Barnabé LAYE « Requiem pour un pays assassiné » éditions L’ Harmattan – 2012 – Collection – Poètes des cinq continents – 63 pages. Préface de F. Defontaine.

    Barnabé LAYE « Requiem pour un pays assassiné » éditions L’ Harmattan - 2012 – Collection – Poètes des cinq continents – 63 pages. Préface de F. Defontaine.

  • Barnabé LAYE « Requiem pour un pays assassiné » éditions L’ Harmattan – 2012 – Collection – Poètes des cinq continents – 63 pages. Préface de F. Defontaine.

L’ouvrage de Barnabé LAYE « Requiem pour un pays assassiné » nous impose un temps de réflexion et de recueillement sur la fragilité de la nature humaine et son inconsistance.

Si l’on donne ici la parole à un pays, en fait c’est bien de l’homme et de l’homme seul dont-il s’agit et qui soulève tant d’interrogations !

Barnabé LAYE appartient à ces poètes, ces griots ou dyâlis de l’immense terre africaine et qui porte toujours les cicatrices de l’origine, de sa lointaine et insondable histoire.

Le poème liminaire n’est qu’un cri, il a valeur testamentaire !

« Ecrire

Une dernière fois

L’éclat de la blessure

Lambeaux de honte et d’opprobre…/… »

Dire une fois encore la profonde stigmatisation, la déchirure d’un pays écartelé, laminé, tant par les machinations et lobbys extérieurs que par les intrigues et corruptions intérieures.

En homme sage, lucide et clairvoyant, le poète fait l’état des lieux, le constat révélateur et sans concession.

« Fuir l’intouchable image

D’une vérité des jours ordinaires »

La douleur est telle, l’indigence si palpable que parfois pour, un bref instant il arrive que le poète donne l’impression de se résigner.

« C’est l’enfer

On y peut rien »

L’écriture libre est marquée, cadencée, elle donne un rythme au temps, délimite l’espace un peu comme un tam-tam, c’est un battement de cœur, avec pour seul espoir, pouvoir encore toucher la ligne fragile de l’horizon.

C’est un cri gravé au fer rouge au fond du cœur, c’est une scarification au plus profond de l’âme.

«  Un pays qui se couche

Comme une insulte tombée du ciel »

Un pays soumis, exploité, jusqu’à en devenir exsangue.

Oui, Barnabé LAYE nous parle d’un pays victime des conflits d’intérêts des « autres », mais osons le dire les « autres » ont été le plus souvent les impérialistes occidentaux, mais aussi désormais encore beaucoup plus sous-jacent les capitalistes extrêmes orientaux soutenus par la complicité avide de certains dirigeants africains et autres ploutocrates responsables des plus médiocres corruptions.

«  D’un pays à l’encan

Seul face aux tempêtes de l’Histoire…/…

……………………………………………

Embarqué malgré lui dans les querelles

Et les infortunes des Autres

Jouant ici et là

Les gladiateurs de l’Empire »

Et cependant tout aurait pu prêter à la poésie, à la rêverie, aux légendes, aux variations des griots.

Toutefois le poète y poursuit son chemin, y apporte son observance et ses songes avec cette incontournable note d’humanisme.

La réalité est particulièrement cruelle, mais bien réel !

«  Des millions de bouches

Qui racontent le désespoir »

«  Avec ses légions faméliques

Rivées à cette terre »

La terre devrait appartenir à ceux qui la cultivent, qui la protègent, qui la nourrissent. Nous sommes tous les citoyens de la terre, sans barrières, sans frontières.

Mais au cœur de cette sinistre réalité, nous retrouvons inaltérables et inaltérées les couleurs de l’amour, où le peuple est beau, noble, rieur, chamarré. Un peuple au labeur, qui construit et érige avec ses mains nues, qui laboure la terre avec une mule, un cheval ou un zébu, un peuple qui respecte et préserve ce dont-il n’a pas encore été dépossédé.

Barnabé LAYE use de la parole comme d’un exutoire, il joue avec des formules lapidaires, prenantes, poignantes, mais aussi d’une extrême beauté poétique, où les images révélatrices foisonnent.

