Santiago Montobbio, Vuelta a Roma, Editions Los Libros de la Frontera, collection El Bardo, 2020, 28€.

Chronique de Jean-Luc Breton

Santiago Montobbio, Vuelta a Roma, Editions Los Libros de la Frontera, collection El Bardo, 2020, 28€. 

Le voyage du poète espagnol Santiago Montobbio à Rome en 2017 lui avait permis, dans son livre Poesía en Roma, d’explorer, avec une joie nouvelle dans son œuvre, les racines de la culture européenne, les ruines de la Rome antique, les artistes qui ont vécu dans la ville, les traces de leur passage et de leur création. Ce qui nous fascinait dans ce recueil était l’expérience du lien que Montobbio tressait entre nos images ou nos souvenirs de Rome et notre être d’aujourd’hui, dévoilant l’oublié ou l’inconnu pour enrichir le familier. 

En 2019, Santiago Montobbio retourne à Rome, et, évidemment, son regard est différent. Si l’éblouissement est toujours là, si le poète nous fait lire à chaque page, dans presque tous les poèmes de son nouveau recueil, le bonheur d’arpenter les rues de Rome, de retourner dans les cafés, les restaurants, sur les places, s’il note les marques du passage du temps, le fait qu’il s’agit d’une seconde visite opère nécessairement un déplacement. Ce déplacement est à la fois question et crainte de la réponse : qu’est-ce qui différencie le voyageur qui ressent avec gourmandise et passion les impressions de la ville qu’il visite d’un banal touriste ? en quoi un séjour de quelques jours à Rome, aussi introspectif soit-il, peut-il transformer le visiteur de voyeur en être libre comme un ange ou un oiseau, deux types de créatures ailées très présents dans le recueil ? 

La réponse de Montobbio est diverse. Il dit par exemple « Je ne […] photographie pas / comme un touriste. Je le fais / avec respect et tendresse », mais cela ne nous convainc pas vraiment. Il retrouve sans cesse des impressions anciennes mêlées aux impressions nouvelles, qui évoquent d’autres lieux, d’autres pays, et souvent, évidemment, l’Espagne et Barcelone. Rome devient de ce fait une ville-monde, et Santiago Montobbio, dans l’avant-dernier poème du recueil, écrit à l’aéroport, évoque sa conférence parisienne séminale de 1999, Europa : un café nunca está lejos, où il mettait en évidence l’unité culturelle du continent européen. Mais l’arpentage compulsif des rues et ruelles de Rome, à la recherche des églises ouvertes, prouve bien que le poète est malgré tout toujours en visite, donc extérieur. Le seul moyen, finalement, de ne pas être touriste est de parvenir, par une espèce d’ascèse, à se laisser envahir par la simplicité des choses, à faire taire son moi dans la sensation du moment, l’observation empathique de ce qui est. 

Vuelta a Roma est une succession de poèmes, le plus souvent très brefs, détaillant les impressions au moment même où elles surviennent (une courte série de poèmes est rythmée par les cloches donnant l’heure, midi (p.70), midi et quart (p.72), midi et demi (p.76)), quitte à les noter en marchant ou dans l’obscurité d’un cinéma. Parce que seule l’attention à ce que l’on ressent permet d’accéder à « la liberté / et la vérité ». Santiago Montobbio médite à plusieurs reprises sur l’expression « à l’air libre », qui n’est pas qu’une notation de lieu, car être à l’air libre, c’est de fait être libre comme l’air, libre et vrai. Et il s’agit, comme le disent joliment ces vers, de « vouloir être / ce jasmin, ou un jasmin ainsi, / comme celui-ci, dans une rue du Trastevere » qu’un encombrement avait obligé le poète à emprunter. 

Vuelta a Roma témoigne à la fois de l’effort de l’ascèse et de la joie de la sensation libre. Et de la joie que la poésie jaillisse sans cesse, comme l’eau des fontaines de Rome.

