Richard ROGNET – Les frôlements infinis du monde – poèmes (NRF – Gallimard. 135 pp.)

Chronique de Xavier BORDES

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Richard ROGNETLes frôlements infinis du monde poèmes (NRF – Gallimard. 135 pp.)


« Un parfum de lilas écosse la soirée,

  on y entre, on est bien,

  on s’invente une joie »…

Cette formulation audacieuse, à peine étrange, pour moi résume le climat général de ce recueil de Richard Rognet. Ce qui touche dans pareille succession de « frôlements » du monde par les mots du poème, c’est le dessein résolu, mais pas naïf, d’alléger la vie. Rien de mièvre dans le chapelet de moments qu’a recueillis notre poète, et la joie qui « s’invente » à leur propos n’est nullement instaurée sans un arrière-plan de gravité. Elle est le terme d’un long trajet, sans fanfare et dans une tranquille humilité, de son expérience poétisante de la vie, (qui lui a du reste valu d’être couvert de prix littéraires !) Ex. p. 134 :

 

« Qu’ai-je fait en six ans

depuis la mort de ma mère ? »

………………………………….

Je ne veux pas dormir sur des larmes,

dans l’écrin feutré de la mémoire,

ils reviendront toujours s’étourdir

parmi les branches, les oiseaux ,

 

et les fleurs enchanteront encore

les visages penchés sur elles,

dans l’intime mûrissement des jours

où l’on comprend son dernier souffle. »

 

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Photo Catherine Hélie © Éditions Gallimard

Voilà un livre d’espoir, celui d’un être humain qui pour ainsi dire (et lire!) s’efforce de s’identifier à l’infinie réalité qui l’entoure ; une réalité proche, avec laquelle tenter de faire contrepoids aux nouvelles quotidiennement affreuses de la période contemporaine. Richard Rognet, par un simple acte de courage poétique s’efforce de conjurer l’abominable, persiste à discerner ce qui durant des millénaires fut, sous le nom de nature, de « physis », un donné positif de la vie, un facteur d’aventure qui exalte, et il en témoigne par une attitude telle que celles de l’oiseau « qui ne sème ni ne récolte, disait l’Évangile, mais que néanmoins son Père céleste nourrit » :

 

« La mésange se donne à la douceur

de l’air comme toi tu te donnes

à la beauté du ciel. »

 

Il y a un élan, une générosité roborative, dans un tel livre de poèmes. Une sorte d’exemple de résistance aux forces sombres qui travaillent la planète, d’effort de cicatrisation des douleurs engendrées par notre « humaine condition », grâce à cette mûre détermination pour une joie qui transcende les aspects éventuellement sinistres de notre quotidienne existence. Richard Rognet ne pense certes pas avoir la science infuse, ni être un gourou ; il « cherche » toujours, il le dit lui-même, tout en étant, ou peut-être parce qu’il est – homme de foi en le langage et en le cosmos, et l’ambiance apaisante de cette foi promet de faire le plus grand bien à tous les lecteurs qui attendent de la fréquentation de la poésie un baume apte à calmer les brûlures diverses dont, à notre égard, la vie actuelle (en particulier) n’est pas avare.

©Xavier BORDES

WILLIAM CLIFF – Matières fermées – Poème (ED. La Table Ronde, 250 pp.)

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WILLIAM CLIFF – Matières fermées – Poème (ED. La Table Ronde, 250 pp.)


J’ai oublié quel essayiste disait que, périodiquement, la poésie intégrait et poétisait de nouveaux pans de prose et s’en saisissait comme prétexte au rêve et à l’émotion. C’est avec bonheur ce qu’à travers un roman vital très singulier, formé exclusivement de sonnets, nous offre le poète belge William Cliff, dans un épais recueil dont le ton ne ressemble à personne, à la fois local, humble sans être misérabiliste, plein de contrastes noués aux racines de sa vie la plus « réelle », pour ainsi dire survolée en rase-mottes. D’abord vaguement choqué, on est très vite captivé par ce livre dont l’étrange (et pourrait on dire, parfois sordide) « splendeur » ne paye pas de mine. Et j’aime qu’un poète soit ainsi capable de déterrer le réel de sa réalité, pour en construire un ouvrage en pointillé de sonnets, dont chaque page donne à penser par l’intensité de ce qu’elle présente d’humainement quotidien, néanmoins, par le regard poétique, complètement arraché à la banalité, sans pour autant en être dénaturé.

