Thierry SAJAT, RÉVÉLATIONS, Poèmes, Ed.Thierry Sajat-2024


           Dans ce recueil, Thierry Sajat nous ouvre son cœur de façon discrète, un peu comme le ferait un ami; il nous parle de Sandy chanteuse bien connue et aussi d’Elsa sa fille, de quelque ami cher aussi. C’est une poésie qui tient à l’âme sans la choquer ni l’encombrer, une poésie qui vous parle et vous aide à rêver…Une poésie saine et claire avec ce je ne sais quoi de rare et de précieux qui rappelle les grands noms d’autrefois. 

RÉVÉLATIONS : une poésie à murmurer, à chanter, une poésie à mettre entre toutes les mains, entre tous les cœurs, mais une poésie de la retenue et de la pudeur comme nous le révèlent ces mots en exergue :

  »Les mots qu’on n’écrit pas sont toujours les plus beaux »

        La plume de Thierry SAJAT est comme lui, discrète, prévenante, élégante, jamais outrancière ni même insinuante. S’y devine un respect pour la pudeur des femmes et un sens du secret qui jamais n’insinue le moindre geste osé. Il est question d’amour sur le fil, d’amour pur, sans aucune lourdeur ni allusion déplacée que l’on retrouve trop souvent dans les poèmes masculins. Oui, l’auteur nous offre une poésie pleine de charme et de convenance, mais de profondeur de sentiment aussi :

« Je suis au bord du jour.
J’ai besoin de t’écrire et les mots se balancent
Presque ivres d’amour.« ( Sur la page du soir – P.9)

À peine quelques détails sur la femme aimée :

« Petit poème comme un songe
Un trait de lune dans tes yeux
Tandis que m’en-chante ta voix
Et qu’à fleur d’âme je te vois… »(Petit Po-aime- P.7)

Ce que l’on remarque sur le chemin poétique de Thierry SAJAT, c’est, ici où là, quelque mot ancien qui interpelle, brille tel un objet précieux, sacré, conservé par amour de la langue :

« Écrits sur quelque paperolle
Des mots de lune et de parfum « ( Écrits- P.11)

Les paperolles étant ces broderies de papier plié qu’utilisaient les religieuses pour créer de magnifiques ex-votos.

D’autres mots surgissent, comme des oubliettes :

« En composant mes vers au ciselet du vent  » ( En composant mes vers- P.6)

Et qu’un sourire d’âme apparaît au musoir ( Vois-tu -P.21)

Notons, puisque ces paroles sont si rares à notre époque de consommation d’amours rapides, ce respect de la beauté et la douceur de l’instant :

Ies mots très doux que vient souffler
Ma lèvre à ton oreille femme.
Le temps s’arrête pour nous deux
Je prends ta main, frôle ton âme
Et rien n’est plus beau sous les cieux.( Ce soir-P.30)

Et puis revient en Leit-motiv puissant le souvenir d’Elsa, la fille unique disparue dont il faut écrire la douleur puisque seul le souvenir permet de survivre :

Une boule dans la poitrine
Tel un silence de papier
Ou de plume, sous les encrines
De nos étoiles estropiées( Une boule dans la poitrine- P.46)

Des vers silencieux qui font un bruit étrange
Dans mon crâne blessé sous un roulis de brume…
Quand le verbe s’éveille au tremblé de la plume
Les mots venant à moi sont des murmures d’ange.(Les mots venant à moi – P.49)

Et je demeure à ses côtés
Dans un silence qui murmure
Sa mémoire qui fait le mur…(Poème à Elsa-P.50)

              REVELATIONS : un recueil murmuré, impossible à déclamer ; un recueil dépourvu d’artifice et qui ne cherche pas à plaire en démontrant sa culture ou sa maîtrise ; un recueil riche de « révélations » poétiques en catimini. Thierry SAJAT fait ici dans la dentelle ; il nous murmure des secrets avec juste ce qu’il faut d’immortel dans le ton, et il nous semble parfois retrouver un peu la musique des troubadours à la cour de France. 

Aucune préciosité, ni grandiloquence, dans cette écriture de l’Amour, et encore moins de détails déplacés dont certains se délectent, mais vérité, délicatesse et grande élégance de plume comme de cœur.

