Spécial traduction

Sur la Traduction (N° 2)

Dans notre numéro sur la traduction, nous avons tenté de juxtaposer le poétique et le sérieux, la théorie et la fantaisie, avec une certaine unité de ton. Il semble, d’après les réactions chaleureuses, que nous ayons assez bien réussi auprès de nos lecteurs. Nous avons donc prévu de récidiver.

Les limitations du format et la décision de ne pas mettre «tout dans le même sac» nous ont retenu de publier une partie des contributions cette fois-ci, notamment une, importante, du poète et théoricien Michel Deguy. Par ailleurs d’autres traductions du poète et prix Nobel Grec Odysseas Elytis, dont c’était le centenaire de la naissance en 2011, n’ont pu prendre place dans le précédent numéro. Cela, ainsi que d’autres contributions intéressantes, sera donc regroupé dans la composition de notre numéro du dernier trimestre 2012.

Nous nous efforcerons de compléter ainsi les perspectives, si riches et variées, concernant cette question du traduire, à laquelle par définition, tout écrivain est attaché puisque « écrire, c’est traduire du silence », comme disait Joë Bousquet.

La rédaction de Traversées.

Vincent Lambert

Havana Club, Vincent LAMBERT, Éditions  L’Harmattan, Roman (111 pages – 13€). Dans son introduction, le narrateur se retourne sur son enfance qu’il résume en deux notions antinomiques : amour et haine. Il rend aussi  hommage à sa grand-mère « une perle » qui lui inculqua le goût de l’inconnu. C’est vers Cuba « rêve majeur d’une vie mineure » que nous embarque le narrateur. Un premier contact avec La Havane mémorable, douché par une violente et incessante drache. Il nous fait partager ses pérégrinations, semées d’embûches (collision, crash, rencontres improbables, égarement).Une sorte de voyage initiatique au cours duquel le narrateur mène sa propre révolution. Ne va-t-il pas détériorer la voiture louée ? En lui prélevant l’antenne «  offrande divine » qu’il remet à un enfant (agissant en disciple de Fidel), en ôtant les enjoliveurs, il manifeste sa rébellion et poursuit la destruction sabotant l’autoradio, éliminant les signes de modernité, de luxe.
Friand d’exotisme sexuel, il alterne conquêtes féminines (auto stoppeuses, touriste, femme de chambre) et masculines. Désireux de satisfaire ses pulsions, il se livre à de multiples expériences, qui tournent parfois au fiasco (refus de la partenaire, gifle, panne de libido d’où « un flop moral ») et l’obligent à partir. La scène la plus marquante pour le narrateur fut sa rencontre avec Gunther « l’Instable seigneur de Germanie », doté « d’une arme d’un gros calibre » qui « voyageait pour l’entretien de son inestimable sexe ». Ce dernier réussit à hypnotiser le narrateur de sa voix douce et son regard caressant. Leurs furtives étreintes le conduisent à penser que « les langues ne devraient servir qu’au sexe ». Au fil du récit nous croisons toute une galerie de personnages (des révoltés, des révolutionnaires, l’Enfant) et explorons l’île : la vallée de los Ingenios (où le narrateur s’initie à couper la canne à sucre à la machette), la sierra Del Escambray, les villes (Trinidad : « région sucrière désaffectée », Varadero), traversées par des airs de salsa, la musique de Carlos Puebla.
Le narrateur convoque les fantômes d’écrivains qui ont fréquenté l’île : Hemingway, Garcia Marquez. Le passé de Cuba est évoqué : « Les Yankees qui ont déversé leurs déchets du onze septembre ». En filigrane le régime politique et Fidel, les soubresauts de la révolution, les stigmates de l’assassinat du Che sont évoqués ainsi que l’ouverture du pays à la mondialisation et aux dollars.
A la fin du roman, l’heure du bilan s’impose : les regrets « des choses manquées », d’une enfance volée, la solitude. Le narrateur décline ses interrogations existentialistes qui n’ont cesse de le tarauder « Pourquoi penser, savoir, aimer et haïr? », et livre une satire du Monde, habité par le mal, les vices et sa vision résignée de la finitude de l’être humain : «  Amour périssable, vie dérisoire », ayant cessé sa quête du bonheur. De même, il se demande, non sans un certain humour, pourquoi tant de nationalités et pourquoi il est belge, si ce n’est « pour rire ».
Dans son post-scriptum, le narrateur revient sur son ambition d’écrire un roman nourri par cette  épopée cubaine soulignant les doutes de l’écrivain, la difficulté de maîtriser les protagonistes quand ceux-ci sont rebelles au risque de les supprimer. Toutefois, ne déclare-t-il pas qu’écrire, c’est « laisser des traces, ça vous construit des éternités précieuses » ? rappelant la pensée de Jules Renard : « Chacune de nos lectures laisse un graine qui germe ».

