Sylvain Prudhomme, Par les routes, Gallimard, collection l’arbalète/ Gallimard, juin 2019, (296 pages – 19€)

Chronique de Nadine Doyen

Lauréat du Prix Landerneau 2019 

félicitations à l’auteur


Sylvain Prudhomme, Par les routes, Gallimard, collection l’arbalète/ gallimard, juin 2019, (296 pages – 19€)


Le titre Par les routes fait écho à celui de Kerouac et convoque l’idée d’errance, de nomadisme, de voyages et de rencontres fortuites.

Il y a des êtres croisés, côtoyés qui vous marquent au point de rester gravés dans votre mémoire. L’autostoppeur, « donquichottesque silhouette », que le narrateur écrivain Sacha a retrouvé quinze ans plus tard appartient à cette catégorie.

Sacha brosse le portrait de cet ami d’adolescence et colocataire. Épris comme lui de liberté, il leva le pouce en sa compagnie avant que leurs routes divergent.

On comprend qu’il s’en était éloigné, la relation devenant toxique.

La fée hasard les réunit de nouveau quand Sacha, à la quarantaine, choisit de quitter Paris, désireux de changer son cadre de vie pour « retrouver la concentration » et mener à bien son roman. Il emménage dans un meublé dans cette ville du Sud, V., où le baroudeur invétéré est lui aussi installé avec femme et enfant.

Inimaginables de telles retrouvailles !

Que ressent-on en pareil cas ? Le passé défile et convoque de nombreux souvenirs communs. 

Sacha s’interroge sur ce besoin compulsif de rencontres, ce virus qui habite son ami retrouvé et note son énergie décuplée à ses retours. Mais ce dernier n’est-il pas en train de ruiner son couple à négliger ainsi sa famille ? Le naufrage est à craindre.

Au début le téléphone permet un contact plus proche, son fils, Agustin, les guette ces appels du paternel, puis il manifeste parfois une curieuse indifférence.

Et à la longue, ils insupportent Sacha.

Les cartes postales et les photos polaroid des automobilistes qui ont pris en stop ce père fugueur affluent ainsi que les lettres, souvent rédigées avec humour, jeux de mots. Ce sont les seuls liens avec Sacha (l’archiveur du voyageur) et sa famille qui permettent d’apprivoiser l’absence. Certes, par la correspondance qu’il entretient avec ses êtres chers, leur déclarant à distance son amour, « il parvient à conserver une place à leurs côtés », mais il semble avoir démissionné de son rôle de père, d’époux pour endosser celui de pigeon voyageur. Le contact vocal n’est pas totalement rompu, le trio restant se met à téléguider l’autostoppeur sur des sites de leur choix : magnifique et émouvant échange entre le père et le fils suite à un dessin d’Agustin.

Toutefois les envois semblent se tarir. « Un imperceptible effacement » s’installe.

Reste en suspens la question du retour du nomade, ce qui crée agacement et tristesse chez Marie, qui, elle aussi, a besoin de souffler. Mystère quant aux mobiles de son absence d’une dizaine de jours. Le récit devient haletant quand elle relate son escapade émaillée de rencontres. Cet interlude lui a permis de faire le point.

Aime-telle toujours celui que Sacha compare à « un coucou, un tisserin qui fait son nid de ce qu’il rencontre » ou même à « une baleine qui refait surface plus loin qu’on ne l’imaginait » ? Marie va-t-elle s’autoriser à s’abandonner à un autre ?

Peu à peu Sacha va combler ce vide de sa présence auprès de ceux qui restent. Une complicité se tisse avec le jeune Agustin. (promenades, jeux, gardes) Une affinité grandissante le rapproche de Marie, traductrice, tous deux soucieux du mot juste. L’auteur insiste sur la nécessité de l’ascèse, « de la juste dose d’isolement » pour avancer dans le roman en chantier. Ce moment de solitude également indispensable pour Marie. Ne faut-il pas vivre avant d’écrire ?

Mais l’équilibre de cette nouvelle vie à trois ne risque-t-il pas d’être menacé en cas de retour inopiné de l’autostoppeur ? Le récit réserve surprises et rebondissements !

