La Trilogie Nostradamus, de Mario Reading, Éditions du Cherche-Midi, traduit de l’anglais par Florence Mantran

  • La Trilogie Nostradamus, de Mario Reading, Éditions du Cherche-Midi, traduit de l’anglais par Florence Mantran : Tome 1 : Les Prophéties perdues, 5 septembre 2013, 576 pages, 14 € ; Tome 2 : L’Hérésie maya, 5 septembre 2013, 640 pages, 21 € ; Tome 3 : Le Troisième Antéchrist, 20 février 2014, 592 pages, 21 €.

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Difficile de résumer une telle trilogie, tellement elle est dense, mais ce qui est certain c’est que le premier tome nous embarque pour une aventure des plus captivantes où se retrouvent impliqués, parfois bien malgré eux, des personnages de milieux qui à priori n’ont rien à voir entre eux. Ainsi Adam Sabir, un écrivain franco-américain, spécialiste de Nostradamus, arrive à Paris sur les traces de 52 prophéties inédites dont nul n’a eu connaissance, des prophéties perdues. Légende ou réalité ? Toujours est-il qu’il se retrouve aussitôt mêlé à une sombre histoire de meurtre, celui d’un gitan surnommé Babel Samana qui semblait savoir quelque chose à leur propos. Adam Sabir est le principal suspect de cet assassinat plutôt sauvage. À la fois en fuite et toujours sur les traces des prophéties perdues, il a sur ses propres traces le policier Calque, qui tient plus de l’érudit fou d’histoire que du policier et son adjoint bien moins érudit, mais plus zélé. Le tueur de Babel Samana aussi est sur ses traces, Adam Sabir n’est pas le seul à rechercher ces prophéties. Après avoir frôlé la mort dans le camp de gitan où il recherche la sœur de Babel, Yola Dufontaine, il se retrouve contre toute attente désigné comme frère de sang de cette dernière et tous deux seront impliqués ainsi que Calque, jusqu’au cou et jusqu’au bout de cette trépidante trilogie, mêlant intrigue et suspens à la sauce policière, thriller ésotérique, amour et aventure multiculturelle à travers la France, l’Europe et le Mexique, d’abord la piste des Vierges Noires, puis entre autre les crânes de cristal et la prophétie des Mayas pour finir par trouver le troisième antéchrist et la parousie, au fin fond de la Roumanie, et avec continuellement aux trousses un obscur et redoutable Corpus Maleficus, chargé de protéger le monde en provoquant le chaos… Et tout ça, sans jamais tomber dans un délire new-âge, mais au contraire très documenté, drôle, intelligent, poétique, pure fiction mais des plus crédibles, passionnante. Cela dit le premier tome étant si prenant, il est difficile de tenir sur la longueur un rythme aussi haletant, et la fin peut sembler du coup un peu décevante, mais à vrai dire elle n’importe pas tant que ça, l’essentiel s’étant passé avant. A lire donc sans hésiter, il y a à boire et à manger.

©Cathy Garcia

indexGlobe-trotter insatiable, Mario Reading a vécu en Autriche et en Afrique du Sud. Expert en livres anciens, il est considéré comme l’un des grands spécialistes de Nostradamus. Après Les Prophéties perdues, paru une première fois en 2009 aux éditions First, L’Hérésie maya et Le Troisième Antéchrist viennent compléter La Trilogie Nostradamus.

Les lectures d’avril de Patrick Joquel

 

 

Poésie

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Titre : Tissages

Auteur : Maria Desmée

Illustrations : Maria Desmée

Editeur : Soc et Foc

ISBN : 978-2-912360-90-8

Année de parution : 2014

Prix : €12

Un magnifique objet. Coloré. Les images marient leurs gestes et leurs couleurs sous des tracés de fil, de dentelles, de trames : le regard entre dans un songe incertain. Suivre ou perdre le fil…

Quelques mots en regard accompagnent la méditation de la créatrice. Offrent une ligne au rêveur. Une piste. Un fil. Comme une vie.

400 exemplaires seulement pour une telle merveille, n’hésitez pas. offrez-vous un peu de beauté.

J’aimerais voir en expo les originaux de ces œuvres.