Nadine Doyen

La résidence d’auteurs du Pont d’Oye

La Résidence d’Auteurs du Pont d’Oye lance son appel à candidature !

La sixième édition aura lieu du 6 au 24 août 2012. Écrire dans un Château, voici la proposition faite à des auteurs francophones qui souhaitent vivre une aventure humaine et littéraire. Chaque année au mois d’août, le Château du Pont d’Oye se transforme en un écrin idéal pour toutes les plumes (poètes, romanciers, dramaturges, essayistes,…).

Vous trouverez ci-joint l’appel à candidature :  [pdf]
Le dossier est également téléchargeable sur notre site : http://www.chateaudupontdoye.be

Date limite des candidatures : 22 avril 2012

Merci beaucoup de relayer notre appel.
Si vous souhaitez faire un reportage sur la vie littéraire au Pont d’Oye, nous pouvons organiser une visite du Château, des interviews avec d’anciens résidents, etc…

Je me tiens à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

Bien à vous,

Isa Terrier
Secrétariat de la Résidence
+32 (0)470 54 19 79 ou +33 (0)6 07 88 67 62
crpo@chateaudupontdoye.be

Traversées N° 64

L’édito de Patrice Breno

Traduire, transcrire, interpréter, c’est faire des choix, restituer dans une autre langue ce que l’auteur a voulu dire, s’il a voulu faire passer ou non un message, s’il a trop ou trop peu tranché dans le vif en étant sûr que le lecteur appréciera cette autre approche, cette autre version de l’œuvre première.

Traduire, c’est aussi savoir déterminer si le sens de tel ou tel mot est bien restitué dans la langue destinataire, c’est adopter et faire adopter une nouvelle création, une certaine forme de plagiat, mais sous le couvert de l’auteur, c’est chercher à conserver les trouvailles de l’auteur, ses constructions de phrases, ses connexions, ses dialogues, ses descriptions, ses réseaux de sens, de mots, d’associations de mots, de jeux de mots, c’est passer d’une langue à l’autre en donnant un nouveau rythme tout en respectant le versant d’humour, de suspense, d’amour, de passion, de lenteur, de morbide… que le créateur a voulu aborder.

Traduire, c’est surtout pour l’interprète veiller à ne pas (trop) mentir et à oublier
toute part de subjectivité… ou du moins à l’atténuer.

Xavier BORDES, Constantin FROSIN, Claude MOUCHARD et Démosthènes
DAVVETAS nous apportent leur lumière et leur façon de voir sur l’art de traduire. Des textes grecs de Lia KARAVIA, Maria PISIOTI-IOANNOU, Odysseas ELYTIS, des textes catalans de Antoni CLAPÉS, Joseph Maria SALA-VALLDAURA, Anna MONTERO, Cèllia SANCHEZ-MÚSTICH, Lluís CALVO, Ernest FARRÉS, des textes japonais de Shizue OGAWA , des textes allemands de Else LASKERSCHÜLER, voici un véritable bouillon de culture que nous vous proposons aujourd’hui.

S’ensuivent des textes d’auteurs francophones : Jacques DEMAUDE, Claude
MISEUR, Georges JACQUEMIN, Chem ASSAYAG, Corinne HOEX, Patrick
NAVAÏ, Sylvie DURBEC, Yves NAMUR, Salah BOUDEBBOUZE, Karim
CORNALI et Hafsa IVAN. Excusez du peu !

In fine, les chroniques et recensions que chacune et chacun a le plaisir de retrouver…

Bonne lecture et bonne année 2012 pleine de lectures et de créations !