Tous les articles taggés : Cathy Garcia

Lettres à ma génération, Sarah Roubato – Michel Lafon, 28 janvier 2016. 140 pages, 10,95 €.

Une chronique de Cathy Garcia Lettres à ma génération, Sarah Roubato – Michel Lafon, 28 janvier 2016. 140 pages, 10,95 €. Je fais partie des personnes dont Sarah Roubato parle dans sa deuxième lettre, qui raconte l’histoire de la première, Lettre à ma génération, celle qui donne son titre à l’ensemble du livre. C’était juste après les attentats de novembre 2015 à Paris, le choc, les réactions à chaud, les récupérations à tout va, le grand bombardement médiatique, et ce besoin de prendre une bolée d’air au-dessus de la mêlée, ne pas se laisser entraîner par cette grande vague émotionnelle, dont Naomi Klein parle si bien dans son livre La stratégie du chaos. Légitime cette vague, cette indignation, mais trop uniforme, trop vite canalisée, avec des couloirs de pensée obligatoire, ne laissant pas le temps de la réflexion, de la dignité même, ne serait-ce que par égard pour les familles des victimes. Bref, c’est dans ce grand tohu-bohu que je suis tombée sur la lettre de Sarah, publiée sur Médiapart, et cet article comme quelques …

Le pyromane adolescent suivi de Le sang visible du vitrier, James Noël, Points éd, 12 novembre 2015. 160 pages, 6,90€.

Une chronique de Cathy Garcia Par Virginiederoses — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=46951434   Le pyromane adolescent suivi de Le sang visible du vitrier, James Noël, Points éd, 12 novembre 2015. 160 pages, 6,90€. Le pyromane adolescent porte bien son nom, pour l’effusion de mots dans l’élan d’un printemps qui déborde, chaque poème semble être un premier jet, que le poète laisse derrière lui, sans se retourner, une poésie qui tient autant du chien fou que du félin sautant de toit en toit, agile séducteur. Aussi c’est surtout l’énergie qu’on en retiendra, une énergie sincère, désordonnée, fougueuse de beaux fruits qui exploseront de rire dans le jus de la bouche   L’urgence de mettre un flux incessant et fiévreux de mots sur le désir comme sur les plaies, car c’est l’encre qui fait que le poète trouve dans l’horizon domicile fixe Éros donc pour un pyromane adolescent tout entier dans sa dévotion aux filles de feu aux innombrables prénoms, de Montréal, de Rome ou de Bahia, filles des îles et de partout où elles incendient …

Dévore l’attente, Laurent Bouisset – avec des images d’Anabel Serna Montoya, Édition Le Citron Gare, novembre 2015. 85 pages, 10 €.

Une chronique de Caty Garcia Dévore l’attente, Laurent Bouisset – avec des images d’Anabel Serna Montoya, Édition Le Citron Gare, novembre 2015. 85 pages, 10 €. Avec Dévore l’attente, le ton est donné, l’auteur a les crocs, il a faim, il en veut. Il exulte, ressent et aspire le monde par tous les pores, autant qu’il en recrache venin et sueur. Il en veut le poète et il en veut aussi à ceux qui commettent l’indifférence. Comment ils font pour faire ? Comment ils actionnent, eux ? Et ils actionnent quoi ? Du chiffre encore ? Et du numéralisable ? Alors il balance, il crache, il tempête, il fait claquer les mots, la rage, va se perdre pour mieux se retrouver, entre banlieue lyonnaise, Guyane et Guatemala, entre Mostar, Mexique et Marseille. Il fonce vers le suicide de son je-cage. Dévore l’attente, c’est de l’impatience brute, des poèmes en désordre chronologique rassemblant une bonne dizaine d’années de vie, soulignés par de belles photos en noir et blanc et des peintures d’Anabel Serna Montoya, une énergie difficile à contenir, même les …

Jan Bardeau & compagnie, mgv2>publishing, illustration Seb Russo, août 2015. 40 pages, 5€

Jan Bardeau & compagnie, mgv2>publishing, illustration Seb Russo, août 2015. 40 pages, 5€ (plus frais de port). Jan Bardeau s’empare des mots, les triture, les malaxe, les lance contre les murs, d’où ils rebondissent, l’écho parfois est effrayant, car ce jeu faussement léger, non exempt de plus ici d’autocontraintes, c’est pour révoquer le vide, la solitude crasse, « la hideur abrupte », le dur « qui courbe & brise & broie, bousille le beau » et gripper les mécanismes froids et déshumanisants d’un système entonnoir qui se gave de lui-même. Jan Bardeau & compagnie, c’est un duo : Jan Bardeau et Seb Russo. Jan avec ses mots, Seb avec ses dessins, ses corps d’encre qui se tordent, se vident, se déforment, dégoulinent, étirés, vrillés, enchaînés. Et le poète est comme ce clodo au nez de clown. Clodo ou ouvrier ? C’est un peu du pareil au même non ? Un pas de trop et hop, à la casse. « petites mains jusqu’à ce qu’ils les prennent sur leur tronche, les petites mains » Nous sommes tellement nombreux à être des clowns plus ou moins …

Têtes blondes de Perrine Le Querrec – éditions Lunatique, 4 juillet 2015. 80 pages, 8 euros. En couverture, « La Main de Gaïa », photo d’Isabelle Vaillant.

Chronique de Cathy Garcia Têtes blondes de Perrine Le Querrec – éditions Lunatique, 4 juillet 2015. 80 pages, 8 euros. En couverture, « La Main de Gaïa », photo d’Isabelle Vaillant.   Abus, abandon, aliénation, agression, dépression, démence, isolement, paranoïa, peur, violences psychologiques, physiques et ce jusqu’à ce que mort s’ensuive… On retrouve dans ce recueil de nouvelles, au titre faussement léger, les thématiques qui travaillent au corps à corps Perrine Le Querrec, la vase dans laquelle sa plume va puiser. Ces têtes blondes, tantôt victimes, tantôt bourreaux, parlent d’enfance, de jeunesse saccagées par la folie des uns ou des autres, dans un climat toujours très oppressant, « comme à la maison où on doit sculpter sa place dans le marbre des cris », se dit la petite fille dans Fourmilière. Difficile de respirer, Perrine le Querrec écrit une langue d’apnée. Le lecteur est pris au piège. La première nouvelle nous happe dans un tourbillon de parures, de boutiques, de cabines d’essayage, et une enfant putain de sa mère qui n’a qu’un souhait, disparaître. Petite lolita contrainte par une …