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indexTitre : 30

Auteur : Colette Andriot, Michel Baglin, Marc Baron, Paul Bergèse, Gilles Brulet, Alain Boudet, Luce Guilbaud, Michel Lautru, Jean-Claude Touzeil et Liska.

Gravures de Titi Bergèse

Editeur : Printemps poétique de la Suze sur Sarthe

Livre d’artiste à 30 ex.

Année de parution : 2014

Trente ans qu’à la Suze sur Sarthe le printemps est une réalité poétique dans la ville, les écoles et pour les poètes. Avec son promenoir : des livres de poémes qui circulent, les éditions Donner à Voir, voici une ville qui mérite bien le label ville en poésie.

Une petite anthologie donc de poèmes à cette occasion d’anniversaire avec des gravures de Titi Bergèse et une gravure originale réalisée sur le salon en temps réel. Un petit objet qui ne sert à rien d’autre qu’au plaisir et au témoignage. Un bel objet.

Avec des mots tout simples et qui tournent autour de ce « pas pareil » qu’est la poésie, comme le dit Jean-Claude. Au fil des pages on trouve quelques éclairages sur cet autre chose… « Une écriture sur le silence » Colette Andriot. « un chant » Michel Baglin et Michel Lautru. « on peut vivre de ce qui est beau »Marc Baron. Jeux de langue et de sons façon Paul Bergèse. Comme une explication du monde propose Gilles Brulet. Un rêve, celui d’Alain Boudet. Une rencontre avec Luce Guilbaud. Amour chez Liska.

Et on pourrait encore en ajouter tant la poésie agit comme un prisme.

Souhaitons qu’à la Suze le chemin poétique se prolonge encore longtemps car ici comme ailleurs on a besoin de cette ouverture pour respirer.

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imagesTitre : Chemin des poètes 2 014

Auteur anthologie

Editeur : Le printemps de Durcet

Année de parution : 2014

Prix : 5€

Le printemps poétique à Durcet, village en poésie, ça commence en 1986… et depuis chaque printemps ce petit village de moins de trois cents habitants devient le temps d’un week end Capitale de la poésie.

Depuis 2005 la création d’un chemin des poètes permet aux randonneurs de découvrir quatorze poèmes, installés sur autant de bornes le long du chemin de randonnée. L’inauguration se tient le jour du printemps de Durcet, en avril, avec un petit salon du livre et la présence des poètes présents sur le chemin, d’autres poètes et des éditeurs.

Chaque année une anthologie permet de rassembler les poèmes du chemin, histoire de les emporter après la ballade ou de les donner à lire à ceux qui sont loin du chemin.

On y retrouve cette année des poètes anciens, des poètes actuels de la région et de toute la France, deux poèmes d’une classe maternelle de Flers aussi. C’est éclectique, joyeux, simple.

Des aventures comme celle-ci, on en voudrait dans toutes les régions !

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indexTitre : Haïku qui rit

Auteur Paul Bergèse/Jean-Michel Delambre

Illustrations : Delambre

Editeur : Editions Henry

ISBN : 978-2-364-69070-7

Année de parution : 2014

Prix : €12

Un bouquet de haïkus réalisés par quatre mains. Un joli mélange, simple et lumineux. Comme les aquarelles qui les accompagnent.

On se penche ici sur le tout petit, le tout discret, ces petits riens qui embellissent la journée dès qu’on les aperçoit.

Il est bon que des livres comme celui-ci nous rappellent leur existence.

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indexTitre : Vers les riveraines

Auteur Alain Freixe

Editeur : l’Amourier

ISBN : 978-2-915120-90-5

Année de parution : 2013

Prix : €13.50

Le livre s’ouvre sur des échappées réfractaires. L’enjeu du poème est là : permettre l’échappée belle au scripteur autant qu’au lecteur. Le mot fracture les murs qui nous retiennent et donnent un zeste de lumière, une ouverture. On peut à nouveau respirer. Et parler des morts (c’est la seconde partie du livre). « Nous marchons sur des phrases » et parmi des paysages ruinés. Plusieurs textes ici tournent ainsi autour de la perte, des traces qu’ont abandonnées à l’espace des hommes d’un temps antérieur au nôtre. Le présent se promène ainsi, presqu’à tâtons, dans ses lambeaux brisés de noir où bien souvent « personne n’est là pour lever les yeux ».

