Eric Dubois, Chaque pas est une séquence, éditions unicité, 2016, 48 pages, 11€

Une chronique de Lieven Callant

Eric Dubois, Chaque pas est une séquence, éditions unicité, 2016, 48 pages, 11€

En feuilletant le livre, je m’aperçois que de courtes strophes de deux lignes au plus se partagent l’espace vierge des pages. C’est donc de cette manière que l’on progresse, grâce au poème, par delà les séquences qu’il offre, peu à peu, de porte en porte.

L’écriture poétique est une démarche quotidienne, elle accompagne, elle clarifie, elle éparpille, elle condense le quotidien. Parcelles de vies, épures d’épreuves, elle répartit les souvenirs, partage le temps, le résume à quelques mots. Elle choisit en connaissance de cause. Le poète vit ce qu’il écrit, poème et expérience forment une même chose. Eric Dubois écrit comme il respire.

Le poème qu’il soit bref, qu’il soit long, qu’il s’étire ou se contracte ne connait pas en soi de fin. Il est une séquence du temps, un espace dédié au souvenir, un lieu de recueillement, d’acceptation et de partage. Il est un écho, une commémoration, un assemblage, un signe, un reflet, ce qu’il reste d’une sensation. Son écriture est toujours à refaire.

Illusions, émotions, prises de conscience, lucidités, aveuglements, étourdissements,  il apparait toujours morcelé, partiellement présent, le poème. En lui se rassemblent d’autres poèmes en devenir, des absences. L’écriture, le travail poétique d’Eric Dubois se concentre sur ces aspects-là. Un travail qui n’avoue jamais sa victoire mais confronte les vérités provisoires aux silences, les affirmations aux difficultés d’être, l’engourdissement au réveil soudain, les doutes renvoient aux questionnements nécessaires et inutiles. Ce livre est un des jardins d’Eric Dubois, les mots savamment dispersés attendent patiemment de germer et d’éclore en leurs lecteurs.

Des jardins, Eric Dubois en a plusieurs, il est responsable de la revue littéraire en ligne « Le Capital des Mots », il est blogueur « Les tribulations d’Eric Dubois ». Il a déjà publié de nombreux ouvrages de poésie (qu’il m’est arrivé de commenter). Il est chroniqueur et co-animateur sur Fréquence Paris Plurielle et est très présent sur les réseaux sociaux pour défendre et diffuser poèmes et créations artistiques. L’homme est jovial, sincère et d’une grande ouverture d’esprit. Il répond toujours à mes questions avec patience et gentillesse, en toute simplicité.

Voici quelques vers éparpillés extraits du livre:

——

Le bord des choses est le coeur de l’instant

——

Que dit le langage?

Des silences des mots
et le morcellement

——

Éclat dispersé dans les cendres du vent
qui se sédimente en fines couches de doute

__

Ce texte a pour seule fonction
d’inachever

Le propos
S’il y en a

____

Que cela ne soit pas un discours
comme tant d’autres

Mais un adjuvant à l’être

——

Écrire est un sursis

La vie est un poème
illisible

——-

Chaque mot pleure
sa défaite

©Lieven Callant

Eric Dubois, Langage(s), éditions unicité, 57 pages, 2017, 12€

Chronique de Lieven Callant

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Eric Dubois, Langage(s), éditions unicité, 57 pages, 2017, 12€


La poésie d’Eric Dubois témoigne d’une grande spontanéité et cette effervescence est à mes yeux l’une de ses plus belles qualités. C’est que derrière le poète se cache un homme sincère, un témoin passionné de poésie, un peintre, un artiste. Il anime joyeusement la revue littéraire en ligne « Le Capital des Mots » et publie par cette voie de nombreux autres auteurs.

Depuis fort longtemps aussi, il partage sur son blog « Les tribulations d’Éric Dubois » et sur divers réseaux sociaux ses propres écrits. Il a su par exemple habilement jouer avec les caractéristiques de Twitter (messages courts de portée éphémère) pour y diffuser des micro-poèmes qui soulèvent des questionnements qui n’ont rien de passager. Ce livre en reprend quelques uns diffusés entre 2013 et 2015 sous le hashtag #Laboratoiredulanguage.

La première partie concerne donc des expérimentations sur le langage et en particulier les aphorismes. De bribes, autrement dit d’éclats de conversations ou plus exactement de monologues intérieurs, il tente de tisser malgré tout un ensemble qui ne ferait nullement oublier au lecteur l’idée de morcellement initial. Le texte s’appréhende donc de manières différentes: Les points ne sont pas reliés entre eux ou au contraire se suivent et établissent de nouvelles correspondances. Du langage, le poème, le mot est une fraction qui se lie aux fractions du silence, aux impasses du message et des significations, aux principes et structures langagières.

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L’écriture se veut légère, portée par de multiples respirations, espacée de blancs comme les coups de pinceaux sur une toile qu’on commence à peine à découvrir.

