Thiry Frédéric, Tout en papier à la Millegalerie de Beckerich

ils sont revenus

L’expo Tout en papier à la Millegalerie de Beckerich est encore en place pour quelques jours.
Et pour clôturer, Frédéric THIRY sera présent le week-end des 13 et 14 février de 14h à 19h.
Exposition: jusqu’au 14 février.
Horaire d’ouverture: du mardi au jeudi de 17h à 21h et du vendredi au dimanche de 14h à 21h.
Adresse: 103, Huewelerstrooss, L-8521 Beckerich (au Grand-Duché à 10 km d’Arlon)
Pour ceux qui souhaitent prolonger, dans le moulin il y a un restaurant (http://andermillen.lu – il est prudent de réserver – dernier service à 21h) et une brasserie (millespënnchen avec petite restauration, jambon frites salade ou croque monsieur).
 
 

Jan Bardeau & compagnie, mgv2>publishing, illustration Seb Russo, août 2015. 40 pages, 5€

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Jan Bardeau & compagnie, mgv2>publishing, illustration Seb Russo, août 2015. 40 pages, 5€ (plus frais de port).

Jan Bardeau s’empare des mots, les triture, les malaxe, les lance contre les murs, d’où ils rebondissent, l’écho parfois est effrayant, car ce jeu faussement léger, non exempt de plus ici d’autocontraintes, c’est pour révoquer le vide, la solitude crasse, « la hideur abrupte », le dur « qui courbe & brise & broie, bousille le beau » et gripper les mécanismes froids et déshumanisants d’un système entonnoir qui se gave de lui-même.

Jan Bardeau & compagnie, c’est un duo : Jan Bardeau et Seb Russo. Jan avec ses mots, Seb avec ses dessins, ses corps d’encre qui se tordent, se vident, se déforment, dégoulinent, étirés, vrillés, enchaînés. Et le poète est comme ce clodo au nez de clown. Clodo ou ouvrier ? C’est un peu du pareil au même non ? Un pas de trop et hop, à la casse.

« petites mains jusqu’à ce qu’ils les prennent sur leur tronche, les petites mains »

Nous sommes tellement nombreux à être des clowns plus ou moins fatigués. Nous amusons parfois la galerie des portraits poudrés, cette basse haute-cour où « les uns parlent d’importance, les autres s’imprègnent de l’art de picorer » et « s’évertuant à favoriser la guerre de chacun contre tous ».

Et chacun « se toise, arrondit le jarret sans arrêt ».

Nous sommes nés, nous petites gens, comiques muets accrochés à nos barreaux à l’image de ce Buster Keaton qui nous interpelle en couverture et surtout en quatrième, derrière, là où on range les oubliés et où on peut lire :

« Gerber le nœud qui me suffoque, abandonner toute réalisation, m’épargner l’uniformité des lendemains, m’extraire du passé stratifié, enfin choisir, choisir enfin, puisque le limon des possibles s’assèche, que ne demeure que l’attente. »

Alors Jan Bardeau choisit des mots (c’est ce qu’il nous reste non ?), et sous un air nonchalant, l’air de ne pas y toucher, il en fait des tableaux, des trouées dans la ville. L’insatisfaction chronique peut aussi être un bon lubrifiant pour le moteur, les sens restent en alerte, et « les vaches, queue en balancier ponctuent la rondeur des collines. »

Insatisfaction, c’est la moindre des choses non, vous avez vu la gueule du monde où « les caddies s’agglomèrent » ?

« Cette civilisation va clamser sous ses déchets, d’avoir becqueté comme une truie insatiable. »

Alors l’ouvrier résigné, complice malgré lui, produit toujours plus et encore ce qui le dépossède et de son verbe de poète retourne le quotidien, ce « somnambulisme insane »  comme un gant, on en voit alors battre les veines et le cœur à nu qui s’emballe pour un rien, car « seuls nos cuirs durcissent & se racornissent ».

« Je me gorge et regorge de lyrisme, dégorge le cynisme, mes crocs réclament la viande du concret pour emplir le vide qui ravine un univers édifié sur la carence. »

Le poète est un pauvre comme les autres, mais il respire encore, et ce trop clairvoyant, ce trop respirant, offre à qui veut les fruits de ce souffle, il tend ses mots à ses alter-egos et se demande « comment pulvériser les cailloux incrustés sous leurs paupières. » ? Cependant le poète est un solitaire aussi, pas forcément par goût, mais plutôt de l’autodéfense.

