M©Dĕm. a lu et commenté pour vous : Les Fées penchées, de Véronique JANZIK, éd. ONLIT, e-book

 

Les Fées penchées, de Véronique JANZIK, éd. ONLIT, e-book,

Les Fées penchées, de Véronique JANZIK, éd. ONLIT, e-book, 1ère mise en ligne le 12/02/2014 www.onlit.net

Après Auto et La Maison, sortes de variations sur un sujet flirtant avec les deux genres de la poésie et de la nouvelle –Véronique JANZYK signe avec Les Fées penchées, e-book publié par les éditions ONLIT, un recueil de nouvelles où les fées sont de guingois, mais néanmoins fées. Car, ainsi que l’écrit Franz Bartelt cité en exergue du livre :

Une fée qui a perdu sa baguette n’est peut-être plus tout à fait une fée, mais elle n’est pas pour autant une femme ordinaire. [Source : Décharge 161, mars 2014- Revue de poésie trismestrielle).

Chacune des quinze nouvelles qui composent ce recueil d’une sensibilité et d’une sobriété d’écriture propre au tour de plume de Véronique Janzyk, scrute l’esprit penché qui disjoncte doucement (À propos, site en ligne ONLIT),

raconte ceux qui déjantent & vont déséquilibrer des vies cependant singulièrement vibrantes et résonantes par le fil quasiment sans balancier de leurs vertiges d’existence traversant des vides retenus au bord par telle ou telle raison suffisante de continuer (un désir de créativité, l’amour, des rencontres, le désir de continuer dans l’obscur ou la «folie» aussi, à transcender…).Des existences au bord des présences et du présent, dans ces marges de terrains vagues, fertiles cependant par les trash de fragilité qu’elles dégagent, élaguent, étoffent, mettent en scène / en œuvre. Des existences «au bord», re-tenues debout par l’expression même de leurs douleurs.

Véronique Janzyk inspire au lecteur cette empathie pour ces femmes-fées non ordinaires, que son écriture même traduit en écrivant ces femmes aux points les plus sensibles de leur humanité. Le tour de force de l’auteure réside ici dans le déploiement d’une écriture de la sensibilité ouverte sur les univers fragiles de ces fées gardées en survies par la grâce de partages exprimés, dans le cadre d’une rencontre. Leur humanité plie, mais jamais ne se rompt –ce qui nous rend les lecteurs-gardiens de leur expression, de l’écriture de leur vie sur des pages d’écoute (notre écoute) attentive et captive, captivée par ces fées penchées, ces fées tout sauf ordinaires.

Les Fées penchées est un livre curieux au sens étymologique et fort du terme. Curieux dans le sens où il attise la curiosité du lecteur ; curieux dans le sens où le lecteur se retrouve comme projeté au long de lignes de navigation parfaitement inattendues, même s’il sait d’emblée qu’elles seront marginales. Jeté dans des univers singuliers le lecteur marche sur le fil de l’intrigue de chaque histoire, comme sur un fil de haute tension où les lignes de flottaison le font naviguer entre ce qui n’est pas ordinaire &

l’extra-ordinaire. Jeté in media res dans l’histoire déroulée par un narrateur / une narratrice, le lecteur avance sur le fil de l’intrigue qui ici constitue l’événement principal des textes, avance un peu dé-routé de prime abord mais, finalement happé par une ligne / des lignes conductrice(s) qui l’emportent, le trans(e)-portent. Probablement à l’instar des Myléniens vivant un concert de Mylène (Farmer) dont il est question dès le premier univers parallèle tracé par les mots du narrateur. Certainement comme l’auteure elle-même emportée par ses fées : C’est reposant de voir les choses et les événements à travers un «je» qui n’est pas soi, enfin pas tout à fait déclare Véronique Janzik interviewée dans Décharge n° 161. Même si ces “fées penchées”, poursuit-elle, (..) ne sont pas si éloignées que ça de moi. Pourtant, les personnages m’ont éloignée de l’idée de départ. Les fées ont tenu les rênes, c’est très bien ainsi. Elles m’ont forcé la main. On touche là à un point important de l’écriture de Véronique Janzik, qui a parlé à plusieurs reprises de cette mainmise des personnages sur son inspiration. D’où cette sensation de transe ressentie à la lecture des textes. Le lecteur est emporté par les personnages, comme ceux-ci ont trans(e)-porté leur auteure.

Cet emportement se ressent dans le rythme du texte. Un rythme qui court et parcourt l’écriture, comme pour ne pas se brûler à la braise dont émergent ses personnages.

D’où, pour la réception du texte, un effet d’écriture on the road remontant la paroi des trappes de la mémoire –ici pouvant être mémoire collective, puisque l’intrigue d’un récit quel qu’il soit a sa part de singularité qui fait le style mais aussi sa part d’universalité qui fédère l’attention et l’intérêt des lecteurs – une mémoire que donne à renaître de ses braises le tison ardent et contrôlé de l’écriture.

Des phrases-phares, voire des phrases-clés, éclairent par-ci par-là, l’émaillant, la route des Fées penchées. Des mots, des phrases sont parfois posés en véritables jalons éclaireurs qui ouvrent les voies de l’interprétation, les horizons réactivés en leurs souvenirs et enrichis par ce que peut en imaginer chaque lecteur. Des phrases-phares, donc. Ainsi L’océan d’encre mélange, met l’ancre et l’ange en moi. Mylène je l’adore pour son écriture en fait / J’écris aussi, pour moi. Peut-être un jour enverrais-je un de ces textes à Mylène. Sur le monde des hommes, sur un monde incurvé, un monde fou, le monde qui est en nous (Mylène) // Toujours on va vers la mer, Pat et moi. Ce n’est pas un détour. Nous sommes des ricocheuses maritimes. On se propulse à partir de la plage. (Marraine) // Je cours sur le trottoir. Sur la rue. Y a plus de trottoir. Y a plus de rue. Y a plus que le Ciel. / M’apporter un litre de jus de raisin et un savon. Oh c’est drôle j’avais écrit jus de raison. Pour combien de temps en ai-je ici ? / Le Docteur Paris m’a dit «Vous êtes une bonne personne».

«Vous avez le cœur comme un nuage», il a dit aussi. C’est un beau compliment. (Epouse-moi) //

Véronique Janzyk se définit elle-même comme un auteur transgenre. Et la question qui consisterait à savoir précisément définir le genre d’écriture qu’elle pratique, se repose aussi pour Les Fées penchées. Ni recueil de nouvelles littéraires à proprement parler, plutôt recueil de récits d’un «je» à chaque fois singulier racontant de façon expérimentale –parfois initiatique, on y reviendra- sa traversée douloureuse, du moins éprouvante, au sein du monde et de la société, mais aussi recueil d’écritures-témoignages marquées au fer de lance d’une introspection plurielle tournée vers l’analyse des rapports aux autres & une transcription synthétique de destins singuliers, marquées du sceau salutaire d’un humour qui tient à distance pour mieux l’appréhender ce rapport à l’Autre –l’écriture de Véronique Janzyk est tout cela à la fois. Sans oublier les bribes de visions poétiques qui émaillent l’existence de ces âmes sensibles et les élèvent, encore enfants dans leur toucher des êtres et des choses pour certaines, du moins ayant gardé un regard d’enfant.