Philippe VEYRUNES, «AFFAIRES DE FAMILLE», Nouvelles – Ed. Les Presses Littéraires- Prix 20 euros


                                   

Un règlement de compte sur relents de nazisme; des parricides croisés de petits commerçants frustrés à l’éducation stricte; des transports amoureux en montgolfière; l’héritage d’un malfrat notoire, »oncle d’Amérique » corse; un jeune appelé qui échappe au S.T.O. mais pas à la foire aux bestiaux; sans compter un grand questionnement au sujet des colonies françaises avec des conclusions claires qui tiennent vraiment lieu de principe:  »L’enfer, c’est d’avoir perdu l’espoir…ou de ne plus pouvoir se regarder en face dans le miroir » Huit histoires détaillées, précises, menées tambour battant vers leur chute inattendue.

L’ensemble de l’oeuvre baigne dans un milieu plutôt bourgeois ( bien illustré par les deux reproductions de peinture en couverture: »Portrait de famille » par Peder  Severin Kroyer, et  »La famille Bellelli » d’Edgard Degas; et partout des repères nombreux nous rappelant la Provence, entre Hérault et Gard, ce qui n’empêche pas une sorte de proximité de vue avec nos classiques de la comédie humaine plus parisienne de Balzac, et parfois l’ambiance des Rougon-Macquart de Zola. Tous deux excellents peintres de types marqués, conteurs de drames, archéologues d’intérieur, enregistreurs du bien et du mal, le tout peint avec sobriété et force.

Philippe Veyrunes excelle dans la description précise et rapide tant des lieux que des personnages:

 »La secrétaire, une trentenaire rousse au maquillage outrancier…( p.94: Mon oncle d’Amérique)

-Saperlipopette! S’exclame le gros homme avec une moue de dégoût qui accentua ses bajoues »(p.51: Question de régime)

 »des yeux durs, des sourcils épais et des lèvres fines habillaient de sévérité son visage rond »( p.13: Un héros encombrant)

Originalité du thème de chaque nouvelle, présentation soignée des héros et des situations, narration nette et précise qui n’exclut pas la poésie, sans lyrisme, mais avec un fort pouvoir de partage:

 »La tramontane avait lavé le ciel et les étoiles s’aiguisaient au froid de décembre ( p.171)

 Rappelons que l’auteur est Prix de Poésie Paul Verlaine 2001 de l’Académie Française pour son recueil :  »Les voleurs d’arc en ciel ‘‘ 

On le voit, « AFFAIRES DE FAMILLES » est un livre riche, vivant, qui nous concerne par sa précision psychologique et son fort pouvoir de mimétisme réveillant des souvenirs personnels dont la chute demeure inattendue… à l’image de la vie.


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Pierre MIRONER, ENCORE UNE COUCHE, Poésie, Ed. Menu Fretin.


Par ce titre à connotation humoristique, l’auteur coupe court à tout lyrisme d’emblée qui pourrait banaliser le sujet du recueil. En effet, lorsqu’il est question de neige, il y a danger! Il est si facile de glisser vers la description. Il suffit d’aligner les poncifs de blancheur et de pureté traditionnelles, et de glissade en glissade, la chute d’attention par défaut d’intérêt en devient inévitable. Mais ici : aucun danger de  »déjà vu » !.

En séjour de santé dans les Vosges, Pierre MIRONER, gagné par la beauté et la force du site enneigé, entame ce que l’on peut appeler un journal, puisqu’il nous annonce, dans son Avant-propos,  »avoir noté jour après jour les variations du paysage neigeux ». Tout en regrettant les effets néfastes de  »la haute technologie et le déferlement des machines », il se propose de nous extraire  »quelques mots susurrés à lui par Dame Nature, comme s’il s’agissait du message sibyllin d’un autre monde »

Un simple tableau, un croquis, pour commencer de la part d’un poète qui a un bon coup de crayon,

                                                         Soleil et neige

                                                           couple idéal

                                                          portail ancien

                                                         chien qui aboie(P.6)

et puis des signes positifs pour quelqu’un venu rétablir sa santé:

                                              La force de la neige sur les sapins

                                              la force de l’eau ruisselant sous la glace

                                              la force de l’eau courante en montagne

                                              cette vie qui ranime les linceuls blancs !(P.7)

 Il s’agira aussi de regretter, en forêt domaniale de Haute Meurthe, l’intrusion du progrès : ici, les trop nombreuses et bruyantes automobiles heurtent la sensibilité du poète qui est aussi musicien :

Ces machines me tuent l’esprit / me ravissent ma vie et ravivent / toutes les douleurs, tous les chagrins.

