Jean-Vincent Verdonnet, « Automnales », Editions couleurs d’encres, Lausanne, 48 pages

 

LA SAGESSE DU POETEVerdonnet Jean-Vincent

Contre l’urbanisation depuis toujours et face à la nature, la poésie de Verdonnet offre sa “rubanisation”. L’auteur ne propose jamais de taille pour réduire le monde à un jardin à la française. Tout reste sous la forme d’un flux si bien que les mers de glace de l’écriture craquent. Même des dures réalités surgissent des circulations intenses et chaque livre de l’auteur représente un fragment investi du temps de sa pérégrination existentielle.

Immergé désormais dans la douceur du Genevois Jean-Vincent Verdonnet se situe à l’opposé de l’illusion paysagère “réaliste” fidèle, objective, “naturelle”. Il ne cherche jamais à jeter l’épouvante, l’effroi, la terreur à travers ce qu’il évoque. L’auteur n’est pas l’homme des déchaînements et des convulsions qui déchirent. Il reste à la recherche d’une harmonie. La posture peut sembler peu héroïque. Mais il est toujours plus facile de se laisser aller aux déferlements des orages que de les dompter. L’artifice est facile surtout en littérature ! La méditation apaisée est plus rare. Surtout lorsque, comme le poète, on a connu des périples éprouvants.

« Automnales » dans ses évocations manifeste quelque chose du regard apaisé, conciliant. Se produit un avènement particulier. Il n’est pas de l’ordre du simple point de vue. Il ne constitue pas pour autant une mise en rêve ou en symbole du paysage et du temps de l’automne de l’existence, là où un

« monde autre en toi qui te hèle

aussitôt qu’arrive à son terme

l’ivresse éparse des racines ».

Chez le poète savoyard deux opérations ont donc lieu en même temps : concentration mais aussi ouverture du champ. Le regard sur le monde trouve une profondeur : il est l’inverse d’un l’œil butinant et virevoltant qui reste toujours pressé et se contente de passer d’un reflet à l’autre.

La contemplation poétique subvertit les notions habituelles de dehors et de dedans. Pour autant ce n’est plus néanmoins et comme trop souvent la mélancolie qui s’exprime. A une révélation romantique plus ou moins féerique est préféré le désir de rapatrier l’œil dans le regard et l’existence dans la nature. Face à tous les poètes dont le subjectivisme s’emploie – de manière morbide – à dévaloriser la couleur et à prôner l’autisme du paysage, l’auteur propose de redonner la perception du monde sa valeur d’instrument de rituel de connaissance de l’être. Il prouve donc qu’un art de la célébration du paysage est encore possible à condition de rapatrier l’homme dans cette Demeure que Klee nomme “un cosmos constitué de formes ».

©Jean-Paul GAVARD-PERRET

Fouad Laroui – L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Nouvelles

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  • Fouad Laroui – L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Nouvelles, Julliard (167 pages – 17,50€)

Fouad Laroui renoue avec l’esprit de son roman de 2010 : Une année chez les Français. Dans ce recueil de nouvelles, il ouvre les frontières et fait circuler ses protagonistes dans des territoires qui lui sont familiers: du Maroc à l’Europe du nord.

L’auteur crée un univers cosmopolite, un melting-pot où les étrangers, les exilés tentent de se comprendre, de s’accepter, de communiquer et même de s’aimer.

Il nous met en immersion dans un bain de langues, de cultures, de religions et autopsie l’étranger en phase d’intégration et souvent confronté à la barrière linguistique. Il souligne le parcours des déracinés, des baroudeurs qui ne savent plus à quel pays ils appartiennent et se retrouvent en quête d’identité.

On y croise un diplomate , des enseignants dont un maître et son élève, un ingénieur, des couples mixtes, qui se délitent, quand les deux cultures se télescopent. Les protagonistes sont en prise avec des situations délicates ou burlesques, grâce à l’imagination débridée de l’auteur. On devine aussi l’importance que Fouad Laroui accorde à l’oralité par ce narrateur qui a moissonné des nombreuses anecdotes, bribes de conversations ou récits entendus dans des cafés et se délecte à nous les relater.