William Cliff ici, par son état d’esprit spécifiquement, et je dirai extrémistement, admirablement belge, donne à la langue française une sorte de monolithe, une pyramide dont chaque pierre porte une marque de son époque et de ce qu’une vie de poète aventureux, errant, souffrant, heureux parfois, créateur, furieux, romantique, lucide, croyant, etc… peut apporter aux autres quand elle se fait langage, et langage paradoxalement formalisé « à l’ancienne » tout en demeurant absolument contemporain.

Toutes les interrogations, les culpabilités, les tendresses, les jeunesses, les drames plus ou moins aigus, d’un poète hors de la Cité et, disons, des lois, – comme il se doit, au demeurant, selon Platon – se donnent en témoignage avec force et nous contaminent de leur expérience presque mystique dans son côté matériel et « terre-à-terre » comme seule la vraie poésie sait l’être… Je parlais de « paradoxe », et le moindre paradoxe n’est pas que ce livre, pareil à un collier de cristaux d’ambre où les instants marquants d’une existence sont enfermés avec décors et personnages souvent colorés en camaïeu, que l’on croirait encore vivants par l’illusion de notre rêve, par l’élan du coeur qu’on leur prête lorsqu’on le sent battre un moment pour eux ; que ce recueil, disais-je, titré « Matières fermées », se laisse déchiffrer « à livre (on ne peut plus) ouvert », comme si rien ne pouvait faire obstacle au regard, comme s’il était tramé de la limpidité d’une confession sans retenue, comme s’il était en bloc et en détails poli facette après facette dans un modeste cristal de roche que l’art même du poète amène à l’éclat d’un diamant. William Cliff est une grande voix de la littérature, de la poésie wallonne. À lui seul il affirme que la langue française qui nous est chère et commune recèle encore, pour les écrivains que ne laminent pas la mode du « culturel » prétendument « d’avant-garde » (et souvent gonflé aussi artificiellement qu’une baudruche), des possibilités créatrices d’une intense nouveauté. Oui, William Cliff à sa façon, mérite d’être classé parmi les poètes actuels du premier rang.

© Xavier Bordes

RENÉ CHAR – ALBERTO GIACOMETTI  Le Visage Nuptial, suivi de Retour Amont (NRF coll. Poésie/Gallimard. Préface de Marie-Claude Char).

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RENÉ CHAR – ALBERTO GIACOMETTI  Le Visage Nuptial, suivi de Retour Amont (NRF coll. Poésie/Gallimard. Préface de Marie-Claude Char).


Singulier petit livre que publie Gallimard pour l’anniversaire des 30 ans (déjà) de la mort de René Char. Je ne vais pas m’étendre sur les figures ultra-célèbres du poète et du peintre-sculpteur. En revanche, le livre a ce côté inattendu des objets à la fois chargés de mythe, et d’originalité : il est composé de matériaux divers : une intéressante préface qui met les choses en perspective, ce qui est bienvenu pour bien mesurer ce dont il s’agit : d’une part la reproduction en fac-simile, (à échelle réduite évidemment) du « Visage Nuptial », manuscrit de la main de René Char, dans un papier tabac-clair, parsemé des dessins que Giacometti avait projetés pour cette plaquette, et qui sont tout à fait séduisants, assez mystérieux, certains presque en filigrane sur la page.

