Barbara AUZOU, « TOUT AMOUR EST ÉPISTOLAIRE », Z4éditions

Une chronique de Jeanne Champel Grenier

Barbara AUZOU, « TOUT AMOUR EST ÉPISTOLAIRE », Z4éditions


Un titre sous forme d’affirmation qu’il va bien falloir démontrer ; et je songe à l’auteur de ces mots à la fois poète et enseignante qui aurait pu donner cette phrase à  méditer à ses élèves  adolescents :

« Tout amour est épistolaire. »  »Vous avez 4 heures ! »

 Barbara AUZOU, elle, nous fait la démonstration à la fois poétique et sentimentale de la véracité de ces mots concernant sa relation amoureuse, en l’écrivant au quotidien et de façon magistrale, sur une période d’un an, environ, depuis le 25 juin 2021 jusqu’au 10 juillet 2022. 

Il s’agit de révéler au jour le jour que l’absence ou la présence de l’être aimé n’interrompent jamais le sentiment mais qu’au contraire, cette alternance le favorise, fortifie et enrichit l’avancée à deux, jour et nuit, dans la profondeur et le perpétuel renouveau. La présence physique épisodique,  entourée de poésie et de mots vivants choisis, serait un ferment pour l’épanouissement d’un amour. :

 »parce que je le confesse les mots que je murmure aux fleurs sont davantage à ton adresse » (P.18

 »Je t’entends encore m’affirmer que c’est déjà plus haut que nos vies cet amour fou jeté par poignées d’oiseaux sur les volets du murmure  »(P.32)……

 »Il m’arrive la nuit de m’éveiller à l’instant même où le songe se tait alors j’enchenille les persiennes au coton blême de ma peau pour te retrouver »(P. 34)

Dans l’écriture de Barbara Auzou, les sentiers ne sont jamais  »battus », ils naissent aux besoins toujours nouveaux puisque le sentiment d’amour se sublime par l’absence et se réserve aux lèvres franches et assoiffées :

Je t’écris comme une fontaine de persévérance laisse un bruit d’eau sur les lèvres » (P.17

L’amour reste est lié aux cinq sens qui par un travail de mémoire poétique incessant demeurent en éveil :

 »Tu sais comme me demeure étranger tout ce qui n’est pas immédiatement compréhensible par la peau »(P. 19)

 L’amour reste à vif grâce à ce quotidien en alerte qui fait provision de beauté et de bien être partagés aidé par une commune vision de la vie :

‘Raconte-moi encore la tendre histoire du temps amoureux qui se couche sur le temps pour que j’écosse mes rêves assez longtemps sur le sensible, que je retourne au ventre fauve des lenteurs vraies et au foyer blagueur de tes yeux où je monte à pas de loup jusqu’au joyeux » (P. 31)

 Ce recueil vraiment exceptionnel est le témoignage patient et vivace d’ un feu entretenu à deux, un feu que l’on engendre, transporte, que l’on voit briller ; un feu qui vous rappelle de tendres et fougueux souvenirs ; un feu parfois violent qui ne vous laisse jamais de cendre sans une étincelle de secours au coin du cœur.

Lecteurs, amoureux des belles lettres, que me soit permis un conseil : ne prenez pas de notes quand bien même les paroles de l’auteur vous paraîtraient si proches de vous, si belles  »à tomber ! » ; faites comme disent nos amis Canadiens :  »Tombez en amour ! Et la poésie de la rencontre vous donnera peut-être ce supplément d’âme et de jeunesse ardente qui rend la poésie amoureuse de Barbara AUZOU si vraie, si fraîche et profonde, si positive… inimitable.

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

Pierre MIRONER, LES LARMES DE PHAETON – Poésie – Éditions du Menu Fretin

Une chronique de Jeanne Champel Grenier

Pierre MIRONER, LES LARMES DE PHAETON – Poésie – Éditions du Menu Fretin

Il s’agit d’un recueil de poésie dont la couverture blanche présente dans les tons gris-bleu la photo d’une famille de cygnes blancs sur un lac de grande amplitude d’où se dégage un sentiment mêlé d’élégance, d’immuabilité et de solitude immédiate. 

