Pierre GUÉRANDE, Baronnies de l’imaginaire, Poèmes- Editions Saint-Honoré-Paris

Une chronique de  Jeanne CHAMPEL GRENIER


Pierre GUÉRANDE, Baronnies de l’imaginaire, Poèmes- Editions Saint-Honoré-Paris ISBN:978-2-407-01519-1

C’est un réel voyage  que cette plongée dans les  »Baronnies de l’imaginaire » de Pierre Guérande ! Un voyage au présent qui respecte certains mots du passé tel que  »baronnie » ; un beau voyage dans ce territoire de langue française que servent si bien les poètes belges dont les illustres pères se nomment Émile Verhaeren, Maurice Carême, Charles Van Lerberghe, Théodore Hannon et tant d’autres…

Tel un chevalier, Pierre Guérande entame un voyage qui défie les lieux et le temps pour dédier, à la moindre émotion, quelques mots de neuve poésie à tel ou tel ami qui l’aura touché par sa qualité de peintre, musicien, poète ou autre créateur. Voilà les  »Baronnies de l’imaginaire »’, ces terres spirituelles qui ont un lien d’appartenance ancienne, et qui continuent à flamboyer du blason ; des domaines où se rencontrent des âmes qui ont une fleur à offrir au monde.

 Il s’agit d’une sensibilité qui sait choisir les termes anciens et les offrir au présent tels

‘le grandiose inachèvement/ des écoinçons et des bretèches dont nous parle un peintre ‘‘en sa palette fatiguée/ des symétries de convenance («Le chevalet d’écume»-Page 12)

Ce recueil en son entier est un trésor. Chacun peut y trouver un bijou taillé de multiples facettes à admirer, à conserver en souvenir d’une rencontre rare.

 Qui ne saurait se laisser envoûter par ces textes précis au riche vocabulaire, écrits en lumière de vérité, sans langage ostentatoire, mais que l’on garde en mémoire. 

 Personnellement, en tant que peintre, je choisirais le magistral portrait du héron !

Pierre Guérande semble dresser ici, une sorte de portait du poète, dans sa silencieuse noblesse, hors des fatuités bruyantes dispensées par certains concours ou académies.

   »Il tient de l’armure et du prince /un fuselage séculaire/ gris-perle savamment lissé/ apesanteur et gravité…Sentinelle des fraîches eaux /bleu samouraï des roselières/ il se défait de son ego/ pour n’incarner que son lignage…Il réinvente l’immobilité/ entre deux glissements muets/ vers un ailleurs d’enivrement/ et de solitude héraldique…Il vole un temps à hauteur d’homme. ».. (« Sphinx ou héron »-Pages 14-15)

Reconnaissons à Pierre Guérande, l’acuité du regard, la profondeur des idées, la richesse des images et la sobre beauté du vocabulaire ; ces qualités qui, ajoutées à l’élégante discrétion, font la noblesse et  »le lignage » d’un poète.

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

Victor MALZAC – Dans l’herbe – Prix de la Vocation 2021, Cheyne, 64 pages, 4eme trimestre 2021, 16€

Une chronique de Marc Wetzel


Victor MALZAC – Dans l’herbe – Prix de la Vocation 2021, Cheyne, 64 pages, 4eme trimestre 2021, 16€

« voici ma bande à rire, on est douze, on,

on transpire,

voilà. on est devant le collège, on

ne fait rien non. on fume

en meute, et mon ventre ne peut, ne va

pas, non, ne va ne pourrait pas,

ne pourra jamais tenir 

cela. – mes amis sont

mauvais, comme une meute

de chiens. mes amis me dévorent, ils,

ils me veulent

du mal, – venez j’attends,

j’attends les coups,

dans le ventre les coups, mais non, mes amis non,

ne m’aiment pas

vraiment.

ils ne sont pas virils,

non, moi non plus non. cela

ne sert à rien d’être viril… » (p.9-10)

   L’adolescence, on le sait, est un âge inconfortable (on ne peut se tenir en équilibre entre deux âges – l’enfance et l’état adulte – qui s’excluent), irresponsable (on ne peut pas répondre d’une liberté dont on doit justement inventer la teneur générale et le style) et indéchiffrable (on ne peut pas se servir sereinement ni impartialement d’un code de compréhension des conduites qu’on est en train de construire). C’est pourtant, bien sûr, aussi (et surtout ?) l’âge incomparable, inépuisable, ineffaçable – d’où les nostalgies : « c’était tellement plus facile qu’être père, plus troublant qu’être adulte, plus amusant qu’être vieux« , note ainsi, troublé et souriant, André Comte-Sponville: « Pas d’âge plus difficile et désirable« . Mais ce qui reste incertain, c’est s’il est loisible et légitime à une adolescence de formuler quelque chose d’elle-même dans son cours même, si elle peut ou non se chanter en acte sans aussitôt se trahir, se caricaturer, s’affadir, se complaire. Une poésie qui compte et marque a en effet quelque chose de décisif et définitif; une adolescence est par principe indécise et transitoire. Comment une poésie de l’adolescence serait-elle donc, comme elle l’est de toute évidence chez Victor Malzac, cohérente et utile ?