Nous n’échappons pas, au monde des ombres de la nuit, aux retours des esprits, à l’évocation des morts, des jeteurs de sorts et autres marabouts « protecteurs ».

C’est aussi le pays des nuits de rituels, d’incantations, d’évocations des anciens, des esprits par la mystérieuse puissance des masques, jusqu’à ce que tout s’efface juste avant les premières lueurs du jour, juste à la pointe naissante du soleil.

Lourde épreuve initiatique pour un poète de porter les blessures d’un pays que l’on croit oublié et c’est précisément ce que Barnabé LAYE révèle avec une implacable pertinence soulignée d’une vision sage et éclairée.

Avec des reprises, des mots clés, notre poète imprime une intensité répétitive à sa parole.

Cependant osons-nous poser la question ! Si les religions n’étaient que des institutions à illusions. Si l’usurpation était flagrante depuis des millénaires, imposée comme moyen de pression, de peur, de superstition, d’aliénation, de manipulation des masses hypnotisées maintenues dans l’ignorance ? Ne fût-il pas déjà évoquer l’expression «  opium du peuple » !

Pour oublier leur mal de vivre, leur misère sur cette terre, les hommes usent d’artifices, ils fument, boivent, se droguent, prient, font des guerres, se déchirent dans ce grand drame africain qui est aussi celui du monde.

«  Des bottes et des kalachnikovs. »

Fléau aveugle des religions qui ne devraient être que « paroles et actes d’Amour » mais qui hélas ne sont le plus souvent qu’instrumentalisations, radicalisations, retour aux obscurantismes, aux intolérances, aux non respects des droits de l’homme et des différences.

Sans animosité la question est posée !

Alors, les religions, oui, pourquoi pas ? Mais dans l’action positive du partage, de la connaissance, de la paix et de l’amour universel.

Utopie de poète ? Non, possible réalité de l’homme lorsque nous pourrons écrire ce nom avec un «  H » majuscule !

«  Je vous parle d’un pays

Où les hommes ont deux millions d’années

Paroles d’oracle

……………………………………………..

Deux millions d’années qu’ils marchent

………………………………………………

Ils ne savent vers quel port…/…

Là, demeure l’inconnue de la destinée de ces marcheurs en exil sur les vastes terres africaines.

Marcher, oui ! Mais où, vers quel but, vers quel devenir ?

L’Afrique est bien ce pays immense et fascinant, matrice des nos origines qui n’en finit pas de redécouvrir sa raison d’être, son identité, de retrouver et de reconstituer ses véritables racines.

Incontestablement Barnabé LAYE nous parle avec brio et une lucidité extrême d’un pays à hauteur d’homme qui ne devrait pas tarder à trouver sa réelle mesure.

Parole de griot, parole de dyâli !

©Michel Bénard

Régis Debray, Modernes catacombes, Gallimard, 2012.

  • Régis Debray, Modernes catacombes, Gallimard, 2012.

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Régis Debray est philosophe, médiologue (mot créé pour désigner un spécialiste des médias), essayiste, romancier, et j’en passe. Il est membre de l’Académie Goncourt depuis 2011. Il a beaucoup d’admirateurs et beaucoup de détracteurs, ce qui est toujours bon signe. De fait, on a affaire à un penseur original et qui ne pratique pas la langue de bois. Chaque fois qu’il aborde un problème, il met le doigt sur l’essentiel, déniche les failles et n’y va pas à fleurets mouchetés. Pour ceux qui aiment pareille attitude, c’est toujours un régal.

Je l’avais découvert à travers Loués soient nos seigneurs (1996) au titre parodique. Il y évoquait successivement ses relations avec Fidel Castro et avec François Mitterrand, amour-haine, ou plus exactement adhésion passionnée puis désenchantement. C’est avec la même finesse qu’il publiait en 2008 Un candide en Terre sainte. Il y rapportait ses découvertes et donnait son sentiment sur un des drames de notre époque, le honteux conflit entre Israël et les Palestiniens

Le livre qu’il a publié fin 2012, Modernes catacombes, est un recueil d’articles, de conférences de notes sur la littérature et l’écrit. Il ne dépare pas sa substantielle bibliographie.