             Le titre : « Les larmes de Phaeton » dont le seul indice explicatif de l’auteur soit  »  Phaeton fils du Soleil, pleure sur Varsovie », Varsovie dont la famille de l’auteur était originaire. Et puis cet avertissement dubitatif qui me fut donné : » ce livre est difficile » ; il s’agit non pas là d’un trait d’orgueil, certes Pierre Mironer a fait ses études en Sorbonne, a été enseignant, et tout en découvrant la complicité du piano ancien et les musiques du XVIIe, a couru le monde comme le firent nombre de poètes tels Blaise Cendrars et plus près de nous Sylvain Tesson, ou un Blaise Hofmann ; ces mots » ce livre est difficile » sont presque une excuse, comme s’il n’avait écrit que pour lui-même ce grand voyage de joies et de larmes qu’est la vie, ou pour son père disparu à qui ce recueil est dédié.

            Aussi, ne nous attendons pas à une prosodie régulière et compassée, il y a dans l’écriture de Pierre Mironer un gisement de richesses brutes et des explosions de lumière urgente ici et là indiquant la présence d’un trésor dont on ne veut déployer (comme le font souvent par orgueil les poètes) tous les filons, car il ne s’agit pas de briller, il s’agit de mesurer une vraie profondeur de douleur et de solitude. Toutefois il n’est pas question non plus de se retirer dans la prostration ou l’ascèse.

            L’auteur écrit au vrai rythme de sa vie et au rythme du monde qui n’est pas celui où se suivent naturellement les alexandrins. Ainsi se présente sa  »description » du célèbre et beau tableau de « La Dame à l’hermine » où Pierre Mironer avertit le lecteur sur le ton naturel de l’échange :

« Aligner des vers…/ ou raconter l’épopée turco-bulgare / ou les confluences balkaniques /comment le pourrais-je ?

La misère des cités d’Europe de l’est est fort grande / Inutile de traduire « La Ballade des Pendus » en polonais ( P.49) 

Il en viendra donc à regretter cette fourrure d’hermine qui orne le col des riches bourgeoises :

« Un petit animal qui disparaît sous la neige des congères

elle a su le caresser, et depuis, il ne cesse de se retrouver en hiver 

autour du cou des grosses dames de Krakow »(P.46)

            Pierre Mironer évoque le voyage de toute une vie passée à rechercher des racines vivantes, sans en trouver. Il ne lui reste que les dieux de l’Olympe et de la culture comme Phaéton, ce fils folâtre du soleil dont il s’imagine être le semblable, ce qui lui fait dire :

« J’accumule les errances et les enfantillages

C’est cela que tu me reproches » ( P.31)

           Aussi, n’espérons pas lire ici de la poésie  »classique » bien  »calculée » mais laissons-nous surprendre par exemple par un moment naturel d’admiration devant une tenture ancienne :

« ce chat qui tâte la température de la rivière / va-t-il marcher, courir sur l’eau »… se contredisent perchés / le cacaotès et un doux rapace…/ Il n’en faut pas plus pour oublier ce monde..

« La verdure la plus fraîche est sans doute celle de la cigogne, / qui prolonge de son corps oblong et de ses pattes de roseaux / le reflet des arbres »…( Musée de Cracovie)

           Ainsi, Pierre Mironer a raison, la poésie est partout, et malgré une vie difficile à circonscrire, il suffit de regarder la nature (même si elle se raréfie), parfois même une œuvre d’art :

« Venez écouter le chant inouï des Oiseaux dans les musées

Et caresser la Création, caresser les créatures… »

          Seul au monde, le poète ( à la manière de Heinrich Heine) se donne une ligne à suivre :

« Va comme la nuée répandant la brume

sur chaque chaume, et ne te laisse pas enclore

dans l’ajustement des tuiles d’un toit. » ( P.35)

