Tatiana de Rosnay – Son carnet rouge -Éditions Héloïse d’Ormesson

  • Tatiana de Rosnay – Son carnet rouge –Éditions Héloïse d’Ormesson (192 pages- 17€)

    Tatiana de Rosnay - Son carnet rouge -Éditions Héloïse d'Ormesson (192 pages- 17€)

Serge Joncour a décrypté le sentiment amoureux dans Combien de fois je t’aime,

Tatiana de Rosnay, avec Son carnet rouge nous livre le pendant, en onze nouvelles.

Le genre de la nouvelle se prête bien à cette exploration , tant les rapports humains sont complexes et les cas d’infidélités si nombreux, faisant les choux gras de la presse people. Mais de la femme ou de l’homme, qui trompe le plus? Qui est le plus volage? Qui s’accorde une incartade passagère? Quelles sont les causes de ces dérives?

Tatiana de Rosnay s’emploie à les autopsier. Ne risque-t-elle pas d’abattre/d’éradiquer les illusions de ceux qui veulent faire rimer amour avec toujours? D’autant qu’on lit en exergue que « les hommes ne sont jamais fidèles ». Qui blâmer?

D’où vient le titre? Dans une interview, l’auteure a confié qu’elle- même découvrit un jour, consignées dans un carnet rouge, des révélations confondantes.

La nouvelliste inventorie le grain de sable susceptible de faire tout basculer/vaciller: des cheveux, un message laissé sur le répondeur, une lettre vérité sur une clé USB, le baby phone diffusant non pas les pleurs de bébé, mais des soupirs lascifs, des SMS torrides: « Tu es le roi de mes nuits…et moi l’esclave de ton amour ».

Elle évoque aussi les conséquences souvent dramatiques dans des chutes parfois désarmantes, brutales, comme la confession d’Hubert révélant son homosexualité à sa femme. Fracassante la façon de solder sa vie commune, broyant tous les oripeaux du passé, pour l’ex-femme de Jean-Baptiste. Suspense quant à l’épilogue de la nouvelle Le « Toki-Baby », vu la pulsion meurtrière qui s’empare de Louise. Inquiétude de François en raison d’un incendie dans l’hôtel, qui abritait son nid d’amour avec Gabrielle. Tatiana de Rosnay nous offre des rebondissements drôles.

Même si certains personnages recueillent notre compassion, on se surprend à sourire quand Eugénie est victime de son interprétation erronée quant à cette FG.

La romancière rend hommage au peintre Hopper qui a aussi inspiré Philippe Besson et Franz Bartelt. Le tableau Hotel room sert de décor pour la nouvelle éponyme.

Elle convoque aussi Proust qu’enseigne Jérôme D, ce French lover séducteur, qui fait fantasmer ses étudiantes. Un Don Juan prédateur qu’Hunter menace de poursuites. Mais comme l’arroseur arrosé, elle lui réserve un plan machiavélique, une fois avoir réussi à décoder son mot de passe: catleya, à la connotation sexuelle et érotique.

Tatiana de Rosnay montre comment les réseaux sociaux, portables, ont contribué à « larder le contrat de coups de canif » et à multiplier les aventures ultra conjugales. Les sites internet ne guerroient-t-ils pas pour mieux aider à duper ou à démasquer son conjoint? N’y-a-t-il pas des hôtels qui surenchérissent en offrant des tarifs spéciaux pour ces couples illicites, ces hommes mariés qui mènent une double vie?

Pour les inconditionnels des citations, le recueil est ponctué de réflexions d’écrivains

célèbres (Flaubert, Baudelaire,Molière, La Rochefoucauld), qui donnent à réfléchir sur le mariage, le couple et montrent que l’adultère ne date pas d’hier.

Doit-on prendre sa revanche, comme le suggère La Fontaine pour qui « c’est double plaisir de tromper le trompeur »? Doit-on plutôt suivre le précepte de Louise de Vilmorin qui ne veut aimer personne, n’ayant aucune confiance en sa fidélité?

