Les lectures de Patrick Joquel

 

Poésie

 

 

 indexTitre : Les gens polis ne font pas la guerre à autrui

Auteur Jacques Thomassaint

Illustrations Pierre Rosin

Éditeur : Soc et Foc

ISBN : 978-2- 912360-91-5

Année de parution : 2014

Prix : €12

Un livre résolument antimilitariste. Anti guerre. Avec humour. Détermination. Des images riches de couleurs et de sens pour appuyer là où ça gratte. Les poètes qui s’engagent et c’est une des veines de la poésie que cette écriture de combat réveillent. C’est le thème du prochain Printemps des Poètes de mars 2015 et c’est réjouissant pour ce livre !

J’espère que le site du Printemps le mettra à l’honneur car il n’est pas facile de pratiquer cette poésie d’engagement à hauteur d’enfance !

 

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indexTitre : Un temps pour tout

Auteur: Lucile Lux

 Éditeur : Soc et Foc

 Année de parution : 2014

 Prix : 9 €

C’est tout simple. C’est génial. Simplement génial. Secondes, minutes, jours, semaines, mois, années… une vie. Celle de chacune et de chacun. En prise, en miroir, en écho. Sa vie. Ma vie. Nous sommes si différents et nous nous ressemblons tant.

 Les pages tournent comme les jours. Les mots, quelques mots jouent avec les images, s’intègrent et nous regardent. Les images résonnent et l’émotion gagne. 

On est tout entier dans ce petit miracle, la vie, tout  entier dans ce livre. On ferme le livre et l’envie de dire merci nous monte aux lèvres.

 

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indexTitre : De la tête aux pieds et des pieds à la tête

 Auteur: Constantin Kaïteris

 Illustratrice : Brigitte Dusserre Bresson

 Éditeur : Éditions Corps Puce

 Année de parution : 2014

 

Prix : €14

 

On passe ici en revue tout le corps humain. Chaque partie a son poème. D’abord en descendant puis en remontant. Muscles, articulations, organes, sens : chacun est mis en mot. Des mots qui disent l’essentiel de la partie, qui jouent avec la langue en insérant les expressions langagières concernées. Beaucoup de tendresse. Beaucoup de richesse. On se dit en première lecture que c’est une bonne idée, que c’est tout simple et puis ensuite on s’aperçoit que comme tout ce qui parait simple ne l’est pas autant qu’il le parait. C’est à cela aussi qu’on reconnait le poème : à sa richesse, à ce qu’il révèle des secrets…

 Une réussite soulignée par les gravures de Brigitte Dusserre Bresson, fines et limpides. Un livre qui devrait rejoindre toutes les bcd des écoles, rayon poésie.

 

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indexTitre : notes de bois

 Auteur: Thomas Vinau

 Dessins de Valentine Leboucq

 Éditeur : Cousu main

 Année de parution : 2014

 Prix : € 8.50

 

Un bel accordéon bleu pour une douzaine de poèmes. Il s’en dégage une sérénité paisible. On est là. Comme la petite mouche dont on rêve souvent, installé au plafond du bureau de Thomas, une planche de bois deux tréteaux, quatre fenêtres et cet étrange jardin du monde au devant des yeux. Bien douillet au silence du matin, dans la lumière. Mi-songeur, mi-contemplatif, un peu ermite, un peu  ronronnant sous la caresse des mots. Une sorte d’art poétique d’un voyageur immobile.

 Bien. Juste bien.

Cette poésie du minuscule comme le présente Thomas dans son blog, du quotidien. Ces touts petits éclats de vie qui donnent de grands sourires et même d’immenses rires. La vie, simplement.

 http://etc-iste.blogspot.fr/

 http://editionscousumain.blogspot.fr/

 

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indexTitre : Dunité

 Auteur: Anne Pastor Cadou

 Photographe : Marie-Geneviève Lavergne

 Éditeur : Soc et Fo

 Année de parution : 2014

 Prix : 12€

 Un bel équilibre. Un livre où le ressac berce le lecteur de page en page. Blanches d’écume.

 Emmène-moi, veux-tu.

