Aurélien Dony & Claude Raucy, Le temps des noyaux, roman, Éditions M.E.O. 2016

Chronique de Lieven Callant

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Aurélien Dony & Claude Raucy, Le temps des noyaux, roman, Éditions M.E.O. 2016


 

Un titre astucieusement choisi pour ce roman écrit à deux mains et dont l’intrigue se déroule aux temps difficiles de la première guerre mondiale dans la campagne non loin de Liège.

Un soldat allemand déserte et se réfugie dans la grange de la famille Loizeaux. Le fils aîné Émile est mort en héros dès les premières heures de la guerre et le père Désiré a été envoyé comme travailleur forcé en Allemagne. Marie, la mère et Julien, le plus jeune fils qui n’a pu s’enrôler à cause d’une infirmité au pied restent seuls à se partager les pénibles et nombreux travaux de la ferme. Elvire la grand-mère ne peut plus les aider. Les relations sont tendues entre la vieille femme et sa belle-fille et pour échapper à ces tensions, Julien se promène dans la nature, près d’une rivière où un héron, majestueux et mystérieux le fascine. Entre Julien et Franz le soldat déserteur se crée peu à peu une relation de confiance et d’amour malgré un contexte hostile. Quelque chose résiste aux horreurs de la guerre. Est-ce une forme de folie? Un rejet atavique des règles? Une lucidité ou au contraire l’insolence de la résignation?

Les cerises, leur noyaux et les chansons qui s’y rapportent servent de fils conducteurs à l’histoire. Au temps des cerises, périodes fastes où l’on récolte les fruits du labeur se substitue bien vite celui des noyaux. Au sang, à la chair, au plaisir du fruit répond la guerre, la mort, l’absence. À la voix raisonnable, les chemins de traverses qu’on se choisit libre-ment ou sous la contrainte, l’idée que le hasard choisit ses victimes. La vie comme la cerise ne nous laisse plus dans la bouche que le noyau qu’on ne peut pas pour autant recracher loin de soi.

Claude Raucy et Aurélien Dony signent un roman dont le contexte historique est celui de « la grande guerre » mais ils pourraient tout aussi bien poser leurs questions en d’autres périodes troubles. Les combats évoqués sont ceux des gens simples restés à l’arrière des champs de batailles et qui ont payé à la guerre un lourd tribu par la mort et la déportation de leurs chers et auxquels la vie ne fait généralement pas de cadeaux. Les auteurs s’intéressent à la lutte que mènent les gens de la campagne contre le quotidien et les restrictions mais aussi contre les forces obscurantistes de la religion, des régimes dictatoriaux et des rumeurs qui font de tous de potentielles victimes.

©Lieven Callant

 

 

Simon-Gabriel Bonnot, Courir dans la chair des murs, Poètes des cinq continents, Espace expérimental, L’Harmattan, 2016

Chronique de Lieven Callant

9782343091730rSimon-Gabriel Bonnot, Courir dans la chair des murs, Poètes des cinq continents, Espace expérimental, L’Harmattan, 2016


J’aime les poèmes qui ne finissent pas avec les mots et les paroles qu’on leur a attribués pour signifier leur existence au milieu d’une page qui singe le néant. J’aime le poème qui en chaque instant s’invente. J’aime le poème mystérieux auquel une seule lecture ne suffit pas. J’aime le poème qui n’épaissit pas les mots dans le seul but de masquer l’inaptitude de l’auteur à rendre claires et précises le peu d’idées qui mijotent dans sa lourde tête vide. J’aime lire-écrire, lire-tisser, lire-brouter paisiblement les mots et découvrir qu’ils ont une saveur de fleur, de neige, de lumière, qu’on prend plaisir à découvrir leurs formes pures, dénudées de stratagèmes douteux. Les poèmes de Simon-Gabriel Bonnot ont cet éclat fulgurant, ont le pouvoir de partager la joie simple des mots. Un tel plaisir est devenu si rare que je tiens à le souligner. « Courir dans la chair des murs » vous ravira par ses déclarations précises, par ses messages épurés. Les mots coulent d’une source rare, discrète avec l’assurance et le doigté puissant d’un torrent.