L’errance de cet électron libre, mobile, interpelle. De quoi vit-il ? Trouve-t-il  toujours son bonheur dans la griserie de la vitesse et de la liberté ? Est-ce pour lui une façon de « secouer le fardeau de la routine » ? Va-t-il un jour revenir définitivement ? Personne ne connaît les pensées secrètes du drôle de «zouave », de « ce doux dérangé ». Et Sacha de sursauter à chaque coup de sonnette !

Ce kaléidoscope de la France (des autoroutes et « des vaisseaux secondaires ») qui se déroule comme en travelling, avec des arrêts images sur des libellules, des forêts, des plages, un goéland, suscite chez le lecteur une envie de partance. On se prend à rêver à l’énoncé d’une myriade de lieux aux noms pleins de poésie (Orion, Joyeuse, Beausoleil, Contes, Lançon : « le tremplin rêvé », La Flotte, Saint-Pompont…).

Les déplacements étant en stop, une galerie de portraits d’automobilistes défilent en même temps que la radiographie des habitacles, ce qui permet d’avoir un miroir de la société empruntant ces routes. Une mixité des classes. « Un échantillon représentatif de la variété des hommes et femmes d’aujourd’hui ».

Sylvain Prudhomme nous offre une traversée de l’Hexagone quelque peu atypique et  erratique, car au gré des voyages en stop de celui dont la passion est restée intacte, de celui qui a une propension à la dromomanie. On avale les kilomètres, fait halte sur les aires de repos et stations service, arpente des villages, passe une soirée conviviale chez Souad, on s’abîme dans la contemplation des paysages dont le narrateur cartographie les charmes, on se recueille aux Éparges devant un champ de croix blanches, devant une plaque commémorative relatant la blessure de Genevoix. Lieu tristement célèbre où l’écrivain Pergaud a perdu la vie.

En alternance mouvement, avec l’autostoppeur pour qui « partir est nécessaire à son équilibre », qui « avait toujours besoin que sa trajectoire en frôle d’autres et immobilité avec Sacha, devenu plus sédentaire, à l’heure du bilan de la quarantaine, cherchant, lui,  à freiner, à retenir le temps.

Ce qui donne un rythme saccadé en plus des phrases courtes.

L’auteur signe un roman géographique, une invitation à sillonner, à notre tour, la France profonde, à la manière de Depardon. Un road trip sensoriel, à plusieurs vitesses, scandé par la musique (Cohen Nina Simone, ragas), la voix du GPS, traversé d’odeurs (d’ail, de tarte, de framboise, de café, de piment, de terre, de résine, d’herbes détrempées ou de térébenthine, de javel),nourri de multiples lectures ( Kundera, Mc Carthy, Levé, Lodili, Sau, Ponge). Une écriture frétillante de la vie.

Sylvain Prudhomme explore la pérennité du couple, la fidélité, l’amour, la fiabilité de l’amitié. Il distille de nombreuses références à la fuite du temps : « Vivre c’est maintenir entier le petit nuage que nous formons, malgré le temps qui passe ».

Il expose le processus de la genèse d’un roman, l’attente de voir jaillir « une fulgurance, récompense de mois de patience, d’obstination, de labeur, d’endurance ».

Le tableau final apporte un regain de fraternité salvateur/jubilatoire dans ce rassemblement euphorique, digne de Woodstock. Serait-il là le bonheur dans cette chaîne humaine et son partage ? Dans cette même communion à repérer « la ceinture d’Orion ». Dans cette grande famille de l’Autostoppeur qui lui a fait « don de son hospitalité ». Un récit qui se termine en apothéose et qui ravivera les souvenirs de ceux qui ont pratiqué le stop dans leur jeunesse. Et si l’envie de barouder vous habite, sachez que l’auto-stop ressemble à la pêche : « Même patience, même délicatesse dans le coup de poignet, même absence de brusquerie. Même joie dans les prises » !