D’entrée de jeu il pose la question de savoir à quoi peut bien servir la littérature. Après avoir proposé quelques réponses qu’il rejette tour à tour, il adhère à la formule de Julien Gracq (pour lequel il éprouve une légitime admiration) : la littérature serait « un refuge contre tout le machinal du monde ». Il sera donc beaucoup question ici de littérature et des écrivains.

Qu’on ne s’attende toutefois pas à une série de médaillons ou de portraits plus ou moins complaisants. La preuve en est donnée par le premier texte intitulé Sollers, le bel air du temps, réplique à un article fort critique du dit Sollers. Les milieux littéraires aiment ces querelles qui leur donnent l’impression de vivre et leur permettent de rappeler au public (aux lecteurs) qu’ils sont toujours dans la course. Encore faut-il que, pour polémiquer congrûment, on apporte des arguments. Le texte en question m’a paru si bien argumenté qu’il parvient à remettre à sa place un écrivain surfait, opportuniste, naviguant au plus près des vents de la mode. « Cynique, n’ayant foi qu’en son intérêt, insensible aux valeurs, dispensé de sentiments et coiffé de modes », ainsi le décrit Jean-Paul Aron. Plus d’un pense comme lui.

Suivent une discussion à propos de Foucauld, une réponse à jean Clair à propos de Breton, une forte réflexion sur l’autobiographie.

Il ne peut être question ici de citer tous les chapitres. Que l’on sache simplement qu’il est encore question de Gracq, de Romain Gary (un talent fort du XXe siècle, à mon sens), de Mauriac et de de Gaulle, de François Nourrissier qui, pourtant, « n’est pas de sa paroisse », du journaliste Albert Londres et de Jean Daniel, aussi bien que de mise en scène ou de littérature épistolaire (un des plus beaux textes du livre), etc.

Polémiste, mais polémiste intelligent, maîtrisant une langue quelquefois ardue mais poétique par moments, Régis Debray est, à mon sens, un de ces écrivains profitables (pour le lecteur) dont la littérature française d’aujourd’hui a bien besoin.

©Georges Jacquemin

Les possédés de la pleine lune de Jean-Claude Fignolé. Éditions Vents d’ailleurs, octobre 2012. Première édition en 1987 chez Seuil. 221 pages, 19 euros.

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  • Les possédés de la pleine lune de Jean-Claude Fignolé. Éditions Vents d’ailleurs, octobre 2012. Première édition en 1987 chez Seuil. 221 pages, 19 euros.

 

 

Si l‘on est de celles et ceux qui veulent tout comprendre et immédiatement, on prend le risque en lisant ce livre, d’un mal macaque, une gueule de bois, dans la langue haïtienne, car tout y est inextricablement emmêlé. Passé, présent, la nuit et le jour, la mort et l’amour, mythe et réalité, les histoires et les destinées, le rire et les larmes, espoir, désespoir, rêve et cauchemar. Tout est vivant, tout cherche à s’exprimer, même les morts. Tout a une âme, le ciel, la terre, l’eau, les animaux, tout est personnifié, même les objets, les maisons, tout est magie et même le malheur, omniprésent, est une force vitale dans ce village des Abricotiers, qui ne peut que se relever toujours et encore, entre deux désastres, qui ne manquent pas de le ravager. Ouragans, sécheresses, inondations, deuils innombrables et la monstrueuse bête à sept têtes qui dévore régulièrement dans ce pays d’Haïti, chaque nouvelle pousse de liberté et de démocratie. Peu à peu, quelques personnages se dégagent du magma de cette langue incroyablement dense et riche, avec laquelle l’auteur nous dépeint ce petit village, coincé entre mornes et océan.

 

Il y a d’abord Agénor et sa femme Saintmilia, couple pivot du roman.