La jalousie, la vengeance( Oeil pour oeil, dent pour dent), les mensonges , l’usure du couple, le harcèlement,l’espionnite, font le terreau de ces nouvelles où l’on croise tant de femmes bafouées mais aussi celles qui transgressent ( le désir leur chatouillant les lèvres), et plus rarement celles qui pardonnent , occultent les preuves.

A travers ses protagonistes, l’auteure aborde la question qui taraude les infidèles, craignant la délation: faut-il passer aux aveux ou non?

Tatiana de Rosnay dans sa radiographie du couple,signe un recueil ancré dans notre époque qui nous renvoie un miroir de la société peu glamour et peu optimiste.

En définitive, quelle foi peut-on avoir en l’amour ? Quelle confiance accorder à l’autre partenaire, après un tel panorama / éventail de la déliquescence des sentiments, de leur délitement? Un proverbe anglais souligne qu’il vaut mieux souffrir d’avoir aimé que de souffrir de ne pas avoir aimé. Puisse-t-il aider à panser les blessures !

A chacun de savoir rebondir et de trouver comment pimenter sa vie amoureuse.

©Nadine DOYEN

L’OUVRE – BOÎTE A POEMES, Numéro 94

L’OUVRE – BOÎTE A POEMES, Numéro 94

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Dans chaque numéro, L’Ouvre – Boîte à Poèmes met à l’honneur un artiste présenté par Christine Roucaute, elle-même artiste de talent, avec des reproductions de ses œuvres en quadrichromie sur la couverture et la quatrième de couverture, en noir et blanc dans le corps de la revue. Après Jean-Claude Hiolle et ses splendides paysages, pour certains urbains ( n° 93 ), ce sont les rythmes de couleurs de Martine Belfodil qui enchantent le regard. De belles photographies de bateaux, de ports, de grèves sauvages, et de chats, dont Christine Roucaute est l’auteure, transportent le lecteur-spectateur de Malte à Venise à Amiens en passant par d’autres lieux, et une composition artistique de Coryne Hautemaison évoque les émois de l’amour.

Jeannine Dion – Guérin rend hommage au défunt poète Emile Kastermann, Yves – Fred Boisset, directeur de La Braise et l’Etincelle avec sa femme Annie, livre deux poèmes de son enthousiasmant recueil « Un quart d’heure avant l’orage », Jean – Michel Klopp, qui tient dans « La Cigogne » une rubrique de critique littéraire remarquée, exprime un talent poétique plein de force et de conviction dans deux poèmes… Très ou peu connus, les poètes rassemblés dans ce
numéro font preuve de véritables qualités littéraires, et souvent d’originalité. De la bonne poésie !
Se remarque aussi l’inattendu conte « Le dos du caïman » de Jean – Baptiste Tiemélé qui est extrait de son recueil Contes déracinés d’Afrique.

Fin 2013, l’Union des Poètes Francophones a décidé d’attribuer le Prix de la Presse Poétique 2012 à L’Ouvre – Boîte à Poèmes, ce dont les lecteurs se conjouient. Ce prix a été remis le 20 avril 2013 à Mons, en Belgique.
L’OUVRE – BOÎTE A POEMES – Trimestriel – AS – 58 pages – 25 Euros l’abonnement pour les personnes résidant en France , 28 Euros pour les autres.

L’Ouvre – boîte à Poèmes – Christine ROUCAUTE – Résidence Les Floralies – 15 ter rue du Maréchal Foch – 95120 ERMONT – France.

