Ida JAROSCHEK – ici soudain – Les écrits du Nord, Éditions Henry, mai 2018, 48 p., 10 euros

Une chronique de Marc Wetzel

Ida JAROSCHEK – ici soudain – Les écrits du Nord, Éditions Henry, mai 2018, 48 p., 10 euros


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         « ici soudain

            ce qui fait taire

            des centaines d’étourneaux

 

            une seconde

            d’inexplicable silence

 

            apnée du monde »  (p. 8)

 

   Tout le monde en a fait l’expérience : une très bruyante colonie d’étourneaux dans un arbre proche, qui s’impose comme un bruit de fond strident, inarrêtable. Un simple claquement de mains, alors, et tout se tait aussitôt, comme surnaturellement : le voile sonore se déchire brusquement. C’est le modèle même de l’événement subit, du jaillissement inopiné (comme si l’immense trésor de silence du réel s’ouvrait d’un coup) : sitôt possible, pas même encore conçu, mais déjà réel !

    Et cette « apnée du monde » est logique : le silence de la frondaison est pour nos oiseaux bavards le meilleur abri ; et si leurs cris et chants reprennent bientôt, c’est qu’un claquement de mains tire à blanc. Mais la saynète a tout du miracle trivial. Car, si le fatal, le coup du sort, est une mort subite de quelque chose dans le réel, une naissance subite comme celle-ci (mûrie avant toute préparation, interceptée avant toute détection) est ou fait miracle.

   Bien sûr, notre poétesse célèbre ainsi l’émergence, l’irruption, l’avènement de tout autre chose qu’un mutisme de volatiles, et cette autre chose n’est pas moins, je crois, qu’une étreinte idéale, la déflagration parfaite du coup de foudre vivant. On y est deux (on ne surprendra jamais Narcisse en galante compagnie !), on y est dans l’improviste de la bonté, de la douceur consentie (si le viol prend au dépourvu, l’amour tendre, lui, donne au dépourvu), on est dans la réciprocité d’élans (chacun des cœurs s’étonne de battre par l’autre, échangeant d’opaques « cargaisons » de « pulpe » contre de secrètes « haleines » de « buissons »). Dans les bien-nommés transports amoureux, chacun charge à son bord les purs traits de présence de l’autre, et « ici soudain », en effet, l’étreinte se fait monde, car tout monde est cohérent, est commun, est habitable. Ce qu’Ida Jaroschek chante ainsi :

 

              « cette lumière

                 un étrange appui

 

                 une ombre

                 tourne et tremble

 

                sur ce chemin

                qui nous mêle

 

                ce pré qui nous ressemble

 

                un geste soudain

                nous attache

 

                adopte le monde »  (p.28)

 

      Il y a des érotismes joyeusement acrobatiques, où les chairs se servent mutuellement de ravin et parapet, ou de corniche et tremplin, mais deux corps confortablement couchés (se reposant enfin de leur verticalité pensante) éprouvent encore le meilleur de l’amour : la disponibilité n’est plus forcée d’être debout, on peut s’allonger d’autre chose que de sommeil, de terreur ou de maladie, chacun est pour l’autre l’horizon nécessaire et le sol suffisant : les jambes, qui n’ont plus à nous porter, « émergent de la nuit » (p. 32), libres comme des bras ; et les bras s’appuient sur leurs propres caresses pour faciliter l’entre-pénétration des ombres (des nuits portatives) que demeurent les corps. Chacun est en charge de la simple et noble démultiplication de l’autre. Une « éclosion de froissements » (p. 31) a lieu, dans l’intensité bénévole de la complicité sensible. On peut alors

 

                 « aimer

                    sans destination

 

                    du vent au vent »   (p. 30)

 

          puisque « c’est à peine

                            qu’il faut être »  (p. 22)

 

          et que l’insensible marée d’écume est littérale :

                  « peuple-moi

                     de ta lenteur

 

                     tout ce blanc

                     ébroué

 

                     qu’à peine

                     tu soulèves

 

                     océan »   (p. 34)

