Le numéro 15 de la revue numérique Paysages écrits qui vient d’être mis en ligne.
Si cela vous intéresse, vous pouvez la feuilleter ici : Paysages écrits N°15.
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Joumana Haddad, dans la continuité de J’ai tué Shérazade, nous donne à lire un pamphlet aussi réfléchi que passionné, bouillonnant, à la fois très personnel dans la forme : truffée de citations qui soulignent les propos, elle alterne faits, pensées, coups de gueule, récit, poésie, témoignages – et d’une nécessité universelle vitale dans le fond. Ce livre sous-titré « De Dieu, du mariage, des machos et autres désastreuses inventions » est une attaque en règle contre le système patriarcal qui sévit dans le monde arabe mais pas seulement, loin de là. Un système qui s’enracine ici dans les trois religions monothéistes, avec tout ce qui en dérive : machisme, discrimination, violence, assassinat, privation de liberté et qui, si les femmes en sont les victimes directes, n’épargne pas non plus les hommes, qui se doivent d’adopter certains comportements, qui ne font que camoufler en vérité, un profond malaise, des peurs et un sentiment d’insécurité non affrontés de face et qui surtout les empêchent d’accéder à la totalité de leur être et donc à leur propre liberté.
« (…) il m’apparut un jour comme une évidence que ce monde, et en particulier les femmes, n’avait que faire d’hommes d’acier. Ce qu’il leur fallait c’était des hommes véritables. (…) Des hommes qui ne se croient pas invincibles, qui n’ont pas peur de dévoiler leur côté vulnérable, qui ne cachent pas, que ce soit à vous ou à eux-mêmes, leur véritable personnalité. Qui n’hésitent pas à demander de l’aide quand ils en ont besoin. Qui sont fiers que vous les souteniez comme ils sont fiers de vous soutenir. Des hommes qui ne s’identifient pas à la taille de leurs pénis ou à l’abondance de leur pilosité. Des hommes qui ne se signifient pas par leur performance sexuelle ou par leurs comptes en banque. Des hommes qui vous écoutent vraiment, au lieu de vous venir en aide avec condescendance. Des hommes véritables, qui ne se sentent pas humiliés ou castrés parce que, de temps à autre, ils peinent à obtenir une érection. De vrais hommes qui discutent avec vous de ce qui est mieux pour tous deux au lieu de dire, sur un ton arrogant : « Laisse-moi m’en occuper ! ». (…) des hommes qui partagent avec vous leurs problèmes et leurs préoccupations, au lieu de s’obstiner à tenter de tout résoudre tout seuls. Des hommes qui, en un mot, non pas honte de vous demander la direction à suivre, au lieu de prétendre tout savoir, souvent au risque de se perdre. »
D’où le titre « Superman est arabe ».
« (…) le vrai problème, c’est que ceux qui adhèrent à cette idée de Superman sont convaincus d’en être l’illustration. Et leurs actes sont en conformité avec cette conviction. Et c’est là que tout commence à dérailler. C’est là que les leaders se révèlent être des despotes, les patrons des esclavagistes, les croyants des terroristes et les copains des tyrans. Leur formule favorite c’est : « Je sais mieux que toi ce dont tu as besoin ».
Mais la perpétuation d’un système patriarcal dépassé n’est pas seulement de la responsabilité des hommes.
(…) Mais, s’il nous faut supporter l’existence de Superman, il n’est pas le seul à blâmer. N’oublions pas que ce sont des femmes qui on pourvu à son éducation. Des mères ignorantes, des petites amies superficielles, des filles complaisantes, des sœurs qui se posent en victime, des épouses passives, et ainsi de suite. »
C’est pourquoi il s’agit d’un combat qui doit impliquer les hommes autant que les femmes, car c’est toute l’humanité qui doit évoluer, et non pas hommes contre femme ou vice et versa, mais bien les deux ensemble pour le profit de tous. C’est ce que Joumana Haddad appelle le féminisme de la troisième vague et qui est la suite des premières vagues, nécessaires mais elles aussi aujourd’hui, dépassées. Il s’agit de sortir de la logique de guerre des sexes, pour entrer dans un partenariat évolué, libre et libérateur, où chacune et chacun se retrouve en tant qu’individu, avec ses particularités propres et toute sa dignité, dans des relations de réciprocité clairement choisies.
Joumana Haddad nous parle de l’amour, du sexe, de la fidélité, de l’image que la femme est censée donner à la société, qu’elle ait entièrement disparu sous une burqa ou soit entièrement nue sur du papier glacé, elle nous parle du mariage, de la vieillesse, de religion et de politique. Elle s’implique dans tout ce qu’elle défend avec une sincérité décapante, crue dirons certains qui ne s’habituent toujours pas à ce que les femmes puissent l’être, et elle conserve un sens de l’humour salvateur, car ce combat est loin d’être facile.