« je suis, je regarde le parc, et le,

et les enfants, et je me, je vois mes parents

qui me tenaient la main. voyaient en moi

cet embryon viril – ce quelque chose

qui ne devait jamais se fendre,

et je me fends, je, non.

j’ai tout perdu. tout est dur. oui,

oui dommage malheur – j’ai tous

mes bleus j’étouffe j’ai des marques

des bleus partout c’est le poumon

du monde qui

me brûle. je m’éventre pardon. c’est triste et dur … » (p.31)

    L’adolescence peut être criminelle, quand elle ne sait pas se dépêtrer d’elle-même, mais pour l’essentiel, il n’y a en elle ni erreur ni échec irrémédiables. L’échec est requis à l’âge des essais, l’erreur indispensable à celui des prétentions. Mais ce à quoi la poésie prétend est justement d’écrire (et faire lire) la vie, ce qu’elle essaie est de vivre (et faire vivre) l’écriture. C’est son rôle – « ingrat et merveilleux » – comme l’est l’âge même dont ici elle rend compte. Son entrée adulte dans la voix chante, comme « en direct », l’entrée dans la vie adulte. Et cette entrée adulte dans la voix avoue, logiquement, ses problèmes de rythme (que Malzac prend à tort pour du bégaiement, mais les butées phonatoires de celui qui se parle à lui-même plus vivement et vite qu’il ne peut en entendre sont bien rendues), ses problèmes de camaraderie (pour une âme artiste, qui, dès treize ou quatorze ans, s’efforce invinciblement de civiliser sa voix, endurer la criarde stérilité et les rauques glapissements de la bande des – normaux et prosaïques – potes supporte et gère mal sa propre hypocrisie), ses problèmes d’impatience (quand, trop vite, on peut comprendre et sait exprimer ce qu’il ferait beau vivre, la parole est trop spacieuse pour valoir abri, et trop singulière pour ménager les autres). Problèmes qu’il affronte loyalement et sobrement : ce recueil ne surjoue l’adolescence que dans la stricte mesure où l’art surjoue déjà la vie.   

« … l’enfant timide aux bras ballants,

– depuis dix ans déjà je porte

dans mon gros sac,

dans mon, mon sac râpé de quoi boire, ma peur,

des gourdes

plein de fantômes quatre-vingts kilos de fonte,

et dans mon dos je porte une, une foule,

une foule de restes de briquets de casseroles,

du doliprane » (p.32)

   Trois choses frappent – éclairent et instruisent par leur constance : d’abord, il n’y a dans ce recueil, hormis canettes, vaisselle et mégots, pratiquement jamais d’objets (comme dans les hordes animales, où il n’y a rien – aucune médiation un peu substantielle, comme des ustensiles, des véhicules, des paravents, des jetons, des meubles … pour illustrer les motifs, dévier les coups, arbitrer les prétentions, canaliser les énergies – rien d’objectif et impartial ne peut amortir les tensions de désir et dégoût entre les ados, l’agitation perpétuelle des influences, tout doit se régler à la poussée, au défi et au jugé : les potes, forcément, « se défont » les uns les autres « comme des lacets »), jamais d’entreprises (comme une roulade est sans stratégie, une consumation sans délai, un délire sans mode d’emploi, les occupations adolescentes – jouer à des concours de bleus, brûler des fourmis avec ses lunettes, tacher de goudron son dernier pneumothorax, jongler avec des doliprane, se lutiner comme des « viandes gratuites », soulever de la fonte pour occuper ses muscles – dédaignent d’enchaîner quelconques moyens réguliers à présumées fins durables), jamais d’hygiène de présence (comment être modéré quand tout ce qu’on découvre de nous nous submerge ? comment se montrer méthodique dans le labyrinthe d’éruptions, impressions, impulsions, qu’on devient ? comment respecter le déferlement même des biens dont on nous gave ? comment ne pas se souiller d’une version exclusivement poly-addictive de la liberté ?). La dénonciation de l’abondance passive, du confort efficace, de la présence injectable, dans l’adolescence occidentale, est ici terrible : Victor Malzac avale son sucre et en grossit; fume ce qui le fait tousser et puer la cendre; ingurgite tous les « galets » que ses crampes ne pourront vomir. La honte et la colère de son corps  ne sont pas l’avilissement d’être aliéné, mais la surprise terrifiée de s’être fait pataudiser le rapport à soi, vendredifier la chair (chaque vendredi scolaire, montre rageusement le poète, est jour sacré de fin d’un travail à pleurer et début d’une vacance à rire), anesthésier le goût même de vivre.   