On aimera cette écriture simple et régulière, à la pente optimiste, des poèmes écrits directement par René Char. C’est toujours excitant, comme si l’on approchait l’intimité de son inspiration, d’avoir le témoignage graphologique d’un poète réputé. Ensuite, sur papier blanc, se présente le texte imprimé des poèmes de « Retour Amont », avec quatre gravures au léger trait blanc sur fond noir, seconde face de ce petit livre mémoriel hybride.

Et enfin, quelques documents « historiques » et des lettres (en manuscrits reproduits) entre les deux contributeurs du livre, où ils échangent leurs points de vue sur la réalisation du projet. Ce petit livre illustre, c’est le cas de le dire, le fameux « ut pictura poiesis » de l’Art Poétique du latin Horace.

Et il semble que Gallimard projette d’en faire l’amorce d’une collection particulière où le dialogue entre poésie et peinture pourra être mis en évidence à travers divers ouvrages de poètes où ce dialogue est intervenu par le passé… Une entreprise qui promet de ménager aux lecteurs tels que moi nombre d’heures d’intenses songeries !

©Xavier Bordes

Jean-Claude Pirotte – Ajoie précédé de Passage des ombres et de Cette âme perdue (Préf. De Sylvie Doizelet – Ed. NRF  Poésie/Gallimard).

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Jean-Claude Pirotte – Ajoie précédé de Passage des ombres et de Cette âme perdue (Préf. De Sylvie Doizelet – Ed. NRF  Poésie/Gallimard).

Malgré une sorte de nomadisme invétéré (« Je me transporte partout » sera le titre d’un prochain recueil posthume), forcé aussi bien que libre, malgré certains coups du sort tragiques (le suicide de sa fille aînée), Jean-Claude Pirotte, récemment disparu, nous laisse une somme impressionnante d’écrits, au premier rang desquels des poèmes, à laquelle il faut aussi ajouter de la peinture, des activités d’édition, d’épistolier, bref, les reflets d’un dynamisme et d’une énergie hors du commun : poèmes de toutes les sortes, sur tous les thèmes imaginables, rimés ou non, moins fantaisistes et riches d’invention verbale que ceux de son contemporain Jean-Pierre Verheggen, moins sérieux, mélancoliques et réalistes que ceux de son autre contemporain William Cliff, les poèmes de Jean-Claude Pirotte se tiennent en quelque sorte à équidistance entre ces deux représentants de la poésie wallonne. Ils sont capables de toutes les nuances, gaieté mêlée de mélancolie, humour secret ou ironique, attendrissements simples et qui ne se prennent pas à leur propre piège de nostalgie. On a l’impression que Pirotte a toute sa vie écrit en se tenant sur le fil de son existence (et sur la frontière intellectuelle entre la littérature française et la néerlandaise) comme un équilibriste de l’inattendu : un bout de sa perche touchant à de sombres nuages, l’autre bout à des cieux brillants, et lui au-milieu, avançant tantôt avec et tantôt contre un vent familier. Comme tout poète qui évolue dans la sphère d’un optimisme amer, ou d’une amertume humoristique, – sphère qui est typique de la culture d’une aire géographique que Breughel, Frans Hals, Ensor, Delmotte, Magritte, Delvaux (etc, etc…), ont illustrée en un temps qui ne se souciait guère de frontière linguistique -, Jean-Claude Pirotte écrit d’une plume à la fois simple et rouée, observatrice et lucide jusqu’au détail crucial, voire cruel, tout en étant pleine de coeur et de bienveillance, techniquement rompue à toutes les virtuosités, nourrie de l’histoire de la langue française et de ses racines gréco-latines en particulier.