©Jean-Luc Breton

Santiago Montobbio, Nicaragua por dentro, El Bardo, collection de poésie, Editions Los Libros de la Frontera, 2019, 28 €

Chronique de Jean-Luc Breton

Santiago Montobbio, Nicaragua por dentro, El Bardo, collection de poésie, Editions Los Libros de la Frontera, 2019, 28 €


« Nicaragua por dentro », le dernier recueil de poèmes de Santiago Montobbio, poursuit l’œuvre d’introspection que le poète mène depuis ses premières publications il y a plus de trente ans. L’écriture est toujours pour lui une nécessité vitale, définitoire. Il nous rappelle, comme il l’a fait si souvent, qu’elle a plus de réalité pour lui que la vie (« J’écris ces lignes. Je veux seulement certifier que la vie existe et que je suis vivant en elle ») et, pour bien marquer cette continuité dans son œuvre, il va même jusqu’à réutiliser certaines des formulations les plus percutantes de ses plus anciens poèmes, comme le premier vers du poème « Ex-libris » de 1987, « Ce n’est pas bon de presser l’âme, pour voir s’il en sort de l’encre », qu’on retrouve éclaté et placé comme en incise, dans un nouveau poème : « L’art / ce n’est pas la belle écriture, / l’art c’est l’âme, et / ce n’est pas bon de presser / l’âme, pour voir / s’il en sort de l’encre ».

Ce qui était quasiment un principe de foi dans les premiers poèmes n’est pas devenu moins intense ou moins essentiel, mais l’auteur lui-même a changé. A l’adolescence, les flots de discours qui surgissaient en lui et le submergeaient étaient au sens le plus entier toute sa vie. Ses poèmes parlaient de tous les hommes sans vraiment parler de lui, son expérience se bornait encore à une exploration de Barcelone, à peine citée mais devinée sous l’aspect peu médiatisé d’une ville nocturne, silencieuse, solitaire, sans monuments et presque sans géographie. Au contraire, « Nicaragua por dentro » cite des dizaines de noms, connus ou inconnus, réfère à des actions quotidiennes et à des lieux sans craindre de les nommer, et Barcelone est très fréquemment rappelée, mais la plupart du temps par la mise en perspective diffuse qu’apporte sur elle tel lieu ou telle impression du Nicaragua. Le paradoxe ironique du recueil, c’est que ce « Nicaragua de l’intérieur », c’est aussi un Barcelone de l’intérieur et un Montobbio de l’intérieur. Effet de l’âge, bien sûr, mais surtout la conséquence de la longue période de silence de l’auteur, ces vingt ans sans écrire, qui sont suivis, depuis que la parole lui est revenue, par un besoin effréné de noter, dans les lieux les plus improbables sur les supports les plus improbables, les surgissements d’inspiration qui dictent à Santiago Montobbio ses poèmes.

« Nicaragua por dentro » est, de ce fait, sous le signe de l’urgence. Le grand tourmenté des années 80 n’a (Dieu merci) pas disparu, mais, et c’est dans un certain sens une bonne surprise, le recueil est aussi plus joyeux et lumineux que les précédents. Dans la première partie, intitulée « Dariana » (du nom du poète nicaraguayen Rubén Darío), qui est la préparation du voyage de Montobbio, le poète traque « un doux et bon soleil de janvier » sur les places de Barcelone, un soleil de (re)commencement du monde, de réchauffement du corps et de l’âme, de bonheur paisible et quotidien (« Un autre jour de paix et de mer, de calme pour l’âme devant la jouissance de la vue.  Soleil doux, soleil bon, comme la vie peut l’être et c’est ce qu’il nous dit », « Dans les vers que tu écris, tu dois sentir que, tandis que tu écris, le jour s’éveille, le matin commence, le monde se donne forme »). La deuxième partie du recueil, « Nicaragua por dentro », évoque le voyage que le poète fit au Nicaragua en février et mars 2018 et elle est baignée du bonheur de dizaines de rencontres avec des écrivains, universitaires, musiciens, nicaraguayens, ravis de partager leur art et leur soif de créer avec un complice espagnol, généreux et prolixes dans leur accueil. Et on sent bien que Montobbio se laisse baigner dans ce bonheur d’amitié comme dans le soleil de Barcelone du début.