 

« Agénor avait vécu retiré avec sa femme aux limites du cimetière, cultivant dans la solitude de sa chaumière un goût de la singularité qui avait ouvert la porte à tous les fantasmes. Il dormait le jour, péchait la nuit, rentrait à l’aube, sa tête et son panier pullulant de poissons aussi gros que l’église. Les hommes du village le disaient bizarre. Certains insinuaient même qu’il était fou. Ils l’avaient jugé différent pour mieux opposer à cette différence une attitude collective dans laquelle entraient sans aucun doute la crainte, l’envie, la jalousie sinon la haine. »

 

Et puis, il y a Louiortesse, le rival, défiguré par Agénor, qui reviendra plus tard aux Abricotiers et cette mystérieuse savale borgne, un immense poisson des eaux mêlées qu’Agénor, éborgné lui aussi depuis la fameuse nuit où il avait faillit la pêcher, n’aura de cesse de traquer pour assouvir une folle soif de vengeance. Et puis encore la belle Violetta, la fille de Diéjuste, qui elle aussi s’en va au bord de l’étang de Pombucha, les nuits de pleine lune, et qui donnera naissance à Rosita, fille de l’eau et de la terre. Et tous les autres encore qui prennent place dans le tableau. Un tableau qui ne cessera de se modifier, où régulièrement un seau de pluie ou de clairin viendra tout barbouiller. C’est comme si l’auteur lui-même était possédé tour à tour, mais souvent en même temps, par chacun des habitants des Abricotiers, quand ce n’est pas par le vent ou un fantôme, le soleil ou la lune.

 

La mémoire collective elle-même s’empare de sa plume et cette plume se fait pressoir, dans lequel passe le village des Abricotiers avec toute son histoire et ce roman en est le jus concentré, de ce village particulier, mais aussi de tout ce fabuleux pays qu’est Haïti, avec sa beauté, sa magie, ses folies, sa douleur. Un jus épais, à la fois amer et sucré, miroir où vient se mirer le monde et dans lequel on se perd, on s’égare et se noie avec délectation. C’est un livre qui ne se lit pas avec la tête, mais avec le ventre, avec la peau, avec le souffle. Un grand livre, dont la trame est une spirale, un roman d’une beauté féroce, plein d’humanité, avec un humour et une poésie inimitables, intimement liés à cette terre haïtienne. Envoûtant, il fond sous la langue, il enivre comme plusieurs maries jeannes de clairin, alors plongez-y, baignez vous dedans, buvez jusqu’à plus soif, mais ne cherchez pas à tout comprendre de suite, cela vaut mieux, vous prendriez le risque d’un mal macaque.

 

 

©Cathy Garcia

 

 

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Jean-Claude Fignolé est un écrivain haïtien né le 24 mai 1941 à Jérémie (Haïti). Il est l’un des fondateurs du mouvement littéraire appelé spiralisme en collaboration avec Frankétienne et René Philoctète. Dans les années 1980, Jean-Claude Fignolé apporte un support essentiel aux habitants du petit village des Abricots dans la Grand’Anse, dont il est originaire. Père de trois enfants (Jean-Claude O. Fignolé, Christina Fignolé et Klavdja Annabel Fignolé), Jean-Claude Fignolé est aujourd’hui maire de la commune des Abricots depuis 2007. Il assiste les habitants dans un travail de développement de toute nécessité (reboisement, éducation, santé, constructions routières, agriculture) afin de freiner l’exode rural prépondérant en Haïti. Épargné par le séisme du 12 janvier 2010, le village des Abricots a du accueillir plusieurs milliers de rescapés qui ont fui la capitale. Jean-Claude Fignolé a du abandonner sa plume pour se consacrer entièrement à cette cause.

Bibliographie :

Etzer Vilaire, ce méconnu, Port-au-Prince, Imprimerie Centrale, 1970.
Pour une poésie de l’authentique et du solidaire « ces îles qui marchent » de René Philoctète, Port-au-Prince, éd. Fardin, 1971.
Gouverneurs de la rosée : hypothèses de travail dans une perspective spiraliste, Port-au-Prince, éd. Fardin, 1974.
Vœu de voyage et intention romanesque, Port-au-Prince, Fardin, 1978.
Les Possédés de la pleine lune, Paris, Seuil, 1987.
Aube tranquille, Paris, Seuil, 1990.
Hofuku, Port-au-Prince, éd. Mémoire, 1993.
La dernière goutte d’homme, Montréal, Regain/CIDIHCA, 1999.
Moi, Toussaint Louverture… avec la plume complice de l’auteur, Montréal, Plume & Encre, 2004.
Faux Bourdons, in Paradis Brisé : nouvelles des Caraïbes, Paris, Hoëbeke, coll. « Étonnants voyageurs », 2004, p. 87-131.
Le voleur de vent, in Nouvelles d’Haïti (collectif), Paris, Magellan & Cie, 2007, p. 37-52.
Une heure avant l’éternité, extrait de : Une journée haïtienne, textes réunis par Thomas C. Spear, Montréal, Mémoire d’encrier / Paris, Présence africaine, 2007, p. 179-184.
Une heure pour l’éternité, Paris,éd. Sabine Wespieser, 2008.