Une troisième partie s’intitule Porter le temps. Tenter d’avancer. On sait vers quoi mais avant d’arriver au port noir, la lumière est possible. Par l’écriture et la marche. Dans les lumières et les brumes des montagnes ou des étangs. Là, dans ces envolées l’homme parfois aperçoit ce que l’homme avait cru voir. Ce pari sur ce que Freixe nomme « la dorveille », ce pari fou de vivre et de tenter le musement, ce pari, on le sait, s’achemine vers « les jours noirs ».

Comment portez-vous le temps qui vous porte ?

Nos mains retournent à la solitude des poches.

invente donc

sans y croire

ce qui embellit

le gris du jour

©Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

http://www.facebook.com/patrick.joquel

Stéphanie Hochet – Éloge du chat -Collection Anima- Éditions Léo Scheer -une chronique de Nadine Doyen

Stéphanie Hochet – Éloge du chat -Collection Anima- Éditions Léo Scheer (108 pages- 15 € )

Stéphanie Hochet – Éloge du chat -Collection Anima- Éditions Léo Scheer (108 pages- 15 € )

Parmi les muses des écrivains on compte le chat, le « Feles silvestris catus ».

Que Tal inspira Daniel Arsand, le ressuscitant à sa disparition.

Toulouse, chat d’une écrivaine, fut source d’inspiration pour Stéphanie Hochet.

L’auteure, que l’on devine comme Colette amoureuse des chats, s’est limitée à cinq figures félines. Dans l’avant-propos, elle rappelle les points communs à tout chat, comparé au chien. Elle marque son étonnement devant cette idolâtrie du catus.

Elle rappelle qu’il fut l’objet de passions diamétralement opposées: soit « divinisé », soit ostracisé, jugé même au Moyen Âge, pourchassé, accusé de sorcellerie.

Avec une pointe d’humour, Stéphanie Hochet élève Sa Majesté le chat au rang de Shakespeare pour la raison que « tout, absolument tout a été écrit sur lui ».

Dans cet essai la romancière s’interroge sur notre rapport au chat et va s’efforcer de démontrer qu’ « il est l’un des plus puissants miroirs de l’humanité qui fut », à travers la littérature française et étrangère ( russe, japonaise, anglaise).

Elle s’intéresse à la question du « transfert », laissant sous entendre que l’on aime tel animal car il nous ressemble, il possède les mêmes traits de caractères.

Mais ne devient-on pas ce que notre regard contemple?

Stéphanie Hochet débute son analyse par Le libertaire, balayant l’évolution du chat depuis l’antiquité, si vénéré en Égypte sous la forme de la déesse Bastet ( «  avec un corps de femme et une tête de chatte », jusqu’à sa présence dans nos foyers.

Elle soulève la question d’appartenance, et la relation dominant/dominé. Nul n’est jamais le maître de ce félin hiératique. Par son côté indépendant, ne se pliant à aucune règle, il est à rapprocher des artistes qui ne tolèrent pas d’être bridés, muselés dans leur créativité et fantaisie. Le chat, un modèle pour toute personne aspirant à la liberté. La romancière anglaise Jeanette Winterson s’identifie totalement à ce chat libertaire, étant elle-même « sauvage et domestiquée ».

Ne pourrait-on pas le qualifier d’hybride, pour savoir « concilier deux états antinomiques », son carburant étant à la fois « la chaleur du foyer et l’affection humaine » et ses échappées sauvages?

Avec une pointe d’ironie, Stéphanie Hochet évoque l’invention des chatières qui transforment les murs « en gruyère ».

La narratrice atteste qu ‘un chat peut être la « compagne » idéale pour les êtres lettrés, « atrabilaires, râleurs » et misanthropes, développant ainsi une relation intime. « Un ersatz de vie amoureuse ». Baudelaire a su traduire sa fascination en un « véritable poème érotique ». Montherlant évoque l’art de « patiner les chats » d’un de ses protagonistes. Si à l’instar de Leautaud, des hommes célibataires privilégient la compagnie des chats à celle des femmes, Allia Zobel prouve en 101 raisons pourquoi un chat est préférable à un homme!

L’autocrate incarne les « hauts dignitaires », les hommes d’église.