          Je retiens entre mille autres beautés ce « Petit bestiaire de circonstance »

où l’auteur à l’oreille musicale nous laisse écouter 

« le cliquetis dérivé du trot de l’haridelle sur les promenades » ( P.25)

          Ce livre est une confession, une invite poétique plus en prose qu’en vers, et peut devenir un ami si l’on sait se détacher des habitudes comme le souhaite  Pierre Mironer en page 38 :

« Viens au monde un Kerouac entre les dents

peut-être au contraire de moi te sentiras-tu « en famille » ici-bas…

 consolide ton ashram littéraire, bien loin du parking terrestre »

© Jeanne Champel Grenier

Pierre MIRONER, « SORELLA », Roman poétique, Ed. du menu fretin, 2017, ISBN 978-2-9543997-13, 88 pages, 15 euros

Une chronique de Jeanne Champel Grenier

Pierre MIRONER, « SORELLA », Roman poétique, Ed. du menu fretin, 2017, ISBN 978-2-9543997-13, 88 pages, 15 euros


 « SORELLA », qui signifie « soeur » en italien, a été écrit par le poète et pianiste Pierre MIRONER, en écoutant des enregistrements de Su Ya Wang, ainsi que la musique de chambre de Gabriel Fauré. Cette œuvre est accompagnée d’élégantes peintures florales pleine page, de Dang-ngoc Tran.

 Il s’agit d’un roman de facture originale puisqu’il est rédigé en vers libres, le plus souvent groupés en quatrains non rimés, liberté assumée par le poète  ( on note cependant, ici et là, l’apparition naturelle d’alexandrins) tout en »cultivant la spontanéité, Esprit de jeunesse en fleur! selon les mots-mêmes de l’auteur, et l’on songe à Voltaire : »Cultivons notre jardin » c’est à dire notre vie en priorité, et par extension, le monde.

 Le sujet étant l’enfance du  »récitant » ( qui dit n’être pas l’auteur du conte) accompagné de Sorella, sa sœur, qui joue pleinement son rôle d’ainée. Une enfance en marge du monde légiféré qui brime l’humain dans le carcan social, une enfance protégée dans une grande maison du Lubéron, entourée de murailles, sorte de thébaïde, de grand jardin clos, où rien d’essentiel ne fait défaut :

                           Devenir grand, voilà à quoi je passais mes journées (P.11)

Les impressions relatées, détaillées, apparaissent si vraies qu’il est difficile de croire qu’elles n’aient été réellement vécues ou du moins ardemment désirées.( »j’aurais aimé une sœur plus âgée que moi / que j’aurais un jour désirée…)

Par bonheur, le  »héros » de SORELLA a la chance de vivre à côté d’une sœur post-adolescente, sûre d’elle, digne de confiance, en place d’adulte ou de tuteur rigide, une présence vive, très proche de l’enfance, un guide sans violence, comme pour aider les plantes à grandir, en douceur, à la verticale de la poésie :

                          elle m’aurait fait deviner quelque rime

                          ne répondant que sottise comme rhume

                          ou fume pour plume, ma sœur se serait fâchée

                         « La poésie est aussi utile que les oiseaux »

Et l’auteur d’ajouter :

                          mais je me moque toujours autant de ces jeux

                          de vieillards – aux figures de style je préfère

                          l’écho puissant qui bondit dans les montagnes (P.9)

Plus loin, l’auteur confirme, en relatant les paroles d’un ouvrier venu réparer la toiture

                           L’un d’eux écrit quatre vers à sa belle 

                          andalouse et me dit du haut de son perchoir 

                          que la poésie est libre et qu’elle doit le rester

 SORELLA, ce roman qui ressemble à un long poème libéré des lois  »mécaniques » artificielles de la versification, raconte au jour le jour, de façon naturelle, l’essentiel de l’homme dès la petite enfance : le besoin de sécurité, d’amour paisible, le besoin absolu de rythme naturel, de proximité avec les animaux ( le chien Icare). L’auteur décrit une enfance protégée au sein de la vraie vie, une enfance qui permet aux humains baignant dans un milieu naturel de découvrir leurs dons personnels :