Le voyage du poète au Nicaragua était une tournée de discours, de concerts et d’hommages pour célébrer son œuvre, la musique qu’Ofilio Picón a composée sur certains de ses textes et la poésie de Rubén Darío (1867-1916), qui a eu une grande influence sur l’un et l’autre. Pour Montobbio, aller au Nicaragua n’était pas a priori un voyage touristique, mais le pays, à la fois différent de l’Espagne mais pour autant pas totalement exotique, en quelque sorte un univers d’une étrangeté familière, constitue pour lui, occupé de poésie et de poètes, une mise en abîme d’intertextualité. Il explore les correspondances entre Darío et lui, entre leurs œuvres, leurs Barcelone, et puis la remarque d’un critique évoque un autre écrivain encore, et le poète se retrouve au cœur d’un vortex où toutes ces forces créatives se tiennent, s’imbriquent et s’influencent. Et son vertige est une euphorie. De même, les chansons d’Ofilio Picón sur ses anciens poèmes se mettent à les animer d’un nouveau sens quand il les entend chanter (« La vérité triste / de ma jeunesse blessée dans la / profondeur nouvelle de la musique et de la voix / d’Ofilio »), et le prend également à ce moment-là un vertige d’intratextualité, où les anciens poèmes deviennent par enchantement le matériau des derniers, comme je l’ai évoqué plus haut. Et le lecteur ressent avec bonheur cette jubilation du poète (« l’art est réjouissance, par le simple fait qu’il est »), simple et tellement complexe à la fois.

©Jean-Luc Breton

Santiago Montobbio, Poesía en Roma, Editions Los Libros de la Frontera, 2018

Une chronique de JEAN-LUC BRETON

Santiago Montobbio, Poesía en Roma, Editions Los Libros de la Frontera, 2018

 

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Santiago Montobbio, qui avait habitué ses lecteurs à une poésie centrée sur sa ville, Barcelone, passionnément aimée, et parfois sur des paysages de plages catalanes, évoque Rome, carnet et stylo en main. L’exotisme d’un séjour italien convient superbement à Montobbio, qui révèle dans ce recueil une joie de vivre et de créer rarement livrée de manière si lumineuse sous sa plume. Certains poèmes reprennent certains de ses motifs habituels, la nuit, le vent, les blessures, mais ces motifs sont comme balayés par la magie d’une ville éclairée, vivante, chargée d’histoire et de soleil, comme l’est évidemment aussi Barcelone pour les touristes qui la visitent, mais sans doute pas pour le promeneur solitaire qui la connaît intimement. Telle est la magie de la mise à distance. Même les lieux les moins avenants de la capitale italienne deviennent des espaces de sérénité ou de bonheur.

 

On le sait depuis longtemps : la magie de Rome, sa poésie, tient au fait qu’elle est pleine de ruines, qui se trouvent au cœur de la ville moderne, sous les rues ou les bâtiments, des ruines dont les matériaux ont servi de remploi pour construire des maisons ou des palais. Cette façon si particulière qu’ont les Romains de vivre parmi les matériaux antiques, une colonne dans un mur ici, ailleurs un sarcophage ou une fontaine dans une cour, est, aux yeux de Montobbio, allégorique de la création, à partir d’éléments disparates, qui se présentent pêle-mêle, sans hiérarchie, d’une forme achevée, qu’il nomme à juste titre « poème ».

 

Santiago Montobbio évoque à plusieurs reprises un discours séminal qu’il a fait à Paris en 1999, et dans lequel il développait l’idée que l’Europe, c’est, malgré les différences d’un pays à l’autre, le sentiment d’être partout chez soi, dans un mouvement double d’enracinement et d’envol vers le ciel (« des mains tendues jusque dans l’air »). D’où le sentiment de bien-être, l’excitation un peu fébrile qui préside à ses déambulations romaines. D’où sa recherche d’une familiarité dans l’étrangeté.