La nouvelle éponyme qui ouvre le recueil nous transporte à Bruxelles, en pleine canicule. Imaginez la stupéfaction de Dassoukine au réveil, constatant que son seul pantalon a été volé ! Comment pourra-t-il remplir sa mission diplomatique avec ce contretemps ? Mais la Belgique n’est-elle pas la patrie du surréalisme ?

Les retrouvailles du maître et de l’élève donnent lieu à une vraie mise en scène et leurs échanges nous gratifient d’une parenthèse philosophique (carpe diem).

Les rapports sont inversés, un revolver est brandi. Suspense. La chute est irrésistible.

Le monde entier ne joue-t-il pas la comédie ? comme l’affirme Pétrone.

L’auteur pose un regard caustique sur la société (employés SNCF), ses contemporains et les gouvernements, dénonçant l’aberration de certaines lois, les erreurs administratives. Il épingle les sommités qui promulguent des circulaires ministérielles inapplicables, mais contournables grâce à l’ingéniosité d’un directeur qui propose : la natation sèche. Il s’interroge sur la pérennité de liaisons « longue distance ».

Dans chacun des récits , Fouad Laroui, doté d’un talent de conteur, a su maintenir son lecteur en haleine avant de servir la chute, parfois inoubliable.

La richesse de ce livre tient à la variété des niveaux de langue, du style, aux nombreuses digressions, références littéraires et cinématographiques (Lost in translation), aux formules savoureuses (« Je suis un professionnel jusqu’au bout de l’étamine ») qui émaillent les récits. Le tout servi par une plume mâtinée d’humour.

On peut y voir aussi un plaidoyer pour les langues, car de toute évidence l’auteur est polyglotte : « marocain par le corps, par la naissance, mais français par la tête…».

Fouad Laroui signe un recueil roboratif et nous régale de sa truculence verbale.

Merci à l’auteur de pourvoir à notre bonheur.

©Nadine DOYEN

Tom Gates, excuses béton (et autres bons plan) Liz Pichon – Seuil 2012

Tom Gates, excuses béton (et autres bons plan) Liz Pichon - Seuil 2012

  • Tom Gates, excuses béton (et autres bons plan) Liz Pichon – Seuil 2012 – Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Natalie Zimmermann, mise en page par Anne-Cécile Ferron. 350 pages – 12,50 €

C’est qu’il était attendu ce tome 2 des aventures de Tom Gates, et c’est avec délectation que l’on se jette sur ce nouvel opus nommé Excuses béton (et autres bons plans). On y retrouve un Tom Gates fidèle à lui-même, ainsi que ses amis (Derek Fingle, Amy Porter) et ses ennemis (Marcus Meldrou, sa sœur Délia), et bien-sûr ses parents et les fossiles (ses grands-parents) et Oncle Kévin, Tante Alice et les deux cousins jumeaux qui adorent, hélas, d’horribles films d’horreur, et puis le papa de Derek qui est très sympa mais avec qui il ne faut JAMAIS entamer une discussion au sujet de la musique (à moins d’avoir plusieurs journées à y consacrer) et bien d‘autres personnages que nous avions déjà rencontrés dans le Tome 1, dont le professeur Fullerman et l’hyperactif Norman Watson, dont l’extrême agitation va devenir un atout de choix pour le groupe de Tom et Derek, les Clebszombies car Norman, à la surprise de tous, va faire un excellent batteur ! Et c’est comme ça que nous assisterons au premier VRAI concert des CLEBSZOMBIES devant une foule en délire (ou presque) à la Maison de Retraite de la Verdure. Tom Gates n’a pas (trop) le temps de s’ennuyer entre son groupe, manger des biscuits, survivre à une TERRIBLE rage de dent et à des sorties nature et piscine, embêter sans relâche sa sœur Délia (qui le mérite bien évidemment) et toujours et encore imaginer des excuses béton pour se sortir des embrouilles qui pèsent sur son avenir : Marcus Meldrou, les horribles vêtements de secours prévus pour les sorties nature, Marcus Meldrou, les exposés de dernière minute (c’est qu’il n’a tout de même pas QUE ça à faire) et leurs conséquences imprévues, Marcus Meldrou, l’orchestre scolaire (avec des instruments fabriqués à partir par exemple de bouteilles en plastique !!! La honte pour les membres d’un groupe qui monte, tel que les CLEBSZOMBIES !). Notre Tom Gates, non content d’être doué en tout (ou presque), va même se faire justicier de l’école pour démasquer le grand escroc du tableau d’honneur des étoiles d’or (jouissif) et de regagner aux yeux de tous ses lettres (étoiles) de noblesse. C’est avec un réel plaisir que nous l’accompagnons dans ces nouvelles aventures, tout au long des pages de son nouveau journal (100 de plus que dans le tome 1 !), toujours remplies de dessins et petits croquis rigolos. Bravo Tom Gates ! Un Tome 2 qui vaut au moins TROIS ÉTOILES D’OR !

