Les Girls Power de Laure Forêt —par Jean-Paul Gavard-Perret

Les Girls Power de Laure Forêt

  • Laure Forêt. « Mon chéri », Les éditions Derrière la salle de bains, 6 E., 2014

  • « Sur le fil », Centre culturel de Chênée (Belgique), 13 Mars – 2 Avril 2014.

A travers des dessins simple, épuré presque minimaliste Laure Forêt jouer de l’ambiguité : preuve que l’image la plus simple n’est jamais une simple image. Elle fait naître des sensations et idées plus complexes. Surgit souvent une femme en solo, l’apparition de l’entretien infini que l’amant tient avec elle-même « la peur et l’envie du corps de l’autre, la peur et l’envie de son propre corps, de ce qu’il cache de ce qu’il montre à l’autre et qu’on ne veut pas montrer, la dichotomie entre intérieur et extérieur, la question de la maîtrise de ce corps que l’on voit en surface, mais aussi au plus profond de la chair » écrit l’artiste belge. Preuve que l’art n’est pas qu’une histoire de peau et de surface. Avec Laure Forêt le corps sort de son retrait en un visible aporique. Le femme devient un peu comme un ange. Mais cet ange ne fait pas que passer : il se fixe de manière étrange, paradoxale. Ce qui le hante viscéralement transparaît de manière épurée et magnétique. Le trait qui ceinture ordonne et balise trame le désir. Lui donne une densité par effet de légèreté et sobriété au sein d’une émotion oubliée ou inconnue que l’artiste développe parcimonieusement de quelques courbes. Il s’agit aussi de voir le voir : comment nous voyons lorsque nous regardons. Se rejoint une expérience originelle où l’œil est ému par l’impact de ce qu’il perçoit, de ce que l’affect lui même se permet enfin d’accepter ou de montrer. Tous les mots sont tombés en chemin comme une petite monnaie. Le souffle du dessin devient l’archétype de l’éros. La femme s’y reste première de cœur et de corps, consciente d’éprouver la jubilation du désir et l’angosse de l’accomplissement. Elle est celle qui demeure sans jamais changer. L’étreinte la noue à elle-même. Laure Forêt le suggère dans un poème optique et muet qui ne perd jamais l’unité et l’excès. Le monde est comblé et l’espace ouvert là où lorsque la fleur trouve sa tige le plan est occulté. Le dessin reste un noyau de vie : il se dresse, se recroqueville dans un mouvement de colline et de flux offert à la crainte comme à la promesse hors de mesure.

©Jean-Paul Gavard-Perret

Raoul Vaneigem (aka Jules-François Dupuis), « Histoire désinvolte du Surréalisme », Paris, Libertalia, 154 pages

  • Raoul Vaneigem (aka Jules-François Dupuis), « Histoire désinvolte du Surréalisme », Paris, Libertalia, 154 pages, 13 E.

9782918059387FS

Vaneigem s’est plus intéressé au courant parisien du surréalisme que – à l’exception de Magritte – son versant belge. Ayant lui-même via le Situationnisme fait l’expérience des mouvements de l’avant-garde il met les faiblesses sur des « écoles » qui se caractérisent par leur récupération immédiate. A l’inverse de Dada le Surréalisme comme le Situationnisme s’est trouvé récupéré sine die ett utilisé par les institutions mêmes qu’il était sensé mettre à mal. Paru en 1977 sous la signature de Jules-François Dupuis, ce livre – comme son nom l’indique – est une histoire plus désinvolte qu’universitaire. Cela lui ôte le côté pensum.

On saura gré à Vaneigeim d’avoir montré combien dès le départ le Surréalisme fomentait ses propres forces et formes de récupération. Il en savait d’ailleurs beaucoup en ce domaine : c’est sur le dos de Dada, la Metafisica et du Futurisme qu’il construisit sa statue. Les surréalistes « pures » surent d’ailleurs très tôt s’abstenir. Et s’il faut retenir du surréalisme littéraire quelque chose de vraiment vivant il faut quitter Paris et passer au-delà du Quiévrain où l’esprit de Marcel Marien, Pol Bury, Koenig, les Picqueray, Dotremont bref tous les irréguliers de la langue ont donné au surréalisme « vrai » ses lettres les plus saillantes et vives. Aujourd’hui encore les néo Surréalistes ont bien quitté Paris : de Sanda toujours vivants aux disparus Michel Camus, Pierre Bettencourt ou encore Pierre Garnier qui vient de disparaître emmenant avec lui une grande part de la poésie spatialiste.