La vision objective, parfois même presque clinique, du monde environnant côtoie une vision plus marginale et poétique. Ces deux types de regard porté rappelle d’une manière allégorique la rencontre, la confrontation de tempéraments pragmatiques et/ou créatifs qui façonnent l’existence et le relationnel mis en jeu sur la scène de la Comédie humaine. Il faut de tout pour faire un monde, rappelait le poète Paul Eluard, en ajoutant : il faut du bonheur et c’est tout. Conception de l’existence qu’agréé probablement Véronique Janzyk, laquelle commente à propos de ses fées littéraires, de ses Fées penchées : Aucune pathologie ne m’effraie. Aucun pronostic. Mais comme tout le monde, je préfère les histoires qui se terminent bien.

Les mondes ici défrayant la chronique des Fées penchées frappent par leur marginalité, par leurs habitants originaux dont les héros ou anti-héros, dont les héroïnes ou anti-héroïnes dessinent en premier plan et en filigrane un monde à part dans les fils duquel se tisse une histoire, des événements quotidiens jamais ordinaires. Violence des mots, des gestes, frénésie sexuelle, démence psychiatrique, mais aussi amitié ou passion dévorante car du déséquilibre jaillit aussi le mouvement (À propos, site en ligne ONLIT).

Les Fées penchées, recueil de récits d’un «je» à chaque fois singulier racontant de façon expérimentale –parfois initiatique, on y reviendra- sa traversée douloureuse, du moins éprouvante, au sein du monde où il peine à trouver (sa) place. De façon expérimentale –parfois initiatique : dans le sens où les personnalités semblent dérouler leur destin en l’écrivant, aux moments mêmes où leur histoire se raconte. Par l’intermédiaire d’un narrateur, d’une narratrice, soit, mais

l’écriture joue ici comme par l’effet d’une mise en abîme efficiente, comme un rôle cathartique sinon thérapeutique. A signaler, l’auteur travaille dans le secteur de la Santé et du journalisme, ce qui lui confère on le suppose une expérience d’observatrice et d’actrice dans la rencontre des difficultés dites existentielles. Une acuité dans l’écoute et l’ap-préhension des souffrances psychiques ou autres.

Aussi, l’humour de l’auteur «sauve la mise» pour ces existences sur le fil qui, grâce à la distance et au décalage opéré par ce modus vivendi, trouvent à ressurgir de leur mal-être. L’humour est ici bretteur, un peu «à la Voltaire» il lève un lièvre et le met en joug par la puissance des mots pratiqués en dérision ou en auto-dérision -salutaires. Il se lit entre les lignes, ainsi dans les anti-phrases de Sanguinaire où cet humour excelle, histoire qui relate une relation conjugale construit sur un rapport de force, un rapport de proie (la narratrice) à un prédateur (compagnon par ailleurs chasseur) et dont la narratrice finit par se déprendre comme on se déprend par une mise à distance d’un gourou.

Avec Les Fées penchées, Véronique Janzyk signe un livre original, publié par l’éditeur belge nativement numérique ONLIT, et dont on peut se procurer l’édition papier auprès de l’éditeur pour les amoureux de l’objet.

©Murielle Compère-DEMarcy

(MCDem)

Murielle Compère-DEMarcy signe depuis peu du monogramme MCDem.

 

Publications en Revues

Comme en poésie, n°57, mars 2014 (J.-P. Lesieur, Hossegor)

Traction-Brabant n°56, mars 2014 (P. Maltaverne, Metz)

-Chronique Trouvailles de Toile… (Expressions, Les Adex, 60800 Rouville)

Florilège n°154, mars 2014 (S. Blanchard, Dijon)

 

Publications Sites en ligne

Le capital des mots, site d’Eric Dubois, février 2014

Délits de poésie, site de Cathy Garcia (Nouveaux Délits), mars 2014

La Cause Littéraire, le 19/03/14 pour le Poème I ; le 29/03/14 pour les Poèmes II, III & IV ; le 07/05/14 Poèmes V, VI et VII

-Chroniques sur le site de Traversées / P. Breno (Belgique), depuis février 2014 (articles sur Ailleurs simple de Cathy Garcia, Pierre Reverdy l’enchanteur, La partie riante des affreux de Patrice Maltaverne & Fabrice Marzuolo, à hauteur d’ombre de M.-Fr. Ghesquier di Fraja, sur le poète Pierre Dhainault)

-Recension / Articles critiques / Chroniques sur le site en ligne de La Cause littéraire (Ailleurs simple de Cathy Garcia, éd. Nouveaux Délits, le 07/04/14 ; La partie riante des affreux de Patrice Maltaverne & Fabrice Marzuolo, éd. Le citron Gare, le 04/05/14 ; Reverdy, l’Enchanteur, le 08/05/14 : A hauteur d’ombre de Marie-Françoise Ghesquier di Fraja, éd. Cardère, le 10/05/14

La Cause Littéraire, le 07/05/2014 pour Poèmes V, VI, VII

 

Publications Recueils

 

-Atout-Cœur éd. Flammes Vives / Claude Prouvost, 2009

L’Eau-vive des falaises c/o Michel Cosem éditeur, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches, avril 2014

 

Prix littéraires

 

-Prix catégorie Poésie dans le cadre du Concours international de littérature et de créations artistiques organisé par la Cité-Nature d’Arras

-Prix catégorie Fiction à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie dans le cadre du Concours Dis-moi dix mots organisé par la DRAC / Picardie, 2012

-Prix Le Poète du mois organisé par l’Association de Poésie Française Contemporaine (A.P.C.F. / Dijon) en juin 2013

-3ème Prix du Libraire pour une nouvelle littéraire, le 31/05/2014 dans le cadre du Concours international de littératures et de diaporamas organisé par l’association Regards (Nevers)

 

Publications en cours

 

Verso / Alain Wexler

Microbes 85 / Eric Dejaeger –Été 2014

L’Ouvre-Boîte à Poèmes

Nouveaux Délits / Cathy Garcia –octobre 2014

– 4ème de couverture Poésie/première n° 59, juin 2014 (Emmanuel Hiriart //Jean-Paul Giraux / Martine Morillon-Carreau / Philippe Biget / Guy Chaty) : Poème de MCDem illustré par Didier, Mélique

 

Les notes de lectures de Georges CATHALO

Jean-Louis Massot : Séjours, là suivi de D’autres vies

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Depuis plus de 20 ans, Jean-Louis Massot taille sa route de poète et d’éditeur sans se soucier le moins du monde de l’écume des actualités dévorantes. Il écrit peu et publie encore moins depuis La sève des mots-cerise parue en 1994 ; dommage car ses écrits permettent de découvrir son univers humaniste et généreux. Pas de pitreries verbales ou de fioritures : il est ici question de présence au monde à travers un ancrage profond dans le quotidien. La première partie du recueil est consacrée à la disparition du père, père qui a laissé une demeure en ruine et un grand jardin « qu’il a nourri / saison après saison ». Il tentera de retrouver les gestes qui permettront de redonner vie à ce potager avant de retrouver d’autres vies et d’aller à la rencontre de ceux que l’on oublie, qu’ils soient chômeurs de la sidérurgie, vieux paysans abandonnés par un système destructeur ou encore errants des villes déshumanisées. L’essentiel est de «retenir /quelque chose / de ces instants-là », à la manière d’un G.L. Godeau à qui peut s’apparenter Massot dans cette émouvante approche des choses de la vie et de ces moments suspendus où les êtres se révèlent. On lira et on relira ces poèmes qui sont, comme l’écrit Daniel Simon dans sa préface, « des éclats dans le marbre ».

