Rodica Draghincescu « Ra(ts) »

  • Rodica Draghincescu« Ra(ts) » Introduction Julien Blaine. Préface Cécile Oumhani. Illustrations Marc Granier. Les éditions du Petit Pois. Béziers. Juin 2012. (58 pages format 16×23)

« Je n’écris pas pour viser la cible

mais plutôt pour percer

la mécanique de son sténopé… » RD.

Indéniablement Rodica Draghincescu, demeure en permanence face à l’objectif de l’indéfini, de l’inaccompli, de l’entre deux, ou plus précisément dans le Non-lieu.

Il ne faudrait pas pour autant en déduire que nous sommes là confrontés à une poésie nihiliste. Non, en aucun cas ! Mais tout simplement à un état de lucidité existentielle.

Sa poésie contient toutes ses vibrations matricielles, toutes ses ondes amniotiques mêlées aux contractions de son ventre au féminin, sorte d’état de grâce indescriptible que seule la femme peut connaître et comprendre.

En exergue la note résonne déjà, elle donne immédiatement la couleur de la composition, par la voix d’un grand réformateur et penseur mystique allemand du XIVème siècle, Maître Eckart, véritable prince de l’épurement.

« Ra(ts) » ? Prétendre pénétrer cette œuvre d’emblée, n’est pas chose si évidente, car la pensée se veut mystérieuse, hermétique, il nous faut trouver la clé appropriée.

Rodica Draghincescu, verrait-elle en la poésie une danse rituelle, un sacrifice, une voie conduisant sur un possible retour à l’enfance ?

Faut-il rencontrer un mort sur son chemin pour pendre conscience des réalités présentes et retrouver son pays de mémoire ou métaphysique ?

Les questions restent en suspend !

Rodica Draghincescu, joue (je(u)) du dédoublement des mots, de l’alternance, elle s’y risque à pile ou face. La poésie est son espace à l’âme nomade, pays bicéphale, voire tricéphale ou chimérique.

Son verbe se veut un implacable constat, il porte parfois des relents de défaites, des révélations d’échecs, souvent Rodica Draghincescu exhume les sempiternelles questions sur l’origine de l’être, sur la signification de l’existence.

Il y a parfois des réverbérations de fin de temps, sorte de prémices apocalyptiques où souffle un vent de sable chaud et de mirages.

Son écriture est très personnelle constante et se déroule à son rythme, tout en érigeant son propre mètre. Nous y croisons, chutes, ruptures, syncopes… ! Les mots nous martèlent la conscience, nous resituent face à l’évidence de la vie, dont l’issue nous échappe, ce qui peut-être est préférable.

« …/… qui fait son premier œuf

en mourant…/… »

Poésie lucide, sans concessions où nous glanons cependant de vers en vers de belles parures imagées.

«  L’écume du poème se brise câlinement :…/… »

« La fumée est la folie du feu. »

Pareille à la « soupe étoilée » la poésie a très certainement des dons thérapeutiques,

«  Là où la poésie soigne. »

Nous sommes au cœur des turbulences, des interférences, des effets contraires de la vie et de sa destinée.

L’expression de Rodica Draghincescu nous conduit aussi à la définition du rien, du néant « nada » pour reprendre un vocable cher à Saint Jean de la Croix, en un mot à la dérision, à l’illusion, à l’art « peau de zob ! »

«  Ici, c’est nulle part, l’ultime destination. »

Nous sommes immergés dans les jeux de mots, les jeux d’esprit, dans le « Non(j) eu.»

Par cette forme de dérision récurrente il est bien possible que Rodica Draghincescu remplisse la case vide de la poésie, et elle pose ouvertement la question face à cette absence :

«  Quelle poésie écrire pour le manque de poésie. »

«  Je proclame le »tais-toi » du poème. »

Petite remarque purement personnelle, il me semble que si Léo Ferré avait pu lire les poèmes de notre amie Rodica, il y aurait retrouvé ses rythmes, ses cadences, ses touches incisives en correspondance et interface.

«  J’apprends par cœur la mort dans la vie, je la récite même. »

« J’apprends aux mots à poétiser,…/… »

« Mots bourgeonnants

portés à haute température,…/… »

« Comme un convoi exceptionnel

aux noces des mots prématurés,…/… »

Rodica Draghincescu nous invite à déambuler dans son train de poésie pour un voyage particulier où le terminus n’est qu’une autodérision, le constat d’une absence, d’un néant en instance.

Pour conclure, je ne voudrais pas manquer d’adresser un petit clin d’œil complice à Marc Garnier, artiste connu et reconnu, pèlerin de longue date sur la voie chaotique autant qu’incertaine des arts, ici talentueux illustrateur de ce recueil « Ra(ts ») dont les gravures à la pointe sèche et aquatinte aux nuances sépia avec leurs aspects mystérieux, très épurés linéairement, entremêlé d’un graphisme quelque peu calligraphique, s’associent parfaitement bien aux textes singuliers de notre poétesse !

L’essentiel est ici tout juste suggéré, du verbe à la matière et de la matière au Verbe !

Peut-être que Rodica Draghincescu attend encore le miracle de la poésie comme l’enfant attend sa mère qu’il voit soudain apparaître au bout du chemin.

◊ Michel Bénard,

Lauréat de l’Académie française, Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.

