Les lectures de Patrick Joquel

 

La grande légende de Rama et Sita

Titre : La grande légende de Rama et Sita

Auteur Patrice Favaro

Illustratrice : Véronique Joffre

Editeur : Rue du Monde

Année de parution : 2010

Une magnifique légende fondatrice et donc universelle. Un conte qui met en scène le profond de l’humanité : la transmission, la jalousie, le désir, l’amour, la fraternité, la solidarité…

De splendides images aux couleurs indiennes accompagnent ce rêve et ce cheminement.

Tous les grands textes ne font pas de grands livres automatiquement, seul le génie et la tendre habileté des deux auteurs donnent ici toute sa fraîcheur au mythe.

Un beau livre.

Et en poésie

Georges Cathalo

Titre : Près des yeux près du cœur

Auteur Georges Cathalo

Illustrations d’Evelyne Bouvier

Editeur : La Renarde Rouge

ISBN : 979-10-92303-02-5

Année de parution : 2014

Prix : 15€

Tous les poèmes de ce livre ont pour titre un verbe à l’infinitif. Ces poèmes interrogent le secret, le caché ; ce que le poème débusque et saisit à pleines lettres. Tendrement. Car c’est bien du cœur que s’occupe la poésie. Ce qui bat, pulse et vit.

Questionner

quelle est la couleur du silence

quelle est la vitesse du feu

quel est le regard des questions

quel est le souffle des réponses

quelle est la question sans réponse

quelle est la réponse muette

et quelle est l’ombre du soleil

quand elle disparaît sous la nuit

Georges Cathalo

Près des yeux près du cœur

La Renarde Rouge

©Patrick Jocquel

www.patrick-joquel.com

Les lectures d’été de Patrick Joquel pour nourrir l’automne

 

Poésie

indexTitre : Je vous aime

Auteur Marc Baron

Illustratrice : Anna Obon

Editeur : Bulles de savon

Année de parution : 2014

Prix : 14.50€

Un livre plein de tendresse, de bonheur et d’amour. Une déclaration à la Terre entière. Simple et forte. Une évidence. Un livre de sérénité. Juste. Un poète heureux. Les images respectent et renforcent cette tranquillité. Une réussite.

*

indexTitre : D’un bocage, l’autre

Auteur Roland Nadaus

Editeur : Editions Henr

Année de parution : 2014

Prix : 10€

Je me sens bien en écho avec les textes de ce livre. Je comprends et m’accorde au pas de Roland Nadaus dans son bocage. Je vibre avec cette injonction : marcher ! Passer ! Dépasser l’horizon ! Observer ! Ecouter ! etc. Tous les verbes du randonneur, tout ce qui pousse à lever le pied et puis l’autre comme on écrit un mot après l’autre. La sensation d’être et vivant. Accordé au lieu. Enraciné. Debout.

Un lieu essentiel. Source autant que refuge. Si nos lieux diffèrent : entre le bocage et le Mercantour se trace une diagonale plutôt longue, l’approche et le ressenti se donnent la main.

Aussi quand dans les dernières pages du livre je lis la mise à mort de ce bocage pour cause de rentabilité économique je me sens écharpé, écorché vif comme l’auteur. Privé de racines.

Un livre nécessaire et qui rappelle que sans connexion secrète et directe avec la Terre, l’homme ne devient qu’une machine à produire.

Fleurs

Et le matin c’est enfance – quand dormir c’est perdre du temps. Quand mourir c’est jouer à rien.

Et chaque matin un enfant joue, et chaque matin un enfant dort. Et toue ma vie n’est qu’enfance, un matin.

Mais alors pourquoi faut-il donc que je m’éveille à ma naissance, et pourquoi me faut-il porter toutes ces fleurs ? et pourquoi sont-elles si blanches ?

Je le porte sous le bras mon cercueil, comme une baguette de pain, et je rentre à la maison, sagement quelque part. –Quelque part où dormir et jouer ont un sens, où mourir n’a donc plus d’importance- que celle de n’en jamais finir de jouer. A rien.