Pour lire la note à propos du Tome 1 : http://www.lacauselitteraire.fr/tom-gates-c-est-moi-liz-pichon

©Cathy Garcia

Liz Pichon

L’auteur : Après des études de design, Liz Pichon a travaillé comme directrice artistique dans une maison de disques britannique. Depuis 2004, elle s’est lancée dans l’écriture et l’illustration de livres pour enfants.

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La traductrice : en plus de traduire des auteurs reconnus comme John Le Carré, Natalie Zimmermann est l’auteur de nombreux livres pour la jeunesse et a traduit pour le Seuil Jeunesse toute la série du Journal d’un Dégonflé.

KIKI SMITH ET LA BEANCE OCULAIRE Kiki Smith, Catching Shadows par E. Brown, Editions Galerie Lelong, 2012

Smith Kiki

 

KIKI SMITH ET LA BEANCE OCULAIRE

  • Kiki Smith, Catching Shadows par E. Brown, Editions Galerie Lelong, 2012

Kiki Smith refuse la représentation normée du corps produit par la société contemporaine. Son travail aborde des thèmes qui lui sont chers. Ils sont la conséquence avec les ravages du Sida à la fin des années 80. Le corps, la maladie, la blessure, la fragilité humaine sont mis en scène dans un théâtre de la cruauté et selon une étude des structures de l’organisme dans ses moindres détails. Les visions sont parfois à la limite du supportable. L’artiste aborde ainsi une critique la suprématie du savoir biomédical : «je n’aime pas la manière dont la médecine a investi le corps» dit-elle – sans en renier pour autant l’utilité.

A partir des années 1990 l’artiste aborde (comme le prouve l’exposition parisienne Chez Lelong en 2012 et prchainement au Art Basel Miami Breach) ) non seulement le corps, sa représentation mais son rapport avec la nature, le monde animal, les contes de fées et la mythologie cosmologique. Tout reste néanmoins liés à la mort et à la condition éphémère de l’être donc à son angoisse et sa disparition. Kiki Smith fait de la sorte le tour des questions majeures que posent tous las arts sauf le seul qu’elle refuse : la peinture – comme s’il s’agissait là de la technique machiste par excellence.

Un tel travail n’épargne ni celui qui regarde ni celle qui le crée. Dans l’œuvre perdurent un dehors mais aussi un dedans. L’oeil représente l’interface sur laquelle la créatrice permet de saisir une intimité errante dans son théâtre de la cruauté. La cire qu’elle utilise souvent n’assemble rien. Kiki Smith s’accroche à sa matière pour que surgissent des images aussi anciennes que neuves.