Jean-Louis Massot : Séjours, là suivi de D’autres vies (M.E.O. éd., 2013), 112 pages, 14 euros – Distribution : 33 Z.I. Du Bois-Imbert, 85280 La Ferrière ou contact@meo-edition.eu

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Frédérick Houdaer : Fire notice

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Si l’on excepte quelques points d’interrogation clairsemés, aucune ponctuation ne vient ralentir le rythme de ces poèmes alertes et nerveux. Tous ces fragments de vie volés au quotidien sont le reflet fidèle d’une époque improbable où l’imagination et la réalité flirtent sans pudeur. Oui, « la fin du monde / a bel et bien eu lieu / une fois / deux fois / dix fois / on a fini par ne plus y prêter attention ». Mais non, voyons, pas d’affolement, inutile de lire les consignes d’incendie car « libre à nous… /de redevenir des anges/ aucune justification ne nous sera demandée ». On suit l’auteur au fil de quelques projets saugrenus comme celui de se faire tatouer les titres de ses recueils sur l’épaule droite ou d’explorer internet pour tout savoir sur la déesse Athena. « Pas de quoi m’empêcher d’écrire » dit-il, même avec un voisin encombrant et bruyant. Houdaer écrit une poésie qui passe très bien à l’épreuve du gueuloir flaubertien : il y a un rythme interne et un tonus contagieux. Signalons enfin la belle et sobre réalisation de l’ouvrage ce qui complète agréablement le bonheur de lecture.

Frédérick Houdaer : Fire notice (Le Pont du Change éd., 2013), 72 pages, 12 euros – 161 rue Paul Bert, 69003 Lyon ou lepontduchange@laposte.net

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Jacques Morin : Sans légende

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Jacques Morin se dit très sensible au terme de « no man’s land » (cf Décharge N°160, page 142), cette « frontière impossible entre éléments contraires ». L’on retrouve cette expression quatre à cinq fois au fil des pages de son nouveau livre terriblement émouvant. Il y est question d’une séparation difficilement acceptée et d’une quête volontairement obstinée. La première partie intitulée « Les encres de la nuit » regroupe des poèmes qui sont comme des bouteilles à la mer jetées par un Ulysse « rescapé du néant » mais qui va résister aux cauchemars et aux chants des sirènes. Dans « Sans légende », l’auteur hésite à dresser un bilan d’existence vécues en parallèle comme « deux monologues en bout de piste ». Pourtant, « à ressasser la douleur / on neutralise le temps » mais chacun « compacte son vide comme il peut » et le silence, carburant insidieux, continue d’alimenter une écriture résiliente. Dans le dernier ensemble de poèmes, Jacques Morin témoigne d’une sensibilité à fleur de peau et tient à témoigner sans pathos des désastres d’un monde violent et barbare en essayant « de garder la vérité de l’émotion ». Ces écrits servent de tremplin pour « passer à autre chose », de « ne plus regarder en arrière » et de quitter le no man’s land.

Jacques Morin : Sans légende (Rhubarbe éd., 2013), 128 pages, 12 euros -10 rue des Cassoirs – 89000 Auxerre ou editions.rhubarbe@laposte.net

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Thomas Vinau : Juste après la pluie

Thomas Vinau : « Juste après la pluie »

Surtout ne croyez pas ce jeune poète lorsqu’il écrit : « Je n’ai pas d’imagination » car c’est même le contraire que l’on peut constater au fil des pages ou quand on va musarder sur son blog intitulé : etc-iste. Il concède humblement être un « écririen » mais il sait repérer « des glaçons qui font l’amour » en souhaitant aller s’installer au Bhoutan ce drôle de royaume qui a instauré le Bonheur National Brut. Lui qui serait prêt à tout « pour consoler un enfant » reconnaît qu’il n’a jamais quitté ce territoire peuplé de peurs et ne se fait aucune illusion sur la marche du monde. A l’instar des enfants, il s’invente un monde où l’on croise « une minuscule / araignée trapue », des fourmis qui vagabondent ou encore « une mouche qui / s’accroche au mur » ou « qui se lèche les pieds ». Le poète serait donc celui « qui crache / son poème / dans la poussière / du sol », hibou farouche abandonnant sa pelote de réjection. N’hésitons pas à nous perdre dans cet univers étrange car c’est là que se trouve la vraie vie, « là toute simple / la vie qui clapote / à nos pieds », cette vie éclatée en milliards de miettes, puzzle improbable et mouvant, quelque chose d’indicible ou « quelque chose de poussière et de cendre / de murmure et d’oubli ».

Thomas Vinau : « Juste après la pluie » Alma éd., 2013) 288 pages, 17 euros – 9 rue C.Delavigne -75006 Paris ou c.argand@alma-editeur.fr

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Marlène Tissot : Sous les fleurs de la tapisserie

Marlène Tissot : Sous les fleurs de la tapisserie

Sobrement illustré par des compositions en noir et blanc de Somotho, cette nouvelle plaquette des éditions du Citron Gare s’inscrit dans la continuité des 3 ouvrages déjà parus à cette enseigne : soin particulier réservé au choix des auteurs et qualité irréprochable du fond et de la forme des recueils. Pour qui fréquente régulièrement les revues et surtout le blog « mon nuage », Marlène Tissot n’est pas une inconnue mais une jeune personne qui compte dans le paysage de la poésie actuelle. Dans l’univers absurde de la désillusion, elle ne laisse pas abuser par les mirages du consumérisme, ce « vide que chacun comble ». Alors que « tout le monde court / vers le rien savamment étiqueté », elle avance à son rythme, indifférente aux querelles de génération qui laissent souvent des « cicatrices indélébiles » à cause de « la petite cruauté des silences quotidiens ». Fort heureusement, l’imagination est là soutenue par le rêve, thème rémanent qui revient une bonne vingtaine de fois, sous différentes formes, thème dont l’auteur, avec prudence, se méfie même s’il permet de « s’autoriser les pensées les plus folles ».

Marlène Tissot : « Sous les fleurs de la tapisserie ». Le Citron Gare éd., 2013. 80 pages, 10 euros – 4 place Valladier – 57000 Metz ou p.maltaverne@orange.fr

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Gérard Bocholier : Le village emporté

Gérard Bocholier : Le village emporté

Si, comme le chantait Jean Ferrat, « nul ne guérit de son enfance», Gérard Bocholier y trouve de prodigieuses ressources pour continuer à se construire, «soumis comme tout le reste à l’ impitoyable force des choses». Cette suite d’une soixantaine de poèmes en prose, d’une terrible efficacité évocatrice, le relie à cette période fondatrice vécue dans un minuscule village d’Auvergne. Le liseur qu’il a toujours été reste posté sur des tertres ou sur des promontoires rimbaldiens. Il y retrouve de mémoire la vie rurale avec ses lourdes tâches quotidiennes, ses cérémonies religieuses ou ses travaux saisonniers. Il se tient à l’écart, suggère et devine quand « une main écarte le rideau, furtive, peut-être même un peu tremblante ». Le poète prend son temps, essaie de tenir à distance les émotions et la mélancolie car, depuis longtemps, les techniciens agricoles et les bruyantes machines ont remplacé les patients vendangeurs et les inusables outils. Et c’est toujours la mort, présente à chaque carrefour que l’on retrouve et qui accompagne tous les moments de l’existence quand « d’infimes tragédies éclatent près de nous, imprévisibles ». Ce livre est à lire et à relire, lentement, calmement, comme on déguste une leçon de sagesse et de vie.