Le chapitre le plus approfondi est celui sur La femme. Leur pouvoir de séduction est identique, « La caresse du chat est volupté ». Même attention portée à son corps, sa toilette. On succombe « à la beauté chaloupée ».

Stéphanie Hochet exhume des textes où le comportement de la femme est calqué sur celui du félin, « une énigme ». Colette y voit l’effet miroir. Orwell , dans La ferme des animaux, renvoie la métaphore de la société anglaise, dans ce qu’elle a de pervers.

Dans le chapitre consacré aux replets, on croise avec plaisir deux célébrissimes félins, Garfield et Le Chat du belge Geluck. Tous deux peuvent se targuer d’ « une autorité naturelle » qui en impose tel un bouddha ou un sumo,d’ une aura incontestée, d’ une prestance. L’auteur dissèque les raisons d’un tel engouement.

Pour illustrer « la flexibilité » du chat, Stéphanie Hochet consacre plusieurs pages à décortiquer la métamorphose de Biscuit, « le gros chat », un transfuge dans Le Fait du prince, un des romans d’Amélie Nothomb. N’est-il pas devenu « un seigneur autocrate », « demi-dieu omnipotent »? Après le règne de l’enfant roi, on assiste à celui de l’animal roi. Chez Lewis Carroll, c’est son aptitude à disparaître qui le classe parmi les démiurges. Dans le conte de Perrault, l’agilité du chat rime avec intelligence, ce qui « peut devenir une arme redoutable ».

Stéphanie Hochet ne se contente pas d’écumer la littérature , elle fait une incursion dans le 7ème art pour illustrer un « trio amoureux humains-chat avec ses débordements macabres » ou le désir féminin dans La chatte sur un toit brûlant.

On retrouve son attachement à la langue française et ses connaissances des lettres classiques lorsqu’elle distille les étymologies des mots( raminer signifiant ronronner) et évoque le nombre impressionnant de locutions contenant le mot chat ( faire des chatteries, écrire comme un chat), sans oublier la polysémie du mot « chatte ».

Stéphanie Hochet signe un argumentaire richement étayé, truffé de références

littéraires ailurophiles, répertoriées en fin d’ouvrage. En filigrane des portraits de félidés se dessinent ceux des humains. Si « l’animal élastique », ce paradoxe, sait amadouer son maître, l’auteure aura su, par cet essai, convertir les lecteurs à sa plume.

Une lecture enrichissante qui séduira inconditionnels de la gent féline et les autres.

PS: A noter que la collection « Anima » a pour but de « mettre en lumière la rapport que les écrivains entretiennent avec les animaux », d’où le choix d’une fresque rupestre sur la couverture.

©Nadine Doyen

M©Dĕm. a lu et commenté pour vous : Les Fées penchées, de Véronique JANZIK, éd. ONLIT, e-book

 

Les Fées penchées, de Véronique JANZIK, éd. ONLIT, e-book,

Les Fées penchées, de Véronique JANZIK, éd. ONLIT, e-book, 1ère mise en ligne le 12/02/2014 www.onlit.net

Après Auto et La Maison, sortes de variations sur un sujet flirtant avec les deux genres de la poésie et de la nouvelle –Véronique JANZYK signe avec Les Fées penchées, e-book publié par les éditions ONLIT, un recueil de nouvelles où les fées sont de guingois, mais néanmoins fées. Car, ainsi que l’écrit Franz Bartelt cité en exergue du livre :

Une fée qui a perdu sa baguette n’est peut-être plus tout à fait une fée, mais elle n’est pas pour autant une femme ordinaire. [Source : Décharge 161, mars 2014- Revue de poésie trismestrielle).

Chacune des quinze nouvelles qui composent ce recueil d’une sensibilité et d’une sobriété d’écriture propre au tour de plume de Véronique Janzyk, scrute l’esprit penché qui disjoncte doucement (À propos, site en ligne ONLIT),

raconte ceux qui déjantent & vont déséquilibrer des vies cependant singulièrement vibrantes et résonantes par le fil quasiment sans balancier de leurs vertiges d’existence traversant des vides retenus au bord par telle ou telle raison suffisante de continuer (un désir de créativité, l’amour, des rencontres, le désir de continuer dans l’obscur ou la «folie» aussi, à transcender…).Des existences au bord des présences et du présent, dans ces marges de terrains vagues, fertiles cependant par les trash de fragilité qu’elles dégagent, élaguent, étoffent, mettent en scène / en œuvre. Des existences «au bord», re-tenues debout par l’expression même de leurs douleurs.