 

  Bien sûr, l’âge rôde, le cancer prend ses aises, et bien des cornets de friandises moisiront dans des pochettes sans danse ni chant, mais il existe un langage infatigable, que nul miracle même ne prend au dépourvu, qui est fait pour détailler les provisions charnelles et concrètes constituant la Providence réelle, langage (le néant est bien surpris d’y être pardonné !) d’une limpide, chaleureuse et vaillante poétesse :

 

               « mort blonde

                  et claire

 

                  mouvante

                  au vent du soir

 

                  dans un tintement

                  de graminées

 

                  je te porte

                  dans la fraternité du langage »  (p. 39)

 

©Marc Wetzel

François Folscheid, Ombres et lueurs de l’involuté, Éditions du Petit Pavé, 2018

Une chronique de Claude Luezior

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François Folscheid, Ombres et lueurs de l’involuté, Éditions du Petit Pavé, 2018

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Il faut bien le dire, le thème de ce recueil, à savoir la séparation d’avec l’être aimé, tétanise. Archéologie de l’amour (..) : pourquoi fouiller la cendre froide de sentiments qui n’ont plus de prise que sur eux-mêmes ? Pourquoi, dans les branches mortes, chercher l’envol de l’oiseau qui a fui ?

Mais il faut bien l’admettre : la plume de François Folscheid est magicienne. Si son expérience de vie retrace ce douloureux passage que d’aucuns ont pu ressentir dans leur chair, le miroir aux mots qu’est la poésie éblouit ici le lecteur d’un éclat rare. Et les circonvolutions de notre cervelle de se tordre face aux recroquevillements de l’âme, aux tourments partagés, à cette manière de mascaret qui recouvre le fluide journalier de l’onde.

Partager la souffrance, certes. Survivre aussi, cicatriser avec le narrateur, au fil d’un divorce encore à vif :  ce mot est si lourd. Après le naufrage, reconstruire. Ne pas compter les voies d’eau et les poissons morts. Tenir la barre, toujours, vers le haut de l’horizon, (…) passer au bleu des lavoirs le drap des blessures. Accompagner l’auteur, dont les mots semblent issus de notre propre chair, sur son chemin de croix.

Ce dernier est d’autant plus âpre que chaque épine est parfaitement aiguisée, que chaque clou étincelle sous une éblouissante métaphore. Saigner sous ces mots, c’est ne plus tenir longtemps la ligne droite, car mon soleil est pâle et mon enclume friable. La mélancolie s’y infiltre sans peine et « l’involuté » de nouveau se reforme : enroulement, repli, boucle de soi en soi, (…) horloge à rebours, sable revisité après l’inversion du sablier.

Nous voici donc dans cette pensée qui se recroqueville, se plie et se replie dans sa douleur, mais qui, tout autant, prie quelque divinité salvatrice au-delà du souvenir : le lieu de la beauté n’est-il pas d’équilibre, à cette frontière insaisissable entre l’effacement de la nuit et le frémissement de l’aurore ?

Retour en pays de Loire, à la fois terre d’enfance et terre promise, terre de Sienne du peintre et terre d’argile du thérapeute. Terre-mère, terre de l’affligé et terre nourricière. Retour d’un migrant sur ses propres arpents: odeur de Loire et de tuffeau, peut-être, dans le gravier du coeur.

Le verbe étincelant nous fait penser à Christian Bobin. L’attirance magnétique vers les vertus cicatrisantes du fleuve quasi-sacré, évoque en nous les lignes d’un Louis Delorme : eaux lustrales qui ont béni tant de poètes, de rois et de visionnaires.

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Car cette confession de hautes eaux, au bout de ses itinérances, sécrète son espoir : désensablé de ses sommeils, vivre est un éclair au vif du temps. Et Folscheid de chuchoter in fine : la nuit à présent est délivrée, la nuit à présent ne craint pas la lumière.