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indexTitre : Les cerises ne sont pas des lèvres

Auteur Amandine Marembert

Dessins de Diane de Bournazel

Editeur : Al Manar http://www.editmanar.com

Année de parution : 2014

Prix : 16 €

La poésie déroute. Déconcerte. Chante un autre chant. La poésie, c’est autre chose… Autant de mots et d’expressions qu’on entend souvent à propos de poésie.

Ce livre en est un exemple. Un bel exemple. Une invitation au jardin. Un jardin où s’entremêle fruits et légumes, corps et désirs. Une histoire de semences, de fécondité, de mûrissement. De plaisirs et de gourmandises colorées. Un livre où nos secrets s’épanouissent dans l’innocence des floraisons. Dans la liberté des insectes et la lenteur tranquille des fruits offerts au soleil et aux vents.

De l’érotisme au quotidien et joyeux.

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Album

indexTitre : Fleur des neiges

Auteur Pierre-Marie Beaude

Illustrateur : Claude Cachin

Editeur : Gallimard

Année de parution : 2004

Prix : €12

Un magnifique album. Nous sommes au Japon. Avec une jeune fille toute en délicatesse. Comme toutes les jeunes filles, elle rêve d’amour… Elle entre en apprentissage chez Matsuo Seki et lui succède comme écrivain public. Sa réputation grandit à l’échelle du pays tout entier.

En dire plus serait trahir la tendre magie du récit.

Quant aux images, elles l’accompagnent avec une légèreté profonde. Des illustrations comme des haïkus.

Magnifique !

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Romans

indexTitre : Le garçon, qui voulait devenir un être humain

Auteur Jorn Riel

Editeur : 10/18

Année de parution : 2002

La vie d’un jeune viking. Vers ses dix/onze ans son père, au nom des vengeances d’honneur, est assassiné. Dans la logique de l’honneur l’enfant doit venger son père. Il s’embarque dans le drakkar de l’assassin pour le tuer. Seulement ses bras ne sont pas encore assez longs… Un pacte est passé, le tueur attendra que l’enfant grandisse pour le duel.

La vie en décidera autrement grâce à un naufrage dans les eaux glacées. L’adolescent est sauvé par un frère et une sœur de son âge, Inuits. Ils le cachent puis réussissent à le faire accepter par la tribu. Ce n’était pas gagné tant les rencontres entre vikings et Inuits sont destructrices.

A travers l’amitié qui va lier les trois jeunes et se renforcer jusqu’à leur entrée dans le monde adulte, on découvre la vie des êtres humains, la vie au Groenland, la tolérance et l’amitié.

Une belle aventure humaine à découvrir dès dix ans si on aime les histoires qui transportent ailleurs.

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indexTitre : deux grains de cacao

Auteur Evelyne Brisou Pellen

Editeur : Folio

19e siècle. En Bretagne. Un maitre chocolatier, son épouse… Leur garçon de douze ans qui découvre au pensionnat religieux, qu’il a été adopté. Intolérable. Il fugue pour une quête identitaire : un retour au pays natal. Haïti via Gorée, à bord d’un négrier de contrebande.

Une belle histoire sur fond de traite négrière, de libération. Une histoire à profonde dimension humaine.

C’est une petite merveille, à lire dès qu’on le peut.

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indexTitre : La vérité crue

Auteur Patrice Favaro
http://mots-nomades.hautetfort.com/

Editeur : Editions Thierry Magnier

Année de parution : 2014

Prix : €9

Très beau récit. Poignant. Emouvant. Et qui tient bien en main. La différence. Les différences. C’est le fil rouge de ce livre. Du berger qui veut tuer du loup à l’ado qui veut sauver les animaux, de la jeune fille qui cherche à sauver sa peau à la maman ou au papa qui sauvent la leur en se séparant après la mort du fils… Respect. Tout est dit avec légèreté, vitalité.

Il est heureux je crois, simplement heureux d’être vivant.

On pourrait en citer d’autres de phrases qui tiennent en bouche comme en mémoire dans ce récit où les deux ados fuguent ensemble sans savoir trop où, où le papa perdu les récupère et se sauve avec eux, dans le sens Christique (l’ado Raphaël s’autoprénomme Jésus).