Véronique Janzyk inspire au lecteur cette empathie pour ces femmes-fées non ordinaires, que son écriture même traduit en écrivant ces femmes aux points les plus sensibles de leur humanité. Le tour de force de l’auteure réside ici dans le déploiement d’une écriture de la sensibilité ouverte sur les univers fragiles de ces fées gardées en survies par la grâce de partages exprimés, dans le cadre d’une rencontre. Leur humanité plie, mais jamais ne se rompt –ce qui nous rend les lecteurs-gardiens de leur expression, de l’écriture de leur vie sur des pages d’écoute (notre écoute) attentive et captive, captivée par ces fées penchées, ces fées tout sauf ordinaires.

Les Fées penchées est un livre curieux au sens étymologique et fort du terme. Curieux dans le sens où il attise la curiosité du lecteur ; curieux dans le sens où le lecteur se retrouve comme projeté au long de lignes de navigation parfaitement inattendues, même s’il sait d’emblée qu’elles seront marginales. Jeté dans des univers singuliers le lecteur marche sur le fil de l’intrigue de chaque histoire, comme sur un fil de haute tension où les lignes de flottaison le font naviguer entre ce qui n’est pas ordinaire &

l’extra-ordinaire. Jeté in media res dans l’histoire déroulée par un narrateur / une narratrice, le lecteur avance sur le fil de l’intrigue qui ici constitue l’événement principal des textes, avance un peu dé-routé de prime abord mais, finalement happé par une ligne / des lignes conductrice(s) qui l’emportent, le trans(e)-portent. Probablement à l’instar des Myléniens vivant un concert de Mylène (Farmer) dont il est question dès le premier univers parallèle tracé par les mots du narrateur. Certainement comme l’auteure elle-même emportée par ses fées : C’est reposant de voir les choses et les événements à travers un «je» qui n’est pas soi, enfin pas tout à fait déclare Véronique Janzik interviewée dans Décharge n° 161. Même si ces “fées penchées”, poursuit-elle, (..) ne sont pas si éloignées que ça de moi. Pourtant, les personnages m’ont éloignée de l’idée de départ. Les fées ont tenu les rênes, c’est très bien ainsi. Elles m’ont forcé la main. On touche là à un point important de l’écriture de Véronique Janzik, qui a parlé à plusieurs reprises de cette mainmise des personnages sur son inspiration. D’où cette sensation de transe ressentie à la lecture des textes. Le lecteur est emporté par les personnages, comme ceux-ci ont trans(e)-porté leur auteure.

Cet emportement se ressent dans le rythme du texte. Un rythme qui court et parcourt l’écriture, comme pour ne pas se brûler à la braise dont émergent ses personnages.

D’où, pour la réception du texte, un effet d’écriture on the road remontant la paroi des trappes de la mémoire –ici pouvant être mémoire collective, puisque l’intrigue d’un récit quel qu’il soit a sa part de singularité qui fait le style mais aussi sa part d’universalité qui fédère l’attention et l’intérêt des lecteurs – une mémoire que donne à renaître de ses braises le tison ardent et contrôlé de l’écriture.

Des phrases-phares, voire des phrases-clés, éclairent par-ci par-là, l’émaillant, la route des Fées penchées. Des mots, des phrases sont parfois posés en véritables jalons éclaireurs qui ouvrent les voies de l’interprétation, les horizons réactivés en leurs souvenirs et enrichis par ce que peut en imaginer chaque lecteur. Des phrases-phares, donc. Ainsi L’océan d’encre mélange, met l’ancre et l’ange en moi. Mylène je l’adore pour son écriture en fait / J’écris aussi, pour moi. Peut-être un jour enverrais-je un de ces textes à Mylène. Sur le monde des hommes, sur un monde incurvé, un monde fou, le monde qui est en nous (Mylène) // Toujours on va vers la mer, Pat et moi. Ce n’est pas un détour. Nous sommes des ricocheuses maritimes. On se propulse à partir de la plage. (Marraine) // Je cours sur le trottoir. Sur la rue. Y a plus de trottoir. Y a plus de rue. Y a plus que le Ciel. / M’apporter un litre de jus de raisin et un savon. Oh c’est drôle j’avais écrit jus de raison. Pour combien de temps en ai-je ici ? / Le Docteur Paris m’a dit «Vous êtes une bonne personne».