Citoyen Park, Charly DELWART——-Rentrée Littéraire 2012

Citoyen Park, Charly DELWART, roman, Seuil, rentrée littéraire 2012, 486p.

Un pavé littéraire de presque 500 pages nous décrit l’ascension de Park Jung-wan conditionné pour créer un univers qui n’appartient qu’à lui. La rivalité entre le Kamtcha du Nord et le Kamtcha du Sud rappelle sans contestation possible celle qui oppose le régime ultra-totalitaire de Kim Jong-il (gouvernant héréditaire qui succède à son père ; son fils prendra la relève en 2011) et la démocratie de la Corée du Sud.

A travers ce roman, fictivement situé au Kamtcha du Nord, c’est toute l’histoire souvent trop méconnue de cette région du Nord-est asiatique, de 1941 à nos jours, qui transparaît. La dictature s’impose de plus en plus à la population qui va se retrouver à vivre en circuit fermé dans des conditions déplorables.

Le père de Jung-wan, Min-hun, est décrit comme un libérateur, un véritable héros, qui a sauvé son pays du joug japonais. « Min-hun, dès son plus jeune âge, est convaincu que les Kamchéens doivent regagner leur indépendance ». Pour atteindre cet objectif, aucune autre solution que la révolution : « La lutte était devenue impérative ». Il fallait mettre tout en œuvre : « S’il (Min-hun) n’y arrivait pas un jour, cela reviendrait à la génération suivante, à son fils, et à son fils à lui… jusqu’au jour où les envahisseurs seraient partis ».

Et Jung-wan, fils de Min-Hun, n’est pas aussi adulé que son père. Et pour cause. Pour lui, l’ennemi, c’est aussi tout ce qui s’oppose à sa conception du pays, à l’impérialisme américain, à la résistance, à toute forme d’opposition, qu’elle soit lointaine ou proche… Tout ce qui est contre doit disparaître ! Jung-wan confond rêve et réalité ; il se crée un rôle de défenseur absolu et n’en démord pas même si des doutes – mais vite balayés – surgissent dans son esprit. Il se considère en même temps comme un dieu vivant et fictif (son parcours en tant que réalisateur qui se veut l’égal des grands « hollywoodiens »), pour qui rien n’est trop beau, rien n’est trop cher, même si tout cela n’est qu’illusion, même si son peuple, que n’épargnent même pas les conditions climatiques dantesques, vit dans la misère la plus complète.

« … il a décidé que la réalité ne le regarde pas, qu’elle ne regarde pas non plus le reste du monde ». L’important n’est-il pas là : « Vingt-quatre millions d’individus l’applaudissant, qui lui font croire que cela leur fait plaisir à eux aussi car dans un jeu de dupes, si personne n’était dupe et que le jeu continuait, cela revenait au même que si tout le monde l’était ».

Jung-wan impose une dictature implacable (tout opposant ou tout risque d’opposition est systématiquement supprimé), imposée à toutes et à tous ; il n’hésite devant rien pour que son spectacle continue, prenant pour prétexte l’indépendance de son pays, la défense de la cause socialiste, la lutte contre la fourbe Amérique…

Chaque page de roman fort décrit comment un seul homme peut transformer par idéal un pays délivré d’un joug en une véritable prison. Nous sommes au XXIème siècle, c’est tout dire !

L’écriture de Charly Dewart est extrêmement puissante et porte à réfléchir. Chacune de ses phrases est construite selon un canevas bien précis et tend à accentuer ce malaise parce que nous savons pertinemment que la fiction ne dépasse pas toujours la réalité !

Charly Delwart a aussi publié deux autres romans au Seuil : Circuit en 2007 et L’homme de profil même de face en 2010

◊Patrice BRENO

Le chant des anges — Xavier Lainé

Derrière ce titre évocateur, se cache la poésie toute en légèreté de Xavier Lainé. En ouvrant ses persiennes, l’auteur nous invite à ouvrir les nôtres à reconsidérer la vision que nous portons sur la nature, la nature des choses, la nature de nos rapports avec celles-ci. Car je ne l’ai pas perçu autrement, les anges sont les différents visages que nous faisons porter à la poésie. Miraculeuse comme une pluie qu’on attendait plus, subtile soudain lorsqu’il pleuvine, clairsemée, jamais ni dans ses ambitions, ni dans ce que l’écriture nous révèle, elle ne veut prendre d’autres champs que celui du jeu, un jeu de séduction et d’amour qui emprunte parfois la voix des anges.

Les photographies de l’auteur, des bâtons de pluie réalisés par l’artiste plasticienne des mots, Michèle Durand accompagnent avec subtilité le texte, comme si elles voulaient nous annoncer que désormais on regarde la poésie comme on le ferait d’un ange et on lit la photographie en tentant de réduire le mystère.

« Le chant des anges » de Xavier Lainé offre à ses lecteurs d’agréables moments de réflexions que je ne peux m’empêcher d’illustrer en citant ici quelques lignes :

Nous serons seuls au monde dans le silence et le brouillard

Nous serons seuls avec nos désirs minutieusement refoulés

Nous nous attendions en secret depuis si longtemps

Tu auras visage d’ange rougi en entrant au logis

Un feu ardent attisera notre attente patiente

Nous n’oserons pas aller plus loin que le désir.

