Salvatore Gucciardo

LYRISME COSMIQUE / Salvatore Gucciardo – Éditions ASTRO. Préface de Michel Bénard. Illustrations de l’auteur.

On le sait moins, le peintre Salvatore Gucciardo est aussi poète. Dans LYRISME COSMIQUE, son narrateur entonne un chant d’amour maternel au cosmos (avec référence au « vagin de l’espace », à la « matrice de l’univers »), relevant les signes d’union, souvent rompus, entre l’homme et la matière, n’ayant de cesse tout au long du voyage dans l’espace-temps auquel il nous entraîne de renouer le lien défait, la primitive alliance.

C’est par le rêve qu’il s’éveille aux sens afin, vite,  de baigner dans « l’harmonie substantielle ». Où il puise énergie et lumière pour affronter les épreuves et atteindre à la connaissance de la connaissance, l’essence du savoir. Tout est comm-ensemencement, fertilité infinie dans ces plaines primales aux « poussées maritimes ». Dans ce qui apparaît parfois comme une mare de sens,  à force d’amour, en route vers « l’orgasme suprême », le rêveur fait provision de fluides ; il s’ouvre au grand tout, découvrant au terme de  cette débauche l’apaisement propre à poursuivre son métier d’homme…

Tu enfourches les chevaux d’écume pour te substituer à l’essence de l’eau.

Pareillement à ces entités biologiques qui changent de forme pour évoluer, le narrateur se retrouve à la fois dans le « je » et le « tu » du poème, comme s’il faisait dialoguer jusqu’à l’indistinction objet et reflet, corps et espace, eau et feu. « L’univers est mon esprit, mon esprit est univers. » de Lu Kiu-Yuan est une des phrases mises en exergue au recueil.

Sa course forcée vers le futur est freinée par le passé, elle  se veut aussi une marche d’oubli, dans sa tentative de fuir trop de violences accumulées, de conformations manquées.

Je m’enivre de la Voie lactée pour oublier la braise.

Parfois c’est le « nous » qui se substitue aux deux premières personnes pour donner plus d’universalité au propos. Et en relevant notre pauvreté d’âme, le texte nous renvoie aux efforts que nous avons à fournir pour donner à nos espérances comme à nos remords la dimension de l’univers, et ainsi pouvoir faire retour sur l’innocence. Ce que l’homme ne peut plus tenter au plan individuel, il doit le confronter à l’échelle cosmique. Tout cela ne s’apparente pas à une  théorie fumeuse qui ferait fi des obstacles de l’existence ordinaire pour nous faire miroiter des paradis artificiels, non de ce monde. Car le texte pointe l’insignifiance et l’impuissance de l’être, le mystère propre aux formes du vivant, la force des silences, en faisant reposer les appuis du futur sur des bases sensorielles, en montrant que le sort du monde se joue autour de  vides, d’absences, d’interrogations sans fin…

Une fois de plus le poète entre en communion avec les éléments, il collecte des visions, balise ses trouvailles, « fixe des vertiges », rend hommage. C’est peu avant le retour symbolique à l’âge d’or où temps et émois, vie et mémoire, verbe et être ne font plus qu’un : l’acte d’amour est geste de retour vers l’origine, ancrage au réel. Foin du rêve, vient le temps aérien où « emportés par nos racines, nous peuplons la terre d’oiseaux migrateurs », où à nouveau « le soleil éclabousse l’épi de blé ». Revient l’ère de l’espoir, du partage – des expériences et des sensations, de « la renaissance de l’homme ». Des lueurs scintillent au loin, pour des spectacles horribles encore, mais qu’on devine derrière nous ou, du moins, évitables. Si « L’âme est un labyrinthe », comme il est rappelé, et les chemins innombrables, assurément « le puzzle planétaire masque un souci d’harmonie ».

À la fin du voyage, du texte, on comprend que le périple suivi peut aussi bien s’être produit dans un corps pour accéder à la lumière que dans un espace peuplé de spectres pour dévoiler une conscience. Cela ne s’est pas créé ex nihilo mais en relation avec l’histoire de l’univers depuis la première explosion de particules: « L’image du Big bang » est « un film de turbulence dans les gènes de l’homme ».