Site Internet : ici
Blog : là

Emissions de radio :
L’Onde Poétique : le deuxième mardi de chaque mois de 20 H à 22 H avec François Fournet et Yves – Fred Boisset
Les Rencontres Francophones : le deuxième mardi de chaque mois de 20 H à 21 H avec
François Fournet, Yves – Fred Boisset et Joël Conte
En Vers et avec Tous : le deuxième jeudi de chaque mois, de 13 H à 14 H avec Jeannine Dion
– Guérin
sur Radio Enghien IDFM, 98 FM, ou Internet http://www.ldfm .fr. fm

 

©Béatrice GAUDY

La Trilogie Nostradamus, de Mario Reading, Éditions du Cherche-Midi, traduit de l’anglais par Florence Mantran

  • La Trilogie Nostradamus, de Mario Reading, Éditions du Cherche-Midi, traduit de l’anglais par Florence Mantran : Tome 1 : Les Prophéties perdues, 5 septembre 2013, 576 pages, 14 € ; Tome 2 : L’Hérésie maya, 5 septembre 2013, 640 pages, 21 € ; Tome 3 : Le Troisième Antéchrist, 20 février 2014, 592 pages, 21 €.

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Difficile de résumer une telle trilogie, tellement elle est dense, mais ce qui est certain c’est que le premier tome nous embarque pour une aventure des plus captivantes où se retrouvent impliqués, parfois bien malgré eux, des personnages de milieux qui à priori n’ont rien à voir entre eux. Ainsi Adam Sabir, un écrivain franco-américain, spécialiste de Nostradamus, arrive à Paris sur les traces de 52 prophéties inédites dont nul n’a eu connaissance, des prophéties perdues. Légende ou réalité ? Toujours est-il qu’il se retrouve aussitôt mêlé à une sombre histoire de meurtre, celui d’un gitan surnommé Babel Samana qui semblait savoir quelque chose à leur propos. Adam Sabir est le principal suspect de cet assassinat plutôt sauvage. À la fois en fuite et toujours sur les traces des prophéties perdues, il a sur ses propres traces le policier Calque, qui tient plus de l’érudit fou d’histoire que du policier et son adjoint bien moins érudit, mais plus zélé. Le tueur de Babel Samana aussi est sur ses traces, Adam Sabir n’est pas le seul à rechercher ces prophéties. Après avoir frôlé la mort dans le camp de gitan où il recherche la sœur de Babel, Yola Dufontaine, il se retrouve contre toute attente désigné comme frère de sang de cette dernière et tous deux seront impliqués ainsi que Calque, jusqu’au cou et jusqu’au bout de cette trépidante trilogie, mêlant intrigue et suspens à la sauce policière, thriller ésotérique, amour et aventure multiculturelle à travers la France, l’Europe et le Mexique, d’abord la piste des Vierges Noires, puis entre autre les crânes de cristal et la prophétie des Mayas pour finir par trouver le troisième antéchrist et la parousie, au fin fond de la Roumanie, et avec continuellement aux trousses un obscur et redoutable Corpus Maleficus, chargé de protéger le monde en provoquant le chaos… Et tout ça, sans jamais tomber dans un délire new-âge, mais au contraire très documenté, drôle, intelligent, poétique, pure fiction mais des plus crédibles, passionnante. Cela dit le premier tome étant si prenant, il est difficile de tenir sur la longueur un rythme aussi haletant, et la fin peut sembler du coup un peu décevante, mais à vrai dire elle n’importe pas tant que ça, l’essentiel s’étant passé avant. A lire donc sans hésiter, il y a à boire et à manger.

©Cathy Garcia

indexGlobe-trotter insatiable, Mario Reading a vécu en Autriche et en Afrique du Sud. Expert en livres anciens, il est considéré comme l’un des grands spécialistes de Nostradamus. Après Les Prophéties perdues, paru une première fois en 2009 aux éditions First, L’Hérésie maya et Le Troisième Antéchrist viennent compléter La Trilogie Nostradamus.