◊ cc

Les différents blogs de Xavier Lainé se visitent ici :

Au delà du regard

L’atelier du poète

Poïésis

Introduction à la poésie québécoise —Jean Royer

ROYER, Jean, Introduction à la poésie québécoise : Les poètes et les oeuvres des origines à nos jours, Montréal, BQ, coll. « Littérature », 2009.

 

S’il est un fier représentant de la littérature québécoise sinon de la poésie québécoise, c’est bien le critique littéraire et académicien Jean Royer, lui-même poète avisé, auteur de quelques dizaines de recueils. Critique littéraire au Devoir de 1977 à 1991, ses poèmes sont traduits en plusieurs langues dont l’anglais, l’espagnol, l’italien et le chinois. Outre son Introduction à la poésie québécoise qui constitue une réédition (première édition publiée en 1989), Royer est aussi l’auteur d’une anthologie : La poésie québécoise contemporaine (anthologie), Montréal/Paris, l’Hexagone/La Découverte, coll. « Anthologie », 1987 rééditée en 1991 et Le Québec en poésie – anthologie, Paris Gallimard, 1987 anthologie rééditée en 1996. Royer est aussi l’auteur de nombreux volumes d’entretiens avec des poètes québécois et a dirigé de nombreux ouvrages collectifs. C’est là résumer bien succinctement une carrière d’écrivain qui a maintenant près cinquante ans.

La première édition de son anthologie en 1989 était une suite logique aux cinq tomes d’entretiens avec des écrivains contemporains, dont plusieurs poètes québécois, aux éditions de l’Hexagone. Dans ces entretiens Royer poussait le témoignage vers la confession. A ce sujet Serge Rigolet (1986 : 123) écrit « Il essaie de capter la part émotive de ces hommes et de ces femmes qui à parler d’eux-mêmes finissent presque toujours par parler d’eux-mêmes ».

La nouvelle édition que nous offre Royer est augmentée d’un important chapitre sur la poésie des années 1990 et 2000 avec un avant-propos. Elle synthétise l’évolution de l’histoire de la poésie au Québec depuis les découvreurs de la Nouvelle-France jusqu’aux poètes de la diversité et de la maturité littéraire du Québec actuel. L’auteur écrit dans la page liminaire : « cet essai retrace, à l’intention d’un large public, les âges de notre poésie : les étapes de son itinéraire, l’évolution de ses thématiques, les mouvements qui la secouent, le rôle de ses principales maisons d’édition, les oeuvres marquantes qui la caractérisent, les figures légendaires qui l’habitent et ses voix les plus personnelles parmi l’abondance de la production contemporaine. » Dans l’avant-propos de cette édition remaniée et amplifiée, Royer écrit que c’est à connaître leur place dans l’histoire littéraire qu’on apprécie le mieux les poètes et leur poésie. Gatien Lapointe qui a commis un belle réflexion sur la poésie publié, à côté de quelques inédits dans le Devoir du 27 octobre 1966 écrivait ainsi « En ce sens, toute poésie est engagée, toute poésie est sociale. Je veux dire qu’elle porte un nom, une date, un visage précis qui sont ceux d’un homme et d’un pays, et que son but premier est de communiquer avec les autres. » Royer répond donc à une certaine demande du public tout en présentant, pour la première fois, un panorama qui va des origines à nos jours. L’ouvrage est subdivisé en six parties : Première partie : les origines (1534-1895); deuxième partie : les fondations (1895-1937); troisième partie : l’âge de la parole (1937-1968), quatrième partie : l’âge des langages (1968-1983); cinquième partie : les années 1980 et le retour au lyrisme, sixième partie : les années 1990 et 2000 : maturité et diversité. Le corps du texte est complété par des suggestions de lecture, une bibliographie choisie, un index et la bibliographie de l’auteur.

Le chapitre consacré à la production poétique en Nouvelle-France n’est guère plus étoffé que les nombreuses introductions à la poésie vocale, faisant notamment fi de l’oralité amérindienne mais aussi des chansons de traditions orale. L’auteur se cantonne à la poésie non-chantée : les vers polémiques, la caricature autant que les cantiques religieux. C’est surtout en évoquant Marie Guyart de l’Incarnation que Royer fait état d’une réelle et abondante production poétique, un poésie mystique comme elle était assez courante en ces temps (voir Sainte-Thérèse d’Avila, Saint-Jean-de-la Croix, etc.) dans différents ordres monastiques. Il nous semble que cette première partie est lacunaire et Royer aurait pu l’étoffer sur la base de l’activité chansonnière de l’époque, une activité qui est en soit pleine de poésie, une poésie du quotidien. Ce n’est qu’au chapitre suivant qu’il commence à faire état d’une activité chansonnière par les chansons des patriotes. Bien qu’il mentionne la célèbre « Chanson des voyageurs », il omet de signaler l’existence des chansons de tradition orale et des nombreux recueils de chansons, qui sont souvent des recueils de poèmes puisqu’ils sont publiés sans partitions, publiés à partir de 1821. De cette chanson devenue « A la Claire fontaine », Royer, affirme en citant Conrad Laforte, que les vers « Jamais je ne t’oublierai » serai de même inspiration que la devise « ‘Je me souviens »1. Avec justesse, Royer précise que les premières poésies canadiennes voient le jour dans le journal La Gazette de Québec. Il attribue à Bibeau le premier recueil de poème (1830 (Epîtres, satires, chansons, épigrammes et autres pièces de vers), même si un recueil est paru anonymement en 1821. Bibaud sera un « véritable animateur littéraire de son époque » (p. 19).C’est à la seconde moitié du XIXe siècle qu’est consacrée le dernier chapitre de la première partie. Cette poésie s’alimente à deux pôles d’attraction : le patriotisme et la religion. Les auteurs mentionnés sont Octave Crémazie, Louis Fréchette, Pamphile Le May, William Chapman, Nérée Beauchemin et Eudore Evanturel. Emule de Béranger, le jeune poète Crémazie fonde avec son frère une Librairie qui sera un carrefour de l’animation culturelle à Québec. Louis Fréchette s’en réclamera avant de lorgner du côté de Victor Hugo dont on sait qu’il copiera certains vers. La poésie de Pamphile Le May se rapproche d’une certaine façon de celle des Parnassiens.