On le voit, toutes ces notions existentielles, portées par divers locuteurs, peuvent s’appréhender de diverses manières, ainsi qu’on chemine dans un labyrinthe en étant seulement sûr que, lorsqu’on aura  atteint la sortie, on se persuadera qu’on a emprunté le bon parcours, qu’on a tiré le bon fil. Et que ce qu’on a vu, pensé, dit, ce dont on s’est remémoré participe tout autant du prodige de la délivrance.

Le poète, ici, comme dans sa peinture, fait par ses images fortes voir ce que chacun tient caché à l’ombre du langage, dans les brumes de l’être en attente de clairière.

Enfin, ces mots qu’on peut lire à la fin du Journal de Paul Klee, Salvatore Gucciardo pourrait les faire siens : « Le terrestre le cède chez moi à la pensée cosmique. Mon amour est lointain et religieux.(…) J’occupe un point reculé, originel de la Création, à partir duquel je présuppose des formules propres à l’homme, à l’animal, au végétal, au minéral et aux éléments, à l’ensemble des forces cycliques. Des milliers de questions cessent comme si elles étaient résolues. Là ni doctrine ni hérésie. Les possibilités sont infinies, et la foi en elles vit, en moi, créatrice. »

Eric Allard

Le site de Salvatore Gucciardo:

http://www.salvatoregucciardo.com/

Le Prix de l’Ambassadeur de l’Art 2012 ainsi que celui de la Reconnaissance Artistique viennent d’être attribués par l’Italie à Salvatore Gucciardo

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Zyrànna Zatèli

 Le vent d’Anatolie – Zyrànna Zatèli – Quidam éditeur (collection Poche) 2012 – Traduit du grec par Michel Volkovitch – 56 pages – 5 €

Sympathiques petits livres pour un prix plus qu’abordable, la collection Poche de Quidam séduit d’emblée. Un beau chat bleu en couverture de celui-ci. Le Vent d’Anatolie est une nouvelle de Zyrànna Zatèli, tirée du recueil Gracieuse dans ce désert.

C’est un texte qui se lit d’un trait, d’une grande beauté, troublant, qui raconte dans une langue simple, très fortement empreinte de poésie, une étrange histoire d’amitié. Celle d’une jeune fille et d’une vieille tuberculeuse un peu folle. Mais est-elle réellement folle ou plutôt désespérément seule ? Isolée par la communauté qui craint sa maladie, mais la nourrit quand même par acquis, sans doute, de bonne conscience, elle meurt à petit feu dans sa maison, comme une pestiférée, brassant souvenirs et délires.

Un jour, la jeune fille qui est la narratrice de l’histoire, est chargée d’apporter à manger à Anatolie, c’est le nom de la vieille malade. La nouvelle débute ainsi par le trajet qui mène à sa maison, un bref portrait de quelques personnages de ce coin perdu au nord de la Grèce : Naoum le bijoutier qui met des pompons aux oreilles des chats et qui vend aussi bien des bijoux que des fusils de chasse, le souvenir d’une jeune fille morte à 17 ans dans un sanatorium, un boucher cynique, pétomane, coureur de jeunes jupons et ainsi, on arrive chez Anatolie.

« Je suis là » dit-elle sèchement, levant haut le menton. Puis elle tourna la tête et ajouta l’air songeur : « Gracieuse dans le désert… ».

L’auteur a une façon de traduire le regard de la jeune fille sur Anatolie qui donne le ton de tout ce qui suivra, on est un peu chez la sorcière du conte de fée. La maladie, la différence, la solitude donnent à Anatolie une sorte d’aura magique, à la fois inquiétante et fascinante.

« ses mollets luisaient comme la gélatine »

« Sa démarche et son corps lui-même avaient quelque chose d’oblique, une ondulation incessante et fascinante en forme de huit… huit… huit… ».

« Deux très grandes chaussures, presque autant que celles des clowns, vertes comme des poivrons et munies d’attaches rouges en corne ».

Peu à peu, se tisse un lien entre Anatolie et cet enfant qui vient la nourrir, qui brave les interdits en demeurant auprès d’elle et qui, dès la première fois, alla jusqu’à partager la nourriture à la même cuillère.