 

En effet, le piéton de Rome de Santiago Montobbio est un être d’habitudes, il refait peu ou prou les mêmes itinéraires, revisite les mêmes lieux, connus ou moins connus. En d’autres termes, il fait ce que font les vrais touristes, il se crée des repères dans la ville, et, puisqu’il est poète, il alimente chacun de ses passages d’images nouvelles, de réflexions qui montrent qu’il s’approprie les lieux. On a envie, en lisant ce recueil, de se précipiter à Rome et de regarder telle voûte ou tel tableau, telle taverne ou tel café, avec les poèmes de Montobbio sous les yeux, comme on le fait parfois, ou aimerait le faire, avec Montaigne, Stendhal, ou d’autres écrivains voyageurs.

 

Montobbio, comme nous tous, a de ces guides-là, le peintre Ramón Gaya ou les poètes Keats et Shelley, par exemple. Il cherche leurs traces, visite les lieux qu’ils fréquentèrent ou qu’ils auraient pu fréquenter, essaie d’imaginer leur vie à Rome en écrivant des poèmes au très cosmopolite café Greco ou au très britannique salon de thé Babington. Et en cela, Santiago Montobbio appréhende parfaitement ce qu’est la culture du voyage, une série de palimpsestes culturels, qui dans une certaine mesure nous empêchent de voir et de ressentir la ville avec nos yeux propres, tout en rendant plus intenses nos émotions devant les lieux qui ont résisté au temps, comme le prouvent les témoignages des écrivains du passé qui, déjà, les ont contemplés et évoqués.

 

Et la révélation de Rome est précisément là : visiter une telle ville, c’est la même chose qu’écrire des poèmes. La ville se livre mais retient toujours quelque chose d’elle-même, qu’on découvre lors de nouvelles visites. De même, la poésie exige le retour, la poursuite, une nouvelle évocation, un nouvel effort, pour saisir au vol un ineffable changeant. La ville a le double pouvoir d’attirer et de rejeter le visiteur, qui doit à la fois se fondre en elle (les images de pénétration sont nombreuses dans le recueil) et s’en déprendre, comme dans le cas d’une relation amoureuse trop possessive.

©JEAN-LUC BRETON

 

La lucidez del alba desvelada, de Santiago Montobbio, Editions Los Libros de la Frontera, collection El Bardo, 2017, €16.00

Chronique de Jean-Luc BretonPortada libro Santiago Montobbio La lucidez del alba desvelada

La lucidez del alba desvelada, de Santiago Montobbio, Editions Los Libros de la Frontera, collection El Bardo, 2017, €16.00

Ce nouveau recueil de poésie représente, pour Santiago Montobbio, une nouvelle approche de son art. Bien sûr, on retrouve les grands thèmes du poète espagnol, la recherche douloureuse du sens de la vie et de l’écriture dans un monde sans direction, les matins mouillés, les terres dévastées, les cafés solitaires où griffonner sur un coin de table et un bout de papier, l’interrogation solipsiste, la difficulté à faire coïncider soi et les autres, mais cette fois, tous ces thèmes s’inscrivent au sein d’un récit de vie, « un journal intime » de l’amour, une montée vers la lucidité évoquée dans le titre du recueil (la lucidité de l’aube dévoilée), qui est d’autant plus forte qu’elle emprunte les voies de l’illumination (le chemin de Saint Jacques) et de la révélation d’une vocation littéraire, pour dire le passage à un état innommé par le poète, mais qui tient de la vieillesse (l’âge où on n’a plus guère d’illusions sur l’amour et d’attentes de sa venue), de la jachère, du tarissement, du renoncement (« Ceci pourrait être mon dernier poème », proféré dans celui qui, en effet, clôt le recueil). La dernière des épiphanies est celle du « Still falls the rain » du cantique de Britten : « Fine la pluie tombe sur la terre », une pluie de testament, de fin du monde, le mot « fin » étant ici à prendre à la fois dans un sens temporel et dans un sens local.