La deuxième partie adopte plus ou moins les divisions chronologiques du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec : 1895-1937. L’auteur s’intéresse ici à l’Ecole littéraire de Montréal notamment à Henry Desjardins et les Six éponges, moins souvent mentionné dans les histoires littéraires. Le commentaire consacré à Nelligan est évidemment plus développé, le considérant comme « le plus connu des poètes québécois » (p. 31). La partie suivante aborde les courants terroiristes et de l’exotisme à travers les Albert Ferland, Jean Charbonneau, Albert Lozeau, Léonise Valois, Paul Morin, Marcel Dugas, Guy Delahaye, René Chopin et la revue Le Nigog.

Le dernier chapitre de la deuxième partie est consacrée à la modernité et au lyrisme féminin et met de l’avant la présence de plus en plus importante dans l’activité poétique, des femmes (Hélène Charbonneau, Jovette Bernier, etc.). La troisième partie, l’âge de la parole, sera celle de l’entrée du Québec dans la modernité. Anne Hébert et son cousin Saint-Denys Garneau en sont les premiers jalons. Puis le chapitre suivant commente l’oeuvre de deux poètes de la nature, comme Félix Leclerc que Royer considère comme le dernière poète ruraliste. L’oeuvre poétique de Leclerc est intimement liée à la création de chansons. Ainsi Royer écrit : « Quand il manie le vers, c’est le plus souvent pour mettre le poème en chanson » (p. 51). Les années 1950 sont marquées par le surréalisme, mouvement qui marque l’esthétique poétique québcoise tardivement par rapport à la France. Parmi ses représentants, nommons Claude Gauvreau, Paul-Marie Lapointe, etc. En 1953, la création des Editions de l’Hexagone marque les début d’une poésie nationale et devient un lieu d’édition qui se veut être un catalyseur et une carrefour des poètes de la nouvelle génération. Les Editions de l’Hexagone élabore le thème du pays qui sera popularisé par Gilles Vigneault (p. 68). Le chapitre suivant, intitulé « Du lyrisme au combat » évoquant le projet d’identité définit par les poètes des années 1950 et aborde la production poétique entourant les événements d’Octobre 1970. La fin des années 1960 est aussi marquée par la double polarisation culturelle du Québec, entre la France et les Etats-Unis autour de la contre-culture. L’auteur fait état non seulement des spectacles « Poèmes et chants de la résistances » mais aussi les moins connus comme La Semaine de la poésie organisée par Claude Haeffely et mentionne l’existence du groupe des Poètes sur parole à Québec qui anime des soirées depuis 1969 au café le Chantauteuil. Cette période est ainsi marquée par la poésie formaliste et par l’utopie psychédélique chez un Lucien Francoeur et l’utopie cosmique chez Paul Chamberland. Roger Chamberland en fait ainsi état dans un bel article de synthèse sur l’histoire de la poésie au Québec : «Le formalisme prend sa source dans l’éclatement de la langue, de son rayonnement métatextuel et s’articule sur l’exploration à la fois fictive et concrète de son fonctionnement et de l’extrapolation de la signifiance par un raffinement du travail sur la textualité.» (1988 : p. 53). La cinquième partie est intitulée «Les années 1980 et le retour au lyrisme», postérieure aux explorations formelles qui est l’esthétique dominante des années 1970. Illustrent ce mouvement : Michel Beaulieu, Anne-Marie Alonzo, Suzanne Paradis, etc. Les chapitres intitulés «Le territoire intérieur» (p. 140 ss) et «l’Aamour, la mort» (p. 149 ss.), «L »Humour, la colère» (p. 163) semblent moins directement liées à une période mais conçus comme des chapitre traitant d’un thème universel. La sixième et dernière partie est consacrée aux années 1990 et 2000 et constitue la parie inédite de l’ouvrage. Elle comporte à elle seule 58 pages. L’une des innovations intéressantes de ce chapitre consiste à traiter du phénomène assez récent dans le paysage culturel de la poésie parlée (spoken words), plus précisément le slam qui trouve son origine dans le culture hip-hop. Royer consacre dans la foulée toute une section à l’alliage de la poésie et la musique rendant compte des production de Prévert, Baudelaire, Verlaine, etc. Royer résume bien les trente années de production poétique en affirmant «Si les poètes des années 1970 et 1980 s’inventaient des langages sur le territoire de l’intime, ceux des années 1990 et 2000 cherchaient à investir le réel.» (p. 214) Dans les dernières pages de son ouvrage, Royer fait montre de discernement dans la sélection des recueils recensés. Il écrit «Parmi les deux milles titres de poésie parus au Québec depuis les années 1990, on peut certes estimer à plus d’une centaine les ouvrages qu’il serait intéressant de recenser. » (p. 231). Sur ce nombre il en retient 25 environ. Il les analyse ainsi les uns après les autres, autant les plus connus comme Danielle Fournier, Bernard Pozier et Jean-Paul Daoust que les moins connus comme France Mongeau.