Gérard Bocholier : « Le village emporté » (L’Arrière-Pays éd., 2013), 96 pages, 14 euros – 1 rue de Bennwihr – 32360 Jégun

©Georges CATHALO

M©Dĕm. a lu et commenté pour vous : n° 49 de Traversées intitulé Pierre DHAINAUT

Traversées N°49

Traversées N°49

En remontant dans les archives de Traversées j’ai retrouvé un numéro de la revue consacré au poète Pierre DHAINAUT (n°49 / Hiver 2007-2008).

[Au passage, l’on se dit que l’Éditorial signé alors de Véronique DAINE (Belgique) et qui soulignait la nécessité et l’urgence de porter regard à cet Autre poussé et délaissé dans la Précarité dans tous ses éclats dévastateurs et ce, jusqu’aux derniers retranchements, jusqu’au renoncement –on se dit que cet Éditorial laisse à réfléchir au vu de sa continuelle actualité en… 2014…].

Revenant donc au 49 de Traversées intitulé Pierre DHAINAUT et alii –un exemplaire ravivant les tiroirs de la mémoire- je me suis longuement arrêtée sur les pages intitulées ‘Une école des rivages’ suivant l’expression du poète – j’ai voyagé dans ces pages pour y revenir et y revenir encore, et en noter par intermittences comme des impressions –des réflexions aussi peut-être- que m’inspirait la poésie de Pierre DHAINAUT. Si je devais choisir quelques mots évocateurs pour moi de la poésie de l’auteur de Mon sommeil est un verger d’embruns (1961) je choisirais ceux de mouvement, exigence, souffle, partage. Et c’est dans la mesure où ce sens de partage est particulièrement sensible dans l’univers et pour le poète Pierre DHAINAUT, que rebondir même timidement, en tout cas humblement sur la plage de son école des rivages, m’a semblé pouvoir être porté.

Non, nous n’initierons pas les enfants à la poésie, comme c’est devenu l’usage dans nos écoles, par l’intermédiaire des seuls jeux verbaux. Certes, le nombre de syllabes ou la reprise de quelques sonorités participent à la naissance, à l’expansion d’un poème, ils lui sont consubstantiels, mais en les isolant on en fait des procédés, on s’en tient au langage, et l’on oublie que l’exigence de l’écriture ne consiste pas en la fabrication d’un objet, elle est bien plus vaste. L’écriture, une école des rivages : le poème n’est si ardent, il n’est juste que s’il se porte et nous porte hors de lui. (Pierre Dhainaut)

 Pierre DHAINAUTL’auteur du recueil Le don des souffles (Mortemart, Rougerie ; 1990), s’il OUVRE le poème conçu tel un souffle dans un appel d’air lui-même ouvert par l’absence d’inscription sur la page (Une école des rivages)- OUVRE dans un même élan d’écritures (de la vie courante et de la vie écrite/sans cesse à écrire) une terre d’accueil et de recueil où le partage est un des maîtres-mots.

Le poème n’en est pas un, qui a la prétention de se suffire.

Rendre les mots moins lourds, moins opaques, et ne penser qu’à eux dans cette tâche, mais que serait le poème s’il les gardait pour lui, s’il ne nous rendait pas, auteurs ou lecteurs, un peu moins lourds, moins opaques, nous aussi.

Quête existentielle ici du poème, vitale pour le sujet qui l’instaure au centre de son expérience personnelle sociale à partager en terre de vie, de poésie –de poéVIE. La poésie ici n’est pas aux prises avec un horizon spéculatif mettant l’accent de façon emphatique sur sa vocation ontologique, ni enfermée dans une vision sacrale, logolâtrique l’instaurant gardienne d’un monde parallèle à l’intérieur d’une tour vide dont elle serait la seule instauratrice parce que non ouverte au Dehors, au rythme de la vie, à sa densité expérimentée chaque jour et sans cesse éprouvée, donc exposée à ce qui est autre qu’elle-même et dans les faits la nourrit. La poésie chez Pierre Dhainaut est poéthique, formant une existence à la fois lyrique et poétique –ce que Jean-Claude PINSON nomme : «l’habitation poétique».*

Plus que son auteur, le poème est un hôte : quand lui ressemblerons-nous ? questionne Pierre DHAINAUT dans Une école des rivages. Et pour cela, l’effacement de soi au service du poème est indissociable de sa genèse et de son accouchement ; par-delà de son expansion et de ses résonances ; de la pérennité vivante de sa parole et de l’immuable allié à l’éphémère qu’elle nous porte. C’est pourquoi Vers après vers, l’espoir se ravive, celui de renaître, renaître en éphémère. Poésie papillon du jour renaissant Phénix de ses ailes perpétuellement à éployer.

L’insistance de P. DHAINAUT à rappeler le nécessaire retrait de la personne de l’auteur, du nécessaire oubli du souci de soi au service du poème (On veut s’affirmer, puis on veut s’effacer, on s’accorde alors trop d’importance : ce qu’il convient de réduire, quelles que soient nos activités, le souci de soi) -ouvre ce dernier à la respiration dont l’espace se forme au rythme de ses propres pulsations. Ainsi les Entrouvertures (titre d’une série de septains publiés dans ce n°49 de Traversées) sont-elles assurées au sein d’un espace-temps où instant et durée donnent à vivre un temps vécu sans cesse à renaître (L’instant et la durée sont égaux, sont eux-mêmes, au présent du poème). Ces Entrouvertures ouvrent à cette passion de la patience. Entrouvertures également offertes à l’œuvre inachevée : Je m’étais dit : le jour où je serai certain d’avoir vraiment écrit, non pas un livre, mais une phrase, une seule, je pourrai m’arrêter, je n’aurai plus rien à prouver, je saurai mieux vivre. Bien sûr, ce jour n’est pas venu. Il ne pouvait venir. Il ne viendra jamais. A peine esquissée, une phrase en désire, en suscite une autre, encore une autre… Commencer à écrire, commencer sans cesse, entrer dans l’inachevable. Mais cet inachevable ne cède en rien à la stérilité d’une stagnation : le poème s’écrit, se transmue, se transmet dans la progression (poème qui progresse en essaimant).

On aura compris que ces pages de Pierre DHAINAUT dressent une sorte d’art poétique, indissociable d’un art de vivre ; mais elles expriment aussi la singularité de la poésie de DHAINAUT.

Je ne citerai pas davantage ces pages de L’école des rivages (on aura noté le pluriel des rivages, de mot en mot, le sens se libère, la résonance, tout se dit au pluriel) –je ne citerai pas davantage de ces bribes, sinon à prendre le risque de tout reproduire ici.

Tant le poète nous parle, tant il résonne –pour qui l’écoute, pour qui a gardé cette vertu d’accueil et cette force augurale vécues pleinement au pays de l’enfance livrée aux souffles pluriels des émotions, furtives mais fortes, passagères mais intensément immuables. Permanence de la parole du poème.

M©Dĕm.(Murielle Compère-DEMarcy)

Qui est Michel Déon? par Fathéya Al-Fararguy

Qui  est Michel Déon ?

Michel Déon au salon du livre de Paris 2012

Par Fathéya AL-FARARGUY

Professeur-adjoint

Faculté de Pédagogie

Université de Tanta-Egypte

 

 

Fils de haut fonctionnaire à la principauté de Monaco, Michel Déon a eu une éducation méditerranéenne. Né à Paris le 4 août 1919, le jour même de ľArmistice, il a vu le jour dans la période qui a suivi la guerre ; une période de détente et d’espérance. Mais la paix n’a pas duré longtemps et la littérature de cette époque a reflété l’évolution des événements.