Les lectures d’avril de Patrick Joquel

 

 

Poésie

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Titre : Tissages

Auteur : Maria Desmée

Illustrations : Maria Desmée

Editeur : Soc et Foc

ISBN : 978-2-912360-90-8

Année de parution : 2014

Prix : €12

Un magnifique objet. Coloré. Les images marient leurs gestes et leurs couleurs sous des tracés de fil, de dentelles, de trames : le regard entre dans un songe incertain. Suivre ou perdre le fil…

Quelques mots en regard accompagnent la méditation de la créatrice. Offrent une ligne au rêveur. Une piste. Un fil. Comme une vie.

400 exemplaires seulement pour une telle merveille, n’hésitez pas. offrez-vous un peu de beauté.

J’aimerais voir en expo les originaux de ces œuvres.

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indexTitre : 30

Auteur : Colette Andriot, Michel Baglin, Marc Baron, Paul Bergèse, Gilles Brulet, Alain Boudet, Luce Guilbaud, Michel Lautru, Jean-Claude Touzeil et Liska.

Gravures de Titi Bergèse

Editeur : Printemps poétique de la Suze sur Sarthe

Livre d’artiste à 30 ex.

Année de parution : 2014

Trente ans qu’à la Suze sur Sarthe le printemps est une réalité poétique dans la ville, les écoles et pour les poètes. Avec son promenoir : des livres de poémes qui circulent, les éditions Donner à Voir, voici une ville qui mérite bien le label ville en poésie.

Une petite anthologie donc de poèmes à cette occasion d’anniversaire avec des gravures de Titi Bergèse et une gravure originale réalisée sur le salon en temps réel. Un petit objet qui ne sert à rien d’autre qu’au plaisir et au témoignage. Un bel objet.

Avec des mots tout simples et qui tournent autour de ce « pas pareil » qu’est la poésie, comme le dit Jean-Claude. Au fil des pages on trouve quelques éclairages sur cet autre chose… « Une écriture sur le silence » Colette Andriot. « un chant » Michel Baglin et Michel Lautru. « on peut vivre de ce qui est beau »Marc Baron. Jeux de langue et de sons façon Paul Bergèse. Comme une explication du monde propose Gilles Brulet. Un rêve, celui d’Alain Boudet. Une rencontre avec Luce Guilbaud. Amour chez Liska.

Et on pourrait encore en ajouter tant la poésie agit comme un prisme.

Souhaitons qu’à la Suze le chemin poétique se prolonge encore longtemps car ici comme ailleurs on a besoin de cette ouverture pour respirer.

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imagesTitre : Chemin des poètes 2 014

Auteur anthologie

Editeur : Le printemps de Durcet

Année de parution : 2014

Prix : 5€

Le printemps poétique à Durcet, village en poésie, ça commence en 1986… et depuis chaque printemps ce petit village de moins de trois cents habitants devient le temps d’un week end Capitale de la poésie.

Depuis 2005 la création d’un chemin des poètes permet aux randonneurs de découvrir quatorze poèmes, installés sur autant de bornes le long du chemin de randonnée. L’inauguration se tient le jour du printemps de Durcet, en avril, avec un petit salon du livre et la présence des poètes présents sur le chemin, d’autres poètes et des éditeurs.

Chaque année une anthologie permet de rassembler les poèmes du chemin, histoire de les emporter après la ballade ou de les donner à lire à ceux qui sont loin du chemin.

On y retrouve cette année des poètes anciens, des poètes actuels de la région et de toute la France, deux poèmes d’une classe maternelle de Flers aussi. C’est éclectique, joyeux, simple.

Des aventures comme celle-ci, on en voudrait dans toutes les régions !

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indexTitre : Haïku qui rit

Auteur Paul Bergèse/Jean-Michel Delambre

Illustrations : Delambre

Editeur : Editions Henry

ISBN : 978-2-364-69070-7

Année de parution : 2014

Prix : €12

Un bouquet de haïkus réalisés par quatre mains. Un joli mélange, simple et lumineux. Comme les aquarelles qui les accompagnent.

On se penche ici sur le tout petit, le tout discret, ces petits riens qui embellissent la journée dès qu’on les aperçoit.