« J’ai toujours farouchement évité de jauger ma valeur dans le regard des autres parce que c’est cela, le véritable adultère : c’est se trahir soi-même. »
Sa position de Libanaise, issue d’une famille catholique, la place au centre même de l’hydre monothéiste tricéphale. D’ailleurs au sujet des femmes, le catholicisme et le judaïsme n’ont rien à envier aux intégrismes islamiques. Il faut donc du courage et de la verve, et elle ne manque ni de l’un, ni de l’autre, d’autant plus que malgré un grand succès à l’étranger, elle a choisit de rester vivre au Liban pour distiller sa parole de l’intérieur. Elle nous offre avec chaleur et générosité, une ode, provocante si besoin, à la vie et à la liberté, où la poésie, plus qu’un art de vivre, est l’art d’être vivant.
Joumana Haddad s’exprime avec force pour celles, mais aussi ceux, qui ne le peuvent pas, et si chacune et chacun, avec sa sensibilité propre, ne se retrouvera pas forcément dans tous ses propos, il va de soi que ce livre est un bon coup de pied dans une fourmilière non seulement poussiéreuse, mais aussi extrêmement active et toxique pour l’humanité.
« C’est la guerre des sexes, me direz-vous. Ne serait-ce pas plutôt le moment de déclarer le match nul et de nous remettre en question ? »
©Cathy Garcia
Joumana Haddad est née le décembre 1970. Elle dirige les pages culturelles du quotidien An-Nahar, ainsi que le magazine Jasad (Corps), qu’elle a fondé en 2009. Journaliste et traductrice polyglotte, elle a interviewé de grands écrivains comme Umberto Eco, Wole Soyinka, Paul Auster, José Saramago et Mario Vargas Llosa. Poétesse, elle a publié cinq recueils, dont Le Retour de Lilith (Babel n° 1079), pour lesquels elle a reçu divers prix, notamment le prix de la fondation Metropolis bleu pour la littérature arabe (Montréal, 2010).
Publications en arabe
Invitation à un dîner secret, poésie, Éditions An Nahar, 1998
Deux mains vouées à l’abîme, poésie, Éditions An Nahar, 2000
Je n’ai pas assez péché, poésie, Éditions Kaf Noun, 2003
Le Retour de Lilith, poésie, Éditions An Nahar, 2004
La Panthère cachée à la naissance des épaules, poésie, Éditions Al Ikhtilaf, 2006
En compagnie des voleurs de feu, entretiens avec des écrivains internationaux, Éditions An Nahar, 2006
La mort viendra et elle aura tes yeux, 150 poètes suicidés dans le monde, anthologie poétique, Éditions An Nahar, 2007
Mauvaises Habitudes, poésie, Éditions ministère de la culture égyptienne, 2007
Miroirs des passantes dans les songes, poésie, Éditions An Nahar, 2008
Géologie du Moi, poésie, Arab Scientific Publishers, 2011
Publications et traductions en français
Le temps d’un rêve, original en français, Poésie, 1995
Le Retour de Lilith, traduit par Antoine Jockey, Paris, Éditions L’Inventaire, 2007/ Nouvelle édition 2011 chez Actes Sud, Paris
Miroirs des passantes dans le songe, traduit par Antoine Jockey, Paris, Éditions Al Dante, 2010
J’ai tué Shéhérazade. Confessions d’une femme arabe en colère, traduit par Anne-Laure Tissut, Arles, Actes Sud, 2010
Les amants ne devraient porter que des mocassins, original en français, littérature érotique, 2010, Éditions Humus
Superman est arabe, traduit par Anne-Laure Tissut, Arles, Actes Sud, 2013
Salvatore Gucciardo, c’est un univers qui m’a intrigué dès le début. Des toiles qui titillent l’imaginaire, une dimension, des couleurs qui accrochent l’œil. L’artiste a accepté de répondre à quelques questions et je l’en remercie…
Tout d’abord, pourrais-tu te présenter, s’il te plaît ?
Depuis toujours, j’aime la puissance de l’image, la magie des mots, l’essence sacré
de la création. Fasciné par le monde de la peinture et de la poésie,
j’aime voyager dans l’imaginaire en illustrant le mystère de l’âme et de l’univers.
Tes peintures ressemblent un peu à de la science fiction : un autre monde, un autre univers… Qu’est-ce que tu en penses ?