 Et retournons à la mer, comme d’habitude.

 Comme toujours.

 

 La mer. L’errance au rythme des vagues. Sur le fil du sable et du varech. Les yeux dans l’infini. Le pas dans le silence. L’immense méditation de la mer. Sa violence aussi.  Un bel accord texte/photo. Le lecteur voyage et se plonge dans ses souvenirs de bord de mer. En écho.

 Un bel ouvrage à méditer, rêver. Idéal pour les jours de gris ou les jours trop continentaux, les jours de métro…

 

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indexTitre : Ecrits du Nord 25-26

 Auteur : revue

 Éditeur : Éditions Henry

 Année de parution : 2014

 Prix : €12

 

Un bel ensemble où sont publiés divers poètes comme Philippe Blondeau, Constantin Kaïteris et Claude Burneau que notre revue caïrn a publié également au fil de ses numéros.

 Cela donne un bel aperçu du travail de l’éditeur, des textes qu’il reçoit et de la vitalité de cette poésie qui tient la main de nombreux êtres. A découvrir sur http://www.editions henry.com.

 

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indexTitre : Les hommes tissent le chemin

 Auteur: Bernard Grasset

 Peintures de Jean Kerinvel

 Éditeur : Soc et Foc

 ISBN : 978-2-912360-92-2

 

Année de parution : 2014

Prix : €12

 Curieux livre que celui-ci. Curieux et plaisant. Des poèmes de voyages, écrits sur la route : paysages, sensations, émotions, recherche des traces de l’homme et du temps… Une écriture proche de la photographie comme souvent dans cette géopoétique de l’écriture chère à Kenneth White. Des peintures totalement abstraites. Une mise en écho via les couleurs, les formes, les rythmes. Un livre inversé si on peut oser ce terme et c’est ce qui lui donne sa personnalité propre et nous invite à y revenir comme on revient sur et dans les paysages qui nous fondent, nous parlent, nous re connectent au monde et à nous-mêmes. Un livre d’éditeur et bravo !

 

 

 

Roman

 

 

 

indexTitre : Et je prendrai tout ce qu’il y a à prendre

 Auteur: Céline Lapertot

 Éditeur : Viviane Hamy

 Année de parution : 2014

 Prix : €17

  

Un livre poignant. Oscillant entre un présent où se joue un avenir plus qu’incertain et un passé lourd de silence et de détresse.

 Un livre qui témoigne que parfois la seule et unique solution pour sortir de l’enfermement et du mutisme est la violence…

 Un livre à mettre dans toutes les mains qui de près ou de loin travaillent avec l’enfance, juste pour garder en mémoire que la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

 

 ©Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

 

Un nouveau livre avec Johan Troïanowski :

Chercheur d’or

aux éditions Pluie d’étoiles.

Cette fois-ci : c’est une BD !

 

https://www.facebook.com/patrick.joquel

 

Jérôme Attal – Presque la mer – Hugo & Cie —par Nadine Doyen

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  • Jérôme Attal – Presque la mer – Hugo & Cie ( 199 pages, 16€)

La mer est au coeur du roman de Jérôme Attal, enfin la mer invisible, la mer fantasmée par les habitants  de Patelin,village perdu au milieu de nulle part, accessible après « une trentaine de ronds-points », et « un tas de péripéties déloyales » ( gravillons, nids de poule, trous insondables).

Roman ancré dans la réalité puisque l’auteur aborde le thème de la désertification médicale. Tout le monde connaît la galère pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste.

On suit donc, en chapitres alternés, d’une part le parcours de Frédéric, terminant ses études de médecine, avant de répondre à l’annonce du maire, Serge Ornano.

D’autre part Louise, qui monte à Paris, pour une émission de radio crochet, rêvant de célébrité et d’ailleurs.

Jérôme Attal  oppose la vie  trépidante à Paris ( « réservoir inépuisable de gens à guérir, à croiser, à oublier. ») à celle dans la France profonde. Il déploie tout son talent de portraitiste , avec le sens des détails,et brosse une riche  galerie de personnages très variés  y compris les secondaires. ( Broussard, le boucher – Marie-Eve, l’épicière – Mirabelle, une gamine qui prend le docteur pour un conteur).