« dans l’herbe où je me dore, dieu

faites que oui

que la paresse m’abîme. à tout jamais je veux

que l’herbe

en feu, que les fourmis dévorent

mes tout petits mollets. mâchent mes peines

je le demande oui, que le,

que le soleil écrase

ou brûle ou tue mes tempes mes douleurs,

au moins un peu … » (p.47)  

  Il est pourtant clair que notre auteur ne se réduit en rien à la posture d’imprécation bredouillante (si étonnamment fidèle) de l’adolescence. Le lecteur s’y croit parce que l’auteur peut (superbement) faire qu’on s’y imagine être. Les ressources réflexives, stylistiques et figuratives de ce jeune poète étonnent, et enchantent (un immense lyrisme n’attend que son autorisation adulte). Les confidences (« rien de moi n’est un homme« ), incises (« levez la main si vous avez confiance en vous« ), plaintes (« j’ai ce grand fer à cheval dans la bouche« ), mystérieux constats (« je suis fendu« ), contrastés repères (« dans un filet de lumière avariée« ), hallucinées nuances (« disparaître/ étanches. comme des chiens. ») témoignent d’une voix, salubre et souveraine, qui, une fois fumé son quota de pelouse, peut (hardi, Victor !) beaucoup pour l’anticipation et la compréhension du monde qui vient.  

« oui,

pour les soirs de fatigue.

et ton joli prénom,

me, non – ne partira pas non jamais, restera comme

une

pierre

très dure, quand je voudrai

me laver

la poitrine » (p.58)

©Marc Wetzel


Victor MALZAC a été publié par la revue Traversées en son 98 numéro

Sonia Elvireanu, Ensoleillements au cœur du silence, Edition bilingue français / italien, Collection Zaffiro Poesia © 2022 éditions Giuliano Ladolfi, Borgomanero, Italie, 264 pages

Une chronique de Gérard Le Goff

Sonia Elvireanu, Ensoleillements au cœur du silence, Edition bilingue français / italien, Collection Zaffiro Poesia © 2022 éditions Giuliano Ladolfi, Borgomanero, Italie, 264 pages, ISBN 978-88-6644-621-7


Nota : les parties du texte en italiques sont des extraits du livre de Sonia Elvireanu.

Dans ses deux recueils précédents: Le souffle du ciel et Le chant de la mer à l’ombre du héron cendré, Sonia Elvireanu entretenait un dialogue permanent avec un être sans identité qui s’incarnait dans les éléments, avec qui elle communiquait par le truchement des plus subtiles manifestations de la nature. Un dialogue rédigé au présent comme pour conjurer le sort ou ignorer le temps qui passe mais ne répare rien.

Il en va de même avec ce nouvel opus. Mais que l’on ne s’y trompe pas : ces concordances revendiquées coexistent avec d’incessantes variations,  comme il en va de la mer et du ciel pour qui sait contempler leurs métamorphoses au fil des jours.

Dans cet ouvrage, d’emblée, le titre intrigue : Ensoleillements au cœur du silence. Cet intitulé contient deux termes a priori antithétiques. Le mot « ensoleillements » se rapporte à la lumière et concerne le sens de la vue ; le nom « silence » exprime l’absence de tout son et intéresse le sens de l’ouïe. L’emploi de tels signifiants n’apparaît pas évident parce qu’il n’établit pas une relation de cause à effet entre les deux sens précités. Ce choix semble plutôt indiquer que le poète va devoir et vouloir se placer en retrait (le silence s’impose comme la dimension de l’intériorité) et, dans le même temps, se doter d’une vision supranaturelle pour mieux appréhender cet autre qui semble parcourir pour toujours l’univers visible et invisible (à l’instar du regard particulier qu’adopta Rimbaud pour ses Illuminations).

Le poème d’ouverture, Les voix, déroule une thématique qui va irriguer l’ensemble de l’ouvrage. Deux voix se mêlent entre ciel et terre : l’une descend quand l’autre s’élève. La céleste révèle une langue sacrée et immémoriale ; la terrestre en fait émerger une nouvelle qui peut ne pas être comprise. Ces voix rituelles cependant se répondent et composent même une harmonie (une fugue de Bach, précise l’auteur). Quant à l’évocation du songe de Jacob —  cette vision d’une échelle miraculeuse qui permet aux anges d’effectuer leurs incessantes navettes entre le divin et le séculier — ne souligne-t-elle pas la revendication assumée d’une transcendance et l’aspiration de l’humain à l’élévation ? […] la voix du Poète s’élève comme une offrande, l’autre descend d’un Sommet invisible, toutes les deux en parfaite communion. (Les voix).