Mon univers est le reflet de mon dialogue entre l’homme, la nature et l’univers. C’est une communion profonde avec les Forces visibles et invisibles du cosmos. Pour pouvoir créer, l’artiste doit communier avec ce dernier en toute humilité. De cette communion nait une myriade de sensations, d’émotions qui se transforment en images qui peuvent être proches de la science-fiction, d’une vision fantastique, insolite…
Selon, toi, il y a-t-il un lien entre poésie et peinture ? Si oui, lequel ?
Pour moi la poésie joue un rôle important dans la peinture. Pour qu’un tableau vibre, émette des émotions, il a besoin du souffle poétique. Depuis l’origine de la peinture, la poésie a toujours était présente dans les œuvres picturales. Le peintre a une âme de poète. Sa poésie, il l’exprime par la couleur, les formes, le mouvement des lignes, les expressions des visages, des corps… Son souffle créateur est en connivence avec l’essence de la poésie.
Comment choisis-tu tes sujets ? Où puises-tu ton inspiration ? Dans l’envie ou tes états d’âme du moment, dans la réalité (un sujet qui te touche, etc.) ?
Le choix de mes sujets dépend de mon vécu, de mes observations. Mon inspiration est universelle étant donné que j’ai un dialogue constant avec la nature, l’homme et l’univers. Tout m’intéresse. Cet intérêt provoque en moi des émotions, des vibrations qui donnent naissance à une multitude de visions qui illustrent la communion que j’ai avec toutes les Forces qui gèrent le cosmos. La nature, l’être humain, l’animal, l’univers sont des sources d’inspiration inépuisables. Chaque artiste, selon son degré de sensibilité, d’intelligence s’inspire de ces sources pour créer.
Si tu devais définir en une phrase le mot peinture ?
Aventure passionnelle, fantastique et magique.
Tu parles vibrations, interactions… Crois-tu qu’il puisse y avoir un lien entre ta peinture et, par exemple, la photographie (dans ce qu’elle a de créatif) ? Ou mieux, la musique ?
Je crois qu’on ne peut pas comparer la peinture à la photographie. Ce sont deux expressions artistiques différentes. Chaque discipline à sa valeur. Le peintre pour s’exprimer à besoin d’une toile, des couleurs et des pinceaux. Le photographe a besoin d’un appareil photo et du concret pour se réaliser. Leurs façons de penser, de sentir et de créer ne sont pas semblables. L’acte de photographier est plus mécanique, celui du peintre est plus humain, plus divin, étant donné que dans la création picturale il y a une part invisible (l’inconscient) qui surgit du pinceau et vient sublimer l’œuvre… Par contre pour ce qui concerne la musique, nous sommes dans un monde plus proche de celui de la peinture. La musique a le même pouvoir magique que la peinture. Ce sont deux techniques créatives différentes qui s’alimentent à la même source : « l’âme ». Les émotions ressenties par le musicien se transforment en une multitude de notes musicales illustrant des images, des sensations qui font vibrer toute notre personne… Il suffit d’écouter Antonio Vivaldi, Ludwig Van Beethoven, Johann Sebastian Bach, Wolfgang Amadeus Mozart…
Tu me donnes un aperçu de tes poèmes ?
Géographie évolutive
Le halo de brume
Masque
Le visage de la sylphide
Le spectre
Émane de la tête du cheval
Il dépose
Une ombre ovoïdale
Sur l’axe de la sphère
L’animal s’évanouit
Dans la cartographie nuageuse
La vision est hallucinante
La masse agitée
Toute une énergie
Alimente
Des formes insolites
Un amas cellulaire
Surgit du geyser abyssal
C’est un souffle violent
Éjecté
Par la pulsion vitale
Tout est mystère
Dans la géographie évolutive
Les bras spiraux
Encerclent
Les corps en fusion
©Salvatore Gucciardo
Tu parles spiritualité… Y a-t-il une dimension religieuse au-delà du spirituel ?
Le religieux et le spirituel ont toujours été associés. L’un définissant l’autre. Ils sont complémentaires dans l’éducation chrétienne. Ils sont indispensables à l’équilibre de l’homme. Ils ont joué un rôle capital dans la construction de notre civilisation. A une certaine époque, la religion dominait le monde. L’homme moderne a pris ses distances vis-à-vis de cette dernière. Il a donné ses priorités à la science et aux richesses matérielles. Cet attrait a provoqué une froideur au niveau de son comportement. En tournant le dos aux valeurs spirituelles, l’être c’est appauvri. Dans ma peinture et dans ma poésie, j’essaie de transmettre une vision divine de l’être. J’espère que ce regard sacré qui correspond à ma sensibilité apportera à l’homme un bien-être…
Lorsque tu peints, te mets-tu en situation ?