L’écriture n’est-elle clef pour entrevoir l’intensité du réel et perce-voir l’état perdu de l’enfance ?

 

©Claude Luezior

 

Michel Ducobu, Un Belge au bout de la plage, nouvelles, réédition, les éditions M.E.O. 2018, 172 pages, 16€

Une chronique de Sonia Elvireanu

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Michel Ducobu, Un Belge au bout de la plage, nouvelles, réédition, les éditions M.E.O. 2018, 172 pages, 16€

Une réflexion sur  l’aliénation de l’être humain

                                                                            


Poète, nouvelliste, dramaturge, critique littéraire et d’art belge, Michel Ducobu pose son regard sensible et interrogatif sur le monde pour y réflechir avec finesse et en profondeur. Sa prose, de même que sa poésie, dévoile son goût du paysage et de la réflexion, ce mélange naturel qu’est la vie entre le sublime et le tragique.  Ses plus récents livres, Un belge au bout de la plage  (nouvelles) et L’âme de la main (poèmes) l’attestent pleinement.

Un Belge au bout de la plage, publié pour la première fois en 2007, revu et augmenté d’une nouvelle (La femme qui frôle) a été réédité par les éditions M.E.O. en 2018. Il propose au lecteur en dix-neuf nouvelles, autant de séquences de réalité quotidienne, une méditation lucide et ironique sur le côté tragique de l’existence.

L’écrivain focalise sa narration hétérodiégétique, parfois homodiégétique, sur la condition d’exilé de l’individu (peu importe l’origine ou l’âge) qui ressent l’aliénation dans la métropole. Le personnage masculin, à travers lequel on perçoit le monde, est captif soit d’un élément extérieur (la ville, la profession, le système administratif), soit de sa propre intériorité (le rêve, l’obsession, la mémoire).

Les textes courts, mais épais, parcourus par des inflexions poétiques, surprennent le monde dans ses contrastes frappants, dans des instants qui perturbent violemment l’existence quotidienne par des expériences-limites, qui poussent les personnages à des actes extrêmes: révolte (Le piéton impénitent, Un chien de ma chienne), crime (L’amanite aiguë, L’oeil de Caïn, L’homme qui tourne), suicide, mort (L’ellébore, Si ce n’est toi, c’est donc ton frère), folie (Le piéton impénitent, L’homme qui tourne) ; ou provoquent des névroses (La déviation, Le sifflet).

L’événement, banal en soi, a des effets psychiques bouleversants, dévoilant l’isolement, l’aliénation, l’humiliation, le vide existentiel, qui ne peuvent plus être supportés. La vie n’est lumineuse que dans ses instants de rêve et d’illusion, conservés par la mémoire affective. Deux âges privilégient le jeu, le rêve, l’amour, comme des expériences authentiques qui échappent au temps impitoyable: l’enfance et l’adolescence. L’âge adulte et la vieillesse  sont marqués par le côté sombre de l’existence, l’échec des rêves, la misère de la vie, l’impureté, la douleur, l’absurde existentiel, qui exaspèrent l’être humain, font désespérer et poussent à des actes tragiques (L’ellébore) ou engendrent des situations hilarantes, grotesques, parfois surréalistes (La maison  de monsieur Michaux, Un chien de ma chienne).

Les rêves s’avèrent de simples illusions, le temps est destructeur. La lumière remonte au passé, le plus souvent à l’enfance, mais toute envie de retour, de réitération de l’instant de bonheur, de revivre la magie de l’instant, déforme la réalité, fait ressentir le plus souvent une déception amère, parfois la blessure, la souffrance, l’humiliation (La jupe, Les martinets, Le sifflet). La tentation d’échapper à l’enfermement du quotidien étouffant, irritant, névrotique, humiliant, tourne au ridicule, mène à la psychose, à la folie ou à la mort. L’adulte ne peut refaire que mentalement le chemin vers ses origines, vers soi-même, l’expérience l’a privé du mystère de l’initiation, de sentiments authentiques, la réalité s’avère impitoyable, le rêve inutile. Même s’il revient vers des lieux bénéfiques autrefois, tout en reparcourant le chemin du passé, pour ressentir le goût du bonheur perdu, l’expérience est déception, échec, à cause des modifications survenues dans le temps historique, de l’altérité non seulement extérieure, mais surtout intérieure.