 

 

 

 

Françoise Lassalle, Du ciel au Sertão: une escale au Brésil, (éditions Raison et Passions (1) (212 pages – 16€)

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  • Françoise Lassalle, Du ciel au Sertão: une escale au Brésil, (éditions Raison et Passions (1) (212 pages – 16€)

Françoise Lassalle nous embarque au Brésil et nous plonge dans les coulisses de la préparation d’un vol (étude des conditions météo, briefing…).

Elle sait nous harponner créant le suspense dès le prologue en distillant des mots clés.

Quels sont donc ces « événements criminels » évoqués,« ces exactions » commises ? Qui sont « ces trois hommes menottés » qui causèrent un tel traumatisme chez Karine, jeune navigante, qu’elle en frissonna en les revoyant ? Que leur reproche-t-on ?

On découvre que l’équipage a été convoqué par le colonel Figueiras pour une reconstitution des faits. Le ton intransigeant du colonel laisse deviner des failles, des doutes quant aux premières dépositions faites. Érico ne militait-il pas en faveur de leur libération ?

L’auteur nous fait revivre le vol du 22 décembre 2008. Toutes les phases du décollage sont décrites avec une telle précision que l’on se sent comme Eva « arrachée du sol ».

On suit chacun des « onze globe-trotters » dans leurs activités spécifiques et parfois dans leurs pensées intérieures. On assiste aussi à la naissance d’aimantation entre certains passagers et personnel. On note la présence de passagers bien particuliers. Eva, la seule à avoir une double culture nous initie aux rites religieux du Brésil, ce qui apporte un dépaysement pour le lecteur.

Le récit permet d’appréhender en filigrane la situation politique sous la présidence de Lula pointant la cause des protestations.

Les conditions météo les obligent à prévoir une escale à Bahia, d’où les complications pour les voyageurs à destination de Rio.

Un coup de théâtre inopiné va bouleverser tous les plans personnel de chacun des otages et générer angoisse et inquiétude pour le personnel resté à terre.

L’irruption d’hommes armés, violents sema la panique, mais leurs menaces ont vite cloué au silence ceux qu’ils tenaient sous leur joug.

On suit l’invraisemblable errance de ce mini bus aux mains de leurs ravisseurs.

La disparition de René risque de déclencher une réaction expéditive.

Des affaires de cœur se greffent dont celles de Karine et Irembé et de Maud et Ėrico.

Françoise Lassalle décrypte en profondeur la relation prisonniers et geôlier pendant cette captivité. Comme deux des otages peuvent s’entretenir dans la langue de ces pirates, ils tentent de les apprivoiser, de comprendre leurs mobiles. Ceux-ci exposent leurs doléances, pointent la politique de Lula qui ne tient pas ses engagements, réclament d’être entendus. Ces militants pour la défense des terres pourront-ils convaincre de leurs droits et justifier la légitimité de leur action ?

N’auront-ils pas réussi à rallier à leur cause Érico, en qui il voyait un ennemi ?

Quel sera leur sort ? Quels peines encourues ? Les victimes seront-elles impartiales ?

Par ce fait divers, la romancière explore le syndrome de Stockholm, qu’Amélie Nothomb nomme ici le syndrome de Bahia.

Des affaires de cœur se greffent dont celle de Karine et Irembé.

La fin de leur captivité et des revendications des rebelles est célébrée par une joute musicale et poétique, proche du slam, improvisée par Irembé et le vaqueiro. Les strophes résument quelques instantanés, font allusion à cette attraction de « la Francesa » découvrant l’existence de Clarinda, la femme d’Irembé.

Le lecteur est introduit par Eva dans le cercle fermé de la cérémonie du « caudomblé »,qui génère un état de transe, extatique chez les initiés.