Divisé en quatre parties Éclats-Été-Pollens-Poèmes à L. ce fabuleux premier recueil de poésie de ce très jeune auteur comporte plus de nonante poèmes tous plus beaux, plus justes, plus éblouissants les uns que les autres. À juste titre, les éditions L’Harmattan publient Simon-Gabriel Bonnot dans cette collection qui non seulement révèle les voix prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui feront sans doute date dans la poésie francophone. Je ne possède pas de boule de cristal me permettant de prédire l’avenir, alors souvent je me contente du présent et dans ce cas-ci le présent est savoureux, intelligent, sensible, amusé, frais, ajusté.

L’écriture poétique de Simon-Gabriel Bonnot avance d’un pas léger, lucide, sombre et lumineux, bouleversant et porteur de sens. Les significations de la démarche poétique sont interrogées, elles s’imbriquent dans un quotidien dépourvu d’impasse. La poésie est ce qu’elle devrait toujours être sous la plume du poète: limpide. Amarrée à la réalité quotidienne, à celle plus lointaine et qui pose et repose les questions de ses existences multiples.

Là où tant d’autres poètes qu’on pourrait supposer plus expérimentés se cassent le nez et m’ennuient avec leurs mystères secs, désertiques, lourds de leurs propres quêtes de non-sens, le jeune poète réussit admirablement à m’étonner, à partager bien plus qu’un sentiment commun, qu’une vérité brassée indéfiniment. C’est le tintement d’une clochette de muguet qui se rappelle à l’orchestre symphonique lorsqu’il est totalement déployé pour partager un subtil moment musical.

J’ai envie de dire que les poèmes de Simon-Gabriel Bonnot réconcilient la poésie avec ce qu’elle a de plus intime, de plus délicat, de plus fulgurant tout en la portant de l’avant.

Lire la poésie, c’est aussi éprouver un plaisir intellectuel particulièrement intense rappelant la jouissance charnelle. Courir dans la chair des murs, c’est d’abord vouloir donner vie aux murs, aux frontières, aux structures qui portent les mots pour en faire les phrases d’un poème. C’est voyager au cœur de ces charpentes, les traverser, les rendre translucides. Donner un corps tangible presque réel à ce qui n’en a pas par habitude. Courir dans la chair des murs, c’est transgresser ce que la certitude a établi.

J’arrêterai ici mes éloges plus que justifiés en ne citant que quelques phrases du livre afin de ne pas gâcher le plaisir de la découverte mais aussi pour rappeler et souligner que ces moments de grâce qu’offre la poésie quand elle est belle ne sont pas que les fruits d’un talent, d’un don tombé du ciel, surgissant au détour d’un rêve. Ils sont aussi la preuve du caractère indomptable et indompté de la poésie. Un poème ne se suffit pas en lui-même, il est toujours et encore en train de s’écrire.

Poème

Il faut déneiger le cœur maintenant, comme la tombe aux noms recouverts. Savoir mourir, surtout, et renaître dans un corps neuf, aux esprits vierges de mémoire.

-Des entrelacs de veines où court le sang; moi, je courais dans la chair des murs. P27

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Refermons les pages blessées nuit à nuit où un mot dit clarté

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Cette branche comme un éclair fané qui un jour a rejoint un arbre. Suffirait-il de la jeter en l’air pour la revoir diviser le ciel?

Et cet arbre là-bas plein d’éclairs si morts qu’il y pousse

des feuilles et des fleurs.