Membre de l’Académie française, depuis 1978 et jusqu’à nos jours, il travaille épisodiquement aux dictionnaires de l’Académie, mais sa principale occupation est de siéger aux commissions qui préparent les prix littéraires, les Aides à la création et les bourses décernées par l’Académie. Il est aussi membre associé de l’Académie des sciences du Portugal, section Lettres.

Dans les années cinquante, il fonde, avec un groupe d’écrivains non conformistes (Nimier, Blondin, Laurent) un mouvement littéraire : « Les hussards ». L’appellation de « hussard » est issue du roman  Le Hussard bleu de Roger Nimier. Ayant souffert  du désespoir trop affiché de leurs aînés ; ces auteurs n’acceptent pas l’existentialisme qui s’est imposé comme la pensée majeure des lendemains de la seconde guerre. Cette tendance se caractérise essentiellement par l’expérience, le désir de gaieté et de mobilité

Car M. Déon est un nomade sédentaire qui adore le voyage et l’aventure. Lors de la seconde guerre mondiale, il quitte la France pour mener une vie vagabonde à travers l’Europe. Malgré sa nationalité française, son existence et son cœur sont irlandais. En présentant son porte-parole, dans Un taxi mauve, notre romancier  écrit : « Lieu de naissance : Paris. Quelle indication vague!…Et je suis si peu de Paris, ayant toujours vécu ailleurs: la Méditerranée, l’Asie, les Amériques, l’Afrique et maintenant l’Irlande. Dans chacun de ces endroits, je suis né une autre fois : à la mer, dans la brousse, au cœur du désert et aujourd’hui dans la lande…J’ai connu plusieurs résurrections bien plus importantes que ma naissance à Paris. Le cœur s’enfièvre, l’imagination délire. »[1]

Sans nul doute, les circonstances familiales ont joué un rôle indispensable dans l’éducation de notre romancier. Enfant unique et maladif de Paul et ďAlice de Fossey, il a su surmonter ses souffrances grâce à la lecture. 

 

Après la mort de son père, et alors âgé de treize ans, Michel entre dans le dangereux monde des adultes ; il considère tout ce qui s’est passé avant cette mort comme insignifiant. Ce qui explique que le monde des adultes occupe une place dominante dans la plupart des  romans déoniens.

Notre romancier a fait ses études aux lycées de Monaco, de Nice et en 1933, il est entré au lycée Janson de Sailly à Paris. A l’âge de dix-huit ans, il s’inscrit à la Faculté de Droit de Nice à la demande de sa mère. En fait, c’est la littérature qui le passionne.

A l’âge de vingt ans, la personnalité de M. Déon commence à se former. « Les idées de ma jeunesse ont certainement fait place à un grand scepticisme sans que je puisse, néanmoins, maîtriser toujours des sentiments, des réactions qui remontent des profondeurs de l’être et de l’éducation que j’ai reçue .»[2] En 1936, il fréquentait les milieux artistiques (musées et expositions).

Il est à remarquer que les premiers vingt ans de sa vie coïncident avec la fin de la première et le début de la seconde guerre mondiale. C’est en 1939 qu’il est engagé dans les troupes du général De Lattre de Tassigny : « Michel s’est réfugié dans des travaux d’écriture. La paix revenue lui a ouvert les frontières. »[3]

Vingt-quatre ans plus tard, M. Déon connaît enfin une certaine stabilité familiale lorsqu’il se marie le 15 mars 1963, puis devient le père de deux enfants. Le fait de devenir père à l’âge d’être grand-père renforce une relation intime entre lui et ses fils.

Nous avons présenté sa biographie pour mieux comprendre ses œuvres ; mais quels  éclaircissements peut-on trouver dans ses œuvres autobiographiques qui nous aideraient à découvrir et à mieux comprendre cet écrivain ? Et est-ce que M. Déon a écrit de vrais romans autobiographiques ?

Grâce à sa confession rétrospective dans Mes arches de Noé, nous pouvons retracer son itinéraire personnel, politique et littéraire : les lectures de son enfance et de son adolescence, son attachement à Maurras, les souvenirs de l’Occupation, les voyages, le coup de foudre pour l’île grecque de Spetsai et sa fascination pour l’Irlande, ses rencontres avec des hommes politiques, des acteurs, des écrivains.

Remarquons toutefois, que les deux romans Mes arches de Noé et Bagages pour Vancouver, ne donnent pas beaucoup d’informations sur ľauteur, il s’agit d’autobiographies romancées.

A. Fraigneau a montré l’importance du premier volume en écrivant à notre romancier : « J’aime, j’admire : Mes arches de Noé. C’est un livre où tous tes dons sont rassemblés en gerbe, où les vivants et les morts oublieux de cette fragile et si dérisoire cloison qui les sépare peuvent continuer de fleurir ensemble. »[4]

 

En écrivant Mes arches de Noé, M. Déon est obsédé par Noé de Giono et nous constatons qu’il est surtout influencé par la culture arabe dans le choix du titre. Le deuxième volume du roman est Bagages pour Vancouver, inspiré de sa visite à ľ île canadienne entourée de fleuves et de lacs.

Remarquons toutefois que certains auteurs (Petit Robert : dictionnaire des noms propres. Lagarde et Michard) considèrent Je vous écris d’Italie et Un taxi mauve comme des romans autobiographiques, mais M. Déon les décrit comme de simples créations romanesques.     Ajoutons aussi que dans Un déjeuner de soleil, le héros, Stanislas Beren, n’est pas le double de M. Déon.

D’après les propos de l’auteur, Mes arches de Noé, Bagages pour Vancouver, reparus en un seul volume augmenté d’un  Postscriptum intitulé Pages Françaises, et Pages grecques: «  ne sont pas des romans, -écrit Déon- mais des souvenirs ou mémoires (…) Pas du tout des romans. D’ailleurs mes romans ne sont pas autobiographiques. Ce sont des romans d’imagination mais, évidemment, des éléments de ma vie personnelle apparaissent entre les lignes. Que pourrait-on écrire si on n’avait rien vu et rien lu ? »[5]

 

        A travers la lecture des mémoires déoniens, nous remarquons que le journalisme et le voyage sont les activités qu’il privilégie. Malgré tout, M. Déon garde avec son pays un lien précieux; il y publie des livres d’ailleurs bien accueillis.

 

D’après l’itinéraire de la vie déonienne,  nous pouvons distinguer deux périodes : celle de la formation littéraire due à l’héritage de la bibliothèque paternelle, à la lecture personnelle et celle de la formation politique influencée par Maurras et Jacques Bainville.

Dès l’enfance, nous remarquons chez Déon, l’enracinement du goût pour le voyage et la lecture. Celle-ci a joué un rôle considérable dans la formation de son génie. Dans la plupart de ses entretiens, il parle des livres qui ont marqué son enfance et son adolescence. Certainement cette formation livresque nous aide à comprendre sa personnalité et celle de ses personnages.

Agé de seize ans, il essaie d’esquisser des bouts de roman. Plus tard, il tente d’écrire des romans en anglais mais il ne continue pas dans cette voie afin de garder son identité française. M. Déon débute en littérature en 1944 avec Adieux à Sheila, puis les romans se succèdent : Je ne veux jamais l’oublier (1950), Les Trompeuses Espérances (1956), Tout l’amour du monde  (1956)

Il publie également des pamphlets([6])  Lettre à un jeune Rastignac, Fleur de colchique, Les gens de la nuit, La carotte et le bâton, Megalomose, Londres. De ses visites en Italie, au Portugal, en Grèce, et en Irlande ; l’auteur puise un sang nouveau qui lui permet d’échapper au nombrilisme de la littérature française qui vit en circuit fermé.