©Jean-Paul Gavard-Perret

Salamandre – Gilles Sebhan – Le dilettante ——Par Nadine Doyen

salamandre

Une chronique de Nadine Doyen.

  • Salamandre – Gilles Sebhan – Le dilettante (17€ – 221 pages)

Le roman de Gilles, c’est tout d’abord un titre mystérieux et évocateur : Salamandre, à la sonorité féminine. Qui peut se cacher sous ce surnom ? C’est aussi une couverture qui intrigue : ce cœur transpercé nous glace d’effroi et nous prépare au pire.

Gilles Sebhan nous plonge dans le huis clos d’un vidéodrome, de cabines de sex-shops, rue Saint Denis. Un univers interlope, où des inconnus de milieux, d’âges différents (tapins, travestis) se croisent, se draguent, se livrent à des ébats, s’aiment, jusqu’au jour où Youssef, le caissier, découvre une flaque de sang et « l’ampleur du massacre ». Ce meurtre cause la fermeture momentanée du lieu. Le mystère, l’incompréhension, nimbent cet assassinat. Et si le meurtrier était l’un des habitués ? Les langues vont se dénouer dans ce microcosme, vrai melting-pot qui brasse des individus de milieux sociaux divers, de toutes origines ( primo arrivants, Roumains, Bulgares, travailleurs saisonniers).

La victime ? Celui que « certains appelaient Professeur, d’autres Monsieur X, d’autres Salamandre. », identifié par son tatouage. Son portrait se dessine au fil des pages, et surtout à la lecture de son journal intime, inséré dans le roman. Journal qui couvre deux pans de sa vie : avant et après la prison où il passa douze années, « d’oiseaux encagés », « d’angoisse et de dépression ». Le voile se lève quant aux mobiles de cette incarcération.

On découvre sa vocation d’enseignant, féru de poésie, son attirance pour les garçons et son goût vestimentaire, assez singulier. En poste dans une école militaire au Maroc, faire étudier le poète Abdelatif Lâabi, auteur de la revue Souffles, s’avère source de contestation, voire d’interdit. Leur objectif commun étant de décoloniser les esprits, de construire un nouvel imaginaire, de casser les moules existants. Salamandre ne cache pas son dessein de « continuer à détourner et corrompre » ses élèves.

En glissant les noms de Sénac, Augieras et Lâabi, faisant partie du panthéon du protagoniste, on devine que Gilles Sebhan veut soutenir l’assertion qu’« il n’y a rien de plus précieux qu’un poète ». La poésie ne permet-elle pas de se sentir mieux armé contre les vicissitudes de la vie ? En même temps, il dénonce la censure que subissent les intellectuels dans certains pays. Par ailleurs, Il rappelle les destins tragiques de Sénac, chantre d’une Algérie à laquelle il a consacré toutes ses forces et son talent, « Une telle beauté a terminé dans le sang de son assassinat » et d’ Augérias, devenu un indigent, abandonné à sa solitude par ses pairs.

Le narrateur va focaliser notre attention sur le duo formé par le professeur et son homme de ménage Mouloud. Une aimantation est palpable qui inspire au professeur, poète des textes dont l’« indéniable accent de vérité » et l’« originalité » rappelle Augérias.

Une femme, à l’identité double, Hélène / Kadidja vient s’immiscer dans leur couple.

Les relations entre ce trio prennent un tournant d’autant plus ambigu que Salamandre demande à Hélène d’être la mère improvisée pour Mouloud et Hèlène de lui faire un enfant. A travers cette histoire romanesque, l’auteur ausculte le désir de ces protagonistes, en suit l’évolution, leurs tentatives pour résister, jusqu’à la scène qui les réunit tous les trois dans le même lit. Il décrypte le maelström de Salamandre, écartelé, incapable « d’aimer une seule et même personne » et sa descente aux enfers.