« C’est Anatolie, on s’en doute, qui eut cette idée imprévue de manger ensemble, issue d’un désir pas vraiment clair et généreux mais plutôt cruel : celui de partager avec quelqu’un, avec moi, le poids de sa solitude, de cette maladie qui la torturait ».

Parfois Anatolie souffre trop, délire ou se laisse aller à une certaine méchanceté, malice plutôt.

« Tu veux donc voir une photo rouge ? demanda-t-elle quand la terrible toux se calma. Tiens ! Et elle déplia le mouchoir, plein de sang… Voilà mes rubis ! Tu en as, toi, des comme ça ? »

D’autres fois elle raconte, son passé, son père, sa mère, sa sœur et son frère cadets. Bien qu’elle ne le montre pas, elle s’attache à sa visiteuse, celle qui ose rester avec elle et les deux finalement ont une certaine bizarrerie en commun.

Un jour Anatolie parle du vent, ce vent qui devient parfois un homme et qui vient la chercher, la harcèle, mais elle lui résiste, alors il repart.

Elle l’appelait le vent (…) il avait toujours le dos tourné ; elle voyait seulement son omoplate gauche, nue, son cou, une partie de sa tête, puis rien que le torse – il devait être assis au bord du lit, à sa droite –, tandis que l’autre côté se perdait dans les ténèbres.

(…)

Comme il doit se sentir seul de n’être désiré par personne… C’est pour ça qu’il vient vers moi comme un sauvage. Comme un mendiant.

C’est que malgré tout elle est solide Anatolie, elle en a vu dans sa vie, cependant, vient le jour où elle arrête de manger. La jeune fille continue de lui rendre visite, de rester avec elle.

Je précise que je n’ai jamais cru un seul instant que j’étais l’amie d’Anatolie par héroïsme. C’était ce charme surnaturel qui m’enveloppait quand je traversais sa cour, en arrivant ou en repartant (…). C’était cette image de la brume dorée, le premier matin, qui ne m’avait pas quittée depuis (…). C’était ses paroles, qui lorsqu’elles ne débordaient pas de méchanceté, étaient attirantes comme la nuit.

Elle sera là jusqu’à la fin, jusqu’à ce que :

« J’ai sommeil, dit-elle ».

(…)

Je me levai enfin pour partir. Le vent avait laissé la porte ouverte.

Et on referme le livre, non sans une certaine émotion, ébloui par cette histoire si simple, mais que l’auteur, grâce à un véritable talent de conteuse, réussit à rendre absolument envoûtante.

Zyrànna Zatèli est née en 1951 à Sohos, près de Thessalonique et vit à Athènes. Elle a reçu le Grand prix national du roman en 1994 et 2002. Du même auteur : Le Crépuscule des loups, le Seuil 2001 ; La Fiancée de l’an passé, Le Passeur 2003 – Publie-net 2009 ; La Mort en habits de fête, Le Seuil 2007.

Cathy Garcia

Joël Bastard

Dans le cadre du Festival

EXPOÉSIE

Le troisième livre

de Joël Bastard

Bibliothèque Municipale de Périgueux
Vernissage et lecture le vendredi 27 avril 2012 à 18h30
( Exposition jusqu’au 12 mai )

Exposition de mes livres d’artiste réalisés avec

Patrick Devreux
Joël Leick
Tony Soulié
Ricardo Mosner
Evelyn Gerbaud
Jacques Capdeville
Alexandre Hollan
Jane Le Besque
Koschmider
Eric Coisel
Georges Badin
Jean Anguera
Michel Julliard
Bernard Quesniaux
Jean-Michel Marchetti
Jean-Luc Parant
Jephan de Villiers
Patricia Erbelding

Bien amicalement à tous,
et au grand plaisir de vous rencontrer.

Joël B.

http://www.joelbastard.blogspot.com/

Rita El Khayat

Les poètes andalous, Poèmes et proses universels de Rita El Khayat. Ed. L’Arbre à paroles, Belgique. Collection Poésie Ouverte sur le monde, 2011 ; 163 pages.