«Vous avez le cœur comme un nuage», il a dit aussi. C’est un beau compliment. (Epouse-moi) //

Véronique Janzyk se définit elle-même comme un auteur transgenre. Et la question qui consisterait à savoir précisément définir le genre d’écriture qu’elle pratique, se repose aussi pour Les Fées penchées. Ni recueil de nouvelles littéraires à proprement parler, plutôt recueil de récits d’un «je» à chaque fois singulier racontant de façon expérimentale –parfois initiatique, on y reviendra- sa traversée douloureuse, du moins éprouvante, au sein du monde et de la société, mais aussi recueil d’écritures-témoignages marquées au fer de lance d’une introspection plurielle tournée vers l’analyse des rapports aux autres & une transcription synthétique de destins singuliers, marquées du sceau salutaire d’un humour qui tient à distance pour mieux l’appréhender ce rapport à l’Autre –l’écriture de Véronique Janzyk est tout cela à la fois. Sans oublier les bribes de visions poétiques qui émaillent l’existence de ces âmes sensibles et les élèvent, encore enfants dans leur toucher des êtres et des choses pour certaines, du moins ayant gardé un regard d’enfant.

La vision objective, parfois même presque clinique, du monde environnant côtoie une vision plus marginale et poétique. Ces deux types de regard porté rappelle d’une manière allégorique la rencontre, la confrontation de tempéraments pragmatiques et/ou créatifs qui façonnent l’existence et le relationnel mis en jeu sur la scène de la Comédie humaine. Il faut de tout pour faire un monde, rappelait le poète Paul Eluard, en ajoutant : il faut du bonheur et c’est tout. Conception de l’existence qu’agréé probablement Véronique Janzyk, laquelle commente à propos de ses fées littéraires, de ses Fées penchées : Aucune pathologie ne m’effraie. Aucun pronostic. Mais comme tout le monde, je préfère les histoires qui se terminent bien.

Les mondes ici défrayant la chronique des Fées penchées frappent par leur marginalité, par leurs habitants originaux dont les héros ou anti-héros, dont les héroïnes ou anti-héroïnes dessinent en premier plan et en filigrane un monde à part dans les fils duquel se tisse une histoire, des événements quotidiens jamais ordinaires. Violence des mots, des gestes, frénésie sexuelle, démence psychiatrique, mais aussi amitié ou passion dévorante car du déséquilibre jaillit aussi le mouvement (À propos, site en ligne ONLIT).

Les Fées penchées, recueil de récits d’un «je» à chaque fois singulier racontant de façon expérimentale –parfois initiatique, on y reviendra- sa traversée douloureuse, du moins éprouvante, au sein du monde où il peine à trouver (sa) place. De façon expérimentale –parfois initiatique : dans le sens où les personnalités semblent dérouler leur destin en l’écrivant, aux moments mêmes où leur histoire se raconte. Par l’intermédiaire d’un narrateur, d’une narratrice, soit, mais

l’écriture joue ici comme par l’effet d’une mise en abîme efficiente, comme un rôle cathartique sinon thérapeutique. A signaler, l’auteur travaille dans le secteur de la Santé et du journalisme, ce qui lui confère on le suppose une expérience d’observatrice et d’actrice dans la rencontre des difficultés dites existentielles. Une acuité dans l’écoute et l’ap-préhension des souffrances psychiques ou autres.

Aussi, l’humour de l’auteur «sauve la mise» pour ces existences sur le fil qui, grâce à la distance et au décalage opéré par ce modus vivendi, trouvent à ressurgir de leur mal-être. L’humour est ici bretteur, un peu «à la Voltaire» il lève un lièvre et le met en joug par la puissance des mots pratiqués en dérision ou en auto-dérision -salutaires. Il se lit entre les lignes, ainsi dans les anti-phrases de Sanguinaire où cet humour excelle, histoire qui relate une relation conjugale construit sur un rapport de force, un rapport de proie (la narratrice) à un prédateur (compagnon par ailleurs chasseur) et dont la narratrice finit par se déprendre comme on se déprend par une mise à distance d’un gourou.