Dans l’ensemble il nous semble que l’approche de Royer est propre à une démarche rationnelle, qui sait jongler entre l’analyse thématique et la dimension historique. Quelques passages plus lyriques ou oniriques à la manière d’André Gaulin, nous rappellent aussi que « Cette plainte, cette doléance, ce discours de la désespérance, cette voix de la déréliction, cette rhétorique de l’errance, cette complaisance dans la meurtrissure, voire la mort, plusieurs poètes en témoignent entre 1840 et 1960. » (p. 128) Les intitulé des chapitres permettent de cibler directement les auteurs commentés dans les pages suivantes ce qui rend l’ouvrage de Royer fort utile. Si les essais de Guy Sylvestre étaient des incontournables il y a quelques décennies, on peut considérer sans hésitation que ceux de Royer les ont remplacés mettant à jour une activité poétique des plus intense depuis cinquante ans. A la liste des suggestions de lecture dont fait part Jean Royer : François Dumont, Lise Gazuvin, Pierre Nepveu, Laurent Mailhot et Gaetan Dostie il faudrait ajouter, outre les écrits un peu lyriques mais forts inspirés, d’André Gaulin, la belle synthèse de Clément Moisan dans l’ouvrage collectif sous la direction de Réginald Hamel, Panorama de la littérature québécoise (1997). Si Royer, dans notre histoire littéraire est l’un des ceux qui jongle entre la théorie et la pratique de l’écriture de la poésie, que pourrait-il répondre à Fernand Dumont, l’un des poète-essayistes qu’il commente dans son ouvrage, quand il écrit dans le Devoir du 28 octobre 1972 : « La théorie, vous ne me croirez pas facilement est comme l’enfance : un ailleurs dont ne me consolerait ni le roman, ni le poème. » (p. V).

Bibliographie

CHAMBERLAND, Roger, « Qu’en est-il de la nuit ? », Québec français, dans [EN COLL], Découvrir le Québec, Québec, les Publications Québec-français, 1988, p. 52-56.

DUMONT, Fernand, « Montmorency : si c’était un pays », Le Devoir, samedi 28 octobre 1972, p. V.

GAULIN, André, «De la poésie canadienne-française à la poésie québécoise», Littérature québécoise, Voix d’un peuple, voies d’une autonomie,collectif dirigé par Gilles Dorion (Laval) et Marcel Voisin (ULB), Éditions de l’Université de Bruxelles, 1985, p. 127 à 134.

LAPOINTE, Gatien, Un art d’écrire; la pari de ne pas mourir », Le Devoir, jeudi, 27 octobre 1966, cahier 4, p. 29.

MOISAN, Clément, « La poésie et la chanson ; Trente ans de poésie québécoise 1967-1996 », dans Réginald Hamel (sous la dir. de), Panorama de la littérature québécoise contemporaine, Montréal, Guérin, 1997, p. 435-487

RIGOLET, Serge, « Jean Royer « , Magazine littéraire, n° 234, octobre 1986, p. 23.

ROYER, Jean, Poètes québécois : Entretiens, Montréal, l’Hexagone, coll. « Typo », 1991.

SYLVESTRE, Guy, Anthologie de la poésie canadienne-française, Montréal, Beauchemin, 1964.

1 L’auteur de ces lignes vient tout juste de publier avec la collaboration de Serge Gauthier, « M’amie, faites moi un bouquet… », Mélanges posthumes autour de l’œuvre de Conrad Laforte, Québec, Presses de l’Université Laval, Editions Charlevoix, 2011, 331 p. (coll. « Les Archives de Folklore » : 30).

◊Jean-Nicolas DE SURMONT

Contes d’ailleurs et d’autre part, Pierre Gripari

Illustrations de Guillaume Long, Grasset Jeunesse 2012. 190 p. 9 €

Publiés une première fois en 1990, voici la réédition de huit contes d’ailleurs et d’autre part, à la sauce Gripari, huit bijoux de drôlerie fantastique, inspirés des folklores russes, français, italien et d’Afrique du Nord. Un véritable régal, avec ce verbe franc, truculent et tellement poétique de Pierre Gripari, s’adressant à ses lectrices et lecteurs d’une façon si familière, qu’elles et ils pourraient croire qu’il est assis tout près d’elles et eux. Le conteur de la Rue Broca est véritablement talentueux, c’est évident, mais outre son imagination pétulante, il est doté également d’une grande liberté de pensée. Ils nous emmènent donc ici dans un monde peuplé comme il se doit de magie, d’amour et de courage. Dans Mademoiselle Scarabée, on comprend que l’apparence importe peu, mais qu’il importe de trouver bonne boulette à son pied quand on veut se marier. « Quand un cheval trottine et crottine, quand une vache lâche sa bouse en marchant, je fais une petite boule de la chose en question, puis je la pousse à reculons jusqu’à ma maison ! » Dans Madame-la-Terre-Est-Basse, les objets ont une âme, ils parlent, ils bougent, ils peuvent être tristes mais savent aussi se venger.