Pierre MIRONER qui aime l’art et qui dessine, décrit ce qu’il voit de façon précise :

L’hiver transforme les sapins en arêtes de poissons,/ pourtant, même à basse altitude, la terre entretient ses fourrures…(P.9)

Plus loin en page 11, il s’agira du bruit des eaux de la Petite Meurthe : 

 »Ce discret mais essentiel grondement

m’a toujours fait penser à des applaudissements nourris

et unanimes, dans une salle à grand spectacle…

Et le poète de soliloquer :

et pourquoi à l’odeur un feu de cheminée

m’apparaît-il soudain si bon pour la santé

tandis que la carbonisation lente de l’espèce humaine

se poursuit au hasard du passage des bolides ?

Et puis de comparer la vie magique de la neige à celle de l’homme :

Mais la neige avant de mourir

se permet des instants de mystère,

des sculptures inouïes qu’elle nous demanderait

 presque de lécher…(….)

car elle seule est capable

de transparences qui justifient l’union

du verre avec son eau ( P.19)

Nul homme n’a réussi quelle que soit son intelligence à faire coïncider le contenant et le contenu humain ; l’apparence physique et la vie intérieure, comme le fait la neige devenue glace :  »l’union du verre avec son eau »

Mais la sensation de trésor fragile est là :

Mille reflets évanescents de bijouterie

Oh combien de carats illusoires

en chaque pas broyant un paquet de biscottes( P.22)

Et plus loin, se rappelle à l’auteur une originale image de fête :

La tranche fraîche de l’arbre tronçonné

claire comme du beurre,

ou la crème des bûches de fêtes….

Retour empressé

par les sentes

de douce meringue (P.24)

L’ambiance hivernale où la neige transforme tout, réveille les dons de peintre du poète à l’oeil exercé : vous avez dit : blanche, la neige ?

La surabondance de nivosité produit des noirs

des gris et verts que je n’obtiens pas sur ma palette( P.29)

On le voit, ce recueil d’une soixantaine de pages est un voyage attentif de reconnaissance où Pierre MIRONER note ce qu’aucun œil, aucune oreille avant lui n’a noté avec autant de personnalité, de justesse, de poésie et de finesse. De nombreuses pages abritent cette grandeur de vue éloignée de toute description vieillote habituelle consacrée au paysage enneigé :

 » Les Danaïdes déversant sur nos têtes / deux mille ans de débris d’hosties… un bon mètre de noblesse sous le pied . »( P.45)

Il sera alors bien temps, d’autre part, de se désoler avec l’auteur, conscient des changements du climat, à l’heure où les neiges éternelles fondent :

On ne te regarde plus, Dame Neige

on ne tient plus compte assez de toi

qui recule, t’atrophie, te tasse, te cimente

et te dérobe jusqu’à disparaître( P.61)

Et puis une réflexion positive sur la vie et sur la nature malgré tous les dangers :

 »Mais pour ces jours « comptés », comment

ne pas m’extasier devant la prise de pouvoir

en noir et blanc du climat (P.46)

ENCORE UNE COUCHE ! Voilà que ce beau recueil, riche encore de tant de fines observations à la fois musicales, artistiques et poétiques, sans compter les craintes prémonitoires qui sont plus que des allusions quant au changement climatique, justifie amplement son titre :

Encore une couche… de poésie fine sur les sommets ! On en redemande !