Avec Les Fées penchées, Véronique Janzyk signe un livre original, publié par l’éditeur belge nativement numérique ONLIT, et dont on peut se procurer l’édition papier auprès de l’éditeur pour les amoureux de l’objet.

©Murielle Compère-DEMarcy

(MCDem)

Murielle Compère-DEMarcy signe depuis peu du monogramme MCDem.

 

Publications en Revues

Comme en poésie, n°57, mars 2014 (J.-P. Lesieur, Hossegor)

Traction-Brabant n°56, mars 2014 (P. Maltaverne, Metz)

-Chronique Trouvailles de Toile… (Expressions, Les Adex, 60800 Rouville)

Florilège n°154, mars 2014 (S. Blanchard, Dijon)

 

Publications Sites en ligne

Le capital des mots, site d’Eric Dubois, février 2014

Délits de poésie, site de Cathy Garcia (Nouveaux Délits), mars 2014

La Cause Littéraire, le 19/03/14 pour le Poème I ; le 29/03/14 pour les Poèmes II, III & IV ; le 07/05/14 Poèmes V, VI et VII

-Chroniques sur le site de Traversées / P. Breno (Belgique), depuis février 2014 (articles sur Ailleurs simple de Cathy Garcia, Pierre Reverdy l’enchanteur, La partie riante des affreux de Patrice Maltaverne & Fabrice Marzuolo, à hauteur d’ombre de M.-Fr. Ghesquier di Fraja, sur le poète Pierre Dhainault)

-Recension / Articles critiques / Chroniques sur le site en ligne de La Cause littéraire (Ailleurs simple de Cathy Garcia, éd. Nouveaux Délits, le 07/04/14 ; La partie riante des affreux de Patrice Maltaverne & Fabrice Marzuolo, éd. Le citron Gare, le 04/05/14 ; Reverdy, l’Enchanteur, le 08/05/14 : A hauteur d’ombre de Marie-Françoise Ghesquier di Fraja, éd. Cardère, le 10/05/14

La Cause Littéraire, le 07/05/2014 pour Poèmes V, VI, VII

 

Publications Recueils

 

-Atout-Cœur éd. Flammes Vives / Claude Prouvost, 2009

L’Eau-vive des falaises c/o Michel Cosem éditeur, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches, avril 2014

 

Prix littéraires

 

-Prix catégorie Poésie dans le cadre du Concours international de littérature et de créations artistiques organisé par la Cité-Nature d’Arras

-Prix catégorie Fiction à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie dans le cadre du Concours Dis-moi dix mots organisé par la DRAC / Picardie, 2012

-Prix Le Poète du mois organisé par l’Association de Poésie Française Contemporaine (A.P.C.F. / Dijon) en juin 2013

-3ème Prix du Libraire pour une nouvelle littéraire, le 31/05/2014 dans le cadre du Concours international de littératures et de diaporamas organisé par l’association Regards (Nevers)

 

Publications en cours

 

Verso / Alain Wexler

Microbes 85 / Eric Dejaeger –Été 2014

L’Ouvre-Boîte à Poèmes

Nouveaux Délits / Cathy Garcia –octobre 2014

– 4ème de couverture Poésie/première n° 59, juin 2014 (Emmanuel Hiriart //Jean-Paul Giraux / Martine Morillon-Carreau / Philippe Biget / Guy Chaty) : Poème de MCDem illustré par Didier, Mélique

 

Mazarine Pingeot – Les invasions quotidiennes, une chronique de Nadine Doyen

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Mazarine Pingeot – Les invasions quotidiennes– roman-( 238 pages- 19€)

Les invasions quotidiennes, c’est d’abord un titre explicite, une couverture très éloquente qui donne le ton du roman de Mazarine Pingeot. L’héroïne arbore une mine déconfite. On la devine habitée par quelques figures tutélaires, des philosophes présents en toile de fond, avec qui il lui arrive de parler. Comme NAC, un perroquet bienveillant, tantôt un confident, tantôt un moteur, « en bon marionnettiste ».