« Quand elle met ses souliers

Elle se pique le pied.

Quand elle écosse les pois, elle se pique le doigt.

Quand elle épluche des pommes de terre,

Elle se pique le derrière.

Quand elle veut prendre une douche,

Elle se pique la bouche.

Quand elle veut prendre un bain,

Elle se pique les reins.

Quand elle se met au lit,

Elle se pique le mistigri ! »

Dans Le diable aux cheveux blancs, on comprend que même un démon, aussi malin qu’il soit, ne peut rien contre le pouvoir d’une femme contrariante, « Merci à toi, brave homme, qui m’a tiré de cet enfer ! Imagine-toi qu’il y a un mois, pas plus, une femme nous est tombée ici, une femme terrible, épouvantable, qui nous fait enrager jour et nuit ! ». Il ne peut guère plus d’ailleurs, contre les rêves d’une petite fille qui veut obstinément un Bagada.

« – Oh ! Le beau bagada !

Elle prend le démon dans ses bras, le caresse, le cajole, l’embrasse, le bécote… Qu’est-ce que cela veut dire ? Notre diable se regarde… Malédiction ! Il est devenu un bagada ! Un simple bagada ! »

On a donc vu que les objets pouvaient se déplacer tout seuls, et bien figurez-vous que les villages aussi, et c’est comme ça que Saint-Déodat en bord de Loire a fini au bord de l’Océan pour consoler un petit garçon, et si vous ne me croyez pas, et bien vous n’avez qu’à lire, c’est le village lui-même qui raconte l’histoire.

« J’étais profondément ému. Les paysans qui m’habitaient ne rêvaient pas beaucoup, et jamais à d’aussi jolies choses. J’avais comme envie d’obéir à ce petit garçon, et de me transporter au bord de l’océan ».

Dans Petite Sœur, nous voilà plongé dans les aventures fabuleuses et palpitantes, façon conte initiatique de fée – ou de sorcière, mais fée et sorcière c’est kif-kif bourricot non ? Bref, les aventures palpitantes et fabuleuses de la princesse Claude qui n’a pas un zizi, mais un mistigri.

« C’est un frère que nous voulons !

De petite sœur pas question !

Nous resterons entre garçons

Ou nous partirons ! »

Dans L’eau qui rend invisible, c’est le conteur lui-même à qui une sorcière fait un cadeau, tellement elle trouve que ce qu’il raconte sur les sorcières est rigolo ! Et dire qu’à cause de lui, le monde a failli devenir complètement invisible, comment aurait-on fait pour lire le dernier conte du livre ? L’histoire de Sadko, le cithariste virtuose qui épousera l’ondine du lac Ilmen, la fille de Vodianoï, le dieu de toutes les eaux du monde, après bien des péripéties tout de même, où on ne s’embarrassera pas trop de morale, après tout, c’est un conte et on n’est pas là pour s’embêter, non mais !

« Il vend ses marchandises russes, ses fourrures, son bois, son miel et ses esclaves. En échange il achète beaucoup de choses qu’on ne trouve pas en Russie : de l’or et de l’argent, des parfums et des perles, des étoffes, des épices, des objets fabriqués… Il fait aussi un peu de piraterie, quand il en a l’occasion. Ça se faisait, à l’époque… »

D’ailleurs, les enfants, si vous avez la joie d’avoir entre les mains ces Contes d’ailleurs et d’autre partde Pierre Gripari, cachez-les bien, car s’ils plaisent aux petits, mais ils plaisent aussi beaucoup, beaucoup aux grands ! Foi de Maman !

◊Cathy Garcia

 