Le personnage ressent parfois le goût de la madeleine de Proust, mais l’instant affectif retrouvé est immédiatement détruit par la réalité qui le projette dans le grotesque (Le sifflet). La perception n’est plus identique, l’illusion se heurte violemment à la perception déformatrice de l’autre, de l’adulte qui ne peut plus s’identifier à celui d’autrefois, et devient ridicule dans une situation pareille.

La motivation des gestes, des attitudes, de la psychose des personnages, est de nature psychologique, trouvant leur origine dans l’existence décrépite, qui peut être supportée, mais non pas le ridicule et l’humiliation, la raillerie, l’indifférence, la solitude, le vide. Les personnages voyagent, d’un côté, dans le temps objectif, en voiture, par le train, à pied, d’autre part, dans le temps affectif, conservé par la mémoire. Les deux temps ne coïncident pas, d’où la désillusion, la souffrance, la conscience de l’inutilité du rêve, le désespoir et les actes extrêmes. Le personnage favori de l’auteur est le professeur érudit, sa culture ne touche pas les coeurs, la médiocrité et l’indifférence l’exaspèrent, le poussant à des gestes fous, au suicide (L’ellébore).

La prédilection pour un tel personnage n’est pas un hasard, l’écrivain lui-même a été professeur dans une ville belge francophone, Namur. Son expérience est pareille à ceux, de partout au monde, qui vivent la même condition. Mais Michel Ducobu a un remarquable talent, une intelligence vive, un regard contemplatif-méditatif lucide, une sensibilité poétique par lesquels il perçoit le monde et son pays natal, une vision amère-ironique qui incite le lecteur à la réflexion.

 

                                                            © Sonia Elvireanu

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Santiago Montobbio, Poesía en Roma, Editions Los Libros de la Frontera, 2018

Une chronique de JEAN-LUC BRETON

Santiago Montobbio, Poesía en Roma, Editions Los Libros de la Frontera, 2018

 

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Santiago Montobbio, qui avait habitué ses lecteurs à une poésie centrée sur sa ville, Barcelone, passionnément aimée, et parfois sur des paysages de plages catalanes, évoque Rome, carnet et stylo en main. L’exotisme d’un séjour italien convient superbement à Montobbio, qui révèle dans ce recueil une joie de vivre et de créer rarement livrée de manière si lumineuse sous sa plume. Certains poèmes reprennent certains de ses motifs habituels, la nuit, le vent, les blessures, mais ces motifs sont comme balayés par la magie d’une ville éclairée, vivante, chargée d’histoire et de soleil, comme l’est évidemment aussi Barcelone pour les touristes qui la visitent, mais sans doute pas pour le promeneur solitaire qui la connaît intimement. Telle est la magie de la mise à distance. Même les lieux les moins avenants de la capitale italienne deviennent des espaces de sérénité ou de bonheur.

 

On le sait depuis longtemps : la magie de Rome, sa poésie, tient au fait qu’elle est pleine de ruines, qui se trouvent au cœur de la ville moderne, sous les rues ou les bâtiments, des ruines dont les matériaux ont servi de remploi pour construire des maisons ou des palais. Cette façon si particulière qu’ont les Romains de vivre parmi les matériaux antiques, une colonne dans un mur ici, ailleurs un sarcophage ou une fontaine dans une cour, est, aux yeux de Montobbio, allégorique de la création, à partir d’éléments disparates, qui se présentent pêle-mêle, sans hiérarchie, d’une forme achevée, qu’il nomme à juste titre « poème ».