De leur côté, les autres membres de l’équipage se mobilisent pour alerter la police, pas des plus réactives. Le lecteur est alors tenu en haleine jusqu’au dénouement à Juazeiro, notre « corazón » battant par empathie aux péripéties stressantes des otages.

Soulagement pour tous après cette cavale mouvementée, riche en rebondissements.

Françoise Lassalle nous livre une galerie de portraits très fouillés et contrastés, l’équipage et passagers formant un microcosme hétérogène. Victor, l’adolescent adopté, en quête d’identité, qui éprouve le besoin d’un retour aux sources et s’y fond à merveille au point de vouloir rester tout comme Eva ; Claudio/Claudia le travelo ; Patrice, le steward inconsolable de la perte de son ami avec qui il avait prévu d’adopter un enfant ; René, le mari infidèle, qui s’en repent ; Ėrico , le séducteur.

L’auteur, spécialiste des civilisations de l’Amérique latine, nous donne un panorama de la culture brésilienne dans son roman ponctué de phrases en portugais, de poèmes. D’autre part, elle analyse avec profondeur le comportement des protagonistes et met en exergue leur façon de rebondir, de positiver, à la manière de Boris Cyrulnik.

Ils ont retrouvé un sens à leur vie, choisi d’aller à l’essentiel et atteint la sérénité.

Les épreuves les ont soudés et ont permis de débusquer les qualités humaines. Ils redécouvrent les valeurs d’entraide, d’amitié, de fraternité et de solidarité.

Françoise Lassalle signe un roman à la veine partiellement autobiographique, qui véhicule des leçons de vie, des promesses d’espérance quant à « transposition des eaux » du rio et laisse envisager une médiation constructive pour les paysans.

©Nadine Doyen

Ouz suivi de Ore et de Ex, Gabriel Calderón, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Françoise Thanas et Maryse Aubert. Actes Sud, collection Papiers, 2013. 244 pages, 25 €.

  • Ouz suivi de Ore et de Ex, Gabriel Calderón, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Françoise Thanas et Maryse Aubert. Actes Sud, collection Papiers, 2013. 244 pages, 25 €.

Ouz et Ore et Ex, trois pièces d’un jeune auteur, dont les dénominateurs communs sont un humour féroce qui bascule dans le fantastique et l’absurde, caractéristique de beaucoup de bonnes écritures latino-américaines, et le poids de la famille, elle-même bousculée et violentée, par le contexte politique, religieux et social. Ces pièces questionnent le fond d’humanité chez l’être humain, et aussi la quête d’amour et de vérité.

 

Trois pièces de théâtre qui ont pour toile de fond l’Uruguay. Petit pays dont on parle peu, qui comme ses voisins a subi dans les années 70, une dictature sanguinaire avec son lot de tortures, d’assassinats et de disparitions, et qui aujourd’hui, est gouverné par José Mujica Cordano, surnommé « Pepe Mujica, un étonnant président, ex-guérillero tupamaro. D’ailleurs, une de ses phrases a inspiré l’auteur pour l’écriture d’Ex, la dernière pièce.

 

La première, Ouz, est de loin la plus drôle et la plus déjantée. On ne s’y attend pas d’ailleurs au début, ce qui la rend encore plus drôle. La pièce démarre dans la cuisine de Grace, une respectable épouse d’un respectable époux, d’une respectable et pieuse famille catholique, vivant dans le tranquille et respectable village d’Ouz, où chacun va à l’église pour glorifier Dieu et où chacun respecte les lois du Tout-Puissant. Or, voilà que Dieu s’adresse personnellement à Grace, alors qu’elle est seule dans sa cuisine. Il s’adresse à elle comme n’importe qui le ferait, en lui parlant. Grace, ne pouvant le voir, a bien du mal à le croire, aussi sa foi est elle mise à rude épreuve, et elle le sera encore plus, quand Dieu va lui demander de lui prouver son amour, en tuant un de ses enfants.