Ce qui ramifie le récit en moult digressions dont l’implantation de bulles d’habitation, « ouvertes sur la nature », concept  à la mode pour des vacances insolites.

 

On croise  le maire qui mobilise tout un village pour insuffler à  Patelin l’attrait qui pourrait attirer les touristes. On est médusé par son subterfuge de  la voiture peinte.

 

Quant à Paco, le facteur,  « l’homme providentiel »,  il fédère, avec son idée farfelue, tous ceux qui croient à son projet : faire venir la mer jusqu’à Patelin.

Comment réussir ce challenge ? Un peu de peinture bleue, les mains des élèves de l’école du village, et le tour est joué, les champs oscillent comme les vagues. De l’étage de la « Villa des bons soins » , on peut  apercevoir  « une large bande bleue verte » qui figurera «  à merveille la mer souveraine et scintillante ». Les habitants deviennent des estivants, lunettes de soleil, attirail de plage sous les bras, qui se  rendent à la mer. Le pot aux roses ne  risque-t-il d’être découvert ou quelqu’un ne va-t-il pas vendre la mèche ?  Suspense.

 

Fréderic,  le médecin non autochtone, lui,  il croise  chez Paco une silhouette qui le convoque. « Au lieu d’une étoile filante, il découvrit une frêle jeune femme », et l’ émotion physique qu’il ressentit  « tenait à la fois de l’attraction et de la terreur ».

On peut s’étonner que le jeune médecin n’éprouve pas l’appel de la mer, comme l’écrivain national de Serge Joncour, qui, lui, ressent l’appel de la forêt.

Mais , investi de sa mission, il consulte, rédige des ordonnances. Serait-il, en plus, psychologue pour prescrire  une thérapie plus qu’originale afin de débarrasser Louise de sa mélancolie ? Louise, « corsetée dans un costume de pensées sombres », Louise qui sait le gratifier d’un sourire « léger comme un volant de badminton » .

Et Fréderic subjugué, qui « mourrait d’envie » de « la contempler des heures durant ».

 

Stan, l’ amoureux éconduit,le voyou du village,  fait irruption  où on ne l’attend pas , créant du désordre. Il fomente alors sa vengeance  qui , mise à exécution, sème la panique  et  menace de ruiner l’avenir d’un village. A nouveau la solidarité aura le dessus.

 

Comme le déclare Eric Vuillard : «  Une des fonctions de l’écriture, c’est peut-être de rendre leur intensité aux images ». Jérôme Attal réussit  à merveille ce tableau représentant « la mer opalescente », les cabines « striées de couleurs primaires ».

L’oeil du lecteur moissonne une pléthore d’images. Une touche exotique se glisse avec les repas japonais de l’unique auberge du village.

 

A travers Louise, il stigmatise la cruauté  de ces concours de chants, et dénonce ce miroir aux alouettes qui génère tant  de déçus parmi ces « chanteurs jetables ». On devine , en filigrane, l’auteur compositeur, connaissant ce monde implacable.

 

Jérôme Attal  radiographie avec brio la vie d’un village et ses ouailles.

De multiples passages pourraient être mis en scène. On imagine facilement  les saynètes du médecin en partance pour Patelin avec tous ses bagages, y compris la cage de Spéculum, pour qui les voyages  étaient « synonymes de transpiration … et de spéléologie » ou  le  départ pour  la plage  avec ce défilé incessant sous les fenêtres du docteur, tout comme le repas en tête à tête, prélude à d’autres ordonnances.

Scène plus tendue et violente pour l’agresseur agressé par les piranhas.

Le récit est ponctué de truculents dialogues, comme celui entre le maire et Frédéric au sujet des déjections des mouettes «  intelligentes et respectueuses » !

 

L’auteur brode des comparaisons inattendues : « la paupière droite aussi mobile qu’un store vénitien ».  La comédie tourne  à plein régime, saupoudrée d’humour, de jeux de mots («  Beach Party / biches party ») et nous invite à préférer la fragilité du rêve à la réalité peu roborative. Les gens  ont besoin d’illusion pour avancer dans la vie, affirme Woody Allen.  On note aussi des références cinématographiques et musicales.