On s’interroge sur l’authenticité des liens du trio infernal quand le professeur se retrouve incarcéré et perd tout contact. Aurait-il été abusé par Hélène ?

Tout bascule quand Salamandre perd son emploi et se voit acculé à revenir à Paris. De plus, il doit faire face aux frais d’hospitalisation de sa mère, « ce spectre psychotique » qui vampirise sa vie, cette femme qui ne reconnaît plus son fils.

La surprise est grande quand un jeune homme frappe à sa porte, le portrait tout craché de Mouloud. Ce n’est pas un poids mort mais deux qu’il va avoir à assumer.

Salamandre doit se résigner à cette évidence que l’« on ne renoue pas avec son passé », « qui le plombe comme une maladie incurable » et « qu’il vaudrait mieux oublier », comme Frank dans L’amour sans le faire de Serge Joncour qui conclut : « Sa vie, on ne la refait pas, c’est juste l’ancienne sur laquelle on insiste ».

Le roman s’achève par un chapitre choral dans lequel chaque témoin relate son rapport à la victime, ce qu’il savait, les confidences recueillies, donne ses alibis.

Au lecteur d’être perspicace, de faire le bon tri afin de découvrir le meurtrier.

Gilles Sebhan, « écrivain de l’enfance, du désir, des corps, de la mort », brasse ici plusieurs thèmes : la quête d’identité, l’indétermination quant à son orientation sexuelle. Il radiographie les relations humaines où domination et soumission alternent, entraînant violence et regrets : « Nous sommes allés trop loin. »

D’autre part, il souligne l’importance d’un lieu, qui a la mémoire des murs : « On passe des années à épuiser un lieu » et l’addiction qui lie les habitués, comme Mihail. N’ont-ils pas « un fil secret » qui les ancre aux cabines ? L’aura de Dracula, surnommé le massagiste, était due à ce fluide dans ses doigts, capable de libérer des tensions. Ainsi, il avait réussi à apprivoiser un jeune Marocain dont la beauté l’avait ébloui. Récipiendaire de bribes de confidences de Mouloud, Dracula aiguise la curiosité du lecteur, en s’étonnant que celui-ci et Salamandre s’évitent. Un mystère de plus.

Le romancier justifie l’absence de points d’exclamation et d’interrogations par une volonté de tout unifier afin de ne pas privilégier une voix à une autre.

Dans ce récit d’ombre et de lumière, traversé par la poésie, empreint d’érotisme, peuplé d’une faune minée par l’argent et la misère, Gilles Sebhan relate l’inéluctable déchéance d’un homme, en proie à ses démons, devenu « une ruine ».

Un destin pathétique, tragique et bouleversant.

Un roman que l’auteur suggère de lire sur la musique mélodieuse de You and whose army de Radiohead pour retrouver une atmosphère semblable : feutrée et sombre.

©Nadine Doyen

Comment j’ai mangé mon estomac – Jacques A. Bertrand – roman ; Julliard

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Une chronique de Nadine Doyen

  • Comment j’ai mangé mon estomac – Jacques A. Bertrand – roman ; Julliard (111pages – 14€)

Jacques A. Bertrand amène le titre choc du roman avec brio, dans le chapitre d’ouverture, au cours de l’essayage de pantalons. Le protagoniste Anatole Berthaud aurait-il un secret pour avoir une telle ligne? La chute le dévoile.

On est en immersion dans la réalité de cet univers aseptisé que le narrateur nomme « l’antichambre » de l’enfer pour l’avoir beaucoup fréquenté. Il aborde de plein fouet la maladie, les diagnostics puisque lui et son épouse, Héloïse, font les choses de concert. D’ailleurs il déclara à une dame patronnesse: «  ma femme et moi avons eu la chance d’avoir un cancer en même temps ». Il nous fait partager en double, les visites, les craintes, les inquiétudes, les angoisses quand l’attente se prolonge. Attendre, mot « anxiogène » devient le leitmotiv. Les voici en « détention » au « royaume de l’Attente ». On entre en empathie avec Anatole et Héloïse en les accompagnant durant leurs combats. Le vocabulaire médical (radiothérapie, chimiothérapie…) n’a plus de secrets.