« Sollicités à l’entr’aide par la nécessité, sans doute désapprendrions-nous nos balivernes & nous guiderions-nous mutuellement vers la bonté, sans doute, mais je crains mon semblable, ce salopard, & le déteste. »

©Cathy Garcia

Pour commander :
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« Il lui a demandé d’écrire les biographies des deux auteurs qui nous occupent ci-devant, ceux-là, oui, Russo, Bardeau, Barreau, Dusso, voilà, eux, lui il veut bien écrire des biographies, qu’il lui a répondu, mais il ignore s’il en est capable et il ne connaît pas forcément si bien leurs vies, aux deux, là, oui, ceux-là, alors tant pis il s’y colle quand même mais qu’il ne se plaigne pas si c’est loupé. Le premier, là, lui, est un anglo-berrychon, et l’autre issu de l’immigration ritalienne de Sicilie, du sud, en bas, toc, pile vers la mer, boum ; lui, il écrit des trucs mais souvent plus souvent il ne les écrit pas, et c’est plutôt mieux comme ça, lui, par contre, il dessine des trucs, et souvent il les dessine, et bon, bof, des fois c’est bien, des fois c’est pas bien. ». Jan Bardeau a commis aussi Nocturne intra-neural (UPNT n° 6, mai 1998), et plus récemment Jardin de poussières (non signé) et une plaquette avec son complice Seb Russo encore, Le voyage somnambule. Patrice Maltaverne en parle ici : http://poesiechroniquetamalle.centerblog.net/rub-jan-bardeau-.html. Le site de Seb Russo, c’est ici : http://www.seb-russo.com/seb-graphiste/.

INVENTION DE LA TERRE – poèmes de Philippe Delaveau (Gallimard, 2016 – 120 pages.)

Une chronique de Xavier Bordes

 

INVENTION DE LA TERRE – poèmes de Philippe Delaveau (Gallimard, 2016 – 120 pages.)

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Depuis « Eucharis », le volume par lequel Philippe Delaveau est apparu chez Gallimard en collection blanche, le ton de sa poésie était donné. Ton que je retrouve dans quatre vers de la page 83 de son récent recueil ; un ton qui a toujours été le sien, qui en quelque sorte est celui qui habite fondamentalement sa voix (et sa poétique) :

Tout est contemplation d’éternelle promesse
ici dans l’éphémère vie qui passe et l’eau qui passe
et l’eau qui lave, l’eau solennelle qui rédime
pour l’autre vie qui creuse et nous parle sans fin.

« Tout est contemplation », voilà bien une formule typique de ce poète, à la fois réaliste, observateur, optimiste et élégiaque. Ce qui prouve que la tradition lyrique, malgré les sécheresses, le formalisme et le refus fréquent des images affiché par beaucoup de poètes de la « modernité », (qui se voudraient froidement, glacialement matérialistes et de ton incolore,) est loin d’être une composante défunte du poème. Cette tradition, outre la vision positive du monde qui rejoint le « j’ai lieu de louer » d’un St John Perse, s’appuie sur une langue dont la mélodie française, spécifique, est toujours présente comme si l’euphonie devait secrètement soutenir l’euphorie de « l’eucharisme », que je définirais comme la grâce reconnaissance d’être au monde. Cette grâce heureuse, bien entendu émaillée de constats parfois inévitablement douloureux, donne à la lecture des œuvres de ce poète un caractère, si j’ose dire « roboratif ». Après un trajet capricieux dans l’un ou l’autre de ses recueils, on a l’impression que le monde est moins affreux qu’on ne le pensait, que du reste quelque métaphysique Présence veille secrètement sur cet univers au sein duquel même le bonheur fait partie des possibles, en dépit d’une conscience aussi aiguë que chez tout un chacun,  – y compris les poètes du monde le plus sombre et le plus tragique -, des horreurs et des désastres qui émaillent tous les continents en notre siècle. De fait, cette présence, c’est la présence du langage-poème, d’autres diraient du verbe – in  principio erat… – qui ontologiquement en assure l’existence occulte…

Nous sommes des veilleurs dans le siècle, nous sommes
des veilleurs dans le froid de ce temps. (p. 84)

Il y a un bonheur et une volupté dans l’expression qui est un trait de la poésie de Philippe Delaveau, et qui pour moi propose un charme particulier, hors des modes et des expériences langagières en forme de cul-de-sacs, et ce charme, beaucoup de lecteurs, j’imagine, y sont sensibles comme moi.
Lire la poésie de Delaveau, c’est cesser de suçoter notre noir caramel d’amertume, pour revivre un moment dans un monde solaire que – en épuisant la tristesse -, la lumière équilibre.

                                                                          ©Xavier BORDES – Paris, 28/01/2015

Mariages de saison, Jean-Philippe Blondel ; Buchet .Chastel ; (14€ / 191 pages)

Chronique de Nadine Doyen

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Mariages de saison, Jean-Philippe Blondel ; Buchet .Chastel ; (14€ / 191 pages)

« Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus » nous serine-t-on.