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© Lieven Callant

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Écrit parlé, Philippe Jaffeux, Entretien avec Béatrice Machet, Trait court, Passages d’encres, mai 2016

Une chronique de Lieven Callant

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Écrit parlé, Philippe Jaffeux, Entretien avec Béatrice Machet, Trait court, Passages d’encres, mai 2016, 37 pages, 5€


L’enveloppe adressée par Philippe Jaffeux est arrivée en ces instants où plongée dans l’obscurité, je ne parviens plus vraiment à refaire surface. Les écrits de Philippe Jaffeux sont porteurs d’espoir car j’ai le sentiment qu’ils invitent à ne pas se résigner, à ne jamais renoncer face aux imposantes structures, vis-à-vis des mécanismes de contraintes inhérents à tout support culturel, comme l’est par exemple notre propre langue maternelle. Il y a dans l’écriture de Philippe Jaffeux une invitation à jouer, à se jouer des règles de ce même jeu. Une révolte. Pour remonter ma pente, je ne pouvais espérer mieux qu’un texte tel que celui-ci qui m’interroge au sujet de cette activité qui occupe tant de place: écrire-lire la poésie.

L’immense labyrinthe du langage, construit comme un puzzle amusant, absurde me rap-pelle incessamment qu’il est un jeu. Jeu de hassart. Le lecteur, le poète, l’écrivain tour à tour jettent les dés. Les formes que prennent les livres de Jaffeux me rassurent parce que les lettres, les signes, les mots, les phrases qui ne représentent peut-être que leurs propres images remplacent les murs de briques qui n’avaient d’autres objectifs que de restreindre, que d’emprisonner le lecteur et l’écrivain.

Dans ce texte de 35 pages, Philippe Jaffeux rappelle que l’écriture est un des nombreux rapports qu’entretiennent le langage oral, la parole donnée et portée par une voix humaine et le langage écrit portée et posée sur la page par la voix silencieuse d’un auteur. L’écrit est avant tout parole, l’écrit est parlé avant d’être écrit. Il circule en nous comme un courant électrique. L’écrit est parlé c-à-d qu’il est lu. Par cet autre, le lecteur. Il s’agit aussi de dire qu’écrire c’est entrer en dialogue avec soi-même d’abord mais aussi avec le lecteur.

Avec ce texte et c’est peut-être un aspect que je regrette, Philippe Jaffeux tente d’expliquer ses autres livres Alphabet et Courants Blancs. Avait-on vraiment besoin d’une explication? Les écrits de Jaffeux déclinent avec une belle évidence les jeux possibles et impossibles des lettres et des nombres, les rapports inédits entre l’homme et la machine en lui, entre l’écrivain et son outil, un ordinateur qui accumule et accumule les données, les corrections et révisions de textes qu’on pourrait presque considérer avec indifférence comme si nous étions tous des machines mangeuses d’octets.

Les livres de Jaffeux invoquent l’humain et avec lui une binarité de l’existence, les deux faces d’une médaille, d’un astre qui s’opposent, se confortent se contredisent, s’autodétruisent.

Il y a chez Jaffeux un désir de « rompre avec une forme de modernisme ennuyant, voire avec une vue trop restrictive de la littérature. Écrire pour tenter de dépasser l’écriture est aussi un moyen d’accéder à un autre niveau de réalité en se détachant d’une raison normative et des ravages de la communication. »

« Le livre s’invente plutôt que je ne l’invente » « Mon refus du lyrisme et mon recours à l’impersonnalité se fondent sur l’idée que les mots et le hasart précèdent la subjectivité poétique. » « Je poursuis une aventure qui s’appuie sur des risques, des décalages ou des contrepoints afin d’insuffler un mouvement et un rythme à un bricolage plus ou moins créatif. » nous explique Philippe Jaffeux à la page 12 de ce livre. Il ajoute ceci: « Si j’ai écrit de longs textes, ce n’est pas seulement afin de me révolter contre le temps mais aussi pour essayer d’entretenir les errances d’un état de grâce ou les opérations d’un enchantement inactuel ». « Ma personne est un leurre ».