On est témoin d’une scène très touchante: les déclarations d’amour réciproques du couple que les épreuves vont cimenter. L’auteur sait dire l’indicible.

Le narrateur fait le portrait des soignants, saluant leurs compétences. Il soulève la question de dire ou non toute la vérité. Mais le patient n’est pas dupe des litotes employées pour ménager les proches. Il n’hésite pas à pointer ce qui fonctionne mal (vétusté d’un bâtiment, araignée au plafond dans une chambre, vieille camionnette des pompiers, pénurie de personnel, patient oublié).

Il brocarde « les voituriers » qui se planquent pour fumer. Il radiographie le rapport patient/personnel qui n’est pas sans connaître des tensions, des accrochages.

On pense à Fritz Zorn quand le docteur No fait remarquer à Anatole que cet ulcère à l’estomac pourrait être imputé à la cascade de soucis traversés. D’ailleurs, l’estomac serait « le siège de l’âme » pour les Arakawis.

Le lecteur profite des éclaircies, des bouffées d’oxygène que les deux protagonistes s’accordent et parfois imposent au personnel, comme un repas à l’extérieur, une sortie au parc Montsouris (qui tourna hélas à « la déroute ».

Comme le narrateur ne nous épargne aucun détail, il conseille aux âmes sensibles de passer certaines pages pour leur éviter la nausée.

J.A Bertrand déploie son art de la digression : sur la bêtise humaine, relate un rêve, énumère tous les « somptueux présents » que le monde nous offre. On apprend l’étymologie du mot pylore. Il convoque des malades illustres (De Vinci, Shakespeare, Montaigne) se persuadant que la maladie n’a pas nui, ni annihilé leur créativité. On retrouve le ton caustique et le talent d’observation de ses précédents romans, quand il épingle les cons. Tout devient source d’indignation (le mariage pour tous), comme sa diatribe contre le pigeon, « l’Attila des rebords de fenêtres et des balcons ». L’ironie est sous-jacente: étranges les noms des docteurs: Bo, No, So, Do, Po, Omega.

Quant à la couverture représentant « le vol d’un aigle planant au-dessus de montagnes enneigées », tableau de Hiroshige, c’est l’image qu’Anatole visualise avant « le trou noir ». Dans ce roman, Jacques André Bertrand explore les frontières de l’au-delà, ce que l’on appelle la NDE (near death experience).

Il aborde également une réflexion sur le temps, la durée et notre finitude.

Le roman s’achève par le V de la victoire, la sortie des statistiques et la convalescence des deux protagonistes. Jacques A. Bertrand est drôle quand il nous restitue la conversation d’Anatole avec son estomac, lui intimant de « faire la paix ». Ou quand il évoque un organe qui laisse passer « sans passeport ».

Il reste un adepte de la formule: « Au bout du compte, je me souviendrai davantage de mes rêves que de mes douleurs ».

Comme Vassilis Alexakis, fatigué par toutes les visites reçues pendant son hospitalisation, Anatole éprouve un besoin de solitude et choisit pour se ressourcer « une petite maison au cœur de la jungle » dans la montagne thaïlandaise. Il y accueillit « la pluie miraculeuse » comme providentielle, car telle un kärcher, elle éradiquait toutes ses misères, lui rendait un corps neuf.

Après de telles épreuves, on adhère facilement au viatique de Cécile Guilbert:

« Laissons le passé où il est, ne comptons jamais sur l’avenir, suçons chaque instant jusqu’à la moelle et recommençons ». Il est évident que lorsqu’on a touché le fond, on se raccroche à l’essentiel. Cela aiguise les sens.

Jacques A.Bertrand signe un roman aux forts accents autobiographiques, d’une rare intensité. « Un voyage au long cours » bouleversant, au cours duquel l’auteur ne s’est pas départi de son humour, parfois noir, ni de sa douce ironie.

Comme Vassilis Alexakis, dans L’enfant grec, ce récit témoigne, à double titre, d’un réveil qui aurait pu ne pas avoir lieu, d’une renaissance inopinée.