Ses visites de plusieurs îles : la Crète, Rhodes, Mykonos, Skyros, Eubée et Lesbos a enrichi ses ouvrages.  La lecture de livres d’aventures représente « son archipel hospitalier  » dans la vie : « Dans Robinson, j’ai pris le goût des îles et ce goût m’a poursuivi la vie entière…Les îles m’ont toujours paru un défi insensé à la mer… Elles sont pauvres, on y vit donc sans besoins, elles sont riches en beautés, on y vit donc dans l’illusion.»[7] Cette ambiance est une source inépuisable pour son imagination.

Comme la littérature, le journalisme occupe une place importante dans la vie de M. Déon. Il écrit dans plusieurs journaux : Le Figaro, Paris-Match, Le Journal du Dimanche, Les Nouvelles Littéraires, La parisienne et La revue des Deux Mondes. En 1942, il est même secrétaire de rédaction de L’Action Française. Il y gagne une expérience essentielle pour la suite.

En octobre 1960, notre écrivain est signataire du Manifeste des intellectuels français et lors de son retour de Grèce, l’année suivante, il est devenu directeur littéraire des éditions de la Table Ronde. Son séjour en Irlande lui inspire ses deux grands succès, Les Poneys sauvages (1970) et Un Taxi mauve (1973) qu’Yves Boisset a adaptés au cinéma. Ensuite, l’auteur se livre au plaisir du roman picaresque qui devient un best-seller. « Il a publié la plupart de ses ouvrages chez Gallimard. Son dernier roman, Madame Rose parut au printemps chez Albin Michel. »[8]

M. Déon a transposé ses voyages, ses aventures et ses expériences dans ses romans. En outre, il a obtenu le prix du Roman de l’Académie française pour Un Taxi mauve et le prix des Maisons de la presse pour Je vous écris d’Italie (1984). D’autre part, grâce à Je ne veux jamais l’oublier M. Déon a mérité le prix des Vacances Heureuses de la ville de Nice. Et c’est avec Le Dieu Pâle qu’il a obtenu le prix des Neuf. Ces prix ont attiré l’attention des lecteurs et des critiques sur l’œuvre déonienne.

Notre écrivain est considéré à la fois comme romantique moderne de par ses histoires amoureuses, écrivain classique et réaliste de par les traits essentiels de toutes ses descriptions. Michel Déon, qui a pour devises « Les carottes sont cuites » pour les mauvais jours et « L’action est le bonheur de l’âme »[9] pour les bons jours est le plus lu des hussards.

L’originalité de la création déonienne est due également à son attitude politique. M. Déon estime qu’un écrivain ne doit pas être soumis à une certaine tendance politique en négligeant son existence et sa personnalité car il possède un savoureux don du ciel.

M. Déon est anticommuniste mais attaché à l’idée de la liberté de l’esprit. Il est hostile à une littérature militante. Il refuse de faire de sa création un message engagé. Son œuvre ne véhicule aucune théorie politique, ne se rattache à aucun parti dont les besogneux sont les représentants.

Néanmoins il est intéressant de signaler que le succès des œuvres de M. Déon réside dans la richesse et la variété des thèmes abordés. En effet, dès sa tendre enfance, le thème du dépaysement, de l’île et de l’installation sont ses thèmes privilégiés. A cela se sont ajoutés d’autres thèmes fondamentaux comme l’idée de ľambition et la poursuite du bonheur, le goût des voyages, le culte de ľamitié, la difficulté d’aimer et  la liberté à ľombre de Stendhal.

M. Déon est l’écrivain de son temps. Sa création littéraire le rajeunit. Déprimé, éloigné de la tendresse familiale, il parfait son éducation à travers son contact avec les gens et la société. Grâce à ses voyages, à ses aventures et aux expériences acquises, M. Déon a construit un système éducatif. Mais quel serait l’intérêt de ses idées éducatives ?

« Pour les garçons de notre génération, il y eut de ľémerveillement à découvrir les romans de Michel Déon. Nous ne savions rien de la vie. (…)Les livres de M. Déon furent notre cour de récréation. Nous y avons appris à jouer, à vivre, à  aimer… »[10]

Certes, on ne peut pas nier que les êtres humains possèdent le même corps physique et deviennent des personnalités tout à fait différentes parce que les circonstances sociales, politiques, économiques, historiques et intellectuelles forment l’identité d’un être et influencent ľéducation. Chaque homme a  son empreinte digitale et son empreinte éducative. L’éducation est le fondement de toute société car elle donne à l’homme son aspect humain.

L’éducation est un thème important à traiter. Elle est ľélixir de la  vie humaine. C’est un thème universel. Ainsi, Rousseau avait raison lorsqu’il disait: « on façonne les plantes par la culture et ľhomme par ľéducation. »[11]

Au cours du XIXe siècle, « le roman d’éducation » apparaît en France avec un rayonnement extraordinaire. Le « roman  d’apprentissage » est étroitement lié à une période de profondes mutations idéologiques, sociales et politiques en Europe.

« La littérature est la base de ľéducation et celle-ci présente à son tour une pierre de touche à celle-là…Le besoin moral de ľhomme, et les exigences de la société, ont fait que ľéducation occupe une place primordiale parmi les sciences humaines… »[12]

La diversité terminologique est une difficulté propre au roman d’éducation. Le français comme l’allemand, utilise indifféremment les termes : roman d’apprentissage, roman d’éducation, roman de formation, voire roman d’initiation.

 

Le verbe éduquer vient du latin  »educar » qui signifie: élever, former, instruire[13]. On parle de roman de formation ou d’éducation, sans grande nuance de sens. Dans ce type de roman, le personnage principal se forme et mûrit en contact du monde et par l’expérience de la vie. Remarquons que la dimension romanesque de l’éducation constitue une des modalités, un des aspects constitutifs du roman d’apprentissage, recouvrant plus spécifiquement la formation intellectuelle, morale et sentimentale du héros. Le roman d’éducation est centré sur le développement de la  personnalité.

R.M. Albérès indique dans son livre Vers l’âge adulte qu’il préfère choisir pour ce type de roman l’expression plus vivante de « Roman d’entrée dans la vie» pour caractériser ce thème littéraire « l’éducation » particulièrement visible aux XIXe et XXe  siècles[14].

Dans l’éducation, il y a l’acquisition, la subjectivité, l’expérience et la vision personnelle. Il ne s’agit pas ici de pédagogie présentant une réflexion sur les méthodes, les systèmes et les techniques de l’enseignement et son évaluation. Ce terme insiste plutôt sur l’apprentissage de compétences, comme on forme un apprenti, et non sur l’acquisition de connaissances générales moins utilitaires.

La notion de l’éducation déonienne repose, dès le point de départ, sur l’autoformation, l’éducation non scolaire et non systématique. C’est un processus de conquête et de maîtrise de soi qui débouche donc sur un dévoilement de soi, une forme de lucidité faite de réalisme ou de résignation. M. Déon dote ses personnages de ses propres impressions et de ses souvenirs personnels.

L’éducation est présentée comme le phénomène de maturation du héros face aux réalités de la vie. Le héros ne doit pas seulement apprendre des données concrètes sur le fonctionnement du monde, mais il doit aussi comprendre ce qu’il est lui-même, et où il doit se situer. L’éducation concerne donc la vie intérieure, celle des rêves, des ambitions, des passions. Le héros est confronté à des situations toujours nouvelles, ne fait que réagir au jour le jour. C’est tout le problème de l’expérience qui est posé.