Barbara AUZOU, « TOUT AMOUR EST ÉPISTOLAIRE », Z4éditions

Une chronique de Jeanne Champel Grenier

Barbara AUZOU, « TOUT AMOUR EST ÉPISTOLAIRE », Z4éditions


Un titre sous forme d’affirmation qu’il va bien falloir démontrer ; et je songe à l’auteur de ces mots à la fois poète et enseignante qui aurait pu donner cette phrase à  méditer à ses élèves  adolescents :

« Tout amour est épistolaire. »  »Vous avez 4 heures ! »

 Barbara AUZOU, elle, nous fait la démonstration à la fois poétique et sentimentale de la véracité de ces mots concernant sa relation amoureuse, en l’écrivant au quotidien et de façon magistrale, sur une période d’un an, environ, depuis le 25 juin 2021 jusqu’au 10 juillet 2022. 

Il s’agit de révéler au jour le jour que l’absence ou la présence de l’être aimé n’interrompent jamais le sentiment mais qu’au contraire, cette alternance le favorise, fortifie et enrichit l’avancée à deux, jour et nuit, dans la profondeur et le perpétuel renouveau. La présence physique épisodique,  entourée de poésie et de mots vivants choisis, serait un ferment pour l’épanouissement d’un amour. :

 »parce que je le confesse les mots que je murmure aux fleurs sont davantage à ton adresse » (P.18

 »Je t’entends encore m’affirmer que c’est déjà plus haut que nos vies cet amour fou jeté par poignées d’oiseaux sur les volets du murmure  »(P.32)……

 »Il m’arrive la nuit de m’éveiller à l’instant même où le songe se tait alors j’enchenille les persiennes au coton blême de ma peau pour te retrouver »(P. 34)

Dans l’écriture de Barbara Auzou, les sentiers ne sont jamais  »battus », ils naissent aux besoins toujours nouveaux puisque le sentiment d’amour se sublime par l’absence et se réserve aux lèvres franches et assoiffées :

Je t’écris comme une fontaine de persévérance laisse un bruit d’eau sur les lèvres » (P.17

L’amour reste est lié aux cinq sens qui par un travail de mémoire poétique incessant demeurent en éveil :

 »Tu sais comme me demeure étranger tout ce qui n’est pas immédiatement compréhensible par la peau »(P. 19)

 L’amour reste à vif grâce à ce quotidien en alerte qui fait provision de beauté et de bien être partagés aidé par une commune vision de la vie :

‘Raconte-moi encore la tendre histoire du temps amoureux qui se couche sur le temps pour que j’écosse mes rêves assez longtemps sur le sensible, que je retourne au ventre fauve des lenteurs vraies et au foyer blagueur de tes yeux où je monte à pas de loup jusqu’au joyeux » (P. 31)

 Ce recueil vraiment exceptionnel est le témoignage patient et vivace d’ un feu entretenu à deux, un feu que l’on engendre, transporte, que l’on voit briller ; un feu qui vous rappelle de tendres et fougueux souvenirs ; un feu parfois violent qui ne vous laisse jamais de cendre sans une étincelle de secours au coin du cœur.

Lecteurs, amoureux des belles lettres, que me soit permis un conseil : ne prenez pas de notes quand bien même les paroles de l’auteur vous paraîtraient si proches de vous, si belles  »à tomber ! » ; faites comme disent nos amis Canadiens :  »Tombez en amour ! Et la poésie de la rencontre vous donnera peut-être ce supplément d’âme et de jeunesse ardente qui rend la poésie amoureuse de Barbara AUZOU si vraie, si fraîche et profonde, si positive… inimitable.

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

Pierre MIRONER, LES LARMES DE PHAETON – Poésie – Éditions du Menu Fretin

Une chronique de Jeanne Champel Grenier

Pierre MIRONER, LES LARMES DE PHAETON – Poésie – Éditions du Menu Fretin

Il s’agit d’un recueil de poésie dont la couverture blanche présente dans les tons gris-bleu la photo d’une famille de cygnes blancs sur un lac de grande amplitude d’où se dégage un sentiment mêlé d’élégance, d’immuabilité et de solitude immédiate. 