Une lecture poignante, mais aussi roborative. Une thérapie pour l’auteur.

Une leçon de courage, de résilience qui force l’admiration, porteuse d’espoir.

©Nadine Doyen

Le Cow-boy de Malakoff de Thierry Roquet – édition Le pédalo ivre, mars 2014

  • Le Cow-boy de Malakoff de Thierry Roquet – édition Le pédalo ivre, mars 2014. 75 pages, 10 €.

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Le Cow-boy de Malakoff est un héros presque solitaire qui vit avec « une squaw du Maroc, une berbères au sang pur et noble » et une fillette qu’il appelle « mon trésor ». Le Cow-boy de Malakoff vit dans « l’immensité poussiéreuse d’un tipi d’avant-guerre » au troisième étage sans ascenseur, « il n’y a pas de digicode, pas de boîte aux lettres (juste une fente dans la porte) ». Le Cow-boy de Malakoff a un lasso de sept mètres, 10 000 vaches qui paissent « jusqu’au quai de la ligne 13, station plateau de Vanves-Malakoff » et des « crocodiles qui viennent de la cave (les larmes d’encore plus loin). Le cow-boy de Malakoff écrit des poèmes « – Je ne sais pas faire autre chose, ma chérie… » et son ranch donne sur l’open space « ce sont des quartiers à perte de vue des immeubles des villes et encore des villes qui s’étendent à l’infini » qu’il peut observer depuis la fenêtre rectangulaire de son tipi deux pièces. Une fenêtre sur les rebords de laquelle « les rayons du soleil s’échouent comme des merdes ». Le cow-boy de Malakoff mène « un vide sédentaire », et même si un vague espoir demeure « comme les oiseaux cherchent la branche au dessus des nuages d’où ils pourront s’élancer vers la rivière poissonneuse qui coule dans le couloir du bus 191 entre deux blocs de béton et un supermarché », le cow-boy de Malakoff sait que le désert est à la porte «  – De quoi tu parles, mon chéri ? – De ce qui nous entoure ; referme la porte derrière toi, s’il te plaît. ».

« Dans le décompte des jours indifférenciés », le cow-boy de Malakoff met un pas devant l’autre, bon gré, mal gré, parce qu’il le faut bien :

« – c’est comme ça qu’on avance, je crois

un peu comme une mouche

attirée par

le cul d’une vache. »

Même si parfois, « les jours de peur irraisonnée quand je n’ose plus foutre les pieds dehors », ce n’est que pour aller du lit à la salle de bains, roulant du cul justement « comme John Wayne », « en imitant Robert Mitchum devant la glace beuglant d’une voix virile :– Do you want à biggest target ? ».

« Satori par ci, Satori par là », c’est pourtant bien de la sagesse que le cow-boy de Malakoff ramène à coups de poèmes-lasso.

« Succession de hauts et

de bas

de doux vallons

et de hautes montagnes

pierreuses

le temps

d’une vie

présente les mêmes aspérités

qu’une toile

entre les mains

d’un maître

qui n’en finirait plus

de boire un

dernier verre

puis

de tout recommencer

sans trouver

jamais la justesse

à la fin. »

Le cow-boy de Malakoff, alias Thierry Roquet, a une fois encore, mais peut-être plus encore dans ce recueil là, le don de ré-enchanter le désenchantement. Ce recueil plein d’amour et jamais sans humour est comme une canette d’oxygène pour un chinois de Pékin, un espace intérieur illimité pour les cowboys urbains. A lire à cheval sur un bon vieux canapé. Hiiiiiiiii haaaaaa !

©Cathy Garcia

Thierry Roquet

Thierry Roquet

Né en 1968 en Bretagne, Thierry Roquet vit à Malakoff (banlieue sud de Paris). Après une adolescence boutonneuse et solitaire, des études assez vite écourtées, divers boulots alimentaires, des lectures marquantes, une belle histoire d’amour, un enfant et un licenciement (presque) à l’amiable, s’oriente vers l’écriture (du quotidien) petit format… mais longue durée. Ne compte pas s’arrêter là. Inch’allah !