup d’essai pour le roman graphique, deux ouvrages ont précédé : Autobiographie de Paris avec un chat et Vers d’autres rives. Une couverture seyante : cet escargot coloré invite à prendre le temps de lire. On ne peut s’empêcher de feuilleter une première fois, tant les attrayants dessins et portraits hypnotisent, aiguisent la curiosité et émerveillent ! On y trouve un plaisir triple : visuel, tactile, olfactif ! L’odeur du papier est là. Pour Clémentine Mélois : « Chaque édition a son identité olfactive très singulière. Les souvenirs de lecture sont indissociables de l’odeur des livres ». Comme elle, collez votre nez au milieu des pages pour la respirer. Quant au titre, il nous convie à partir en voyage avec l’académicien qui a beaucoup « bourlingué » comme chacun sait. Toutefois si le mot « exil » est souvent une étape douloureuse pour les déracinés, Dany Laferrière , en exil depuis 1976, a tenu à montrer le côté enrichissant …

Philippe Vilain ; Un matin d’hiver ; Grasset, (15€-141 pages), Avril 2019

Chronique de Nadine Doyen Philippe Vilain ; Un matin d’hiver ; Grasset, (15€-141 pages), Avril 2019 Dans le prologue, Philippe Vilain nous révèle la genèse de son roman. Une rencontre avec une inconnue, lors d’un séminaire universitaire, qui débouche sur des confidences, terreau idéal pour un écrivain surtout quand il trouve un aspect romanesque dans cette vie qui lui est déroulée, comme servie sur un plateau ! Un écrivain, pour Nancy Houston, « c’est un braconnier d’histoires, un chapardeur, qui s’accapare de bribes, pour les sertir telles des pierres précieuses ». Avec l’accord de la confidente d’un jour, Philippe Vilain a procédé à un travail « d’ensecrètement » pour garantir l’anonymat de son héroïne. Il se glisse avec brio et délicatesse dans la peau, le coeur, le corps, la vie d’une femme pour un peu plus de vingt-quatre heures. Précisons que sa narratrice est une femme amoureuse qui relate sa rencontre avec Dan, tous deux enseignants dans la même université. Les deux portraits se tissent simultanément. Elle, Julie, la trentaine au début du récit, la quarantaine quand on prend congé d’elle. Elle …

La fille à la voiture rouge, Philippe Vilain ; Grasset (250 pages – 19,00€)

Rentrée littéraire : 23 août 2017 Chronique de Nadine Doyen La fille à la voiture rouge, Philippe Vilain ; Grasset (250 pages – 19,00€) Si les corbeaux (1) sont parfois le déclencheur d’un rapprochement entre deux êtres, pour Philippe Vilain il aura suffi d’une porte et d’un sourire. Porte depuis condamnée. En effet c’est à la bibliothèque de la Sorbonne que le narrateur a croisé cette étudiante qui l’a impressionné, au point de souhaiter la revoir, de ne cesser de penser à elle. Comme Jean-Marc Parisis dans Avant, pendant, après, Philippe Vilain retrace ses rencontres avec Emma, repasse le film de cette liaison, distille des indices qui éveillent l’attention du lecteur. De plus, en revisitant leurs moments à deux, le narrateur comprend, avec le recul, certaines situations (pourquoi elle ne voulait pas de visite pendant son séjour à l’hôpital). Il nous livre un portrait époustouflant, très fouillé, de cette héroïne de 19 ans, aux multiples facettes dont il tente de décrypter la personnalité. Au fil de leur idylle, le lecteur fait connaissance avec Emma, « la fille à …

Le monde est mon langage, Alain Mabanckou, Grasset, septembre 2016 (318 pages – 19€)

Chronique de Nadine Doyen Le monde est mon langage, Alain Mabanckou, Grasset, septembre 2016 (318 pages – 19€) Le titre de l’essai n’étonnera pas celui qui connaît le globe trotter qu’est Alain Mabanckou : éminence à la carrure internationale, ô combien médiatique. Il sait faire rayonner la langue française tout autant que la littérature africaine. La carte qui ouvre cette « autobiographie capricieuse » permet de situer tous les endroits mentionnés dont Le Congo « cordon ombilical », la France « patrie d’adoption » et l’Amérique où il enseigne (UCLA). Il voyage d’un état à l’autre, à l’écoute des rumeurs du monde, croise ses pairs. Ici un colloque, une table ronde, là une présidence de salon. En 2018, directeur artistique du festival Atlantide à Nantes . Les amitiés se tissent et se multiplient. Chacune des villes est associée à des êtres marquants. Les lieux fécondent l’esprit. Paris est donc pour Alain Mabanckou lié à Le Clézio, figure tutélaire. Il adresse un exercice d’admiration à cet homme lauréat du Prix Nobel 2008, « aux connaissances inépuisables …