Qui est donc cette narratrice? On subodore le double de la romancière.

Une femme proche de la quarantaine, à deux facettes puisque Joséphine pour les uns, Charlotte pour d’autres, en hommage à Charlotte Gainsbourg, avec qui elle dialogue.

Mazarine Pingeot nous fait suivre sur douze jours le quotidien de cette mère de famille, professeur et auteur jeunesse. Comment concilier le tout quand le mari dont elle a décidé de se séparer n’est pas très conciliant ? Joséphine, vraie tornade, nous embarque dans son marathon et nous livre un inventaire de ce qui fait de sa vie « un bordel ». Elle nous plonge dans ses pensées intérieures ( décryptage d’un texto).

On sent cette championne de la procrastination proche du burn out, surtout quand la présence de José génère des échanges violents, voire injurieux, ou qu’il envoie des messages comminatoires. Va-t-elle sombrer comme une « desperate housewife » devant toute la succession d’impondérables ou aura-t-elle la volonté de rebondir ?

Si elle est épaulée, conseillée par des amies, secondée pour du baby sitting, un homme complique sa vie, pollue son esprit même. La voilà aux prises avec l’amour, mais un amour conflictuel à cause des enfants, une entente cordiale qui s’est délitée.

Mais pour qui son coeur bat-il toujours?

Nul doute pour ses deux merveilleux bambins, qu’elle couve même quand ils dorment, tout en anticipant déjà le moment où ils voleront de leurs propres ailes.

Pour Martin…

Fraternité avec les voisins d’en-face qu’elle gratifie de signes, parfois plus.

Pour son frère et son père, avec qui elle entretient une grande complicité.

On devine des bribes autobiographiques, dans les souvenirs d’un voyage en Égypte ou dans l’évocation de Balou, ce labrador destiné à « combler une carence affective ».

Elle s’interroge quant à sa vie sentimentale ( Peut- elle imposer à ses enfants un beau- père?) avant que le lecteur soit le témoin d’une attirance réciproque entre elle et un nouvel élu. Mais ne déflorons pas ce cheminement amoureux.

Avec beaucoup d’auto dérision, Mazarine Pingeot nous offre des saynètes drôles, très théâtrales. Elle s’aventure dans la comédie et y réussit. Ainsi, elle ne risque pas de se voir coller une étiquette ou emprisonner dans un genre. On pense au ton léger de David Foenkinos dans cette façon de mettre en scène un personnage au bord du désastre, dans des situations désespérées, avec en prime l’humour. La scène du baiser ( « On ne triche pas avec un baiser. ») rappelle celui de La délicatesse.

En filigrane Mazarine Pingeot épingle la presse people dont elle même fut victime.

Elle déplore cette addiction à « ce réseau cancérigène », concède qu’elle nourrit parfois des espoirs « insensés ». Viserait-t-elle à tirer la sonnette d’alarme à l’encontre des pères quant à la pension alimentaire ou le partage des tâches?

Elle explore aussi la relation éditeur/auteur, la précarité. Elle souligne son vécu d’écrivain: les affres de la page blanche, le sacerdoce parfois des salons littéraires,

mais aussi l’émotion et la jubilation de rencontrer des élèves « revigorants », ou des lecteurs bienveillants. Elle pointe la rivalité qui peut naître dans un couple quand la notoriété de l’un fait de l’ombre à l’autre. D’où cette « muraille de Chine ».

Le récit se clôt de façon crépitante,flamboyante, en apothéose avec cette chavande improvisée, tel un feu de la St Jean. Une façon de brûler les oripeaux du passé.

Joséphine n’avait-elle pas raison de faire confiance au destin, comme Kaa le lui intimait? Mais qui aurait-elle enflammé ? Pour qui se consumerait-elle?

Au lecteur de consommer ce roman jubilatoire pour percer le mystère.

Mazarine Pingeot signe un dixième roman distrayant avec ses envolées burlesques, qui nous avale dans cette spirale au rythme d’enfer, sur fond mélodieux de Melody Nelson. Récit nourri de réflexions philosophiques et pourvoyeur de pensées positives.

Un renouveau lumineux pour l’héroïne.

©Nadine DOYEN