Ce n’est pas le roman de Jean-Philippe Blondel qui va démentir cette assertion.
Ce ne sont plus les coulisses du métier de professeur qu’il nous dévoile, mais celles de vidéaste de mariage en compagnie du tandem Yvan, professionnel  reconnu et Corentin, 27 ans, « joli garçon, grand, frêle », qui assiste son parrain en extra les week-ends pour arrondir ses fins de mois et par passion de filmer.
On suit donc le tandem Yvan, Corentin dans ces journées festives interminables.
A force de côtoyer tant de couples, Corentin, en plein désert sentimental, ne peut que s’interroger sur ce qui fait le ciment d’un couple et pourquoi certains renoncent à s’engager, au point de s’évanouir : « le beau gâchis ».
Quant à ces mariages dispendieux, ils ne font pas l’unanimité. Comment supporter ce « cirque », « ce cinéma » ? La belle-mère envahissante, une « furie » ?
Ceux qui convolent ne sont pas uniquement des trentenaires, ainsi le mariage d’Anne et Luc, la cinquantaine, est initié par leurs enfants.
Certains repas sont plus pimentés que d’autres, surtout quand la drogue circule.
Le champagne permet à Corentin de dissoudre « le nuage de déprime », lui qui trouve que « son existence ressemble à un marécage ou à des sables mouvants » au point d’avoir des pulsions suicidaires. Et on pense à Un hiver à Paris.
Des surprises en cascades : Yvan retrouve ses amis de lycée, dont Annabelle, celle qui connaît son « dos par coeur ». Il repasse un DVD où il a immortalisé ces boums estudiantines et ces flirts d’un soir. Voici Corentin qui « découvre la passé de son parrain » par ce film, puis croise une ex, enceinte, qui fait appel à lui « qui compte toujours dans sa vie » pour une idée de prénom. Touchante cette demande.
Des couacs alimentent le roman. Ainsi un curé refuse qu’on filme dans son église.
Un orage violent, la foudre s’invite au repas : black-out et panique. « une vengeance divine » ? Une coiffure s’effondre, « des auréoles sous les bras » !
Après les rires, la joie, l’ivresse, les mots tendres, c’est un concert de pleurs, de cris, de désillusions, d’injures. Des liens se tissent, « ils se hument. Il se désirent ». D’autres se détissent et l’avenir sera le divorce. Et peut-être l’espoir d’une famille recomposée.
Un maire refuse d’unir Fanny et Lise, scandale dont les médias sont friands.
Un moment de suspense quand Corentin remarque qu’Yvan a disparu. Se serait-il éclipsé avec une convive ? Y aurait-il anguille sous roche ?
Jean-Philippe Blondel sait happer son lecteur en choisissant de soutirer les confessions des personnages devant la caméra de Corentin. Tel Fogiel, Corentin sait se faire oublier derrière sa caméra et joue au psychanalyste. Il recueille plus spontanément les états d’âme. Les masques tombent, les secrets se délivrent. Quelles confidences vont lui faire Yvan et ses parents ? Cela aura-t-il une incidence sur leurs relations futures ? On se surprend à attendre les prochaines révélations, les scoops.
Comment Corentin, passé « expert en mensonges » et « en nature humaine », dont la solitude devient invivable, pesante et cause sa déprime, va-t-il réagir se retrouvant à son tour, face à Alexandre, son meilleur ami ? Ne va-t-il pas devoir accepter ses propres vérités assénées par ses proches ? N’est-ce pas un moyen d’avancer ? De lui faire prendre conscience de la raison du départ de ses petites amies, de « La faille. » ?
On devine parfois l’auteur, dans ses références au Connemara, à l’Ecosse, à une date d’anniversaire. Les musiques (Coldplay, David Bowie) sont-elles dans sa playlist ?
Jean-Philippe Blondel ausculte le couple : « il y a des hauts et des bas, et même carrément des Everest et des fosses océaniques… ». Il élargit la vision du mariage sans tabou : couple mixte, lesbien ou gay. Il enregistre la palette d’émotions lors de cérémonies, par le prisme de ses personnages. Il oppose ceux qui s’engagent et ceux trop attachés à leur liberté. Le narrateur fait écho à la vague homophobe qui a secoué l’année 2013 et a généré le refus de certains maires à célébrer un mariage « de pédés ou de gouines ».Sujet repris par Charles Dantzig  dans Histoire de l’amour et de la haine où il dénonce l’homophobie et défend « le mariage pour tous ».
Il ne lâche pas sa plume caustique dans son panorama de la société et dénonce l’hypocrisie, les faux semblants. En phase avec le monde technologique en constante évolution, l’auteur sait épouser l’air du temps (bientôt les drones), montre combien ses contemporains sont hantés par le monde de l’argent, des réseaux sociaux, de l’image omniprésente (selfies). Ce roman interroge sur la fuite du temps et la pérennité de l’amour, le désir, soulignant que « l’amour est fragile et friable ».
Toutes ces unions vont-elles durer plus de trois ans ? Qu’en est-il de la fidélité ?
Les protagonistes soupirent souvent dans ce roman, alors le lecteur, à son tour, pousse un soupir de soulagement au vu de l’épilogue. On se détache de l’un pour s’attacher à l’autre. « La vie comme un grand huit ».
Jean-Philippe, ayant opté pour la légèreté, concocte des coups de théâtre et offre à ses deux personnages principaux une happy end. Il signe un roman polyphonique pour lequel Gérard Collard, libraire à ST Maur, ne tarit pas d’éloges : « C’est à la fois gentil, cruel, lucide, mélodieux, élégant, plein de tendresse et de surprises, comme on aime. On s’y retrouve ». Et Valérie Expert d’ajouter : « Jean- Philippe Blondel est un incroyable portraitiste ». Universel comme 6 h 41.

©Nadine DOYEN