Cette vision « latine », précise, dans son esprit fusionne avec l’arrière-plan plus germano-nordique : ce dont témoigne par exemple le côté « intérieur flamand avec objets nets », tel l’arrière-plan d’une peinture de Van Eyck ou de Vermeer, de ces régions du Nord dont Baudelaire disait : « là tout n’est qu’ordre et beauté… », qui apparaît dans un poème comme celui-ci (précisément tiré d’une section de Passage des ombres intitulée Natures mortes, p. 69) :

                                              la tabatière d’écaille

on l’a posée sur le livre

à la reliure ancienne

mais du titre en lettres d’or

un mot se devine à peine

ce serait le mot enfance

il y a des fleurs séchées

dans une chope d’étain

à gauche l’appui de fenêtre

reçoit un trait de lumière

qui se réfracte à travers

les lunettes oubliées

peut-être par Jean Follain

Poème typique de Pirotte, de son rapport à la peinture (« Ut pictura poiesis »), l’oeil du peintre sous-jacent au regard du poète, tel l’oeil de Félix Valotton par rapport aux « papiers » de Charles-Albert Cingria, nomade plus ou moins forcé, comme lui. Le paysage a donc évidemment une importance capitale, dans une tradition qui remonterait, mettons, à Denis van Asloot, Bloemen ou De Cock :

les beaux pays les arpents clairs

la brume lumineuse l’air

suspendu parmi les saules

les mouettes aux longues ailes

 

et le miroir des canaux

la compagnie des corneilles

autour du clocher solitaire

   et les bouquets artificiels

 

au pied des tombes oubliées

L’on sent bien que la beauté claire de ces paysages recèle en profondeur la nostalgie de « l’oublié » contre laquelle, par une forme de « persistance de la mémoire », lutte précisément un poème comme celui-là, (que j’invite le lecteur à lire en entier page 286 du volume Poésie/Gallimard.) Ce qui réjouit dans ce volume qui réunit trois parmi les derniers recueils de Jean-Claude Pirotte, c’est qu’on y lit un poète qui (à l’instar du romancier certes) s’est « carré » dans sa vie paradoxalement peu stable, et qui habite son monde avec une ardeur que n’entament pas la lucidité manifestée par des traits d’humour et une appréciation des choses distante et ironique (souvent par allusions cachées ou citations d’autres auteurs), encore que cette ironie soit souvent latente, imperceptible, et ajoute à la force émotive de son poème. Dans le poème que je viens de citer ainsi que dans le titre de la section, cet imperceptible est à l’oeuvre : de fait, rien de plus vivant que l’oeil qui nous découvre cette « nature (soi-disant) morte » en dévoilant au passage, dans une chute qui ouvre sur le rêve, avec l’habituel brin de secrète nostalgie correspondant, la présence du poète ami à travers des lunettes oubliées, qui au demeurant ne sont pas obligatoirement les siennes. Là est la souriante, mais aussi profonde – sans drame – intensité poétique de l’écriture de Pirotte, celle qui charme par son ton inimitable et ses trouvailles subites, son goût « charnel » pour les lieux, les objets, les gens. Lire Jean-Claude Pirotte, c’est s’initier à sa façon intense d’habiter poétiquement la Terre ; de se creuser, tout errant que l’on y soit et promis à la quitter, des sensations, des images, des gestes, des paroles, bref, une façon d’être « profondément enracinée [même si c’est] partout », en laquelle sont étroitement amalgamées une âme d’adulte pensif avec une âme d’enfant qui a résisté à tout jusqu’à la fin. Pirotte, c’est la vie poétique par l’exemple, qui lui survit à travers une œuvre dont on se demande comment il a pu, à travers sa vie chahutée et ses multiples activités, la réaliser tant elle est considérable…

(Mars 2018)  

©Xavier Bordes

PAUL VALÉRY – Cahiers 1894-1914  Volume XIII – Préface de Michel Deguy (NRF – Gallimard).

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PAUL VALÉRY – Cahiers 1894-1914  Volume XIII – Préface de Michel Deguy (NRF – Gallimard).