Et pourtant, l’atmosphère du premier poème est pleine de brio : l’écoute dans un théâtre barcelonais du « Lascia ch’io pianga » du « Rinaldo » de Haendel, sublime lamentation d’une prisonnière éplorée, servie par une musique aux effets bien calculés. Par un retournement de situation ironique, dans ce vieux théâtre, le poète tombe amoureux d’une image aperçue dans une glace et inscrit sa passion sous les signes attendus, l’ouverture, le chant, les espaces libres (le ciel, la mer), l’évasion qu’un ensorcellement rend impossible à l’héroïne malheureuse de Haendel. Suit une série de poèmes d’amour, d’espérance d’amour et de douleur devant sa fugacité, mais aussi d’amour comme nouvelle forme d’inspiration, puisque l’aimée « seule est poème ». Cependant, avec le temps et les hésitations de l’aimée, l’amour perd de sa puissance absolue, puisque seul « un amour qui commence » peut échapper au rien et à l’adieu, la pluie tombe, entraînant l’automne, le cœur commence à sentir ses épines, surviennent le désespoir et l’adieu. Et c’est maintenant le poète qui chante « Lascia ch’io pianga », non plus prisonnier, mais blessé de cette rencontre impossible, qui noie la réalité du monde dans une brume triste.

Montobbio est souvent, et depuis toujours, le poète du paradoxe lucide, et cette lucidité, annoncée dans le titre du recueil, ne lui manque pas ici, dans toute la cruauté de la prise de conscience qu’il en a. Cette expérience d’amour avorté porte avec elle un enseignement cruel (« vivre n’est rien d’autre que sentir que je te perds », « vivre n’est rien d’autre qu’être blessé ») : la perte de l’amour est transformée, par la force même du credo montobbien qu’il n’y a aucune différence entre la vie et l’œuvre du poète, en source de création, en un nouveau mode d’exploration poétique du monde.

« La lucidez del alba desvelada » devient, dans sa dernière partie, parfois écrite en prose, le récit de minuscules bonheurs de reconstruction. Après son long voyage solitaire sur les terres de l’amour malheureux, c’est l’observation simple et apaisée du quotidien, la contemplation de bâtiments ou d’un jardin qu’il a vus sans les voir mille fois, un moment à une terrasse de café à l’ombre sur une place à deux pas de chez lui, qui permettent au poète ces petites épiphanies qui redonnent sens et goût à sa vie, comme pour une nouvelle naissance (ce n’est évidemment pas par hasard qu’un des sites universitaires où Montobbio enseigne, et qu’il regarde avec des yeux nouveaux, a conservé de l’époque où c’était un hôpital son nom de « Maternité »). Au terme joycien d’« épiphanie », Montobbio préfère celui de « point de contemplation », emprunté au poète espagnol José Angel Valente, et c’est bien de cela qu’il s’agit ici : c’est par la contemplation silencieuse qu’on se remet et qu’on se retrouve. Et c’est ce que nous dit la coda du recueil.

Étrangement, après la coda, il y a encore des poèmes, une dizaine. Ils disent encore la douleur, l’absence et l’illusion, mais déjà cela importe moins (« ça m’est égal »). Parce que le bonheur du regard amoureux porté sur le quotidien a fait que le narrateur se sait poète, qu’il sait qu’il a choisi sa douleur et qu’« il la travaille » pour en faire des poèmes. Le chemin de « La lucidez del alba desvelada » est un authentique aboutissement du parcours poétique de Montobbio, une percée du mystère de la création. Si la création est une exploration si masochiste, on comprend que le poète décide d’y mettre un terme. Mais il sait mieux que personne que la poésie vous choisit plus que vous ne la choisissez. Et c’est pour cela qu’il reste prudent et annonce dans la coda de la coda : « Ceci pourrait être mon dernier poème ». Ou pas !

©Jean-Luc Breton