             Le titre : « Les larmes de Phaeton » dont le seul indice explicatif de l’auteur soit  »  Phaeton fils du Soleil, pleure sur Varsovie », Varsovie dont la famille de l’auteur était originaire. Et puis cet avertissement dubitatif qui me fut donné : » ce livre est difficile » ; il s’agit non pas là d’un trait d’orgueil, certes Pierre Mironer a fait ses études en Sorbonne, a été enseignant, et tout en découvrant la complicité du piano ancien et les musiques du XVIIe, a couru le monde comme le firent nombre de poètes tels Blaise Cendrars et plus près de nous Sylvain Tesson, ou un Blaise Hofmann ; ces mots » ce livre est difficile » sont presque une excuse, comme s’il n’avait écrit que pour lui-même ce grand voyage de joies et de larmes qu’est la vie, ou pour son père disparu à qui ce recueil est dédié.

            Aussi, ne nous attendons pas à une prosodie régulière et compassée, il y a dans l’écriture de Pierre Mironer un gisement de richesses brutes et des explosions de lumière urgente ici et là indiquant la présence d’un trésor dont on ne veut déployer (comme le font souvent par orgueil les poètes) tous les filons, car il ne s’agit pas de briller, il s’agit de mesurer une vraie profondeur de douleur et de solitude. Toutefois il n’est pas question non plus de se retirer dans la prostration ou l’ascèse.

            L’auteur écrit au vrai rythme de sa vie et au rythme du monde qui n’est pas celui où se suivent naturellement les alexandrins. Ainsi se présente sa  »description » du célèbre et beau tableau de « La Dame à l’hermine » où Pierre Mironer avertit le lecteur sur le ton naturel de l’échange :

« Aligner des vers…/ ou raconter l’épopée turco-bulgare / ou les confluences balkaniques /comment le pourrais-je ?

La misère des cités d’Europe de l’est est fort grande / Inutile de traduire « La Ballade des Pendus » en polonais ( P.49) 

Il en viendra donc à regretter cette fourrure d’hermine qui orne le col des riches bourgeoises :

« Un petit animal qui disparaît sous la neige des congères

elle a su le caresser, et depuis, il ne cesse de se retrouver en hiver 

autour du cou des grosses dames de Krakow »(P.46)

            Pierre Mironer évoque le voyage de toute une vie passée à rechercher des racines vivantes, sans en trouver. Il ne lui reste que les dieux de l’Olympe et de la culture comme Phaéton, ce fils folâtre du soleil dont il s’imagine être le semblable, ce qui lui fait dire :

« J’accumule les errances et les enfantillages

C’est cela que tu me reproches » ( P.31)

           Aussi, n’espérons pas lire ici de la poésie  »classique » bien  »calculée » mais laissons-nous surprendre par exemple par un moment naturel d’admiration devant une tenture ancienne :

« ce chat qui tâte la température de la rivière / va-t-il marcher, courir sur l’eau »… se contredisent perchés / le cacaotès et un doux rapace…/ Il n’en faut pas plus pour oublier ce monde..

« La verdure la plus fraîche est sans doute celle de la cigogne, / qui prolonge de son corps oblong et de ses pattes de roseaux / le reflet des arbres »…( Musée de Cracovie)

           Ainsi, Pierre Mironer a raison, la poésie est partout, et malgré une vie difficile à circonscrire, il suffit de regarder la nature (même si elle se raréfie), parfois même une œuvre d’art :

« Venez écouter le chant inouï des Oiseaux dans les musées

Et caresser la Création, caresser les créatures… »

          Seul au monde, le poète ( à la manière de Heinrich Heine) se donne une ligne à suivre :

« Va comme la nuée répandant la brume

sur chaque chaume, et ne te laisse pas enclore

dans l’ajustement des tuiles d’un toit. » ( P.35)

          Je retiens entre mille autres beautés ce « Petit bestiaire de circonstance »

où l’auteur à l’oreille musicale nous laisse écouter 

« le cliquetis dérivé du trot de l’haridelle sur les promenades » ( P.25)

          Ce livre est une confession, une invite poétique plus en prose qu’en vers, et peut devenir un ami si l’on sait se détacher des habitudes comme le souhaite  Pierre Mironer en page 38 :

« Viens au monde un Kerouac entre les dents

peut-être au contraire de moi te sentiras-tu « en famille » ici-bas…

 consolide ton ashram littéraire, bien loin du parking terrestre »

© Jeanne Champel Grenier