« …Et je jouis sans fin de mon propre cerveau » faisait dire Paul Valéry au locuteur de son sonnet intitulé Solitude. C’est ce qui amène Michel Deguy, dès la page 26 de sa préface, à souligner que « La grande affaire, la «grande chose» valéryenne, fut celle de l’intellect. », et ce constat implicite, qui constitue à la fois comme la nappe phréatique où aura puisé toute la réflexion de l’auteur du Cimetière Marin et de la Jeune Parque, et ce qui aura inspiré ici son préfacier, ce constat de l’essentiel souci de « l’esprit » chez un Paul Valéry qui cependant ne se voulait pas « philosophant », c’est ce qui permet à Michel Deguy d’ajuster sa focale concernant le contenu des cahiers. En effet, Valéry, grâce à cette préface, est à la fois relié à nous, lecteurs d’aujourd’hui, mais aussi distancié de nous par diverses analyses qui démontrent de quelle manière le monde tel que se le figurait Valéry réfléchissant (éventuellement avec spéculations anticipatives), et le monde « homonyme » tel que nous le vivons, appréhendons, recevons actuellement, sous les apparences de la quasi-ressemblance, en profondeur diffèrent au point que même la signification-ressemblance de ces apparences est un mirage. Par exemple, relever à la lumière de notre pensée actuelle ce qui semblerait des traits « annonciateurs », « prophétiques », en ce que Valéry a développé comme idées diverses dans ses textes, les officiels, ou les, jusqu’à notre époque, non-officiellement édités des Cahiers (qu’il avait cependant toujours projeté d’éditer comme une œuvre majeure), serait une erreur de perspective du même genre que celle qui nous fait interpréter un texte de Platon avec les outils de la philosophie contemporaine.

Entre les formules de Valéry, et les nôtres actuelles identiques, un glissement de réalité, une « substitution de substrat », se sont produits avec le siècle qui a passé : de 1871 (naissance de P.V.) à 1945 (sa mort), passablement de métamorphoses historiques se sont produites en 74 ans, la technique notamment a commencé à prendre de l’importance (à cause des guerres et de l’industrie). Mais de 1945 à 2018, c’est-à-dire une période à peu près équivalente, « l’imperium technologicum » si j’ose dire, a remplacé à grande allure le règne de l’Homme, entendons « de ce qu’il y avait d’humain » dans l’Humanité. Je n’entends pas évoquer les cyborgs, les robots, les transhumains, non plus qu’entrer dans les détails sur cette affaire du « déshumanisme », de « l’antigrandeur », points que la préface éclaire subtilement et nettement. Ce que je voudrais mettre en lumière, en revanche, c’est ce qu’il y a de profitable à retirer des écrits quotidiens de ce philosophe qui refusait de l’être, de ce mathématicien amateur épris de précision, de netteté, de ce poète pour qui poétiser n’était qu’un « exercice », comme il l’écrit à André Gide en dédicace. En effet, à le lire, j’ai ressenti une certaine fascination. Non que la pensée de Paul Valéry soit impressionnante à chaque page, certes ; non qu’elle n’apparaisse pas en divers endroits comme périmée ; mais parce qu’il y a entre elle et nous, en relativisant certes la comparaison, la même différence/proximité qu’on éprouve lorsqu’on travaille sur – mettons – un texte latin, par rapport à la traduction « moderne » qu’on voudrait en faire : quelque chose qui est à la fois de l’ordre d’une proximité qui efface l’abîme temporel, mais aussi de l’ordre du radicalement distant, d’historicisé, de vaguement démodé. Et cela oblige le lecteur curieux de Valéry et de sa pensée – sans cesse en train de s’aventurer, telle qu’elle apparaît dans les Cahiers -, à s’aventurer lui-aussi, en s’obligeant à une gymnastique assouplissante qui a pour effet la prise de conscience de ce que devient notre temps : car rien de tel qu’une similitude en apparence, hérissée de différences en réalité, pour retirer de la confrontation entre le monde de Valéry et les nôtres (du « monde fini » valéryen l’on est retourné à une multiplicité plus ou moins indéfinie de mondes contemporains), une lucidité nouvelle, un panorama en relief, une « vision stéréoscopique » propre à nous faire évaluer ce que j’appellerais le « site » d’où se parle et s’écrit la littérature, spécialement la poésie, de notre XXI ème siècle…

©Xavier Bordes