Une fois confirmée cette conception mystique de l’existence, l’auteur, à l’écart du monde (l’isolement est ici symbolisé par l’insularité), reprend son dialogue interrompu : Je me suis retirée dans la solitude  pour être près de toi / te chercher et te parler […] / pour voir avec les yeux du ciel  le monde quand je reviens, son éblouissant scintillement […] (Bénédiction).

Avec l’usage de ce pronom personnel à la deuxième personne du singulier (ce « tu » qui parfois se fond avec un « je » dans un « on » qui désignerait ainsi un couple), on retrouve la singulière démarche qui présidait aux ouvrages précédents, à savoir cette adresse permanente à l’absent. Au disparu, pourrions-nous risquer. Le texte intitulé : Tu n’étais pas fantasme l’indique clairement (le terme « fantasme » dérive du même étymon que « fantôme ») : je sentais ta présence,  je ne t’apercevais pas, / mais je savais que tu existais quelque part au-delà des voiles de ma vie.

Celui qui ne saurait être un spectre se personnifie tantôt en nomade revenu de lointaines contrées : je ne me rappelle que de ton visage de voyageur des pays chauds, la lueur de ton regard qui a troublé en un instant mon âme pétrifiée. (Tu n’étais pas fantasme). Tantôt en improbable pèlerin s’aidant d’un bâton de marche : […] l’homme / aux cheveux blancs de lune, en habits blancs et légers, appuyé sur sa canne. (Le sentier). Ou encore se mue en une figure christique qui ferait son entrée dans une Jérusalem dépeuplée et vouée au silence: Tu es seul sur un âne, en chemin à Jérusalem, ton mystère s’accomplit dans la Piéta de fleurs / qui brûlent en arc-en-ciel ce Dimanche des Rameaux. (Dimanche des Rameaux silencieux). Parfois, c’est le poète qui part à la recherche de l’en-allé : Je marche parfois sur tes traces, / je suis avec crainte le sentier de tes pas, aux senteurs d’herbes en été […] (La magie du crépuscule).

Il ne s’agit pas non plus d’égrener des souvenirs. Le lecteur a même parfois l’impression que cette vie en couple a été rêvée plus que vécue. Il s’agit de forger la langue qui va monter au ciel. Et cette parole ne peut qu’être poétique.

Pour Sonia Elvireanu la poésie est d’abord évocation / invocation du monde. Nous utilisons à dessein deux termes qui appartiennent respectivement au vocabulaire de la magie (une évocation est un appel à comparaître adressé à un esprit) et à celui de la religion (invoquer c’est implorer une divinité) car le langage poétique — seul — permet à l’auteur de convier l’absent (comme le fit Orphée descendu aux enfers) afin de communier au cours d’une célébration sensorielle et mystique de la nature et — enfin — pour partager l’élévation espérée.

Pour créer les conditions nécessaires à l’émergence de cette langue exigeante (qui peut paraître obscure), l’auteur opte pour le dérèglement des sens. Dès lors, la perception de l’univers ne relève plus seulement du sensoriel mais s’accompagne de saisissements inédits. Le poète les décrit en faisant usage de formules contrastées pour mieux rendre compte de ces visions simultanées, dans lesquelles les modalités se superposent sans pourtant se contredire : […] les brumes violacées de mon océan deviennent arbres aux tréfonds, / leurs cimes percent les eaux et racontent;  sur le rivage de mon île, je parle / avec la solitude de dedans mon ciel […] (Sur le sable de mon île). Ce qui lui permet d’accéder à un niveau de conscience insoupçonné : les mondes que l’on ne voit pas, / le miracle où tu grandis chaque jour. (Faire parler le silence). Quitte à utiliser un oxymore qui renforce le dire.

Sonia Elvireanu illustre sa démarche de mystérieuses correspondances empruntées aux mythes païens comme au christianisme. De nombreuses références religieuses jalonnent en effet ce recueil. Certaines sont directes : nous avons déjà cité plus haut l’entrée de Jésus à Jérusalem. D’autres procèdent par symboles. Par exemple, l’allusion à la myrrhe, l’une des offrandes des mages à Bethléem. Dans l’ancienne Egypte, cette substance était utilisée pour la momification ; les Grecs la mêlaient à leur vin. A la fois parfum et remède dans l’histoire, la myrrhe, dans ces poèmes, semble qualifier et sublimer le langage en révélant son pouvoir à la fois salvateur et réconfortant (La myrrhe des mots). Référence (réitérée) au figuier, pour autre exemple. Cet arbre vénéré, dont les feuilles vêtirent Adam et Eve chassés du jardin d’Eden, objet d’une parabole du Christ sur la fécondité et le renouveau, devient sous la plume de Sonia Elvireanu le porteur de fruits propices à la création du verbe : […] les figues parfumées reposent sur ma feuille blanche. (Le figuier). Mais aussi des références mythiques. Allusion directe à Sappho, poète de l’amour — s’il en fût — et îlienne, de surcroît. Mention d’un rare mirage de mer (Le désert bleu), désigné par un italianisme : « fata morgana », dénomination familière du cycle arthurien, puisque Morgane est l’une des fées les plus célèbres de Brocéliande.