Oui, un livre qui a été primé en Suisse et… bon sang mais c’est bien sûr.

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indexTitre : Mme de Néandertal, journal intime.

Auteur Nicole Leroy, Marylène Patou-Mathis

Editeur : nil

Année de parution : 2014

Quand une spécialiste de Néandertal rencontre une auteur, elles se lancent dans le récit de ce qui s’est vraiment passé le jour àù nos ancêtres de Néandertal ont rencontré nos aïeux Homo Sapiens.

C’est écrit dans une langue 21e siècle. Le texte s’appuie sur ce que les archéologues ont résolu quant aux conditions de vie de Néandertal. Le lecteur suit le quotidien d’un groupe, ses joies, ses peines et ses interrogations quant au nouveau venu si bizarre.

Les deux peuples sont trop différents pour réussir à s’entendre. On connait la suite…

Un récit qui rend justice à Néandertal : un sacré bonhomme ! Un récit qui une fois de plus soulève la question de ce que nous avons raté lors de ce croisement. Question sans réponse. L’histoire, la nôtre continue d’aller de l’avant.

*

imagesTitre : Les cavaliers

Auteur : Joseph Kessel

Editeur : Gallimard

Année de parution : 1982

De grands espaces. Des hommes intenses. Un cheval fabuleux. On est en Afghanistan, mi vingtième siècle dans la steppe immense. Un livre comme une immense respiration, à l’image de ces territoires et des hommes qu’ils façonnent.

Un livre à découvrir ou re découvrir.

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indexTitre : Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Auteur Khaled Hosseini

Editeur : Belfond

Année de parution : 2013

L’Afghanistan. Et ses terribles années : tout un pays bouleversé par les guerres… Leurs conséquences sur une famille comme une autre. exode, exil aux Etats Unis, en Europe, en camp de réfugiés selon les uns ou les autres. Des hommes et des femmes sur trois générations… que l’on suit via des coups de lumière sur un moment de leur histoire particulière. Tout s’imbrique. Les sentiments, l’émotion, le désir, le retour, la culpabilité, l’incompréhension. C’est prenant : je l’ai dévoré en une longue après-midi d’été.

Une belle fresque humaine !

©Patrick Joquel

Puisque l’aube est défaite/Aurélien Dony ; préface de Jean Loubry ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

index

  • Puisque l’aube est défaite/Aurélien Dony ; préface de Jean Loubry ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

Parolier et chanteur du groupe ECHO, Aurélien Dony publie dans le cas présent son second recueil(le poète avait publié Il n’y a plus d’hiver chez Memory press en 2011). Dans ce livre, chaque poème semble vouloir nous séparer de ce qui fait de nous des gens raisonnables et tend ses drapeaux ivres au centre d’une espérance d’où jaillissent toutes les étoiles du possible(l’homme ne peut pas vivre sans feu et on ne fait pas de feu sans brûler quelque chose/Octavio Paz) ; mieux, chaque poème semble être en consonance avec l’espace, le cœur, le désir et le vent…

Loin, loin au devant de ton propre projet/ Si loin que le temps n’a plus prise/Sur ta marche et ta force/Loin…/Te réinventer

Dans ce livre, ce jeune natif de Dinant, évoque avec une lucidité confondante les dérives du monde comme il va et nous invite à « décrocher » avec une réalité trop souvent soumise aux lois de l’organisation sociale et au joug de l’utilitaire ; par ailleurs, il s’interroge devant la fuite d’un temps qui lui rappelle chaque jour l’urgence de vivre à feu et à sang.

Mourir n’est pas grand-chose pour l’homme qui a vu/Bougé, senti, marché : celui qui a vécu !/Mais c’est une autre affaire, à l’heure où tout se courbe/Pour moi qui n’ait connu que l’odeur de sa tourbe

A travers ce recueil, très justement récompensé par le prix Georges Lockem 2014, le poète est en quête d’un nouveau rapport à un monde qui ne trouve plus sa source que dans un déterminisme extérieur de nature économique, politique voire stratégique. Avec Dony, la poésie s’apparente à une recherche à la fois de l’ici et l’ailleurs en ce sens qu’elle va bien au-delà du temps, de la géographie, de tous les espaces et de l’opinion ; avec Dony, enfin, la poésie ne s’apparente plus à un gentil divertissement qui ne dérange personne mais constitue, deux fois plutôt qu’une, un espace de liberté(et de révolte) où la vie est sans cesse réinventée.