L’artiste re-produit pour re-présenter. Elle ne prétend pas rendre une vue “ objective ” du corps et ne partage en rien la croyance en un signifié transcendant (réalité ou vérité données) qui serait stable et accessible. Il s’agit de s’extraire du déni du corps réel, vivant et mortel. L’artiste veut plus particulièrement que nous nous regardions nous regarder. D’où l’importance ici du regard de la vision. De l’œil au regard s’instruit par la médiation de l’oeuvre la fissure des certitudes trop facilement acquises.

Reprenant l’idée de Lacan ( « Dans l’art toujours se manifeste quelque chose du regard »),l’artiste ouvre à la béance oculaire. Les deux orbites « disent » la prise du spectateur dans un regard qui devient le confident de ses opérations les plus secrètes. C’est pourquoi chez Kiki Smith deux mouvements plastiques ont lieu en même temps : concentration mais aussi ouverture du champ.

Avec en plus un effet de réflexion : le regard s’éprend, s’apprend, se surprend alors que l’œil butinant et virevoltant reste toujours pressé. Il lui manque le poids de la mélancolie que soudain l’artiste lui accorde. Il ne peut plus se contente de passer d’un reflet à l’autre. La mélancolie transcendantale qui s’exprime semble de nature à traverser la vision du spectateur jusqu’à atteindre un arrière-oeil, un au-delà non désignable et qui pourrait être le royaume des morts.

L’œuvre dans sa forte connotation organique propose des “ paysages ” emboîtés les uns dans les autres. Le regard en est partie prenante. Mais la féerie n’est jamais romantique. Les œuvres présentées chez Lelong font fonction de labyrinthe oculaire. L’œil est une fenêtre mais ouverte sur l’orbital capable de permettre de communiquer dans une unique et gigantesque métaphore de l’“ homo-humus ” que l’artiste a montré jusque dans ses matières fécales.

De l’œil au regard s’instruit la médiation de l’œuvre. Elle fissure énigmatiquement les certitudes trop facilement acquises de la contemplation fétichiste. On est regardé de partout dans ce qui pourrait être une métaphore de la grande surveillance que la société impose. Mais en fait ici la surveillance est d’un autre ordre. On n’est pas regardé partout mais de partout dans une approche qui trouble les rapports de dehors et du dedans.

©Jean-Paul GAVARD-PERRET

Les Larmes d’Agathe, Christian Amstatt

Les Larmes d'Agathe, Christian Amstatt

Les larmes d’Agathe reportent le lecteur dans le Morvan des années 50. Le poids de la guerre, ou plutôt des deux guerres mondiales, y est encore très sensible. Ainsi, Agathe est une orpheline de guerre qui ignore tout de ses origines. Comme beaucoup d’autres orphelins, elle a été placé dans une famille de paysans. Ses parents adoptifs ne l’ont pas maltraitée, mais ils ne lui ont pas non plus donné l’affection qu’une enfant dans sa situation est en droit d’attendre. Eux, en recueillant plusieurs enfants – Agathe est la dernière -, ont cru n’être mus que par l’argent qu’en contrepartie leur verse l’Etat. Mais la réalité du cœur est sans doute plus complexe. Ce couple est malheureux : il n’a pas eu d’enfants naturels parce que lui, lors de la première guerre mondiale, a reçu une blessure qui l’a empêché de jamais procréer. Et sans doute, lorsque arrive la seconde guerre mondiale, leur vie a-t-elle déjà été trop rongée par ce drame pour qu’ils aient l’énergie mentale d’accueillir les orphelins comme leurs enfants.

L’enfance et l’adolescence d’Agathe, comme beaucoup d’autres, ont donc été tristes, et toute de travail puisqu’à la terre seuls les grabataires ne travaillaient pas.

Mais ces années 50 sont aussi pleines d’espoir d’amélioration matérielle. Quelques voitures commencent à apparaître, les agriculteurs aisés peuvent se mécaniser. Tel est notamment le cas de Fernand, un jeune homme très travailleur qui s’éprend si bien d’Agathe, quoiqu’il la connaisse à peine, qu’il la demande en mariage. Flattée, ayant le cœur par ailleurs libre, et avec l’ardent désir de changer de vie, Agathe convole avec lui.