Le discours s’agrémente de nombreux autres éléments, non pour construire et affirmer une méthode mais bien plutôt pour restituer l’extrême complexité du monde et, en parallèle, souligner notre difficulté d’être et d’admettre, notre capacité, en somme, à envisager une sérénité — « malgré tout ». Le mot « élément » peut être compris au sens premier du terme : l’eau, le feu, la terre, l’air. Mais les allégories font aussi allusion aux manifestations des règnes animal, végétal et minéral. Les représentations de fleurs, d’herbe et d’arbres, tels les motifs d’une peinture pastorale, fonctionnent comme les métaphores des cycles des saisons, du temps qui passe. Les images récurrentes de fleurs de pommier et de papillons blancs suggèrent à la fois la légèreté, la pureté et la promesse de lendemains enchanteurs : […] au coeur de l’ensoleillement, essaims de blancs papillons. (Ensoleillements). Les échanges entre l’humain et son environnement sont constants. Dans ce contexte, les perceptions sensorielles s’avèrent d’autant plus intenses qu’elles contribuent à sublimer le projet initial du poète : Un jour viendra où nous serons un seul ciel, mon ciel confondu au tien, / ce n’est qu’un rêve peut-être / ou un instant si réel que l’on prend pour le rêve […] (Un rêve peut-être).

Mais l’époque n’est guère propice à l’harmonie. Jusqu’à présent, les séquences composant le recueil trouvaient toutes leur point d’ancrage sur une île, dans une campagne, un désert ou à flanc de montagne.  Il est édifiant de constater que Sonia Elvireanu commence à parler de la ville lorsqu’elle fait allusion à la peste noire qui semble vouloir anéantir la l’humanité : […] un germe perfide hante le monde et nous ravage […] (Le froid). Et : La ville est pleine de masques blancs, sans costumes de carnaval, des ombres étranges échappées de l’hôpital […] (Le carnaval avec son unique masque). Le silence perçu à l’initiale comme un refuge devient insupportable limite : Le cortège de masques, / des paroles écrasées contre les murs, / le silence se heurte au pavé, le souvenir aux cils de brume, / comme la nuit accrochée au rivage. (Seul le silence). Toute vie semble s’être retirée de l’univers. La plus belle saison de l’an vire au cauchemar : Nous entrons dans un étrange été, au gémissement sourd de vie volée, / les silences nous meurtrissent, / comme sous de lourdes pluies les blés pourrissent, / le souffle s’étouffe sous un tissu-souillure arboré dans le monde comme une blessure […] (Le sentier fleuri).

Toutefois, comme dans les deux recueils précédents, Sonia Elvireanu se refuse au désespoir. Il existe toujours une possibilité poétique de vivre « malgré tout ». Atteindre le Point de feu : le point où le rêve est le vif et le vif est le rêve. Et aboutir : afin que le temps ne nous déchire plus, et que l’amour anéantisse les ténèbres. (Prière).

Au final, une telle somme peut décontenancer le lecteur qui se trouve confronté à tant de possibilités d’interprétations qu’il va hésiter, revenir sans doute sur tel ou tel poème, tenter des liens entre telle ou telle thématique, sans parvenir toutefois à épuiser la richesse du volume. Comme l’écrit, avec justesse, Giuliano Ladolfi dans sa préface : « […] les souvenirs et les espoirs revivent dans la dimension consciente et inconsciente et créent ce magma qu’aucun type d’analyse ne parvient à rationaliser complètement. »

On pourra confronter ses idées avec les intentions qui animent l’acte d’écrire chez Sonia Elvireanu en se reportant à un entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret pour la revue le Littéraire. A la question posée : « Qu’est-ce qui vous distingue des autres écrivains ? », elle répondait : « La vision du monde qui aimerait faire comprendre le lien homme-nature, le principe universel de l’harmonie qui devrait régner partout au monde. »

Une bien belle ambition…

© janvier 2022 Gérard Le Goff

Céline AURIMOND – En attente de toi – Le nouvel Athanor, 68 pages, 3eme trimestre 2021, 15€

Une chronique de Marc Wetzel

Céline AURIMOND – En attente de toi – Le nouvel Athanor, 68 pages, 3eme trimestre 2021, 15€


« J’enveloppe tes nuits de mes jours.

On dit que sous mes voûtes, tu ne vois pas grand chose. Noir.

Mais qui sait comme tu irradies de sous tes paupières fermées ?

Qui sait ce qu’encore courbé vers les terres, tu vois du ciel ?

Tu vois peut-être plus loin encore, là où ce n’est plus le ciel ?

Après tout, tu n’as pas encore pied.