– Poèmes et proses universels -, que Rita El Khayat, (REK) accompagne de nombreux dessins, croquis et photographies de son cru ; première et quatrième de couverture incluses. Dans ce recueil kaléidoscope plurilingue (français, anglais, italien) sont convoqués tour à tour : un poète japonais (traduit de la langue française par l’auteure), des auteurs arabes, des mystiques. Il s’agit de cueillettes savantes, savoureuses qui se côtoient, se télescopent ; d’humeurs plurielles, personnelles, singulières, oscillant du chagrin à la joie ; de l’indignation à la gratitude ; de la description de tableaux quotidiens, « à côté de lieux mythiques aujourd’hui disparus » p.95 ; de poésie du lieu, celle de l’Andalousie perdue et rêvée : « Voyez ! / J’ai perdu mon Royaume / Poètes andalous, / Levez-vous » p.9. « Poètes andalous, / Ma peine est immense / Elle va jusqu’à la lointaine / Étoile jurer de mon chagrin, / Demain, / Je quitte l’Andalousie, / Berceau de mes pairs, » p.10.

Ainsi, d’après Rita El Khayat, ses pairs n’ont pas su retenir en leurs vers, la splendeur : « les trésors arrivés de partout », aussi « Rien de tout cela n’est demeuré dans vos poèmes, / Poètes andalous ! » p. 13 ; « Je suis le poète femme / Étranglé de misère / Aveuglé par la laideur / Meurtri par la déchéance, / Quand vous fûtes destitués, » p.16 ; « Ayez honte au fond de vos tombeaux, / Poètes perdus, / Poètes vains et vaniteux », car « L’Andalousie a été perdue ! » ; « On m’a ravi la terre de mes Aïeux » p.17.

Poésie du lieu encore, hymne à son pays, le Maroc, pérégrination d’une mélancolie amoureuse à travers les villes de prédilection de l’auteure : l’une native, les autres écrins de vie, du travail, du passage, du patrimoine, de la transformation. Rabat, Casablanca et Marrakech. Cette dernière : « unique, ‘la Ville Rose’ est un cadre enchanteur pour les passions dévorantes enfermées dans les romans. Marrakech est si caractéristique du pays tout entier qu’elle donne son nom au Maroc (…). Elle est la fête permanente de la lumière et de la couleur, l’endroit même de la musique et des percussions venues du fond des déserts, situés aux pieds de la ville qui en absorbe les résonances et les tonalités, les moments de chaleur intense et de tiédeur par les souffles des vents apportée ». p.65.

Sur Rabat, REK rapporte ceci : « mon enfance, à Rabat, tant de fraîcheur habitant les couleurs de ces aquarelles, ma passion quand j’étais fille, Perle de l’Atlantique, bijou incrusté sur la côté occidentale du Maroc » p.86 ; « Ensevelie paresseusement dans les rouges feu des hibiscus et les dégradés de violets des bougainvilliers, elle se repose au couchant de la flamme du soleil qui a caressé vigoureusement sa tête étalée sur les sables de la plage, son ventre clos sur les ruelles de la Médina et ses pieds allongés dans les ruines du Chellah, langoureuse citadelle aux secrets millénaires » p.87.

A propos de Casablanca, REK écrit : « La nostalgie de ma vie de jeune fille, du temps passé de la ville, de son apparence qui a tant changé s’empare de moi devant les édifices loqueteux ! Je suis si triste que l’on détruise ce qui est le musée mondial de l’Art Déco sans même relever les plans et mesures, archiver, photographier, reconstruire, épargner de l’oubli, préserver comme unique et fantastique… C’est Casablanca, l’une des plus belles villes du monde pour qui sait la regarder » p.97.

L’attachement portés à ces trois villes s’étend néanmoins à d’autres villes : « De Tanger à Tiznit, en aimant profondément toutes les merveilles du Maroc, un pays à nul autre pareil » p.113.     Une autre merveille est ici accentuée par l’auteure et concerne les portes : « Les portes de la vie terrestre se referment sur le repos de la nuit, sur la fin des fêtes et des cérémonies, sur le groupe de visiteurs venus refaire l’alliance », aussi « L’ineffable de la nature du Maroc réapparaît dans un objet aussi familier qu’une porte : au fond d’une impasse, encadrée de feuillage vert et luxuriant, parmi des fleurs flamboyantes, teintée, en bois massif, chaque porte raconte une maison, un quartier, une époque et tant de vies derrière elle écoulées » p.114.