©Nadine Doyen

Jean-Michel Bongiraud

Une chronique de Georges Cathalo

Jean-Michel Bongiraud 


     La retraite professionnelle a permis à Jean-Michel Bongiraud de reprendre un second souffle et de repartir à la charge avec autant d’enthousiasme que l’éternel adolescent qu’il ne cesse d’être. Sa révolte, sa passion et sons sens de la fraternité sont intacts. Ni l’âge venant ni la violence de l’époque que nous vivons n’ont entamé sa ferveur communicative. 

     Ce préambule n’est là que pour apporter un éclairage particulier sur trois nouvelles publications de ce poète en 2019. Ces trois recueils complètement différents sont complémentaires dans le fond et dans la forme. Ils sont aussi le reflet de la générosité du poète. 

     Dans Le coin du tableau, Jean-Michel Bongiraud dresse un constat réaliste de son parcours poétique en se livrant à une auto-analyse particulièrement lucide. Il s’agit de poèmes bruts de décoffrage, de tourbillons de mots où se croisent la révolte et la tendresse. Une vraie réussite et une sacrée prouesse poétique. 

     Avec Voyages anarchistes, l’auteur nous entraîne dans un périple tourbillonnant avec de longues laisses de vers au rythme soutenu, où relances et reprises bousculent la lecture. La mise en voix de ces textes pourrait donner lieu à un formidable spectacle.

     Dans le 3° recueil, Enfants fraternels, Bongiraud livre une nouvelle facette de sa personnalité en liaison directe avec son nouveau « statut » de grand-père. Il y poursuit son interrogation métaphysique à partir de simples observations quotidiennes. Ce joli petit livre peut être abordé à plusieurs niveaux de lecture sans dénaturer la gravité de cette poésie humaniste.


  • Le coin du tableau (Encres Vives éd., 2019), n.p. (20 pages au format A4), 6,10 euros, 2 allée des Allobroges, 31770 Colomiers
  • Parcours anarchistes (A l’index éd., 2019), 52 pages, 12 euros, 11 rue du Stade, 76133 Epouville
  • Enfants fraternels (Stellamaris éd., 2019), 68 pages, 12 euros, 1 rue Louis Veuillot, 29200 Brest

© Georges Cathalo

Christophe Forgeot, La Chambre des récoltes (Interventions à Haute Voix éd., 2019), 52 pages, 10 euros

Une chronique de Georges Cathalo

Christophe Forgeot, La Chambre des récoltes (Interventions à Haute Voix éd., 2019), 52 pages, 10 euros – 5 rue de Jouy – 92370 Chaville ou gerard.faucheux@numericable.fr


Il est heureux que les poètes contemporains puissent trouver encore des revues ou des anthologies pour les accueillir. Après avoir rassemblé en 2002 ses écrits allant de 1991 à 2001, Christophe Forgeot renouvelle cette expérience avec des poèmes parus entre 2002 et 2017. Poète économe de ses mots et de ses images, Forgeot fait montre d’une réelle humilité, lisible dès le premier vers du premier poème : « Nous sommes peu de choses », et il poursuit un peu plus loin « peu de choses avant de finir en cendres / Êtres de chair perdus dans la masse ». C’est la raison pour laquelle le miracle de chaque instant vécu demeure la pierre d’achoppement pour écrire. Le poète ne cesse de se le rappeler : « ouvre-toi à l’insurrection du présent », car il est « toujours en quête d’un futur ».   Aussi, « que reste-t-il d’autre à faire / Dire l’innommable » et puis tenter de se frayer un chemin. Pour cela, Forgeot loue la lenteur du panda, entretient le souvenir vivace des amis disparus et rappelle sa dette éternelle envers l’aimée. Lui qui voulait « encore ouvrir des portes » et « laver quelques mots », il parvient à entretenir la flamme fragile de l’existence et surtout il a composé ici un bien beau livre-collier formé de poèmes-perles dont le fil rouge serait la ferveur. 

©Georges Cathalo – juillet 2019

Sonia Elvireanu, Le Silence d’entre les neiges, L’Harmattan, 2018.

Une chronique de Béatrice Marchal

Sonia Elvireanu, Le Silence d’entre les neiges, L’Harmattan, 2018.

