Tous les articles taggés : 2018

Sonia Elvireanu, Le Silence d’entre les neiges, L’Harmattan, 2018.

Une chronique de Béatrice Marchal Sonia Elvireanu, Le Silence d’entre les neiges, L’Harmattan, 2018. Le ton est donné dès le premier vers : « Tu n’étais nulle part, je t’ai appelé » ; dans « l’épouvante » d’un monde désormais littéralement privé de sens – « il n’y avait plus ni bout ni commencement,/ aucun chemin derrière, aucune voie » –, reste la douleur d’une femme que la mort de son mari a placée « entre le silence et la brûlure », « l’âme égarée », ayant perdu jusqu’à « [sa] propre trace » dans son « corps-souvenir ».  Pourtant, puisque l’amour qui fut, demeure, elle veut « endormir le soupçon/ que tout n’était que fumée » ; de sa terrible solitude, la poète va tenter de faire « une voie » où retrouver des « traces » de l’Aimé, notamment dans la neige, avec son silence, sa blancheur qui l’associe au vide mais aussi à un réel immatériel ; elle-même y sera « dans l’embrassement du Ciel et de la Terre,/ […] la ligne de l’horizon ». D’où une poésie aux résonances métaphysiques – « Lequel de nous/ est-il réel ? » – où se mêlent références mythologiques et bibliques.  Certes, l’évocation des …

Béryl Breuil, Et mes yeux canadairs, Editions Gros Textes, 2018, dessins de l’auteure, ISBN : 978-2-35082-375-1, 85 pages, 10 euros.

Chronique de Rome Deguergue Béryl Breuil, Et mes yeux canadairs, Editions Gros Textes, 2018, dessins de l’auteure, ISBN : 978-2-35082-375-1, 85 pages, 10 euros. Béryl Breuil « dessine des textes qui chantent et des poèmes à danser depuis longtemps dans de nombreux carnets et parfois dans des salles de spectacles. Elle les enregistre aussi en forme de chansons comme dans l’album Pelages – Beryl B (2017 – Sept Nains Prod – In Ouïe Distribution) ». Tels Julien Blaine, artiste et poète français, l’un des créateurs de la poésie action qui a participé à la vie de la poésie performance en France comme à l’étranger, ainsi que Sylvie Nève, poète également française, « engagée à vif dans l’existence, individuelle et collective », dont la poésie consiste souvent en un dialogue avec les écrivains qui l’ont précédée, ici Béryl Breuil, leur cadette, s’entretient tant avec le grand Tout qu’avec l’infime, se parle à elle-même, à sa famille, aux humains trop humains, au monde végétal, animal… en recherche pour trouver – peut-être, (ou simplement dans le but de pratiquer un arrêt sur image) le …

Pierre-Jean Foulon, XL, Thuin, Editions du Spantole, 2018

Une chronique de Pierre Schroven Pierre-Jean Foulon, XL,Thuin, Editions du Spantole, 2018) Dans ce recueil, Pierre-Jean Foulon nous confronte à l’étrangeté de notre présence, met en question l’identité et nous incite à prendre nos distances avec les évidences qui nous sont offertes. En effet, se méfiant des idées générales susceptibles de faire passer la représentation avant la vie elle-même, il questionne le monde et ses mirages, célèbre les puissances du corps et s’interroge sur la notion même de la poésie si prompte à nous mettre au monde, à transcender le néant, à traduire le flux et l’énigme de la vie. Ici, l’écriture est instinctive,  destabilise, laisse agir des vertiges ; ici, les poèmes sont perclus d’images bouleversantes qui ne semblent jamais épuiser le mystère qui les entoure ; ici, tout nous invite à retrouver l’intensité d’un étonnement, à fuir nos parures mondaines, à nous confronter au vide et à ouvrir la question de notre être. XL est un livre qui d’une certaine manière, nous fait mieux percevoir le fait que c’est au moment où plus rien n’a …

Frédéric Chef, Poèmeries, éditions traversées, 15 €, 2018

Une chronique de Olivier MasséParue dans le n°75 de Diérèse Frédéric Chef, Poèmeries, éditions traversées, 15 €, 2018 Des poèmes qui courraient en trois parties :Vanités, où l’on s’essaierait, vaille que vaille, à trouver une voie juste entre la prétention et l’autodérision, Hommageries, où l’on rendrait plus clairement hommage aux grands frères, illustres et pitoyables, de François Villon à Jean-Claude Pirotte,Voyageries, où l’on tenterait le pittoresque au défilé dans la fuite du temps ? Un peu de cela dans Poèmeries, mais d’emblée, il faut l’annoncer mi-désinvolte mi-grandiloquent, à la fin du premier sonnet – car ce ne sont que ces formes à peu près : je me fous de tout et de la poésie / ce qui compte avant tout c’est le geste. Sans doute, plus profondément, le geste, la course avec finesse malgré les apparences de l’ici ou là, ainsi va la vie poème sur le fil tendu. L’humour noir côtoie aussi la tragédie, les petits croquis, les touches intimistes angoissés et fugaces, reprenant parfois au haïku l’idée de la petite pensée après la description, en mode de clôture ou d’ouverture, …

L’expression des turpitudes dans le roman : La Minette de Sikirida, de Rachid El-Daïf

Chronique de Farah Nouri L’expression des turpitudes dans le roman : La Minette de Sikirida, de Rachid El-Daïf Le point d’orgue entre les romans de l’écrivain libanais Rachid El-Daïf, est l’intrusion d’éléments réels et d’autres fictifs empreints d’intimisme et de simplicité, loin d’un langage abscons et d’emphases inutiles. L’essentiel pour l’auteur est de présenter une histoire bien ficelée et non exempte d’un goût saillant pour le détail et la redondance afin d’entériner l’effectivité de sa trame. Son dernier roman La Minette de Sikirida, répond à ce gage d’écriture puisqu’il dresse un tableau social que colore une palette de scènes de « vies minuscules », pour employer l’expression de Pierre Michon, mais agrandies à travers la loupe de R.El-Daïf. Parmi ces histoires qui étayent le vécu, celles d’une jeune servante éthiopienne émigrée au Liban pour travailler, appelée Sikirida, et son fils Radouane, un enfant naturel. Vivant tous deux chez une femme âgée, madame Adiba, qui les a abrités et protégés pour qu’ils ne soient pas laminés socialement, étant donné que l’enfant est né suite à une relation extra-conjugale, une …