J’ai marché nu

Dans le froid des torrents

Sans geindre et sans pleurer.

Un pendu balancé

Par des vents solidaires

Me tend sa mort comme un cadeau.

Refuser n’est plus de mise,

Et je me donne enfin

Au contre-courant…

©Pierre Schroven

Lumière nomade/Philippe Leuckx ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

    Lumière nomade/Philippe Leuckx ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

  • Lumière nomade/Philippe Leuckx ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

Rome sert de fil conducteur à ce recueil qui a obtenu à juste titre le prix Robert Goffin 2014. En effet, Il est question ici pour le poète de célébrer la clarté, le mystère voire la beauté d’une ville bercée par les rythmes et les mouvements d’une lumière à même de nous prolonger dans tous les sens et à tous les temps. En bref, ces textes courts et accessibles sont tissés d’instants qui brûlent sans se consumer, s’ouvrent aux risques du temps recomposé, ajoutent une dimension au quotidien et prennent sur eux toutes les errances…

Lumière nomade, oui, le long de ces rues romaines que divers séjours m’ont rendues proches comme des voix aimées/ Je sens sous mes mots la juste lumière de chacune d’entre elles…

Au gré de ses déambulations dans une ville « aérienne » traversée de rues, de rumeurs, d’odeurs, de visages et d’une lumière sans âge, le poète prend au fil des pages un malin plaisir à jouer avec le miroir du temps, à nous abreuver de mots aimantés d’appels et du bruit de fond insistant de la vie en marche (j’aime assez cette lumière qui tombe en dentelles, s’effiloche et gagne sa terre d’exil. Elle me ressemble). Mais si la plupart des poèmes qui composent le recueil ne visent qu’à emmener le lecteur au plus vif du désir d’exister et d’aimer, d’autres évoquent la difficulté d’être voire de trouver une forme de liberté susceptible d’authentifier notre présence au monde.

Nous apprenons l’air des rues, des villes. Notre instinct nous porte à voler quelques saveurs qui s’éventent si vite/ Nous en savons la légèreté sinon la fragilité/ Qu’est ce qui nous pousse à vivre ?

On est ici en présence d’une poésie simple, fluide, rythmée, subtile voire sensuelle qui s’accorde , à tout ce qui dans Rome, parcourt l’infini à heure fixe et abrite un ciel qui a la couleur d’un cœur à prendre.

Parfois, nous revenons de loin, de vent, de ciel, de plage. Avec des ailes en lieu et place des yeux.

Parfois nous sommes de terre et d’eau, les doigts lancés vers le temps.

Nous cheminons . Nous errons. Parfois, aimer semble se décliner à tous les vents.

Pareils, nous sommes de la même étoffe d’air. Du même souffle d’aube.

VIVANTS .

©Pierre Schroven

Les lectures de Georges Cathalo

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Christian Degoutte : « Sous les feuilles »

Avec Christian Degoutte, le lecteur est invité à pénétrer dans d’étranges territoires où la progression peut paraître délicate. Pourtant, c’est à ce prix que se gagne le bonheur de « trouver la paix avoir une vie toujours neuve cristalline », en échappant à « la meute des événements ». Cette recherche permanente crée un trouble qui brouille les frontières si tant est qu’elles existent ici entre d’improbables contrées. Beaucoup de poèmes présentés en italiques sont adressés ou murmurés à partir d’évocations suggestives (« expiration lente du tissu / sur tes cuisses tes jambes »), de situations rêvées (« retroussée comme une ballerine / tu joues à t’envoler ») ou de contacts amoureux (« mes lèvres poursuivent / le goulot de ta voix »). Ces instants privilégiés cristallisent des images qui sont des « feuilles mortes à la surface » que l’on frôle et qui nous quittent. Quant à « l’écran de la vie des autres », il renvoie à de minuscules fragments d’existence sur lesquels ricochent les regards comme sur de froides vitrines. Il faut lire ce livre lentement pour en apprécier davantage les vertus « sous la surface des regards » mais aussi des apparences.