                           j’apprends et je retiens sans souci tout très vite

                           nul besoin d’école ou de leçons…

Toutefois nous ne sommes pas en pays Amish, le monde extérieur n’est pas pour autant ignoré, on n’est pas non plus dans une atmosphère d’eau bénite ou de couvent ; la culture circule : on nous parle de Salomé, des filles de Loth, et de cet absurde poème 😮 bleu, u vert, i rouge...On nous cite Pascal, Jules Verne ( trop technique), on évoque la guerre, la shoa ( je cherchai le mot absurde et l’absurdité / dans le Petit Robert sans trouver de réponse)

On parvient lentement et sûrement à la conclusion suivante : l’éducation, l’instruction et la culture se forgent au rythme de la vraie vie entourée de la confiance qui doit émaner d’un adulte digne de s’occuper d’enfants:

                          je prépare un diplôme unique en son genre :

                          je serai admissible aux plus grandes écoles

                         de la vie, et serai en tout cas sûr de moi,

                         garderai confiance en pensant à Sorella…

                         elle veille à ma croissance en m’ouvrant

                         »un chemin où l’homme ne pourra me nuire ».(P.37)

Pierre MIRONER nous offre dans SORELLA un roman attachant, très original, sous forme de long poème si vivant, si précis, si délicat, qu’on le croirait en grande part vécu ; une histoire détaillée qui interpelle et marque le lecteur en le replongeant dans sa propre enfance. 

 Il nous décrit au jour le jour une sorte d’éducation idéale qui nous rappelle Rousseau, Voltaire, ou bien René Char dans  »Luberon »( C’était en pays heureux), une éducation où le respect des besoins de l’enfant, de ses goûts personnels, prime sur la connaissance générale déshumanisée issue des livres et des  »grandes écoles ». 

 Il prône une éducation proche de la nature qui procure une réelle sérénité (Nous n’avons à l’automne que le mot  »bulbe » à la bouche). Voilà pourquoi ce roman est dans l’air du temps. N’est-ce pas ce qu’un Pierre Rabhi, pâtre de  »la sobriété heureuse », nous a encouragés à faire : réconcilier l’humain et la terre ? Cela prend doublement valeur d’exemple lorsqu’on sait que le poète Pierre Mironer a consacré sa vie non pas seulement à l’écriture et à la musique, mais à l’enseignement.

                                                                                                    © Jeanne CHAMPEL GRENIER

Nicole Hardouin, Lilith, l’amour d’une maudite, éd.Librairie-galerie Racine Paris.

Une chronique de Jeanne CHAMPEL GRENIER

Nicole HARDOUIN,« Lilith, l’amour d’une maudite », Illustration de couverture : Colette Klein : « Magnétisme », Préface Alain DUAULT,  Ed. Librairie-Galerie Racine-Paris. ISBN 978-2-243-04536-9


                          Nicole Hardouin, cet auteur hors du commun, toujours ferraillant hors des chemins battus, nous offre les sensations libérées, toujours sur les crêtes, de la relation amoureuse débarrassée des interdits et filtres occultants de la bienséance imposée à la femme. Telle Lilith, elle dévoile au lieu de voiler ; elle assume à cru la chevauchée du désir amoureux et son assouvissement.

 L’auteur, par sa plume vive et sensuelle, fuyant toute censure, met en scène les désirs amoureux et, le moins qu’on puisse dire, on est très loin des descriptions passéistes, aspergées d’eau bénite qui émaillaient encore les romans féminins, il y a peu.

             Il s’agit non plus de balade ni de bluette mais d’une révélation d’ascension à nu des Grandes Jorasses sous la foudre. Aucun cataclysme naturel ne peut être comparé à sa façon de vivre et d’écrire l’exaltation des corps et l’accélération des cœurs en amour. Il s’agit toujours, pour elle, non pas de rengaine fleur bleue mais de « faire l’amour comme les éclairs dans l’orage » et de révéler que dans ces conditions « les langues brûlent dans le naufrage des sucs.»