En examinant l’œuvre déonienne, nous y constatons que l’éducation n’est pas basée sur le rôle d’un éducateur mais sur l’instruction morale et pratique de la vie à travers l’expérience. M. Déon crée des personnages désarmés, dénués de toute expérience qui se forment en vivant une série d’expériences. L’éducation déonienne est fondée sur un principe important :   on doit se chercher  pour s’affirmer.

M. Déon donne priorité aux jeunes qui ressuscitent dans leur adolescence car cette période représente l’étape la plus délicate du développement individuel.

  

               Notre romancier propose une éducation fondée sur l’indépendance, la liberté, l’ambition et la volonté. Il s’agit de former un homme capable d’affronter la vie moderne, dégoûté  d’une guerre folle et sinistre.

Si Montesquieu écrivait déjà au XVIIe siècle: « Nous recevons trois éducations différentes ou contraire : celle de nos pères, celle de nos maîtres, celle du monde »[15]; notre romancier essaie de débarrasser ses personnages de ces éducations. M. Déon précise le premier objectif de l’éducation : les manières d’être, les savoir-faire. Il a fait de ses  personnages des individus moralement et physiquement sains. Chez lui, l’individu acquiert son éducation par le contact du monde extérieur, le milieu social est sa maison.

Notre corpus portera  sur les quatre romans suivants: Un taxi mauve, Le jeune homme vert (1975), Les vingt ans du jeune homme vert (1976) et La cour des grands (1996).

La formation du héros du deuxième roman est totale : sentimentale, cosmopolite et aussi politique. Il y a une relation conflictuelle entre le héros (ses aspirations, ses sentiments, ses valeurs) et l’extériorité sociale et historique. Dans le roman d’éducation, l’auteur décrit les péripéties que connaît un héros dans son apprentissage du monde et montre les leçons qu’il en tire. La destinée du héros déonien montre la condition humaine de sa génération.

György Lukács voit que le roman d’éducation s’achève par une autolimitation qu’on doit caractériser par le terme de maturité virile « qui, tout en étant un renoncement à la recherche problématique, n’est cependant ni une acception du monde de la convention ni un abandon de l’échelle implicite des valeurs »[16].

Les romans de M. Déon sont des miroirs qui reflètent la nature humaine, et l’influence des circonstances sociales, économiques, politiques et psychologiques dans la formation de l’individu. L’auteur brosse un tableau de la vie de jeunes gens français au XXe siècle.

Sur cette toile de fond, l’auteur témoigne de grands événements historiques surtout dans Le jeune homme vert et Les vingt ans du jeune homme vert qui est aussi une chronique douce-amère de la vie française depuis 1918. Avant même d’avoir pansé ses blessures, la France s’est retrouvée engagée dans une seconde guerre qui a laissé des séquelles incurables dans le cœur des hommes. La nostalgie aristocratique qui imprègne ses romans a trouvé une résonance dans le grand public.

M. Déon a voulu présenter des personnages comme ceux que nous rencontrons tous les jours, inspirés par les événements, perdant leurs idéaux ou les défendant jusqu’au dernier souffle. L’auteur est toujours considéré comme un observateur et non comme le complice de ses personnages.[17]

Le roman d’éducation a pour personnage principal un héros qui change, évolue, se transforme au fil de ses aventures. Il devient tragique, d’allure souvent modeste, enfin heureux, parfois idéal, revêtant diverses apparences de plus en plus brillantes. Le roman s’achève sur l’accomplissement du héros, son perfectionnement continu de son ego et son adéquation finale avec le monde qui l’entoure.

En ce qui concerne les caractéristiques physiques du héros: il est masculin, jeune, beau, il a un charme qui le distingue de ses congénères et apparaît comme un être d’exception. Le romancier insiste sur sa féminité, sur sa fragilité. Tel est le cas du héros du Jeune homme vert. Quant à ses caractéristiques morales, le jeune héros est mû par son ambition et le désir de reconnaissance qui l’arrache à l’anonymat comme le héros de La cour des grands. Il est doué de grandes qualités, il s’attache héroïquement  à défendre de grandes valeurs, mais il est inexpérimenté de la vie  sur le double plan sentimental et social car il porte sur le monde, un regard neuf. En cela, il est l’héritier de Candide.

Dans ce type de roman, on assiste à un dévoilement de la corruption du monde, à un sauvetage des valeurs incarnées par un héros qui peut se sacrifier pour elles. Le héros a beau recevoir des coups terribles qui l’obligent à s’endurcir, il se sent incapable d’émotion vraie, d’apitoiement, de faiblesse d’amour ou d’amour propre.

Pour Goldmann : « le caractère social de l’œuvre réside surtout en ce qu’un individu ne saurait jamais établir par lui-même une structure mentale cohérente correspondant à ce qu’on appelle une”vision du monde”. Une telle structure ne saurait être élaborée que par un groupe, l’individu pouvant seulement la pousser à un degré de cohérence très élevée et la transposer sur le plan de la création imaginaire. »[18]

Le jeune héros qui est du type des ambitieux de Balzac, est d’origine sociale modeste ou pauvre dont il essaie toujours de se débarrasser. Mais, on trouve aussi un héros différent, relativement en dehors des mécanismes de l’ambition parce que la fortune qu’il possède au départ le met à l’abri de l’inquiétude ; c’est le cas du personnage principal d’Un taxi mauve.

 

Notre héros est toujours un provincial, cela représente un des principaux obstacles à sa réussite.

           A travers la présente recherche, nous allons essayer de répondre à la question suivante : comment M. Déon a-t-il éduqué ses personnages et ses lecteurs ?

 

C’est donc une méthode sociocritique que nous suivrons qui visera à trouver une relation entre les changements sociaux et le développement du personnage.  Selon Lucien Goldmann, la vision du monde est un phénomène de conscience collective, exprimée par l’écrivain qui reflète le groupe. Un grand écrivain est l’individu exceptionnel qui réussit à créer dans un certain domaine, un univers imaginaire, cohérent (ou presque rigoureusement cohérent) dont la structure correspond à celle vers laquelle tend l’ensemble du groupe. Plus la valeur esthétique est grande, plus l’œuvre se comprend par elle-même et plus elle incarne une vision d’un monde en train de se constituer.[19]

Après avoir étudié l’œuvre déonienne ; nous avons constaté que le développement d’un adolescent se déroule en trois étapes : l’émancipation de la vie enfantine qui représente l’éducation familiale, suivie d’une période de transition qui évoque l’éducation sentimentale, et une autre de maturité et de stabilité qui figure l’acquisition de l’expérience à travers le travail  et le voyage. Pour cela, nous avons opté pour un plan ternaire dont chaque chapitre se subdivise en trois volets.

Dans le chapitre premier, intitulé M. Déon et le transfert de son éducation familiale dans ses romans, nous traitons du rôle maternel puisque c’est l’élément le plus actif dans l’éducation des enfants, nous étudions son influence négative et positive. Nous nous sommes d’abord efforcés de dégager l’absence de la mère et ses effets: indifférence de la génitrice donc éducation par la mère adoptive, éducation émancipée des filles, solitude du fils, fruit de l’infidélité conjugale et ses conséquences  psychologiques. Ensuite, nous avons tenté de mettre en relief l’existence encourageante de notre auteur.