(Christian Degoutte : « Sous les feuilles » (p.i.sage intérieur éd., 2013),

64 pages, 8 euros – 11 rue Molière – 21000 Dijon ou contact@p-i-sageinterieur.fr)

lf-54_SeguraJosette Segura : « Dans la main du jour »

Dans sa « modeste collection d’éclaircies », Josette Segura à pris un soin particulier à noter ce qui survient d’imperceptible et d’inattendu, à « noter pour que quelque chose reste, se dépose ». C’est parce que « les mots nous entraînent où ils veulent » qu’il faut redoubler de vigilance en s’efforçant de demeurer dans la lumière du jour, ne pas se laisser absorber par « la forêt de nos ombres ». On retrouve dans ce beau livre une évidente filiation avec l’oeuvre de Gaston Puel en tant qu’allié substantiel. Au jour le jour, au gré des sorties, les découvertes se précisent et s’affinent ; des lieux sont évoqués, nommés, des lieux à l’écart des circuits touristiques, des lieux habités par une invisible présence : forêt des Landes, halle de Thil, col du Tourmalet ou paysage des Baronnies. Là, comme partout, pour qui sait voir, « la journée est simple et belle » et il faut « continuer sur notre chemin » aux antipodes du monde trépidant qui nous est imposé. Il devient urgent de réapprendre la patience et la lenteur quand « la pensée nous aide à toucher la lumière » et que l’émotion « nous rend à nous-mêmes, nous arrache à l’état de possédés ». Etre à l’écoute des autres, c’est ce que fait Josette Segura car « quand quelqu’un a parlé juste / comment ne pas entendre ». Alors, nous-aussi, écoutons-la et lisons-la.

(Josette Segura : « Dans la main du jour » (Editinter éd., 2013), 86 pages, 14 euros –

BP 15 – 91450 Soisy-sur-Seine ou contact@editinter.fr)

christien-temps-mortsMarie-Josée Christien : «Temps morts» et «Petites notes d’amertume»

Il y a, chez Marie-Josée Christien, une force de caractère hors du commun que l’on ressent à travers la lecture de ses diverses publications. Si elle «laisse aux mots / le soin de veiller», elle n’hésite pas à prendre les choses en main pour avancer, aller toujours plus loin, car «le chemin seul /importe» et «la destination est perdue / dans la poussière du futur». Se tenir debout dans l’instant présent semble être le point majeur pour ne pas s’abandonner à d’illusoires résolutions. On conseillera de lire tout d’abord ces poèmes solides et apaisés et de ne lire qu’ensuite la délicate préface de Pierre Maubé.

christien-notes-amertumeDans le second ouvrage, on découvre des aphorismes et des réflexions, «minuscules monolithes» comme les nomme Claire Fourier dans sa préface. Certains propos sont de véritables invitations à poursuivre une voie poétique singulière. Parfois, au détour d’une page, on devine un aveu ou une confidence mais c’est pour mieux s’effacer derrière les mots, ce qui est loin d’être le cas de certains poètes qu’elle évoque sans les nommer, «poètes aux écrits interchangeables».

On lira d’un seul trait ces deux livres complémentaires parus aux éditions associatives Sauvages. On les lira comme l’on ouvrirait les deux battants d’une fenêtre donnant sur un horizon breton, tonique et vivifiant.

(Marie-Josée Christien : « Temps morts ». Sauvages éd., 2014. 54 pages, 12 euros et « Petites notes d’amertume ». Sauvages éd., 2014. 66 pages, 12 euros –

Ti ar Vro, Place des Droits de l’Homme – 29270 Carhaix)

lf56_RavelChantal Ravel et Evelyne Rogniat : « Est-ce que cela a existé? »