Il est bon que des livres comme celui-ci nous rappellent leur existence.

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indexTitre : Vers les riveraines

Auteur Alain Freixe

Editeur : l’Amourier

ISBN : 978-2-915120-90-5

Année de parution : 2013

Prix : €13.50

Le livre s’ouvre sur des échappées réfractaires. L’enjeu du poème est là : permettre l’échappée belle au scripteur autant qu’au lecteur. Le mot fracture les murs qui nous retiennent et donnent un zeste de lumière, une ouverture. On peut à nouveau respirer. Et parler des morts (c’est la seconde partie du livre). « Nous marchons sur des phrases » et parmi des paysages ruinés. Plusieurs textes ici tournent ainsi autour de la perte, des traces qu’ont abandonnées à l’espace des hommes d’un temps antérieur au nôtre. Le présent se promène ainsi, presqu’à tâtons, dans ses lambeaux brisés de noir où bien souvent « personne n’est là pour lever les yeux ».

Une troisième partie s’intitule Porter le temps. Tenter d’avancer. On sait vers quoi mais avant d’arriver au port noir, la lumière est possible. Par l’écriture et la marche. Dans les lumières et les brumes des montagnes ou des étangs. Là, dans ces envolées l’homme parfois aperçoit ce que l’homme avait cru voir. Ce pari sur ce que Freixe nomme « la dorveille », ce pari fou de vivre et de tenter le musement, ce pari, on le sait, s’achemine vers « les jours noirs ».

Comment portez-vous le temps qui vous porte ?

Nos mains retournent à la solitude des poches.

invente donc

sans y croire

ce qui embellit

le gris du jour

©Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

http://www.facebook.com/patrick.joquel

Stéphanie Hochet – Éloge du chat -Collection Anima- Éditions Léo Scheer -une chronique de Nadine Doyen

Stéphanie Hochet – Éloge du chat -Collection Anima- Éditions Léo Scheer (108 pages- 15 € )

Stéphanie Hochet – Éloge du chat -Collection Anima- Éditions Léo Scheer (108 pages- 15 € )

Parmi les muses des écrivains on compte le chat, le « Feles silvestris catus ».

Que Tal inspira Daniel Arsand, le ressuscitant à sa disparition.

Toulouse, chat d’une écrivaine, fut source d’inspiration pour Stéphanie Hochet.

L’auteure, que l’on devine comme Colette amoureuse des chats, s’est limitée à cinq figures félines. Dans l’avant-propos, elle rappelle les points communs à tout chat, comparé au chien. Elle marque son étonnement devant cette idolâtrie du catus.

Elle rappelle qu’il fut l’objet de passions diamétralement opposées: soit « divinisé », soit ostracisé, jugé même au Moyen Âge, pourchassé, accusé de sorcellerie.

Avec une pointe d’humour, Stéphanie Hochet élève Sa Majesté le chat au rang de Shakespeare pour la raison que « tout, absolument tout a été écrit sur lui ».

Dans cet essai la romancière s’interroge sur notre rapport au chat et va s’efforcer de démontrer qu’ « il est l’un des plus puissants miroirs de l’humanité qui fut », à travers la littérature française et étrangère ( russe, japonaise, anglaise).

Elle s’intéresse à la question du « transfert », laissant sous entendre que l’on aime tel animal car il nous ressemble, il possède les mêmes traits de caractères.

Mais ne devient-on pas ce que notre regard contemple?

Stéphanie Hochet débute son analyse par Le libertaire, balayant l’évolution du chat depuis l’antiquité, si vénéré en Égypte sous la forme de la déesse Bastet ( «  avec un corps de femme et une tête de chatte », jusqu’à sa présence dans nos foyers.