Sa nouvelle existence n’est pas à proprement parler malheureuse. Certes, elle est toujours toute de travail, mais comme celle de tous les gens de la terre. Et il est intéressant pour elle de voir dans sa ferme même les évolutions apportées par la technologie tant aux travaux agricoles qu’aux tâches domestiques. Et puis, Fernand est un gentil mari. Malheureusement, s’il a la qualité d’être un gros travailleur, et s’il se tient parfaitement au courant des innovations susceptibles d’améliorer les rendements, il est sur d’autres points victime des tabous de l’époque par incapacité à réfléchir par lui-même, à s’interroger. En d’autres termes, il est de ces innombrables hommes qui ignorent que les femmes peuvent éprouver du plaisir sexuel, et pour qui elles sont des réceptacles de leur désir et de leur semence. Mais le ventre d’Agathe, obstinément, demeure plat.

Les « évènements » d’Algérie, euphémisme par lequel est cachée la guerre, paraissent bien lointains dans cette province profonde de France. D’abord, pour beaucoup, l’Algérie a toujours été perçue presque comme un pays étranger. Et les gens sont tout accaparés par leur présent, par la nécessité de se remettre du dernier conflit mondial, et par l’élan vers l’avenir dans une société qui change soudain très vite dans tous les domaines.

Lorsque Agathe apprend la mort de son ami d’enfance Xavier, comme elle orphelin de guerre, le choc est terrible. Surtout, elle veut savoir. Par les détails donnés sur sa mort, elle saisit en effet que celle-ci n’est pas normale. Pour comprendre ce qui est réellement arrivé à Xavier, elle n’a d’autre possibilité que de s’informer sur la guerre en Algérie, en particulier auprès de ceux qui en sont revenus, parfois profondément traumatisés.

Tandis qu’autour d’elle les autres campagnards découvrent la réalité de la guerre qui se produit au loin parce que des appelés reviennent dans un cercueil, tandis aussi que s’amorce la reconnaissance des femmes comme des être humains à part entière – droit de vote, notamment – et qu’Agathe fait pleinement corps avec cette évolution, elle apprend enfin la vérité terrible sur la mort de Xavier.

Ce roman ponctué par les chansons de Jacques Brel qu’Agathe écoute passionnément à la radio démasque donc aussi les répercussions regrettables d’une religiosité étriquée, voire superstitieuse, dans les rapports humains, les travers de certains membres du clergé, les mascarades par lesquelles les pouvoirs publics tentent de masquer l’horreur, et, à travers le lumineux personnage de Xavier, ce qui, en toute guerre, est inacceptable comme la torture. Durant la guerre d’Algérie, des officiers refusèrent de l’appliquer. Même le général Jacques Pâris de la Bollardière, qui durant la seconde guerre mondiale, n’avait pas embrassé la Résistance pour ensuite cautionner la torture dans une autre guerre, la dénonça dans les médias, ce qui détruisit sa carrière. Les larmes d’Agathe, sans oublier les soldats qui exécutèrent des ordres immondes et qui en furent parfois traumatisés, parle des simples appelés qui eurent le courage de se rebeller contre ces ordres immondes au nom d’une conception digne de l’être humain et de la France, et qui parfois en moururent.

Mains romans procurent du plaisir à la lecture mais s’oublient aussitôt. Il ne peut en être de même de celui-ci. Il appartient à la Littérature. Si les Algériennes d’Albert Camus permettent de mesurer la responsabilité des politiques français dans le déclenchement de la guerre d’Algérie, Les larmes d’Agathe sont un hommage profond et sensible à tous ceux, trop souvent oubliés, qui surent s’élever contre l’inacceptable, et plus largement encore un émouvant plaidoyer contre toute guerre.

©Béatrice GAUDY