« L’esprit s’élève quand le monde est léger »

Pour Eric Dubois, les mots forment un ciel « La peau danse dans le ciel des mots » ou ont une peau qui «  recouvre bien des silences et des incertitudes », « le mot est le soleil du langage » « et empourpre les sourires »

et comment lire ce qui suit où « pour conquérir » se tient comme en retrait, à l’écart du reste de la phrase, comme dans sa marge?

 

Il faut élargir le cercle ……………………………………………………………….pour conquérir
d’autres prérogatives

circonstanciées »   

Le poème consigne plus d’incertitudes et d’hypothèses que d’affirmations.

« Nous sommes des cris des couacs des chutes des ploufs »

La nuit est impossible et Horizon closent le recueil. Ici aussi on peut songer qu’il s’agit de deux plus longs poèmes ou au contraire d’une multitude de plus petits poèmes car chaque parcelle se suffit à elle-même comme elle peut tout aussi bien faire partie d’un ensemble beaucoup plus large.  C’est sans doute en cela qu’on mesure la force de l’écriture d’Eric Dubois, chaque mot trouve sa place sur la page, dans le silence, on finit par ne plus savoir si c’est lui qui porte le silence ou si c’est le silence qui apporte le mot vers la phrase. Le langage est pluriel, il comporte plusieurs facettes et le titre du recueil nous le rappelle.

Cela, l’écriture, la voie choisie par le poète est à la fois simple et d’un raffinement complexe et savant, comme on en remarque parfois dans les jardins. Vous pourrez lire le recueil sans vous arrêter, sans deviner même qu’il est le fruit magique d’enchainements judicieux, d’un cheminement attentif et intentionné. Eric Dubois fait simple et réussit à évoquer par cette manière si personnelle un univers dense, un monde à multiples facettes sans nous en faire porter le fardeau, la charge négative. On ne peut que l’en remercier.

©Lieven Callant

 

Mais qui lira le dernier poème ?, suivi de C’est encore l’hiver et Radiographie, Eric Dubois, Publie Papier, 2012, 121pages, 11,99€

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  • Mais qui lira le dernier poème ?, suivi de C’est encore l’hiver et Radiographie, Eric Dubois, Publie Papier, 2012, 121pages, 11,99€

 

A la question posée par le titre, j’ai envie de répondre : moi ! Moi, s’il s’avère qu’il existe ce poème et qu’il est possible de l’écrire. Moi, même si ma tendance naturelle serait plutôt celle de chercher le Premier Poème à la manière de ces télescopes qui scrutent l’espace afin de chercher à découvrir l’instant d’avant la naissance de l’univers.

 

Eric Dubois est un des auteurs de Traversées mais pas seulement, il est l’auteur de nombreux poèmes publiés dans bien d’autres revues, fanzines. Ces recueils de poésies alimentent les catalogues de maisons d’éditions comme l’Harmattan, Publie.net, Encre Vives ou Le Manuscrit. Vous pouvez consulter une bibliographie complète en visitant son blog. Eric Dubois est aussi l’heureux initiateur de la très bonne revue de poésie en ligne LE CAPITAL DES MOTS. 

 

Comme Eric Dubois l’annonce lui-même sur le site de la Maison des Écrivains et de la Littérature « La Poésie est un langage qu’il faut démocratiser et désacraliser. Le Poète doit défendre sa poésie, servir ses textes et établir avec les autres poètes tout un réseau de voix multiples et variées » et c’est ce qu’il tend aussi de faire dans ce recueil-ci.

 

La poésie qu’il nous donne à lire est donc fluide, humaine, quotidienne mais elle est aussi celle qui s’interroge sur elle-même, sur ses méthodes, sur son passage au travers des filtres du temps, des saisons, des évènements qui accompagnent une vie. La poésie est une compagne, une fidèle amie, un fleuve, l’ombre qui nous suit et nous aide à passer le cap de l’hiver, de la nuit. Elle répond à notre solitude, à nos questions, elle joue à en poser de nouvelles. Elle traduit nos mystères, elle préserve nos secrets. Elle est impudique ou au contraire elle se réserve le droit de se taire.

 

Comme tout bon livre, celui-ci invite son lecteur à suivre de nombreuses pistes de lectures possibles. Les mots éparpillés sur les feuilles sont libres comme l’air, interchangeables, les pièces d’un puzzle éternellement à recomposer.  On le comprendra peut-être la question du titre est une invitation à relever un défi. Défi auquel chacun aura le plaisir de répondre à sa manière tout comme le fait le poète peut-être.

 NUAGES DE CRAIE

 

Vous voyez

là-bas

 

Dans les nuages de craie

l’enfance à son pupitre

 

Dire des poèmes

à sa trousse à ses crayons

 

Qu’il est loin le temps

de l’aventurier

 

Chanter avec le vent

les éléments

 

Il pleut

dans le cartable

 

Il pleut

dans les souvenirs

 

Soleil d’hiver

aussi

 

Les printemps ne sont plus

comme avant

 

Le temps a fait son travail

de serrurier

———————————Eric Dubois p82

 

©Lieven Callant