Le ton est donné dès le premier vers : « Tu n’étais nulle part, je t’ai appelé » ; dans « l’épouvante » d’un monde désormais littéralement privé de sens – « il n’y avait plus ni bout ni commencement,/ aucun chemin derrière, aucune voie » –, reste la douleur d’une femme que la mort de son mari a placée « entre le silence et la brûlure », « l’âme égarée », ayant perdu jusqu’à « [sa] propre trace » dans son « corps-souvenir ». 

Pourtant, puisque l’amour qui fut, demeure, elle veut « endormir le soupçon/ que tout n’était que fumée » ; de sa terrible solitude, la poète va tenter de faire « une voie » où retrouver des « traces » de l’Aimé, notamment dans la neige, avec son silence, sa blancheur qui l’associe au vide mais aussi à un réel immatériel ; elle-même y sera « dans l’embrassement du Ciel et de la Terre,/ […] la ligne de l’horizon ». D’où une poésie aux résonances métaphysiques – « Lequel de nous/ est-il réel ? » – où se mêlent références mythologiques et bibliques. 

Certes, l’évocation des souvenirs d’un amour heureux restitue momentanément la présence du disparu ; le monde extérieur parle à sa manière de l’aimé : « Ton effleurement n’est que fraîcheur,/ une brise si douce/ que toute inquiétude s’évanouit » ; un échange devient presque possible : « à chaque tombée du soir je suis toujours/ plus loin, mais si près de toi, mon amour ». D’où la quête éperdue d’un signe : « fais-moi découvrir que tu vis/ quelque part dans un autre temps ». 

Mais l’indéfectible fidélité de chaque instant ne rend pas la solitude moins pesante : « Où te retrouver sur la voie de la solitude ? » ; si souvent le monde se tait, « le néant » semble triompher. 

C’est alors que la voix de l’Aimé se manifeste à travers les choses regardées qui deviennent chant : « je suis là, si près de toi, écoute ton cœur,/ le seul appui sur la voie de la solitude » ; pourtant, s’il peut se manifester dans la « caresse soyeuse » des flocons de neige, il reste difficile d’écouter l’ange dans « le vide de l’absence », « l’errance dans le néant »… Jusqu’à ce que cet ange prononce le mot décisif : « la chute n’est pas sous mon signe,/ seul le jeu infini de la vie/ qui ne veut pas mourir ». C’est à la parole de sauver ce qui reste : « les choses n’ont plus de nom,/ seuls les souvenirs/ se hâtent d’en  prendre un/ pour que tu prennes corps dans le réel ». 

Ainsi, à travers les mots, chargés de célébrer un « hier si vivant/qui […] parle […] autrement,/ comme tout ce qui est perdu », va pouvoir se « retrouver le psaume », « le psaume de la vie » pour ceux qui ont « jeté l’ancre dans l’infini ». Une vision de la destinée humaine s’affirme, où conformément à la « promesse sainte », « chacun peut être l’arc-en-ciel,/ le commencement de l’accomplissement sur la Terre » ; « la voie de la solitude » se redéfinit comme « la seule voie vers toi : l’amour ». 

L’unité de cet émouvant recueil écrit en français par une poète roumaine est assurée par la reprise d’un même vocabulaire, d’évocations connues (neige, papillons jaunes, pommiers, mer bleue de la Grèce…) mais aussi par la  concaténation des titres, dont un mot appelle le poème suivant. 

                                                                  ©Béatrice Marchal

Sonia Elvireanu a été publiée dans le « Concerto pour marées et silence, revue » de Colette Klein, numéro 12-2019

Marilyne BERTONCINI – Mémoire vive des replis ( Ed ; « Pourquoi viens-tu si tard » – Poésie N° 20).