Qui sait tout ce que tu vois, que nous ne voyons plus ? » (p.22) 

     Le titre de ce recueil sobre et subtil est trompeur : car il s’agit bien d’un chant de gestation – d’une jeune poétesse enceinte qui « attend » un enfant -, mais loin de se porter imaginairement en fin de grossesse, et de viser la naissance attendue, cette future mère est bien plutôt en attention du bébé qu’elle porte et de son propre corps constamment en action pour le former. Elle n’attend pas un avenir encore absent, puisqu’elle forge, de maintenant en maintenant, sa possibilité même. Elle l’avoue à l’être qu’elle porte : « Tu es mon invitation au présent » (p.36). Il faut donc comprendre ainsi le titre : « En formation de toi« , et la surprise vient de ce que cette prosaïque méditation de vivipare, cette pure et simple introspection de mammifère en acte, est d’une rare et radieuse splendeur. 

   Comment, pourtant, faire poésie d’une gestation ? La force de ce thème est justement qu’il n’y a là ni psychologie ni sociologie possibles : c’est un monde antérieur à toute expression partageable, à toute complicité mimétique (échographies et chirurgie in utero y feraient, au mieux, des présentations sans vie). La future mère et le foetus ne peuvent en rien s’étudier l’un l’autre, s’exercer à se répondre, se sécuriser par signes, se saluer, s’éprouver proches. Leur présence commune se fait sans danse, ni spectacle, ni même rituel – mais pour autant … sans poésie ? Car la mère voit au moins la voûte mobile qu’elle forme elle-même autour du petit être, et lui entend déjà, peu à peu, le corps qui l’enveloppe émettre un bruit mystérieusement non-corporel : la voix. Et si poésie il y a, elle est elle-même antérieure à tout art (l’enfant n’est pas une oeuvre) ou technique (la fécondité n’est pas un labeur) : pour le port continué d’un enfant, prudence et confiance suffisent, qui se passent d’outils. Mais alors, de quoi pourra donc être fait le magnifique chant de conception que constitue ce livre ? De sortes de gestes intérieurs qui portent un être neuf au monde en le formant apte à y vivre, et qui ont des noms très simples, très étranges, très archaïques, très spécifiques : faire place, se laisser redessiner, sanctuariser un hôte, donner de prendre forme, s’inaugurer vestiaire flottant – oui, puisqu’une « eau navigable s’est mise à trembler » (p.15), apprendre à être nagée !  Postures les plus naturelles et les plus sophistiquées, postures qu’à la fois il faut avoir et être, étranges rots de… gestation, bulles de… présence, incandescences … ombilicales, dans l’atelier forcément anonyme de construction de tous les noms.

   Ce qui est remarquable, c’est le renoncement à savoir ce qu’on fait ainsi arriver. On ne le peut pas : question corps vécu, la grossesse d’une sage-femme n’est guère plus avisée ni lucide que celle de la femelle lambda. Céline Aurimond se  l’avoue en cinq mots : du petit qu’elle porte ou d’elle, « Qui est le plus enfant ? » (p.47). C’est peut-être bien elle (elle a encore moins pied en lui que lui en elle; il la « déboussole » et la « chavire »; la « glissade » du petit ira jusqu’à l’horizon, alors que la sienne propre …). Il est sa « nouvelle langue vivante » (p.42), mais la parle mieux qu’elle !  Car « in-fans » le dit bien : le corps qui en crée un autre ne se parle pas. La démiurgie intime est muette, et reste inconnue (d’elle-même et de nous), car elle est fécondité anonyme pour être universelle. Ce que fait de lui-même le foetus pour grandir, sa recette d’auto-élaboration, les irrésistibles thèmes qui l’inspirent, – que l’embryologue décrit comme il peut du dehors, sans jamais tenir la clé de ce pouvoir de se faire – la poétesse enceinte (à la fois fée et sorcière ontogénétiques) est aux premières loges de son mystère. Qu’en dit-elle ? Elle note ses trucs de parasite ingénieux, de demi-clone solaire, de crieur privé, en impressions fidèles, car elles-mêmes en formation :

« Tu me répands

À en faire dévier toutes les courbes » (p.17)

« Tu enfonces tes cristaux un à un

Dans la paille du nid  » (p.44)

« Petit rameau tout fin qui s’élance cambré

Plus loin que ses propres tigelles

Dans la sève du monde  » (p.46)

« Tes sursauts, tes étonnements

De bout de chair qui se façonne » (p.64)    

Mais voilà bien, in fine, pourtant,

« … une aventure de mer et de ciel

Dont personne, jamais, ne saura rien

Pas même moi

Qui t’offre un simple paysage

Une modeste baie sauvage

Où cacher ton trésor » (p.62)