Amoureuse de l’Océan « si près de la ville », REK assure : « Je suis née au bord de l’Atlantique : je ne le quitterai jamais. ».

Poésie des lieux ancestraux, et poésie de femme témoignant de destins d’autres femmes ; « les femmes sont des perles » p.63. En effet, au fil de l’écriture où transparaît le respect, l’empathie pour les destinées de femmes plurielles, s’égrainent des définitions telles que : femme-Fleur-Parfum-Souffle-Enfant-Mystère-Fatale-Flamme-Bijou-Lumière-Secret-Eau-Terre.

Les femmes modernes vivant en occident côtoient leurs sœurs d’Orient et d’Afrique qui « Voilées et pudiques, / Fortes et sincères, / (…) portaient sur leur tête / Les caravelles des coiffes, / Un enchantement, une bigarrure, / Vaisseau prêt à prendre le large, / Dans la chaleur et la violence / Du désert / Et / De la pauvreté », où  « des coins et îlots restent une terre rétive au modernisme et à la modernité brutale » p.64, et où encore « Trop de sang séché a rendu tout obscur, / Le sang des porteurs dans la forêt équatoriale / Celui des esclaves, / Celui des gésines et celui des morts, / Devant la case et sous le Baobab.. / Le sang des révoltés de l’Indépendance, / Une histoire grotesque après les Blancs… » p.74.

Et du Maroc actuel, secoué par les attentats, elle conte ceci « (…) le mardi 17 avril au soir, il y a eu un très gros orage sur Casablanca. Le bruit du tonnerre était assourdissant, empêchant quiconque de dormir. À une petite fille éveillée bien tard, on demande : ‘Qu’est-ce que c’est que ce bruit ?’ Elle répondit, tranquille, ‘le terroriste’ ». Mais même s’il est prouvé que l’on peut vivre dans  des conditions épouvantables, extrêmes et de haute dangerosité, Rita El Khayat ne se résigne pas à : « considérer normal ce qui ne l’est pas ». Et elle voudrait voir : « des champs de roses à l’horizon, dressées contre la laideur », à la place de la fureur meurtrière.

REK avec une certaine humilité et une bonne dose de philosophie fait ici aussi montre de son propre combat pour exister, en tant que femme, poète dans un monde qui lui a laissé des stigmates, ainsi : « brûlée à mon tour par les aberrations de la vie et les injustices innombrables que j’ai vécues » p.158.

Elle porte – sur le monde du vivant et des choses, sur l’histoire des petites gens, des puissants, et sur les paysages métissés, des regards à la fois lucides et nostalgiques, traduits à l’aide de sentences modérées, de critiques, de cris d’alarme, cris d’amour, cri de femme-Fleur-Parfum-Souffle-Enfant-Mystère-Fatale-Flamme-Bijou-Lumière-Secret-Eau-Terre ; femme qui avance dans une rectitude souvent approximative, – malgré tout ce qui fâche et révolte -, car « le ciel de ce jour n’est jamais, jamais celui de demain. La lumière est mille, une, multiple, rose ou orangée, elle se meurt à elle-même dans le temps qu’elle se réinvente, à l’infini » p.143.

Ainsi, Rita El Khayat, poète du lieu de la lumière, de la beauté fuyante, des émotions arlequines dépeint-elle – ici et maintenant – : « toutes les fibres inouïes de la tendresse, de la cruauté, de la limite et du gigantisme de chacun… » p.144, avec cet élan féminin, filial, maternel, maternant et décliné de manière humaine, trop humaine.

Minibiographie

Rita (Ghita) El Khayat est médecin psychiatre et psychanalyste, diplômée des Universités de Paris. Anthropologue spécialiste du monde arabe, professeur des université italiennes. Elle a publié trente-sept ouvrages, dont des essais, des romans, des nouvelles et de la poésie. Elle a écrit de nombreux articles sur la condition féminine dans le monde arabo-islamique. Elle est aussi journaliste et chroniqueuse littéraire à la radio.

Rome Deguergue