Si ce beau livre se singularise par une impeccable présentation au format carré (20X20), il se distingue des publications ordinaires par un riche va-et-vient entre les poèmes de Chantal Ravel et les photographies d’Evelyne Rogniat. Ces deux « productions artistiques » se répondent parfaitement et l’on ne parvient pas à savoir où se trouve le point de départ et ce qui fait écho de l’une à l’autre. Dans son patient travail d’orpailleuse du passé, Chantal Ravel s’oblige à « une humilité de chercheur d’étoiles ». Ces images venues d’un passé que l’on devine riche et mystérieux, elle les aborde de front au point où l’on se demande si ces choses-là ne sont pas imaginaires. Ces souvenirs éclatés d’une enfance rurale, demeurent à l’état de puzzle, « pour s’approcher de l’absence / du naïf sentiment de la perte ». Si « l’enfance est le lieu de l’éternité », la maturité peut l’être aussi lorsqu’il s’agit d’affronter le réel sous tous ses aspects, « faire avec / l’angle mort / le hors champ / l’image inaccessible/ les trous de l’histoire ». Les deux pages finales de présentation des deux artistes fournissent quelques clés pour « tenter de renouer avec les fils de l’histoire ».

Chantal Ravel : Est-ce que cela a existé? (Jacques André éd., 2013),

avec des photographies d’Evelyne Rogniat,

58 pages, 17 euros – 5 rue Bugeaud – 69006 Lyon

lf57_Mathe_Jean-François Mathé : « La vie atteinte »

En bon artisan du verbe poétique, Jean-François Mathé poursuit humblement un parcours entamé depuis plus de 40 ans. Il y a, dans ces nouveaux poèmes, un ton et une allure qui dépaysent le lecteur en créant une sorte d’envoûtement. Confession intime, aveu à peine formulé, simple constat : un peu de tout cela et le mystère demeure car « Il y a longtemps que nous amassons/ des pierres et de la nuit ». Avec l’âge (?), l’auteur ose davantage s’aventurer sur les sables mouvants d’un « je » encore hésitant et puis, assez vite, c’est le « nous » qui revient à la charge avec le devoir de témoigner : « Nous ne disons rien, de peur de trouver/ pire que la monotonie du silence,/de peur de trouver/ le couteau caché dans les mots ». Survient alors ce qui sépare, ce qui tranche et disloque, ce qui menace. Raison de plus pour nous de poursuivre : « Fragiles obstinés, nous avançons/ tant que chaque horizon en promet un autre ». Et si finalement la clé de ce recueil se trouvait dans la longue citation finale de Jules Supervielle ? Ne faut-il pas voir là un pont entre ces deux poètes intimistes évoluant dans un univers où se croisent les ombres et les lumières?

(Jean-François Mathé : « La vie atteinte » (Rougerie éd., 2014), 82 pages, 13 euros –

tirage à 450 exemplaires sur bouffant – Rougerie éd. – 87330 Mortemart)

lf58_HoudaerFrédérick Houdaer : « No parking no business »

Avec Frédérick Houdaer, on est dans le court-circuit permanent et cela dès l’exergue de ce livre où voisinent deux citations, l’une de Witold Gombrowicz et l’autre de … Walt Disney ! Un peu plus loin dans le recueil, le journal L’Equipe est en balance avec le dernier recueil de poèmes de l’un de ses amis. Disons que c’est peut-être à cela que l’on reconnaît vraiment un poète affranchi des règles de bienséance dictées par le poétiquement correct. Mais tout cela ne doit pas masquer l’originalité de cette parole actuelle qui ose faire bouger les lignes tout en témoignant de menus faits d’une existence déchirée. Il s’interroge sur le pouvoir que peuvent avoir les poètes face aux situations complexes. « A quoi servent les poètes? » s’interroge-t-il, et lui, parmi les autres, doutant, observant ses semblables lors de rencontres poétiques ou dans une file d’attente à la CAF, s’interrogeant depuis 44 ans comme il le signale dans l’émouvant dernier poème du livre. Et même si Houdaer déclare « n’écrire que pour quelques-uns », sa poésie est très ancrée dans le réel et pas seulement à la Croix-Rousse à Lyon où plane le fantôme ricaneur de Pierre Autin-Grenier pour qui l’éternité est toujours inutile.

(Frédérick Houdaer : « No parking no business ». Gros Textes éd., 2014,

78 pages, 8 euros – Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes)

©Georges Cathalo