Tous les articles taggés : Éditions Lanskine

Estelle Fenzy, Poèmes western, éditions LansKine, 2018

Chronique de Barbara le Moëne Estelle Fenzy, Poèmes western, éditions LansKine, 2018 On pourrait croire qu’Estelle Fenzy a fait le voyage dans l’ouest américain et qu’elle en a rapporté ces Poèmes western. Sauf qu’elle n’a jamais fait le voyage. Son voyage à elle est un voyage imaginaire, un rêve de voyage peut-être, inspiré par les photographies de Bernard Plossu, dont l’une d’elles orne la première de couverture. Le road-trip commence à Provincetown : « A l’extrémité de Cape Cod la baie de Provincetown ouvre un livre vierge. Cousu d’horizon», pour s’achever au bord de l’océan : « Il n’y a pas plus à l’ouest. C’est le bout du voyage ». D’immenses lieux vides. Une nature très présente — ciel, terre, canyon, désert — belle et souvent hostile — neige, vent, brouillard, poussière. Des villes : Santa Fe, Denver, Los Angeles, « Las Vegas. Eblouissante. Nuit et jour ». Beaucoup de silence, beaucoup d’absence. « Qui a terrassé cette fuite d’asphalte. Cette ligne sans retour.  Cette engouffrée du regard ». Une partie des poèmes laisse deviner la  présence humaine par les traces qu’elle a pu déposer …

Philippe Jaffeux, Mots, Éditions Lanskine, 2019, 172 pages.

Chronique de Lieven Callant Philippe Jaffeux, Mots, Éditions Lanskine, 2019, 172 pages. Avec ce livre, Philippe Jaffeux revient sur les mots importants qui jalonnent son oeuvre.  On redécouvre les principes chers à l’auteur qui sont de confier aux textes différents rôles: l’un purement esthétique se basant sur des aspects visuels et sensoriels. « Mes textes éprouvent le besoin d’être vus autant que lus » P79. Les textes ne comportent aucun paragraphe et remplissent les pages à la manière d’une couleur qui remplirait la toile de fond d’un tableau. L’autre fonction du texte, plus voilée ne doit rien à l’apparence visuelle mais nous invite à découvrir les profondeurs, à établir la genèse, à renouer avec les bases essentielles de l’écriture. Écrire n’est pas que transmettre un message, faire passer des sensations. Pour Jaffeux, il importe aussi de circonscrire des étendues plus vastes et presque impossibles à mesurer ou à décrire avec de simples mots: l’intime valeur des choses et des concepts.  Le texte est à la fois matière « vivante », charpente qui se dévoile dans sa forme la plus …

Le « tungstène que le serpent ne pourra jamais transpercer »*

Une note de lecture de Daniel ILEA Sanda VOÏCA, Trajectoire déroutée, poèmes, éditions LansKine, Nantes, 2018. Le « tungstène que le serpent ne pourra jamais transpercer »*   C’est dans l’enfance baignant dans le soleil noir de la mélancolie que la mère plonge à la recherche de sa fille, du « bleu royal » (ou baume) de la Poésie. Ce « bleu royal », le même que celui du tungstène, traverse le livre et le monde ; c’est aussi celui de la ceinture, nœud sur l’estomac, autour de la taille, enveloppant également le cœur de la mère (p. 18) ; celui de l’eau claire et froide, avec laquelle la mère s’identifie, d’une baie (p. 65) ; celui du bien-aimé lui-même (p. 20) ; celui de l’air, du ciel, du jour.   Le ventre est ambivalent : c’est le ventre béni de la mère, d’où la fille est sortie, mais c’est aussi celui de la fille, devenu le siège de sa maladie mortelle : « Qu’il y ait donc une flèche / avec deux pointes, / une à chaque bout. / Qu’elle s’amollisse / jusqu’au serpent. / Qu’il entre …

Mazin MAMOORY  – Cadavre dans une maison obscure  – traduit de l’arabe par Antoine Jockey – éditions LansKine, 2018, 54 p., 12 euros

Une chronique de Marc Wetzel Mazin MAMOORY  – Cadavre dans une maison obscure  – traduit de l’arabe par Antoine Jockey – éditions LansKine, 2018, 54 p., 12 euros                                (Un poète dans la guerre) Lectures performance de Mazin Mamoory from Editions Lanskine on Vimeo.    Mazin Mamoory est un des plus célèbres (et en tout cas le plus fébrile) des poètes irakiens actuels : on le voit sur Internet* filmé – ou se filmant – vociférant ses vers dans la suie des charniers, dans de la boue minée, dans des couloirs de prisons (miraculeusement) vides, sous des sortes de grilles héliportées, sur des affûts de canons ruinés. Il plaque un délire artisanal et ciselé sur l’inlassable et informe Délire collectif de son pays, et son chant récolte pour nous les affreux contrastes qu’il sème. Trois exemples :        « Je me lève souvent tôt         De la mousse noire s’accumule dans le robinet avec les morceaux d’os que j’ai oubliés dans le réservoir d’eau sur le toit          Mon métier de tueur à gages n’est pas satisfaisant en ce moment           Le prix …

Philippe Jaffeux, Glissements, Éditions Lanskine, 2017, 55 pages, 12€.

Chronique de Lieven Callant Philippe Jaffeux, Glissements, Éditions Lanskine, 2017, 55 pages, 12€. Ce qui fait de moi un lecteur c’est ma capacité mentale à associer les lettres d’un alphabet à des syllabes, de joindre les syllabes pour former des mots tout en leur donnant le rythme propre et nécessaire à la langue dans l’espoir de reconnaitre un sens, voire plusieurs. Outre les outils mis à ma dis-position: lettres, mots, ponctuation, règles grammaticales et autres conventions du même ordre, je m’appuie pour lire un texte sur toutes mes autres lectures, retournant parfois aux toutes premières où déchiffrer l’emportait sur reconnaître et comprendre. Avec « Glissements », Philippe Jaffeux habitué à entrainer ses lecteurs sur la piste des expériences de lecture peu communes où les règles et le sens des phrases semblent être les fruits aléatoires d’un jeu de hasart franchit une nouvelle étape dans le dérèglement de l’écriture et de la lecture. Nous avons tous fait l’expérience de lire des textes où les lettres ont été permutées ou remplacées par d’autres signes par exemple des …