Tout juste peut-on comprendre qu’une forme aussi élaborée de vie qu’est la larve d’homo sapiens à la fois permet et exige, pour se réussir, d’user de toutes les compétences disponibles, de tout l’immense et immémorial atelier de faune et flore, se servant des résultats vivants que les autres êtres sont (et dont ils ne peuvent se détacher) comme de simples moyens que nous avons (et que nous pouvons indéfiniment attacher à autre chose), nous faire ce qu’ils ne peuvent qu’être : « ventouses », « coraux », « corolles », « colonnes », « pouls », « bouquets », « bouillons », « pointillés », « galets »…  Mais tout cela se fait en la femme sans elle, d’où la modestie métaphysique de son chant :

« Mais je suis l’arbre sans racine

Lourde d’un fruit d’été

Qui n’appartient qu’à la vie seule « (p.33)

Mais alors, à quoi bon cette attention passionnée à l’être qu’on forme, si rien ne peut en être su ? C’est qu’il y a place, déjà, pour la pensée. Au moins pour une promesse (celle, s’il le faut, et tant que ça dépend de nous, de porter autrement l’humain que notre généalogie ne se sera portée elle-même, et ainsi s’engager à protéger l’enfant à venir du passé qu’on est !). Un passage – un seul du recueil – d’une grande virulence, règle des comptes avec une ancestralité de fraude et de « disgrâce », avec les « pétris d’inconscience », les « pauvres potiers errants » parmi « les faux semblants dans lesquels nageaient/tous les miroirs de la maison » :

« De quoi pourraient-ils être fiers, en toi

Eux qui voudraient encore pouvoir mirer, à leur guise

Leurs visages d’écorchés dans le tien ?

Sauraient-ils être fiers de tout ce qu’ils ne t’auront pas donné ? (…)

J’ai laissé loin ceux et celles qui se croient seulement victimes

À leur rang d’inconsolables condamnés 

Ceux et celles qui perpétuent le cercle de disgrâce

Dont ils se plaignent les premiers

Bâtisseurs de l’échafaud (…)

Ils ont laissé leurs petits pépier dans la boue

Parce qu’eux-mêmes étaient incapables de voler

Moi je t’offre, contre la magie noire qui s’ignore

Un coeur d’eau capable de pleurer … » (p.55-56)  

 Son constat est ainsi juré : ceux qui m’auront donné réalité n’auront pourtant pas donné vie à ma capacité même de la former ! Il dépend de nous, non de lui, que l’atavisme ait ou non le dernier mot ! Et l’autre pensée est à la fois de respect de la vie qui surgit, et d’amour de son compagnon de genèse, en termes remarquables :

« Je ne te crée pas à mon image. Ce n’est pas la même histoire. Celle-ci commence par un « nous » (p.24).

D’ailleurs, dit-elle simplement à l’enfant qu’elle porte : « Je nous attends« 

et, au futur père :

« Rien de meilleur que ce moment après l’amour

Où je m’enroule très lentement contre ton flanc

Je pose ma tête sur ta poitrine grande ouverte

Comme le bébé qui tète à l’univers

Enfouis, visage et regard

Dans la peau chaude

Où germent les silences les plus bavards

Être, encore un peu, de l’infini

L’enfant avant la mère » (p.60)

  Bien servi par une excellente préface (éclairante et nette) de Frédérique Kerbellec, ce recueil d’une poétesse encore peu connue de 35 ans étonne et enchante par une authenticité que ne blessent ni la virtuosité du propos, ni l’inventivité de son monde. Touchent sa familiarité, déjà, avec le fond des choses; la justesse d’un coeur qui bat plus « vite » de devoir « battre pour plusieurs », l’unité en Céline Aurimond des ateliers de présence qu’elle a poétiquement et est organiquement, et sa même humilité ici, sur ce quai d’accostage des mots et là, sur cette rive de montage des formes, puisque, dans les deux cas, se dit-elle,

« L’essentiel se passe bien en-dessous de mes tâtonnements » (p.63)    

©Marc Wetzel

Martine-Gabrielle Konorski, ADESSO, Une ballade italienne – Black Herald Press – 2022

Une chronique de Geneviève Liautard

Martine-Gabrielle Konorski, ADESSO – Black Herald Press – 2022


Une ballade italienne

Ce recueil de courts instantanés en prose est à lire par effeuillage, un après l’autre, à déguster comme une sucrerie, même si parfois quelque amertume s’y glisse.

On imagine que ce sont ces instants, éclats cinématographiques, visions fugitives, que Martine-Gabrielle Konorski conservait amoureusement en mémoire, comme pétales dans un herbier, pour les hisser à fleur de mots et nous les offrir. A-t-elle rappelé visages, paysages traversés, sentiments éprouvés pour en concocter des tableaux ou bien les a-t-elle peints sur le motif ? Sans doute les deux. Comme l’écrit l’éditeur pour présenter le livre : « A partir de textes-fragments s’ébauche une succession d’évocations brèves, de sensations, de figures et d’atmosphères, de paysages et de saveurs »… « séquences presque cinématographiques qui oscillent entre le tangible et l’insaisissable ».