 

Si certains s’intéressent à la première phrase d’un roman, c’est la dernière qui retient notre attention. L’image qu’elle suscite a quelque chose de romantique, convivial, après  le travelling sur cette procession empreinte de bonheur.

La mer aurait-elle scellé les destins contrariés de Louise et Frédéric ?

Jérôme Attal, à l’esprit inventif,  signe un roman irrigué par les bons sentiments, baigné dans une atmosphère onirique, qui  peut être classé dans la catégorie des « feel good book ». Presque la mer, un récit qui peut être lu même loin de la mer.

©Nadine DOYEN 

 

 

 

 

La revue littéraire no 55 – Automne 2014 – Editions Léo Scheer (12€ – 170 pages)

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  • La revue littéraire no 55 – Automne 2014 – Editions Léo Scheer (12€ – 170 pages)

La revue Automne 2014 offre un panorama très complet sur la rentrée littéraire 2014, avec plus de cinquante auteurs (par ordre alphabétique) mis à l’honneur par une équipe très éclectique. Des plumes aux sensibilités variées, partiales (quelques auteurs en font d’ailleurs les frais) présentent entretiens, critiques et recensions.

Se côtoient les auteurs de premiers romans, les valeurs sûres, qui figurent dans la course aux prix. Certains déjà primés, mais aussi ceux qui n’ont pas bénéficié d’une abondante presse. Raisons de plus pour approfondir ses connaissances et glaner le scoop. On découvre leur rituel d’écriture (avec plan, sans plan), des réflexions sur la lecture : « Un bon livre n’existe que dans le plaisir égoïste de celui qui lit » pour Gilles-Martin Chauffier, et le rapport auteur /éditeur, « sorte de nounou ».

Nicolas d’Estienne d’Orves confie à Myriam Thibault, rédactrice en chef, préparer le Dictionnaire Amoureux de Paris (Plon). Il évoque le métier d’écrivain, chronophage, qui « implique de la rigueur, de la discipline », méconnues du dilettante.

Les difficultés de la traduction sont abordées avec Sika Fakambi.

Trois romans sont radiographiés de façon approfondie.

Alexandra Varrin s’est intéressée au thriller de Stephen King qui explore « les nouvelles pistes que nous offre le monde contemporain ». En témoin de son époque, ses personnages communiquent par mails ou sur les réseaux.

Lilian Auzas présente Pétronille d’Amélie Nothomb comme la « version féminine des rimbaliennes ». Ce roman ne relate pas seulement « le Nirvana, les plaisirs effervescents de la boisson sacrée » que la narratrice atteint « tel Bouddah », mais aussi sa rencontre avec « sa convigne » dont elle brosse un « portrait à la fois piquant et élogieux ». Le bémol ? Nous avoir dévoilé l’épilogue.

Le troisième roman à passer sur le grill est celui d‘Emmanuel Carrère. Angie David revient sur Limonov, « roman épique » qui l’avait passionnée, avant d’aborder Le Royaume dans lequel l’auteur « nous livre sa propre expérience mystique ». Elle fait allusion à cette « amitié intime » avec Hervé, révèle en quoi l’auteur fut frustré. L’atout de ce roman, c’est de rendre « accessible, par sa dimension romanesque, ce qui est à l’origine de notre civilisation ».

Dans la rubrique intitulée : Dossier « Rentrée littéraire », on rencontre des sujets communs à plusieurs auteurs. L’amour impossible, les secrets chez Catherine Locandro. Un pays en voie de disparition, sujet récurrent de Marie-Hélène Lafon.

Le suicide d’un ami pour Frank Maubert. Denis Michelis ausculte la société et pointe son dysfonctionnement. Clara Dupond-Monod nous plonge dans le Moyen-Age avec Aliénor d’Aquitaine. Des mythes sont ressuscités : Greta Garbo par Nelly Kaprièlan, Buffalo Bill par Eric Vuillard. Proust est revisité par le duo Véronique Aubouy et Mathieu Riboulet dans À la lecture, « un projet monumental ».