Pierre Gripari, est né à Paris le 7 janvier 1925, d’une mère coiffeuse et médium, parisienne originaire de Rouen, et d’un père ingénieur d’origine grecque, et il est mort dans cette même ville le 23 décembre 1990. Ses deux parents meurent pendant la Seconde Guerre mondiale. Il doit alors abandonner ses études littéraires pour exercer divers petits métiers : commis agricole, clerc expéditionnaire chez un notaire et même, à l’occasion, pianiste dans des bals de campagne. Il s’engage ensuite, de 1946 à 1949, comme volontaire dans les troupes aéroportées. De 1950 à 1957, il est employé de la Mobil Oil, et exerce à cette occasion les fonctions de délégué syndical CGT. Il arrête ensuite de travailler pour écrire. Ne parvenant pas à faire publier ses œuvres, il trouve une place de garçon de bibliothèque au CNRS. Il se fait connaître en 1962 avec une pièce de théâtre, Lieutenant Tenant, créé à la Gaîté-Montparnasse, puis avec un récit autobiographique, Pierrot la lune, publié aux éditions de la Table ronde en 1963. Sa carrière d’auteur commence alors vraiment. Ses œuvres littéraires suivantes ne rencontrent cependant pas le succès. Ayant quitté le CNRS pour vivre de sa plume, Gripari connaît la pauvreté. Refusé successivement par dix-sept éditeurs, il retrouve finalement une maison d’édition en 1974 grâce à Vladimir Dimitrijević, le patron des éditions L’Âge d’Homme (un auditeur qui aime lire disait-il), qui lui accorde une liberté d’auteur totale en acceptant systématiquement tous ses livres. Gripari a exploré à peu près tous les genres. Excellent connaisseur des patrimoines littéraires nationaux, il sait aussi mettre à profit les mythes et le folklore populaire, sans dédaigner les récits fantastiques et la science-fiction. Il est ainsi parvenu à créer tout un univers. « Les seules histoires qui m’intéressent, écrit-il dans L’arrière-monde, sont celles dont je suis sûr, dès le début, qu’elles ne sont jamais arrivées, qu’elles n’arriveront jamais, qu’elles ne peuvent arriver ». On lui doit aussi bien des romans que des nouvelles, des poèmes, des récits, des contes, des pièces de théâtre et des critiques littéraires. Mais Pierre Gripari est surtout connu du grand public comme un écrivain pour enfants. Son œuvre la plus célèbre, les Contes de la rue Broca, paraît en 1967. Elle est composée d’un ensemble d’histoires mettant en scène le merveilleux dans le cadre familier d’un quartier de Paris à l’époque contemporaine ; certains de ses personnages sont des enfants d’immigrés. À la fin des années 1970, les illustrateurs Fernando Puig Rosado et Claude Lapointe contribuent à populariser ces contes. Les premières éditions des Contes de la rue Broca (chez la Table Ronde) passent inaperçues, mais leur réédition par Gallimard apporte succès et célébrité à Gripari. Ce recueil est traduit dans le monde entier, y compris en Allemagne, au Brésil, en Bulgarie, en Grèce, en Hongrie, en Italie, au Japon, en Pologne et en Thaïlande. Pierre Gripari a également été critique théâtral pour le journal Écrits de Paris. Il reçut en 1976 le Prix Voltaire pour l’ensemble de son œuvre. On retrouve nombre d’éléments biographiques dans un livre d’entretiens avec Alain Paucard réalisés en 1984, Gripari mode d’emploi. En 1988, il obtient le Prix de l’Académie française pour Contes cuistres. Cet iconoclaste détestait les fanatiques et les gens sérieux et se définissait lui-même comme « un Martien observant le monde des hommes avec une curiosité amusée, étranger au monde terrestre ». Entre rue Broca et rue de la Folie-Méricourt, et quoiqu’il soit aussi épicurien, il mène une vie de bohème quasiment monacale. Indifférent à toute ambition matérielle, il s’accommode de la pauvreté pour ne jamais tomber dans la compromission. Pierre Gripari était membre de la Mensa. Communiste de tendance stalinienne de 1950 à 1956, il se rapproche ensuite des milieux d’extrême-droite (il sera ainsi membre d’Europe-Action). Néanmoins, son absence ultérieure d’engagement politique ferme manifeste son désintérêt profond de la politique active, bien qu’il participe au comité de parrainage du journal d’extrême-droite Militant au cours des années 1980. Il s’intéresse aux religions pour en pointer le folklore, souvent sous forme de pastiche. Cet anarchiste de droite a ensuite participé à l’association culturelle européenne du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE). Le Dictionnaire des écrivains de langue française (Larousse, 2001) le qualifie d’« écrivain ironique, qui se tient à l’écart » et commente « Quant à ses prises de position “fascistes”, il faut y voir le goût de la provocation chez un homme à qui répugnaient la bonne conscience et les idées reçues, fussent-elles “démocratiques” ».

L’œuvre littéraire de Pierre Gripari est marquée par l’érudition, la citation et l’exercice de style. Il s’essaie en effet à des genres divers et variés : roman épistolaire (Frère gaucher ou Le Voyage en Chine), roman de chevalerie (Le Conte de Paris), science-fiction (Vies parallèles de Roman Branchu), etc. Figurent parmi les thèmes récurrents de ses ouvrages l’histoire du XXe siècle, le refus des prétentions totalitaires, l’Europe comme patrie spirituelle, l’homosexualité et la critique des religions monothéistes, notamment la religion juive, qu’il jugeait totalitaire et raciste. De fait, certains comme Pierre-André Taguieff, qui le qualifie d’« anarchiste d’extrême-droite » et lui attribue une « filiation célinienne » considèrent cet antijudaïsme comme antisémite. Symétriquement d’autres, comme son éditeur Vladimir Dimitrijević, contestent qu’il ait été antisémite et considèrent ses attaques contre le judaïsme, présentes dans certains de ses articles de presse et romans, comme une critique respectable de la religion juive. Gripari traite l’homosexualité, qu’il vit sans complexes, sur un ton à la fois ironique et tragique, sa conception des choses de l’amour constituant le soubassement de sa vision pessimiste de l’existence.