 

Santiago Montobbio évoque à plusieurs reprises un discours séminal qu’il a fait à Paris en 1999, et dans lequel il développait l’idée que l’Europe, c’est, malgré les différences d’un pays à l’autre, le sentiment d’être partout chez soi, dans un mouvement double d’enracinement et d’envol vers le ciel (« des mains tendues jusque dans l’air »). D’où le sentiment de bien-être, l’excitation un peu fébrile qui préside à ses déambulations romaines. D’où sa recherche d’une familiarité dans l’étrangeté.

 

En effet, le piéton de Rome de Santiago Montobbio est un être d’habitudes, il refait peu ou prou les mêmes itinéraires, revisite les mêmes lieux, connus ou moins connus. En d’autres termes, il fait ce que font les vrais touristes, il se crée des repères dans la ville, et, puisqu’il est poète, il alimente chacun de ses passages d’images nouvelles, de réflexions qui montrent qu’il s’approprie les lieux. On a envie, en lisant ce recueil, de se précipiter à Rome et de regarder telle voûte ou tel tableau, telle taverne ou tel café, avec les poèmes de Montobbio sous les yeux, comme on le fait parfois, ou aimerait le faire, avec Montaigne, Stendhal, ou d’autres écrivains voyageurs.

 

Montobbio, comme nous tous, a de ces guides-là, le peintre Ramón Gaya ou les poètes Keats et Shelley, par exemple. Il cherche leurs traces, visite les lieux qu’ils fréquentèrent ou qu’ils auraient pu fréquenter, essaie d’imaginer leur vie à Rome en écrivant des poèmes au très cosmopolite café Greco ou au très britannique salon de thé Babington. Et en cela, Santiago Montobbio appréhende parfaitement ce qu’est la culture du voyage, une série de palimpsestes culturels, qui dans une certaine mesure nous empêchent de voir et de ressentir la ville avec nos yeux propres, tout en rendant plus intenses nos émotions devant les lieux qui ont résisté au temps, comme le prouvent les témoignages des écrivains du passé qui, déjà, les ont contemplés et évoqués.

 

Et la révélation de Rome est précisément là : visiter une telle ville, c’est la même chose qu’écrire des poèmes. La ville se livre mais retient toujours quelque chose d’elle-même, qu’on découvre lors de nouvelles visites. De même, la poésie exige le retour, la poursuite, une nouvelle évocation, un nouvel effort, pour saisir au vol un ineffable changeant. La ville a le double pouvoir d’attirer et de rejeter le visiteur, qui doit à la fois se fondre en elle (les images de pénétration sont nombreuses dans le recueil) et s’en déprendre, comme dans le cas d’une relation amoureuse trop possessive.

©JEAN-LUC BRETON

 

 « CONTREPOINTS » Poèmes, peintures et sculptures de Jeanne CHAMPEL GRENIER et Louis DELORME

Une chronique de Béatrice Gaudy

 « CONTREPOINTS » Poèmes, peintures et sculptures de Jeanne CHAMPEL GRENIER et Louis DELORME


 

Bien rares les auteurs qui excellent également dans les arts du verbe et ceux de la  peinture ou / et de la sculpture.

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Jeanne CHAMPEL GRENIER, Artiste Peintre, Écrivain, Poète, illustratrice

Tel est pourtant le cas de Jeanne Champel Grenier et Louis Delorme qui ont uni leurs talents multiformes pour réaliser ces « Contrepoints ».

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Intitulé « Souvenirs », le premier volume traite de l’enfance avec une grande sensibilité. Si les poèmes qui rendent hommage à des êtres qui furent chers à Jeanne ou à Louis appartiennent plus particulièrement à leur propre histoire, beaucoup d’autres ont l’art aussi de réveiller les souvenirs des lecteurs qui ont vécu des moments humains comparables et ressenti des émotions sœurs.