Les cahiers de l’Herne invitent à découvrir l’œuvre de Maurice Blanchot, « auteur de lumière tapi dans l’ombre ».

Dans Une vie à soi de Laurence Tardieu, dont la narratrice rencontre Diane Airbus, Hafid Aggoune voit « le livre du retour », « de la libération », de « l’acceptation ».

En bref, des livres qui bousculent et ne laissent pas indemne.

Parmi ceux qui ont retenu l’attention des chroniqueurs, on trouve des auteurs phares.

Myriam Thibault a été impressionnée par le roman de David Foenkinos, qui relate « l’histoire tragique » de Charlotte Salomon, cette artiste peintre méconnue que l’auteur découvrit lors d’une exposition et dont il met en lumière le talent.

Un challenge audacieux, un prénom sauvé de l’oubli, et de nombreux lecteurs « Charlottisés ». « Son plus grand roman », selon la chroniqueuse.

Pour Francesca B., Serge Joncour « réussit avec brio un avatar littéraire» avec L’écrivain national. Un trois en un, réunissant « le polar lyrique et philosophique », l’histoire d’amour autour de la « mystérieuse et fantasmagorique Dora », et une plongée dans les coulisses du métier d’écrivain. Le lecteur est « happé et projeté dans l’intimité de l’auteur » qui va « sortir des sentiers battus » pour « s’intéresser au fait divers local » et nous immerger dans une forêt bien mystérieuse. S’entremêlent « querelles de voisinages », « thématiques de l’écologie, des potentats locaux », « pensées sur notre quotidien » et questionnements. On aurait peine à négliger » ce page turner, servi par « une écriture légère et attachante », conclut la journaliste.

On croise des auteurs de nationalités variées.

Dany Laferrière, « désormais immortel », fascine par « la sincérité et la beauté » de sa plume et son « style d’une élégance et d’un raffinement absolus ».

Andrew Porter, connu comme nouvelliste, est salué aux États-Unis pour son premier roman Entre les jours dans lequel il « explore les arcanes de la tragédie familiale ».

Le Suisse Paul Nizon, dans son journal Faux papiers, livre ses questionnements.

Maxim Ossipov, médecin russe, que l’on compare à Tchekhov, « documente avec sévérité et drôlerie une certaine Russie contemporaine ».

Traduit de l’hébreu : Ce qui reste de nos vies » de Zeruya Shalev met « les cinq sens en éveil ». « Ce roman est un voyage » qu’ »aucun point final ne saurait clore ».

Pour Alma Brami, la romancière « est un chef d’orchestre magistral ».

A chacun d’aller vers ses thèmes de prédilection.

Ce numéro 55 de la revue Léo Scheer s’avère un guide très complet, truffé de références de liens, de sites, parsemé de citations. Il balaye parfois les œuvres précédentes d’un auteur. On y trouve de précieuses pistes de lectures.

Ce vade -mecum indispensable, enrichissant, n’aspire qu’à donner envie de lire et à

transmettre des enthousiasmes. Un must pour tous les férus de littérature.

©Nadine Doyen

Philippe Jaffeux, « COURANTS BLANCS », Atelier de l’agneau, 2014.

Jaffeux courants blancs

  • Philippe Jaffeux, « COURANTS BLANCS », Atelier de l’agneau, 2014.

Ce n’est certainement pas un hasard si ce troisième ouvrage de Philippe JAFFEUX s’intitule « Courants blancs ». On pense dès le premier instant à « l’écriture blanche » de Roland Barthes, à l’origine d’un monde où la lettre serait virginale et souveraine. Mais aussi, à l’éternelle mouvance d’une ligne d’écriture qui vient s’échouer sur la page blanche et reprendre aussitôt ses secrets. L’auteur nous apparaît comme cet « il » ou « île » qui en forme de cercle détient la vérité et son contraire. L’animal, le ciel, l’humanité, Dieu, l’alphabet, le chiffre se croisent et s’entrelacent dans une perpétuelle psalmodie qui n’est pas sans faire écho aux magies ancestrales, aux rituels chamaniques, à la pythie. La parole est prophétique, sibylline. Les mots se confrontent et la pensée quasi automatique semble être une lutte à chaque ligne entre le bien et le mal dont on n’entrevoit aucuns vainqueurs.