Je relève aussi qu’il y a « un désir d’écrire sans écrire » d’opérer un « glissement de l’écriture vers l’image, image inexplicable, voire inexprimable. »

Philippe Jaffeux rappelle que son écriture est faite de fragments, « d’empilements de fragments, de mouvements immobiles, qui s’imbriquent dans la matière d’un livre bricolé. » Sa poésie « prend son sens dans son rapport avec les nombres. » « L’objectif initiale de ces phrases se limite à ébranler la syntaxe, à propulser un élan libérateur et à traduire, de nouveau, un moyen d’écrire sans écrire. « Mes textes ont une raison d’être s’ils réussissent à s’inventer eux-mêmes au moyen d’un courant de mots qui célèbrent la dynamique d’un chaos ou d’un silence irréductibles à l’analyse et au savoir. »

Dans sa chronique Jean-Paul Gavart-Perret  semble vouloir opposer l’idée d’une poésie expressionniste, impressionniste à la poésie cubiste que serait celle de Philippe Jaffeux. Il est vrai que Philippe Jaffeux compare sa poésie à l’art et à l’art contemporain, à la peinture abstraite, où l’objet et le sujet perdent pied face aux points de vue multiples qu’il est désormais possible de poser sur une œuvre qui se détache de la représentation du réel, du monde et n’a plus rien à raconter que ses propres mécanismes, sa propre mise en œuvre. Je dirais donc que la poésie de Jaffeux est une poésie abstraite. Elle s’appuie pourtant sur un langage concrétisé, objectivé où les jeux tentent à faire disparaitre le JE de l’auteur, du lecteur.

Au même titre, elle déconcerte, elle surprend, elle réinvente de nouvelles règles pour mieux les dissoudre et les dénoncer. On sent également dans les textes de Jaffeux que j’ai parfois envie de comparer aux textes du « nouveau roman » d’un Alain Robbe-Grillet un regard cinématographique qui dénonce par une description excessive des décors, des objets, du silence et de l’absence d’action les propres contraintes qu’il vient d’inventer.

Philippe Jaffeux cherche « dans une langue vertigineuse » la dissolution de sa propre personne et donc une démultiplication des points de vue, des regards critiques sur l’écriture. « Les mots ou les lettres sont aussi les pièces d’un jeu qui l’amènent parfois à concevoir l’acte d’écrire, non seulement comme une impossibilité, mais aussi comme une futilité, une blague ou mieux, une farce sacrée. »

Toute poésie est une réflexion sur elle-même, quand elle invite comme elle a invité d’abord son auteur, son lecteur à se réécrire, je pense alors qu’elle est réussie. Philippe Jaffeux plaide pour ce genre de liberté, je ne peux que l’approuver vivement. Sincèrement .

©Lieven Callant

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Le murmure des nuages, dans une cuisine, Thierry Radière, éditions Émoticourt, Paris 2016

Chronique de Lieven Callant

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Le murmure des nuages, dans une cuisine, Thierry Radière, éditions Émoticourt, Paris 2016

Le murmure est avant tout celui de Miri, une petite fille atteinte de mucoviscidose qui deux fois par jour doit être soignée par l’inhalation d’une solution médicamenteuse. La machine munie d’un compresseur doit être minutieusement stérilisée avant d’être utilisée. « La vapeur entre dans les bronches et ressort par le nez. » Miri doit essayer de garder le plus longtemps possible le nuage de vapeur dans ses poumons. Les séances se font dans la cuisine de la maison familiale, les murs sont jaunes. Partout ailleurs, ils sont remplis de dessins.

L’enfant accepte les traitements avec force, lucidité. La maladie ne fait qu’inter-rompre ses jeux, postposer les promenades, les sorties prévues. Des spectacles de théâtre inventés et joués par Miri agencent autrement l’espace et le temps entre les traitements.