Elle soulève la question d’appartenance, et la relation dominant/dominé. Nul n’est jamais le maître de ce félin hiératique. Par son côté indépendant, ne se pliant à aucune règle, il est à rapprocher des artistes qui ne tolèrent pas d’être bridés, muselés dans leur créativité et fantaisie. Le chat, un modèle pour toute personne aspirant à la liberté. La romancière anglaise Jeanette Winterson s’identifie totalement à ce chat libertaire, étant elle-même « sauvage et domestiquée ».

Ne pourrait-on pas le qualifier d’hybride, pour savoir « concilier deux états antinomiques », son carburant étant à la fois « la chaleur du foyer et l’affection humaine » et ses échappées sauvages?

Avec une pointe d’ironie, Stéphanie Hochet évoque l’invention des chatières qui transforment les murs « en gruyère ».

La narratrice atteste qu ‘un chat peut être la « compagne » idéale pour les êtres lettrés, « atrabilaires, râleurs » et misanthropes, développant ainsi une relation intime. « Un ersatz de vie amoureuse ». Baudelaire a su traduire sa fascination en un « véritable poème érotique ». Montherlant évoque l’art de « patiner les chats » d’un de ses protagonistes. Si à l’instar de Leautaud, des hommes célibataires privilégient la compagnie des chats à celle des femmes, Allia Zobel prouve en 101 raisons pourquoi un chat est préférable à un homme!

L’autocrate incarne les « hauts dignitaires », les hommes d’église.

Le chapitre le plus approfondi est celui sur La femme. Leur pouvoir de séduction est identique, « La caresse du chat est volupté ». Même attention portée à son corps, sa toilette. On succombe « à la beauté chaloupée ».

Stéphanie Hochet exhume des textes où le comportement de la femme est calqué sur celui du félin, « une énigme ». Colette y voit l’effet miroir. Orwell , dans La ferme des animaux, renvoie la métaphore de la société anglaise, dans ce qu’elle a de pervers.

Dans le chapitre consacré aux replets, on croise avec plaisir deux célébrissimes félins, Garfield et Le Chat du belge Geluck. Tous deux peuvent se targuer d’ « une autorité naturelle » qui en impose tel un bouddha ou un sumo,d’ une aura incontestée, d’ une prestance. L’auteur dissèque les raisons d’un tel engouement.

Pour illustrer « la flexibilité » du chat, Stéphanie Hochet consacre plusieurs pages à décortiquer la métamorphose de Biscuit, « le gros chat », un transfuge dans Le Fait du prince, un des romans d’Amélie Nothomb. N’est-il pas devenu « un seigneur autocrate », « demi-dieu omnipotent »? Après le règne de l’enfant roi, on assiste à celui de l’animal roi. Chez Lewis Carroll, c’est son aptitude à disparaître qui le classe parmi les démiurges. Dans le conte de Perrault, l’agilité du chat rime avec intelligence, ce qui « peut devenir une arme redoutable ».

Stéphanie Hochet ne se contente pas d’écumer la littérature , elle fait une incursion dans le 7ème art pour illustrer un « trio amoureux humains-chat avec ses débordements macabres » ou le désir féminin dans La chatte sur un toit brûlant.

On retrouve son attachement à la langue française et ses connaissances des lettres classiques lorsqu’elle distille les étymologies des mots( raminer signifiant ronronner) et évoque le nombre impressionnant de locutions contenant le mot chat ( faire des chatteries, écrire comme un chat), sans oublier la polysémie du mot « chatte ».

Stéphanie Hochet signe un argumentaire richement étayé, truffé de références

littéraires ailurophiles, répertoriées en fin d’ouvrage. En filigrane des portraits de félidés se dessinent ceux des humains. Si « l’animal élastique », ce paradoxe, sait amadouer son maître, l’auteure aura su, par cet essai, convertir les lecteurs à sa plume.

Une lecture enrichissante qui séduira inconditionnels de la gent féline et les autres.

PS: A noter que la collection « Anima » a pour but de « mettre en lumière la rapport que les écrivains entretiennent avec les animaux », d’où le choix d’une fresque rupestre sur la couverture.

©Nadine Doyen