Une chronique de Xavier Bordes

Marilyne BERTONCINI – Mémoire vive des replis ( Ed ; « Pourquoi viens-tu si tard » – Poésie N° 20). Et, en collaboration avec Wanda Mihuelac pour les œuvres graphiques : Sable  (Ed. Transignum), poèmes en français avec trad. en allemand d’Eva Maria Berg…

La poésie de Marilyne Bertoncini est singulière, en ce qu’elle s’appuie fréquemment sur des choses matérielles, pour prendre essor, à la façon d’une nageuse qui a besoin de donner un coup de talon contre le fond pour gagner la surface de son élément, en l’occurrence la fluidité de la langue. Cela peut engendrer des poèmes issus de peintures, d’une sculpture rêvée, ou comme c’est ici le cas, de photos suggestives des replis issus de la nature, veines de bois, feuillures, écorces, tissus, sédimentations indéfinissables ou, pour l’autre volume, de pages sableuses, étranges, palimpsestes virtuels qui révèlent une part synecdotique de ce qu’elles dissimulent : on imagine un corps enfoui là où, comme rose des sables désenlisée par le vent, transparaît sa seule main d’or. 

On pourrait voir dans ces deux recueils l’envers et l’endroit d’une parabole qui, d’une part, rêve sur le repli où se dissimule l’énigme de l’humain ; et de l’autre sur le dépli qui offre à lire toutes sortes de traces et d’empreintes de cette énigme qui chemine à travers les sablons du temps. Et de fait, les deux livres se commentent réciproquement. Ainsi dans le premier (Mémoire… page 23) on peut lire :

Les mots crissent comme le sable dans l’infini du sablier

que je renverse en ma mémoire où bat l’aile de

l’éventail

                  et s’envolent mes souvenirs

                  à l’horizon des goélands

Un horizon « volatile » qui présente « …l’air un peu flou d’un lointain paysage / dans le brouillard ». On sait que lorsqu’il y a du flou, c’est que le loup n’est pas loin, mais juste au-delà du visible, tel un amer dissimulé par le grand large ! Cependant, le questionnement du poème est une façon d’interroger un « au-delà » qui n’est pas obligatoirement religieux, mais le refuge inatteignable de ladite énigme. Un « au-delà de la conscience ». Je ne tenterai pas de me hisser au niveau des commentaires de la préface de Carole Mesrobian, à qui notre poétesse est familière. Je vois cependant cette poésie moins comme fouillant les replis de la mémoire pour en faire surgir une enfance, que pour en faire surgir ce qui, d’une enfance, est la composante irréductible, l’étincelle insaisissable et inextinguible qui nous intéresse lorsque les années nous ont permis de constater que son mystère, pour peu qu’on y prête attention, est intact. C’est donc moins à l’enfance, qu’à mettre le doigt de l’écriture, grâce à la réminiscence, sur ce que l’enfance recèle et qui demeure jusqu’à la fin d’une vie, à quoi le poème bertoncinien s’attache. (Cfr le poème de la page 67) :

Ainsi 

dans d’autres temps    jadis

j’ai vécu d’autres vies

et c’était déjà moi

j’étais pourtant une autre

Je rebrousse le temps au fil de l’écriture

Le rêve me ramène au flot des leurres

où se réverbère le monde

Mémoire vive des replis

où se cache la vérité

Qui dit replis, évidemment dit « mer », dit dunes, dit océan, océan de sable, par ex. Sahara (cfr. Sable, p.32.) Ainsi le livre du « Sable » complète, du déploiement des replis, l’exposition troublante de l’irréductibe poétique dont je parlais, qui se propage à travers les mots à la façon d’une onde secrète. Évidemment, « mer », c’est aussi mère, femme, engendrement, enfance, avec tout ce que cela comporte de fascinants mystères originels, que M. Bertoncini a désignés du mot de « vérité ». Il n’est donc pas surprenant que Sable s’ouvre sur la dédicace :« À ma mère », celle qui a transmis l’onde de l’élan vital. Lorsque les mots en effet donnent l’intuition de propager cette onde, à travers le sablier du temps, le langage n’est plus le plat transmetteur d’informations habituel. Un frémissement secret le parcourt, fait apparaître parfois quelque éclat doré, traduit une couleur, ostend une goutte de rosée, ou quelques traces de cet inconnu, au plus obscur de l’être humain (ou disons de l’être « humanité »), toujours nouveau, –  selon l’injonction de  la quête baudelairienne – qui est à la fois le trait majeur de la poésie, et celui de la spiritualité qui nous caractérise, homme et femmes, en tant que membres de l’Humanité. 

                                                                         © Xavier BORDES ( 20/4/2019 )