Le murmure est aussi celui d’un papa pour sa fille. Un message, une missive qui passe au dessus de nos têtes à l’instar des nuages. Pourvu qu’ils suspendent le plus longtemps possible les pluies noires. C’est du moins le souhait qu’en tant que lecteur je fais. Car si la maladie est une menace permanente, si elle impose qu’on mesure le temps, un seul mot suffit à Thierry Radière pour l’évoquer. Il n’est pas question qu’elle s’impose à l’ensemble des phrases. Les mots de Thierry Radière ont le pouvoir de congédier la maladie. S’il murmure, c’est pour parler à Miri, convoquer avec doigté: souvenirs, sensations, émotions et espérances. Les mots ne servent qu’à évoquer l’amour, la vie. Au dehors si la tempête fait rage, si les médecins convoquent l’espoir au moyen de statistiques, de chiffres, la maison avec sa cuisine se transforme en bateau bravant les épreuves, avalant les nuages trop lourds, créant la place pour un voyage qui va « être spécial ».

Thierry Radière signe ici un livre pudique et sensible, un tableau intime presque silencieux où une couleur solaire malgré tout domine les ciels nuageux. Comment parler de la mort, comment penser à ce qui menace bien plus fortement que nous-même l’enfant à laquelle nous voulons surtout donner la vie? Comment conjurer cette cruelle fatalité? Thierry Radière décide courageusement de ne pas le faire et ne consacre aucune phrase à la souffrance, à la maladie, à la mort. Lui céder le terrain des mots et de la poésie se serait trahir la vie. Trahir l’amour.

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Céline Delabre, Sur la route, Éditions Esperluète, 2016.

Chronique de Lieven Callant

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Céline Delabre, Sur la route, Éditions Esperluète, 2016.


« La voiture démarre, tourne et s’élance: le voyage commence! » Voilà ce qu’on lit au dos du livre. Sur la couverture veloutée, on aperçoit que sur la route qui serpente en suivant le lit d’une rivière et les courbes de collines verdoyantes, de petites autos rouges et jaunes circulent. Dans le ciel, un nuage glisse juste au dessus du titre.

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Le format de l’album, la qualité d’impression et le soin apporté au choix du grain du papier raviront les plus jeunes comme les moins jeunes lecteurs. Cette qualité est une spécialité des éditions Esperluète.

Comme son titre l’indique, cet album est une invitation au voyage. Voyage de vacances, voyage de la vie qui nous fait tous partir « au petit matin » et nous emmène au delà des routes sinueuses pas toujours faciles à suivre. Voyage jonché d’étapes surprenantes, d’espoirs, de découvertes, d’attentes.

Voyager implique qu’on quitte un endroit pour un autre, qu’on abandonne des habitudes pour d’autres. « Sur la route » évoque et répond aux petites peurs de ceux qui partent en voyage.71_panorama-autoroute

 

Les illustrations faites de papiers découpés marient admirablement les fines textures attribuées aux feuillages des arbres, au bitume de la route, aux nuages, aux autres voitures sur cette longue et amusante route aux couleurs pures.

Les phrases légères ne fonctionnent jamais comme de simples légendes qui tenteraient d’expliquer les images. Non, on lit les images, on regarde les phrases. On admire les paysages, le temps qui passe et repasse, on s’amuse. La dernière page est une merveilleuse surprise à laquelle le voyageur aspire comme à une récompense.

Pourquoi ce livre dans une chronique pour une revue qui s’intéresse à la poésie? N’est-ce pas là un livre qui s’adresse aux enfants? Oui évidemment. J’aime lire ce qui s’adresse aux enfants car je suis une enfant. Je suis aussi persuadée que la poésie elle-même est une enfant. Elle joue, elle transgresse, elle rit, elle est palpitante et jette des regards interrogateurs. Pourquoi ne m’intéresserais-je qu’aux choses sérieuses qu’on s’adresse entre adultes? Parce qu’il est des plaisirs simples, directs, immédiats, sans arrières pensées et qui ne nous détournent pas de nous-même.

Il est un plaisir qui se partage particulièrement bien même avec les enfants les plus jeunes, avec les enfants que nous sommes peut-être restés, c’est celui des mots, des images et de leurs lectures possibles.

©Lieven Callant

 

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