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Comme son titre : « Inspiration Peinture » l’indique, le second volume de ces « Contrepoints » est bien sûr l’occasion d’évoquer des artistes et des œuvres ayant marqué les auteurs, ainsi que certains moments ou sujets de leurs créations, c’est à dire en fait des thèmes très diversifiés et dont le traitement est parfois d’une liberté et d’une originalité étonnantes.

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Dans « Poètes Citoyens », enfin, le troisième volume, Louis et Jeanne s’expriment sur de petits ou grands maux de notre temps, pour les dénoncer et ce faisant les combattre, ou pour dégager des pistes d’espoir.

 

L’amicale entente qui unit Louis et Jeanne est bien perceptible pour le lecteur-spectateur. Leurs sensibilités, points de vue et thèmes sont très fraternels, et l’intérêt que chacun porte aux créations de l’autre est si vif qu’il advient qu’une œuvre de l’un inspire une oeuvre de l’autre, en un poétique dialogue où chacun conserve sa personnalité.

 

Très brillante, Jeanne se plaît à jouer des registres les plus divers. L’humour est par exemple fort rare en poésie. Pourtant, son « Grand Défi » qui mise sur le nombre d’enfants nés une année dans le monde a de quoi aider bien des gens à espérer en l’avenir et ne pas se sentir seuls ; il est vrai que la pensée de Jeanne est pleine d’énergie. Et combien est touchante « La broche ancienne », objet modeste et de grand prix affectif qui évoque toute une vie, original le poème « De la rose ». Quant à « L’écume », la poésie s’ouvre et prend une dimension philosophique- le bord de mer inspire d’ailleurs de façon régulière et originale Jeanne Champel Grenier.

 

Peintre, Jeanne est aussi très douée par sa capacité à saisir l’essentiel, l’émotion artistique produite par la lumière sur les fleurs, un oiseau, un paysage, un monument…De plus, elle possède un sens réel de l’harmonie des couleurs et celui du mouvement. Il est pour le profane, si difficile de saisir la raison esthétique de l’émerveillement qui nous saisit devant tel ou tel élément du réel…Jeanne y parvient parfaitement.

 

Le ton de Louis Delorme est plus généralement grave. Il n’en signe pas moins des œuvres pleines de force comme « Mémoire vive », ou « Déconfitures » qui exprime le chagrin de voir déboiser un lieu magnifique au profit d’une  »forêt de béton », « La prière du paysan », aussi émouvante que profonde, « La cathédrale engloutie » qu’accompagne une magnifique peinture.

 

Car avec une jolie vigueur d’inspiration, Louis est aussi, peintre, tour à tour naturaliste, surréaliste, naïf ou expressionniste pour mieux traduire ce qu’il porte en lui depuis l’enfance. Sculpteur, il ne dédaigne pas d’utiliser des matériaux de récupération pour réaliser des œuvres fort originales et teintées d’humour tel ce « Chien sauvage » de métal rouillé tout rempli de clous au niveau de l’estomac.

 

Parmi les thèmes riches et rares que Jeanne et Louis se plaisent à développer dans leurs « Contrepoints » figure celui des bohémiens, ce peuple du voyage, en marge de nos vies, dont l’histoire, pour une raison mystérieuse, ne se retrouve que chez les écrivains des terres occitanes.

 

Ces « Contrepoints » riches et originaux ont été mis en musique par Anne Gary Reck. Quel beau travail ! Mais qui en valait la peine.

Ce triptyque « Contrepoints » est réellement magnifique,  poétiquement et artistiquement et pour couronner l’ensemble, il jouit de plus d’une superbe préface signée Claude Luezior.


« CONTREPOINTS » : Souvenirs ( vol I) Inspiration Peinture ( vol II) Poètes Citoyens ( vol III) Editions France Libris

  • Chez Jeanne CHAMPEL GRENIER – 99, impasse de Larzalier – 07800 Saint Laurent du Pape
  • Chez Louis DELORME – 133, Rue d’Angerville – 91410 Les Granges le Roi

 

                                                       ©BEATRICE GAUDY