Publications :

1957 : Pierrot la Lune, roman, Éditions La Table Ronde

1962 : Lieutenant tenant

1964 : L’Incroyable Équipée de Phosphore Noloc racontée par un témoin oculaire avec quelques détails nouveaux sur les gouvernements des îles de Budu et de Pédonisse, roman, Éditions La Table Ronde

1965 : Diable, Dieu et autres contes de menterie, nouvelles, Éditions La Table Ronde

1967 : Contes de la rue Broca, contes, Éditions La Table Ronde

1968 : La vie, la mort et la résurrection de Socrate-Marie Gripotard, roman, Éditions La Table Ronde

1972 : L’Arrière-monde et autres diableries, nouvelles, Éditions Robert Morel

1973 : Gueule d’Aminche, roman, Éditions Robert Morel éd

1975 : Frère Gaucher ou le voyage en Chine, roman, Éditions L’Âge d’Homme. Le Solilesse, poèmes, Éditions L’Âge d’Homme

1976 : Rêveries d’un martien en exil, nouvelles, L’Âge d’Homme. Histoire du Prince Pipo, de Pipo le cheval et de la Princesse Popi, roman pour enfants, Éditions Grasset-Jeunesse

1977 : Pièces enfantines, Éditions L’Âge d’Homme. Pedigree du vampire, anthologie, Bibliothèque fantastique, Éditions L’Âge d’Homme

1978 : Les Vies parallèles de Roman Branchu, roman, Éditions L’Âge d’Homme. Nanasse et Gigantet, conte en forme d’échelle, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Jean-Luc Allart. Pirlipipi, deux sirops, une sorcière, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Claude Lapointe (repris dans les Contes de la Folie-Méricourt en 1983).

1979 : Café-théâtre, Éditions L’Âge d’Homme

1980 : Le Conte de Paris, roman, Éditions L’Âge d’Homme. L’Évangile du rien, anthologie, L’Age d’Homme.

1981 : Paraboles et fariboles, nouvelles, Éditions L’Âge d’Homme. L’Enfer de poche, poèmes libertins, Éditions L’Âge d’Homme. Critique et autocritique, recueil d’articles, Éditions L’Âge d’Homme.

1982 : Moi, Mitounet-Joli, roman, Éditions Julliard/L’Âge d’Homme. Les Chants du Nomade, poèmes, Coll. Le Bruit du Temps, Éditions L’Âge d’Homme. Pièces mystiques, Éditions L’Âge d’Homme. Pièces poétiques, Éditions L’Âge d’Homme.

1983 : Reflets et réflexes, essai, Éditions L’Âge d’Homme.

1983 : Les contes de la Folie Méricourt, contes, Éditions Grasset-Jeunesse, illustré par Claude Lapointe.

1984 : Rose Londres, Histoire de Prose, roman, Coll. Le Manteau, Éditions Julliard/L’Âge d’Homme. Du rire et de l’horreur, anatomie de la « bien bonne », anthologie, Éditions Julliard/L’Âge d’Homme.

1985 : La Rose réaliste, nouvelles, Coll. Contemporains, Éditions L’Âge d’Homme. Jean-Yves à qui rien n’arrive, roman pour enfants, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Claude Lapointe. Adaptations théâtrales, Éditions L’Âge d’Homme. Gripari, mode d’emploi, Entretiens d’Alain Paucard avec Pierre Gripari, enregistrés les 25 juin, 28 juin et 5 juillet 1984, Pierre Gripari se chargeant de la rédaction définitive, Éditions L’Âge d’Homme, coll. Le Bruit du Temps.

1986 : Le Canon, roman, Éditions L’Âge d’Homme. Le Septième Lot, roman, Julliard/L’Âge d’Homme. Nouvelles Pièces enfantines, Éditions L’Âge d’Homme.

1987 : Contes cuistres, nouvelles, Éditions L’Âge d’Homme. Nouvelles critiques, recueil d’articles, L’Age d’Homme.

1988 : Histoire du Méchant Dieu, essai, Éditions L’Âge d’Homme. Sept farces pour écoliers, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Boiry.

1989 : Notes d’une hirondelle, recueil de chroniques théâtrales, Éditions L’Âge d’Homme. Huit farces pour collégiens, Éditions Grasset-Jeunesse, illustrations de Boiry.

1990 : Contes d’ailleurs et d’autre part, contes, coll. Grands lecteurs, Éditions Grasset-Jeunesse. Les derniers jours de l’Éternel, roman, L’Age d’Homme. Le Musée des apocryphes, nouvelles, Éditions L’Âge d’Homme. L’Affaire du petit pot de beurre, in Contes de la Table ronde, plaquette hors-commerce, Éditions La Table ronde.

1991 : Monoméron, ou je ne sais quantième consultation du Docteur Noir sur la vraie religion du peuple français, roman, Coll. Le Bruit du Temps, Éditions L’Âge d’Homme.

1992 : Énigmes, devinettes pour les enfants, illustrées par Puig Rosado, Éditions Grasset-Jeunesse. Je suis un rêve et autres contes exemplaires, Éd. de Fallois/L’Age d’Homme, anthologie des nouvelles de Pierre Gripari établie par Jean-Pierre Rudin, préface de Jean Dutourd.

1995 : Fables et confidences, fables, Coll. Le Bruit du Temps, l’Age d’Homme.

1996 : Le Devoir de blasphème, éd. du Labyrinthe

Entretiens et critiques parus dans la revue Éléments.

Note également parue sur La cause littéraire