L’auteur nous emporte dans un souffle-écriture où le corps est une roue qui tourne en elle-même comme une matrice à pensée… « Ses yeux écoutaient une image s’il couvrait ses oreilles pour voir sa parole avec sa bouche ».

Philippe JAFFEUX livre ici en pâture avec animalité et corporalité les fondements de l’existence, la mort, la vie, la science, la nature, sans répit, ni rédemption. Le divin côtoie l’abîme et s’abîme dans la révélation d’une pensée lumineuse et électrique, dans la révolution, dans le retournement d’une écriture qui se nourrit d’elle-même et nous fait signe. La page blanche dont nous parle l’écrivain est un « pré-texte » car il n’écrit pas. Il parle la lettre, le verbe, comme possédé par les mots, qu’il rassemble dans ce livre-arche où le déluge est entré aussi.

Et on ne peut que suivre les circonvolutions d’un auteur aux prises avec lui-même et un autre que lui-même, un dialogue entre la parole et l’écrivain jusqu’à en perdre haleine. Il n’y a pas d’échappatoire dans « courants blancs », pas de répit même si le livre s’achève avec le soixante-dixième paragraphe. Le lecteur retourne à la première ligne de lui-même et devient un Sisyphe des temps modernes malgré lui mais aussi, comme le dit notre auteur, un adulte amnésique…

©Esther Ségal

Corps du dessin, dessein de l’écriture : Laure Forêt.

 

 

  • Laure Forêt. « Mon chéri », Les éditions Derrière la salle de bains,  2014, « D !NGX – II exhibition », Hasselt, 8 novembre – 10 décembre 2014, « Double jeu », Navant Gallery, Sant Niklaas, 2014.

 Forêt

 

La contrainte de l’appui, la poussée de la main font que le contrainte n’est pas mesurable mais devient le noyau d’une troisième main invisible : celle qui fait de Laure Forêt une « vraie » dessinatrice. Celle qui accepte la brisure par sa main qui n’est pas sa main. Elle ne peut la toucher (elle touche la gauche avec la droite, la droite avec la gauche) mais elle connaît cette présence de la main absente dont les deux autres sont les serviteurs. La clé de l’art impose cette (dé)possession. Elle fait le corps et le dessin. Le corps par le dessin, par la chair qui le tient, qui l’écroule.

 

Par morceaux surgit le non-vu ou se laissent advenir les choses que la vue gêne. Oui dessiner c’est venir, passer puis ressaisir. Pour Laure Forêt le crayon est donc une île. Une île d’elle. Avec ça et là des formes en couleurs. Par-dessus, contre le corps. Elles renvoient au silence, à l’extase. Dans le dessein caché se trouve l’autre du dessin en une qualification de l’inquiétude, de l’amour. Il y a un corps et un autre. Inséparables. Tout en sachant que c’est au-delà qu’ils existent. Rien pourtant d’extérieur à la scène n’est là pour la caractériser avec plus de précision. Reste une fraction de passion qui tient le corps en suspens. Sous la menace de l’inconnu. Il est prêt au pire comme au meilleur.

 

Et lorsque le crayon de Laure Forêt s’arrête les mots prennent le relais. Des mots  de chair plus que de signes. Ceux qui piègent la sexualisation du corps et son cri amoureux. Le crayon relevé reste une main pour écrire. Toujours la même. La troisième. Sans que les mots soient le simple relais du dessin. Demeurent le champ de la chair et son puits au milieu. Le dessin est sur, dans, contre. L’écriture une corde dans ce puits. Quand le « je » écrit  de l’artiste est en lambeaux, le dessin en remonte les morceaux. Gris des crayons, noir sœur de l’écriture. Pour enflammer. De la main de feu.

 

©Jean-Paul Gavard-Perret