88 auteurs, Le bleu du martin-pêcheur, L’iroli

Chronique de Francis Chenot

88 auteurs, Le bleu du martin-pêcheur, L’iroli


Le haïku nous vient du Japon, un court poème de trois vers (généralement de cinq, sept et cinq syllabes). Il peut se pratiquer en club (comme il y a des clubs de tricoteuses de pulls caca d’oie) et faire l’objet d’anthologies. «Le haïku est cette fenêtre ouverte sur le monde, ce regard nouveau sur les choses», écrit très justement Isabel Asúnsolo, l éditrice de cette anthologie qui a les oiseaux pour thème : «Le moins bavard des poèmes est aussi une invitation au dialogue, encouragé par sa forme ultra courte et ses possibilités de lecture». Une anthologie trilingue (français, espagnol et anglais) qui rassemble des poètes d’un peu partout et, principalement, des Québécois. On trouve de tout ici, le meilleur et le pire. Retenons, de José Cereijo, «Le rossignol / ne connaît pas son nom / il chante seulement», en marquant notre préférence pour la version castillane : «El ruiseñor / no conoce su nombre / tan sólo canta». Ou, d’Olivier Walter : «grand vent du large – / les cormorans immobiles / sèchent leurs ailes».

©Francis Chenot

Site

 

Enregistrer

Jean-Luc Le Cleac’h, Lexique élémentaire, Interventions à haute voix

Chronique de Francis Chenot

Jean-Luc Le Cleac’h, Lexique élémentaire, Interventions à haute voix


Avec pareil patronyme, on ne peut qu’être breton. Et, natif de Concarneau dans le Finistère, Jean-Luc Le Cleac’h l’est, naturellement membre de l’autre AEB : l’Association des écrivains bretons. Dans ce bout du monde, impossible de ne pas être attentif aux éléments : l’océan, le vent, les îles… et le regard qui les embrasse et les embrase. J’aime, en particulier, quand le poète parle de la nuit : proche du silence, le propos se fait aphorisme en de superbes formulations telles que «La nuit est le jardin de l’infini» ou «La nuit laisse la parole au silence». Sur le vent : «On n’explique pas le vent / on mesure / l’étendue de son pouvoir». Et sur l’archipel : «Ici aussi / ce qui importe / est invisible».

F.C.

Enregistrer

Anne-Michèle Hamesse, Ma voisine a hurlé toute la nuit, Cactus inébranlable

Chronique de Francis Chenot

couverture-ma-voisine..

Anne-Michèle Hamesse, Ma voisine a hurlé toute la nuit, Cactus inébranlable


Non, la nouvelle n’est pas une sorte de résumé d’un quelconque roman, un «digest» comme disent les Américains. C’est un genre littéraire en soi. Avec ses règles, ses caractéristiques et ses exigences, à commencer, bien sûr, par la brièveté. La nouvelle, ainsi qu’une pièce musicale, comporte trois mouvements essentiels : amorce, récit et chute. D’abord requérir l’attention du lecteur. Puis mettre en place personnages et situations, les développer. Conclure, enfin, et si possible de manière à surprendre.

On connaît Anne-Michèle Hamesse comme romancière et auteure de théâtre, et, depuis peu, en présidente de l’Association des écrivains belges. Grâce à un de ces «petits éditeurs» sans qui bien des œuvres ne nous seraient jamais parvenues, on la découvre particulièrement à l’aise – avec élégance et efficacité – dans ce genre plus difficile qu’il y paraît.

Les dix nouvelles du recueil tiennent sur septante pages. Aucune ne ressemble à l’autre, même si, à la réflexion, quelques lignes de force les traversent. Des présences féminines en majorité. Quelques hommes, aussi, qui ne valent pas mieux, englués dans leurs rêves érotiques. De toute façon, à la loterie de la vie, on ne gagne jamais. Reste la solitude et, au bout, inéluctable conclusion : la mort. Mais il y a la façon d’en parler, de nous la rappeler, celle d’Anne-Michèle est légère, gracieuse presque, même lorsque le fantastique est à la porte.

Francis CHENOT

Le printemps des poètes à Virton le 11 mars 2017 en images

à tous et toutes pour cette très belle soirée!

Merci à Claude Miseur et à Jacques Cornerotte pour les photos

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Gérard Cléry, Roman de l’île, D’autres univers

Chronique de Francis Chenot

clery

Gérard Cléry, Roman de l’île, D’autres univers, avril 2014, 14,5 x 20,5 cm, 64 pages.

Quatre parties dans ce recueil au titre insolite, du moins en apparence, comme autant de chapitres d’un roman qui n’aurait d’autre mesure d’unité que le lieu mais serait d’abord poésie, et de haute volée.

Une île. En Bretagne où vit aujourd’hui Gérard Cléry ? Au large de l’Espagne comme pourraient le suggérer des bouts de phrases en castillan ? Ou cet exergue de Blas de Otero,

« Aqui ne se salva ni dios, lo asesinaron » : « Ici même dieu ne se sauve, on l’a assassiné ».

Mais qu’importe. Une île avec ses gens, ses

« pêcheurs n’aimant rien tant que le silence », les femmes, les enfants…

Une île où

« le paysage s’enroue nul sous l’impérieux balai de la pluie ».

Une île où

« l’angoisse de la mort pose des pierres sur l’horizon / édifie l’autre rivage » : « Ici l’espace déchiré perd l’espace se délite dans la page »

du poème. Dans cette île où

« margelle du refus // insonore village // sous l’aisselle des voiles / le vent se coagule » : « il avait plu dans la journée // sans doute était-ce le signal // mais qui s’en souvenait ».

Et pour en terminer, provisoirement sans doute,

« un jour quelqu’un se souviendra / qu’ils allumaient leur cigarette / aux étoiles ».

Jean-Vincent Verdonnet a rejoint le cercle

Jean-Vincent Verdonnet

a rejoint le cercle

1225583-le-poete-j-524146f0.jpg

Après Rüdiger Fischer, le passeur de l’Édition en Forêt. Après Alain Germoz (le fils de Roger Avermaete), animateur d’un Archipel de tolérance et de francophonie à Anvers. Encore un poète ami qui s’en est allé : Jean-Vincent Verdonnet – pour reprendre la formulation délicate du faire-part annonçant son décès – « s’est éteint » le 16 septembre. Il repose à Bossey, en Haute-Savoie, où il était né le 19 avril 1923. Nous nous étions rencontrés à Rodez du temps convivial de Jean Digot et nous avions sympathisé. En taiseux, lui le Savoyard, moi l’Ardennais. Malgré les distances, nous avions gardé le contact. Par lettres et courriels.

Homme de parole et de fidélité, donc de convictions, Jean-Vincent Verdonnet avait combattu dans la Résistance. Comme poète, il a aussi été un résistant et il n’a cessé d’évoquer son pays natal et ses paysages de montagnes, de villages perdus et de lenteurs paysannes. On pourrait dire que sa poésie avait pris le pas du montagnard pour accéder à des sommets d’antique sagesse.

Homme de fidélité, disions-nous. La majeure partie de l’œuvre de Jean-Vincent est parue chez Rougerie. Mais aussi fidèle en amitié : il nous a offert, en 2011, une Furtive écoute, parue en Buisson ardent. Cela se terminait par ce beau quatrain prémonitoire :

« Écrire une dernière fois

en laissant au creux de la page

la semence noire des mots

pour une moisson de lumière »

©Francis Chenot