Nous nous attaquons aussi au problème du rôle marginal qu’exerce le père chez M. Déon et de surcroît des empreintes qu’il laisse sur la formation de ses fils. Face à l’absence de l’idéal familial, nous découvrirons un affaiblissement des valeurs. Étant dénué de toute protection familiale, le personnage déonien cherche les moyens de guérir de ses blessures intimes par la pratique du sport. En outre, sur le chemin de l’éducation, le héros trouve souvent un initiateur à rôle négatif, parfois positif.

Le deuxième chapitre est consacré à l’éducation sentimentale : étape décisive dans l’éducation, composante essentielle de tout apprentissage. Au cours de celle-ci, il y a, à côté  de l’homme, désirée, voulue par  une femme, une initiatrice. C’est elle qui transforme l’adolescent en homme avec sa première expérience sexuelle. Grâce à plusieurs aventures, le héros acquiert son éducation et son mûrissement en oscillant entre l’échec et la réussite : « Il préfère « ľamour et les voyages à ľennui et au travail »[20]

        Ce deuxième chapitre s’attaque à la transposition de la première aventure amoureuse chez M. Déon dans sa création littéraire. Nous y abordons les premières initiations amoureuses, l’utopie de l’amour pur, la fuite de l’amoureuse, l’amour inaccessible et le complexe d’Œdipe. Aussi, le mûrissement du jeune héros vert et l’éducation sentimentale de Claude et Nelly, la duplicité du héros de La cour des grands envers l’amour et le remords.

Enfin, nous avons trouvé intéressant de présenter, dans le troisième chapitre, l’éducation livresque du romancier et son influence sur sa création littéraire, ses tendances dans l’esquisse de ses personnages. Dans cette éducation, la poésie prédomine mais les contes ne sont pas absents. De plus, nous découvrons que M. Déon met l’accent sur l’importance de la connaissance des langues étrangères. En outre, il préfère l’éducation libre à l’éducation systématique.

Le deuxième volet de ce chapitre traite le thème du voyage ; un des pivots de l’éducation déonienne et un leitmotiv dans sa production romanesque. Les voyages et les aventures  sont comme un livre ouvert duquel les personnages puisent leurs formations pour élargir le champ de leurs expériences grâce à l’exercice de plusieurs métiers. Le héros voyageur, avide de découvertes, se forme à travers ses voyages intra et extra muros. Sa découverte du Midi et de la capitale française lui apporte une expérience enrichissante. D’autre part, il parfait son éducation entre l’Angleterre, l’Italie, le Portugal et les États-Unis.

Nous concluons ce chapitre avec l’aventure militaire qui illustre une sorte de voyage collectif. M. Déon donne une grande importance à la condition humaine, en traitant des problèmes internationaux tels les ravages de la drogue et la criminalité de la guerre.


[1] DÉON Michel, Un taxi mauve, Paris, Gallimard, 1973, pp.1 05-6.

[2] MASSON Danièle, « Entretien avec Michel M. Déon », Dieu est-il mort en occident ?, no90, 1994, p. 155.

[3]GARCIN Jérôme, Dictionnaire de littérature française contemporaine, Paris, François Bourin, 1988, p. 163.

[4]DÉON Michel et FRAGNEAU André, Une longue amitié, Paris, Gallimard, 1995,  p.201.

[5] Correspondance non publiée avec l’auteur, Voir annexe,  n° 6.

[6] Pamphlet : court récit satirique, qui attaque avec violence le gouvernement, les institutions,  la religion, un  personnage connu.

[7] DÉON Michel, Mes arches de Noé, Paris, Table Ronde,  1978,  pp. 12-3.

[8] IMBAULT Marie-christine, «Le Goncourt », Livres Hebdo, no 308,  9 Octobre 1999,  p.30.

[9] GONZAGUE Saint Bris, «M. Déon parmi les poneys sauvages», Le spectacle du monde,  no.481, Juillet- Août  2002, p. 118. D’après Déon, « Les carottes sont cuites» veut dire que  tout est foutu, qu’il n’y a plus d’espoir, qu’on ne pourra jamais revenir en arrière. «L’action est le bonheur de l’âme » signifie au contraire, que l’énergie, la volonté, l’audace et l’imagination  triomphent  des pires obstacles et maintiennent l’espoir de temps meilleurs. Voir annexe, no17.

[10] NEUHOFF Eric, Michel Déon, Paris, Rocher, 1994, pp.9-10.

[11] ROBERT Paul,  Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française,

Paris, Le Robert, 1991, p.606.

[12] EL-BARNACHAWI Nadia, André Gide éducateur, Thèse de doctorat, Faculté de

jeunes filles Ain  Shams, 1975, pp. 35-2 .

[13]  ROBERT Paul, op.cit.,  p. 606.

[14]  Cf. ALBÉRÈS R.-M., Vers l’âge adulte, Coll.Thème et parcours littéraire, Paris,

Hachette, 1973,  pp.5-6.

[15]  SANCHEZ Lucien, «M. Déon en liberté», Les nouvelles littéraires, no312, Juillet-

Août 1993, p. 14.

[16]  GOLDMANN Lucien, Pour une sociologie du roman, Paris, Gallimard, 1964, p.28.

[17]  Cf. Correspondance non publiée avec l’auteur, Voir annexe, n°18.

 [18] GOLDMANN Lucien, op.cit.,  p. 42.

[19]  Cf GOLDMANN Lucien, op.cit.,  pp. 60-2.

[20]DÉON Michel et FRAIGNEAU André, op.cit., p.15.

Parmi les sphères/Piet Lincken ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2013

  • Parmi les sphères/Piet Lincken ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2013

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Dédié à Rued Langgaard(1893-1952) compositeur Danois, ce recueil nous fait voyager à la racine des êtres et des choses voire aux confins de l’existence. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on y trouve deux citations du troisième grand penseur du taoïsme après Lao Tseu ; à savoir, Lie Tseu(je ne sais même pas si c’est le vent qui me chevauche ou moi qui chevauche le vent). On ne s’étonnera donc pas de voir évoqués dans ce livre les concepts portant sur le Tao, le vide inhérent à toute chose, l’impermanence, l’immortalité de l’esprit, le voyage des âmes, le détachement des intérêts sociaux, l’aspect illusoire des perceptions et la spontanéité permettant d’accepter les merveilles de la nature voire d’apprécier simplement…la merveille d’être là !

Au détour de chaque page, Lincken questionne la condition humaine certes mais aussi et surtout l’écriture(en Orient, le calligraphe est à la recherche de son être intérieur) qu’il considère comme étant un moyen susceptible de nous aider à devenir celui ou celle qu’on est vraiment ; car pour Piet Lincken, l’homme n’est pas la limite de toute chose, la vérité n’est pas unique et rien ne limite l’infinité de l’être et du monde…

Dans ce recueil, le poète nargue également les lois d’un monde en représentation qui tend à nous enfermer dans un concept de vie immuable (la vie n’est qu’un événement sans signification que le langage ne peut décrire/Alan Watts) ; bref, parmi les sphères est un livre qui nous donne l’amour de la liberté, éveille le réel et  met en joue une vie sans bornes auquel aucun regard ne s’habitue.

Dans cet air de campagne je t’aime

Nous allons nous embrasser

D’une manière toute douce encore ;

Mais tu n’es pas Dieu.

J’exagère ce jeu : je suis réellement le pétale de rose ou

la fleur de jasmin,

la fidélité lassée, les yeux blessés dans la buée de mots,

la bataille ultime d’une langue contre une langue.

Au fond, je t’aime lucidement.

 

©Pierre Schroven