C’est donc par plans serrés ou travelings que se dévoilent l’Italie de l’auteure dans cet ici topographique et ce maintenant (cet adesso italien). Là où nous suivons d’emblée le narrateur, d’étape en étape sur les rivages chers à Pasolini (à qui le livre est dédié).

« Maintenant je me trouve dans la strada dei sassi, la rue des pierres. Encore quelques minutes de marche et l’on débouche sur un temple grec antique qui domine la mer ionienne de l’Italie du Sud. Derrière le galbe préservé des colonnes et des abaques finement décorés, rôdent les ombres de Zeus et d’Héraclès. »

Mais qui est ce « Je », « assis sur le muret de la plage, pieds ballants, chemise ouverte… » dans « Pozzanghere » et qui s’apprête à continuer son périple italien entre la côte et la montagne ? Qui sont-ils, Il, Elle, qui dansent sur cette plage, entre les rochers, dans « Ostia » ? « Rémininiscences de leur ombre enlacée. Sur cette plage est mort Pier Paolo. »

Au fil du mystère, on poursuit ce voyage en Italie. Ici, se produit alors l’énigmatique rencontre par l’intermédiaire du miroir réfléchissant qui brûle la peau ; serait-ce une métaphore de l’âme italienne, embrasement et brûlure passionnés? Écho si proche encore de l’enfance… Là, c’est un concentré de drames ponctués de gaité, de tristesse et d’audace tout à la fois. Et partout, la beauté que côtoie aussi la saleté,

« sur la place de la Fontaine des Lions, qui crache de rares jets d’eau. Vasques, dont le fond est recouvert de papier gras, de cornets de glace et de vieux journaux. Finesse architecturale des maisons qui s’élancent dans les cactus et les bougainvilliers, le long de la route sinueuse de la plage…

Dans ces rues tout semble provisoire. Une odeur d’ambre et de jasmin se mêle à l’humidité marine et recouvre les ruines. »

Et puis, c’est « Matera Bella » qui nous rappelle le film, « L’Évangile selon Mathieu » – tourné par le poète cinéaste dans ce village troglodyte de grottes taillées dans le tuf – et qui nous plonge dans ce pays d’ombre et de lumière où les visages et les corps émergent à peine des pierres blanches, dans un rythme lent et une tension perceptible. Il y a ce que l’on voit mais surtout ce que l’on devine, ce que l’on pressent, ce que l’ellipse de l’écriture construit comme intensité du récit. « Là où l’ombre de l’éphémère plane », comme le précise l’auteure.

Tout au long des fragments de Adesso, l’amour, également, n’est jamais loin. « La diva dell’ impero » nous emporte :

« De l’autre côté du pont la longue promenade aux coquillages s’est terminée par un baiser. Un seul.
Insouciante, une bretelle tombée sur son épaule, elle lui envoie de la maison un très léger baiser.

Si léger qu’il ne le voit pas.

Elle a l’air gaie. Lui concentre sa tristesse et serre le coquillage dans sa main. Va-t-il la revoir ? »

Tout dans ce livre raconte, délicatement, les vies nouées, dénouées, les départs et retrouvailles amoureuses ou familiales, la force des enlacements.


« Vraie scène de cinéma, aux couleurs des souvenirs, des rêves, des oublis. »

Passé et présent se mêlent, se répondent ; traces d’enfance que font ressurgir les odeurs et les saveurs d’antan, retrouvées avec délice.


« Ils se sont rencontrés au pied du rocher géant, rafraichis par la nuit tombante. Sur cette plage, immense et désertée, se dresse un monstre de pierre noire, témoin d’une nature antédiluvienne.

Ce rocher géant leur servait de cachette lorsqu’ils étaient enfants. Là, se nouaient et se dénouaient leurs plus beaux rêves de batailles et de courses. »

Beauté des corps mais aussi beauté des lieux, de la nature sauvage, « beauté primitive qui rassasie. »

La lecture de Adesso aimante par petites touches et nous trans-porte par grandes enjambées. Et, comme si nous nous trouvions dans ces villages, devant les « portes des maisons restées entr’ouvertes », nous pénétrons furtivement à l’intérieur des vies qu’elles abritent.

Nous savions Martine-Gabrielle Konorski, poète, porteuse d’une grande humanité. Nous savions à quel point, dans son écriture, l’éternité de l’instant est au cœur de son questionnement sur le temps. A travers ces proses poétiques, au rythme d’une ballade italienne nous retrouvons la patte de l’auteure. Les scènes-séquences, les portraits qu’elle nous tend dans ce recueil construisent une fresque pleine d’amour pour ce lointain si proche. Nous laissant, tout au long de la lecture, la profondeur de l’empreinte, la trace d’une émotion contenue.

©Geneviève Liautard