            Il s’agit d’écrire avec franchise et vérité, il s’agit de décrire sans faux semblant la sublimation des sens. Lilith, parce qu’elle refuse la place subalterne de femme soumise, la place de réceptacle muet que lui réservait l’homme, serait-elle  »maudite » ? Alors qu’elle existe, tous les sens vivants, devrait-elle mimer l’effacement, devrait-elle cacher ses formes sous des voiles occultants, se masquer le visage ?

            Ce livre ouvre encore un peu plus cette porte étroite par laquelle la liberté féminine, dans de nombreux pays, essaie de se frayer un passage non sans y perdre quelques plumes.

                   Ici, dans ces pages très actuelles, nous sommes dans le flamboyant de l’amour charnel aux étreintes fulgurantes ; c’est un livre, qui, souvenons-nous, il n’y a pas si longtemps aurait valu censure et condamnation suivies de brûlots nourris de corps de femmes traitées de sorcières.

                                                                                                 ©Jeanne CHAMPEL GRENIER

Pierre GUÉRANDE, Baronnies de l’imaginaire, Poèmes- Editions Saint-Honoré-Paris

Une chronique de  Jeanne CHAMPEL GRENIER


Pierre GUÉRANDE, Baronnies de l’imaginaire, Poèmes- Editions Saint-Honoré-Paris ISBN:978-2-407-01519-1

C’est un réel voyage  que cette plongée dans les  »Baronnies de l’imaginaire » de Pierre Guérande ! Un voyage au présent qui respecte certains mots du passé tel que  »baronnie » ; un beau voyage dans ce territoire de langue française que servent si bien les poètes belges dont les illustres pères se nomment Émile Verhaeren, Maurice Carême, Charles Van Lerberghe, Théodore Hannon et tant d’autres…

Tel un chevalier, Pierre Guérande entame un voyage qui défie les lieux et le temps pour dédier, à la moindre émotion, quelques mots de neuve poésie à tel ou tel ami qui l’aura touché par sa qualité de peintre, musicien, poète ou autre créateur. Voilà les  »Baronnies de l’imaginaire »’, ces terres spirituelles qui ont un lien d’appartenance ancienne, et qui continuent à flamboyer du blason ; des domaines où se rencontrent des âmes qui ont une fleur à offrir au monde.

 Il s’agit d’une sensibilité qui sait choisir les termes anciens et les offrir au présent tels

‘le grandiose inachèvement/ des écoinçons et des bretèches dont nous parle un peintre ‘‘en sa palette fatiguée/ des symétries de convenance («Le chevalet d’écume»-Page 12)

Ce recueil en son entier est un trésor. Chacun peut y trouver un bijou taillé de multiples facettes à admirer, à conserver en souvenir d’une rencontre rare.

 Qui ne saurait se laisser envoûter par ces textes précis au riche vocabulaire, écrits en lumière de vérité, sans langage ostentatoire, mais que l’on garde en mémoire. 

 Personnellement, en tant que peintre, je choisirais le magistral portrait du héron !

Pierre Guérande semble dresser ici, une sorte de portait du poète, dans sa silencieuse noblesse, hors des fatuités bruyantes dispensées par certains concours ou académies.

   »Il tient de l’armure et du prince /un fuselage séculaire/ gris-perle savamment lissé/ apesanteur et gravité…Sentinelle des fraîches eaux /bleu samouraï des roselières/ il se défait de son ego/ pour n’incarner que son lignage…Il réinvente l’immobilité/ entre deux glissements muets/ vers un ailleurs d’enivrement/ et de solitude héraldique…Il vole un temps à hauteur d’homme. ».. (« Sphinx ou héron »-Pages 14-15)

Reconnaissons à Pierre Guérande, l’acuité du regard, la profondeur des idées, la richesse des images et la sobre beauté du vocabulaire ; ces qualités qui, ajoutées à l’élégante discrétion, font la noblesse et  »le lignage » d’un poète.

© Jeanne CHAMPEL GRENIER