Grace et son époux ont deux enfants, Tomàs, qui est beau, fort et fait son service militaire et Dorotea, plus jeune, qui est autiste. Ce que Dieu lui demande là, est absolument impensable, terrible, mais Grace a confiance en Dieu, plus que tout, et elle ne voudrait pas qu’il pense qu’elle, n’est pas digne de sa confiance. Elle n’a pas le droit de parler à qui que ce soit de cette conversation avec Dieu, mais elle a besoin de confier son cruel dilemme à Jack son mari, quand il rentre ce soir-là. Lequel des deux enfants va-t-elle tuer ? Ce qui fait bien rire Jack, qui pas une seconde ne pense que sa femme est sérieuse, et quand il s’aperçoit qu’elle pense vraiment ce qu’elle dit, il prend peur et court chercher le curé pour un exorcisme. C’est ainsi qu’au fur et à mesure des tentatives avortées de Grace pour sacrifier un de ses enfants, et de ses mensonges de plus en plus éhontés, en même temps que le ton des dialogues va changer du tout au tout, entreront en scène d’autres personnages : Père Maykol, le curé, José le boucher et Catherine sa fille ; Fiona et Leona, deux sœurs voisines de Jack et Grace, et tout ce petit monde aux prises avec un imbroglio de plus en plus complexe et délirant, va révéler les dessous de ce village si tranquille et parfait, dans une spirale d’absurdités de plus en plus monumentales, où tous les tabous se verront balayés. C’est une pièce extrêmement subversive et hilarante, au rythme très dynamique qui se déverse en flot de dialogues où la vulgarité se fait libératrice, jusqu’au dénouement, qui lui aussi est des plus inattendus. Cette surenchère d’absurdités et de provocations donne à cette pièce la dimension d’une véritable et jouissive satyre sociale et religieuse.

 

 

La deuxième pièce, Ore, sous-titrée « Peut-être la vie est-elle ridicule ? » parait du coup plus fade, et surtout elle est plus difficile à suivre, car les personnages, suite à une arrivée d’extra-terrestres, changent de corps, si bien que chaque personne s’exprime dans le corps d’une autre. Le fond de la pièce est politique, et fait référence aux enlèvements durant la dictature et l’implication embrouillée des uns et des autres.

 

C’est aussi le cas d’Ex, sous-titrée « Que crèvent les protagonistes ? », qui met en scène Ana et son fiancé Tadéo. Ana est jeune, elle n’a pas connu la dictature, mais elle voudrait connaître enfin la vérité sur les lourds secrets qui pèsent sur sa famille. Pourquoi certains ont disparus, pourquoi d’autres ne se parlent plus, mais la plupart sont déjà morts. Son fiancé Tadéo va, pour lui prouver son amour et grâce à une machine à remonter le temps qu’il a lui-même conçu, ramener du passé, les uns après les autres, jusqu’à rassembler tout le monde, le temps d’un repas de Noël, Graciela, la mère d’Ana, Jorge, son père et José, le frère de ce dernier, mort sous la torture et Antonio, son grand-père et père de sa mère. Ana et Tadéo ont aussi invité Julia, l’autre grand-mère, mère de Jorge et José, la seule à être encore vivante. Mais rien ne se passera exactement comme l’avait espéré Ana, et le prix à payer pour connaître la vérité sera bien plus lourd qu’elle ne l’aurait imaginé. Remuer le passé et en ramener ses protagonistes ne sera pas sans conséquence. Cette pièce qui fait des va-et-vient entre temps présent et scènes du passé, met en lumière toute la complexité des situations de ces pays qui ont connu des dictatures, avec toute la souffrance provoquée qui perdure au présent, longtemps après, dans les non-dits, les crimes impunis, les familles désunis, les secrets qui rongent. Et cela peut-être, au moins tant que ne sont pas morts tous les protagonistes. C’est la question que se pose Gabriel Calderón dans son prologue.

 

« Il ne suffit pas qu’ils meurent, IL FAUT QUE CRÈVENT TOUS LES PROTAGONISTES. »

 

 

©Cathy Garcia

 

 

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Gabriel Calderón est un jeune auteur uruguayen. Également acteur et directeur de compagnie, il a reçu plusieurs distinctions pour son travail dans son pays. En 2012, il codirige avec Adel Hakim un stage intitulé ‘Le théâtre, critique du social‘ au Théâtre des Quartiers d’Ivry.Ouz,OreetEx sont ses premières pièces publiées en France.