Es-tu capable de peintre n’importe où ? Le lieu où tu peins influence-t-il ta créativité ?
Pour peintre, j’ai besoin de me recueillir, de méditer. L’acte créateur est sacré. J’ai besoin de communier avec la toile pour pouvoir sortir du néant l’œuvre qui va se fixer sur cette dernière.
Je peux peintre n’importe où si le besoin se présentait. Ma préférence, c’est de me retrouver seul dans mon atelier. La création sera plus profonde.
Le lieu où je peins n’influence pas ma créativité. Je suis un peintre des mondes intérieurs.
Constamment, je porte un regard en moi-même. Souvent, je peins sans modèle. La nature, m’a donné le privilège d’assimiler la réalité et de l’intégrer dans mon univers. Il y a tout un cérémonial qui s’opère en moi et donne naissance à des visions surprenantes…
Tu utilises beaucoup, à voir les toiles, l’orange et le bleu que représentent ces couleurs pour toi ?
Ces couleurs me touchent par leur chaleur, leur luminosité et leur volupté. Elles ne sont pas les seules à être présentent sur ma palette… J’aime l’univers de la couleur, car la couleur est magique et envoûtante. Sa sensualité illustre toutes les émotions et donne aux images une puissance universelle. Il suffit de se pencher sur l’histoire de la peinture pour en être séduit.
Tu mets l’homme au centre de ta création : en fait, crées-tu pour toi, pour les autres ? En fonction des autres, de leurs goûts ?
En effet, l’homme joue un grand rôle dans ma vision créative. Physiquement, c’est l’animal le plus fragile sur terre et le plus puissant par l’esprit. La nature l’a doté d’une force surnaturelle qui lui a permis d’affronter tous les dangers et de construire une civilisation. C’est un parcours titanesque et fascinant. Doté d’un esprit de conquérant et d’une essence divine, il ose s’aventurer vers de projets complexes. Après avoir conquis la terre, le voici engagé dans l’exploration spatiale. Son ambition : créer une nouvelle civilisation dans l’espace qui serait encore plus compliquée que la terrestre. L’homme, ce grain de sable, cet animal étrange, doté d’une nature ingénieuse n’arrêtera pas de nous surprendre…
Au départ l’artiste crée par défi et par amour. Il a besoin de solitude pour se réaliser. Avant de subjuguer les autres, il cherche à se séduire lui-même, à satisfaire son rêve. C’est une aventure personnelle qui demande beaucoup de travail. Après avoir maîtrisé ses créations, il aime les partager avec les autres. Le véritable artiste est au service de sa sensibilité, de ses visions… On ne peut créer une œuvre en pensant aux modes, aux goûts des autres. Une œuvre fascine parce qu’elle est faite avec sincérité et amour.
Quel message (si message il y a) veux-tu-tu faire passer au travers de tes créations ?
Mes créations sont le reflet de mes sensations, de mes réflexions… Je cherche à sublimer l’être, à le rendre divin. Je l’incite à dialoguer avec la nature pour qu’il retrouve son harmonie intérieure. J’essaye à mon niveau, d’apporter ma petite contribution à la construction d’un monde meilleur. Dans chaque toile, je mets le meilleur de moi-même. Mon aventure artistique est passionnelle et se nourrit de la vie.
Rien à ajouter… merci pour cette interview ! Vous désirez en savoir plus ? Contempler plus de toiles ? Un site à la disposition des curieux… www.salvatoregucciardo.com
©Christine Brunet
13. INDISCUTABLEMENT…
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Face aux constellations, sous sa vérandah, le temps se balance dans son fauteuil à bascule. On se croirait au Mexique, la coulée d’un village reculé blanchit la sierra ainsi qu’un pierrier. Tenant couteau de chasse, une main oisive raccourcit une branchette avec les gestes d’un qui taille son crayon.
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Fugacité des choses. Un navire blanc emporte la lune à toute allure. Au ras de l’horizon un liséré mauve rappelle que la terre, de l’autre côté, est éclairée. Un sassafras soyeux chuchote au moindre souffle : ses feuilles ont le froissement sec de celles du laurier. Il semble susurrer : offre-moi ta solitude…
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Où que l’on regarde à travers la nuit claire, on constate que le monde est plus vrai, meilleur que nous. Même lorsqu’on se rejoint sur l’étroite dalle qui occupe le sommet escaladé d’un pic, même lorsqu’on s’éblouit du visage de l’être aimé sur…
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