NADA-ZERO – NUMERO 97 – CHRISTIAN ALLE—- ART POSTAL

  • NADA-ZERO – NUMERO 97 -CHRISTIAN ALLE

« L’art postal est ce qui vous passe par la tête et qui arrive par la poste » est la devise de l’attachante revue d’art postal NADA-ZERO. Toutefois, Christian Alle fait manifestement une attentive sélection parmi tout son courrier, d’où le choix de poèmes pleins de personnalité de Jacques Fauny Lerendu et de Zapatero, ou ceux, tout à la fois pleins de conviction de sensibilité, de la polyglotte poètesse brésilienne Teresinka Pereira qui rappelle notamment l’horreur des deux utilisations guerrières de la bombe atomique et exhorte l’humanité à y renoncer à l’avenir, non sans formuler une aspiration à la paix et à la fraternité universelles.

Les œuvres visuelle ne sont pas moins, pour certaines de pleines de conviction.

Incontestablement , celle d’Eric Bensidon au titre très parlant «  Non à l’austérité » ne peut que remporter du succès, notamment en Europe !

La linogravure de la polytalentueuse Marcelle Simon, le 8X8 de Magda Lagerwerf, l’oeuvre d’Andrè Boeels, l’interprétation lyrique des continents dans le 8X8 abstrait d’Emmanuel Vaesken, les si poétiques timbres du « Jardin Alpin » de Diane Bertrand et son l’ATC floral, le fort original bouquet de chiffres de Piet Franzen/SIDAC, les dynamiques « Visions of Bosch » d’Aristide 3018, la fantaisiste œuvre de Bruno Chiarlone, les rythmes noirs et blancs de Serse Luigetti, le timbre de Reed Altimus, les timbres de Jean Huges, le sympathique stieker de Claudio Romeo, la carte postale expressionniste  « Remember Shozo Shimanoto » de Bruno Chiarlone sont autan d’oeuvres qui retiennent l’attention et charment.

Christian Alle, le concepteur directeur de cette originale publication, n’est pas moins auteur d’oeuvres séduisantes. Une atmosphère tout à la fois intime et ouverte sur la beauté lumineuse de la nature émane de son 8X8. L’un de ses timbres, qui met à l’honneur Jacques Tati, est plein de poésie, et, contrairement à certaines affiches, il ne remplace pas la pipe par n’importe quel objet au nom d’une intolérance visuelle à l’égard des fumeurs qui est dans l’air du temps.

Les 10 pages de format A4 de NADA-ZERO paraissent chaque saison. Mais les amateurs ont parfois l’heureuse surprise que des numéros spéciaux s’y rajoutent.

NADA-ZERO-CHRISTIAN ALLE- 9 rue du Pré de la Mer- 50460 URVILLE-NACQUEVILLE- France

Un joli aperçu de la revue: ici

chris.alla@wanadoo.fr

©Béatrice Gaudy

LA BRAISE ET L’ETINCELLE, N° 104

  • LA BRAISE ET L’ETINCELLE, N° 104

 

 

« L’origine du monde » de Gustave Courbet, gros plan pictural sur un sexe féminin a suscité ces derniers temps maints commentaires, notamment sur ou à propos d’Internet. Yves- Fred Boisset donne son « modeste point de vue » : « ce tableau n’est pas érotique, mais philosophique ».

 

Louis Delorme développe ses réflexions « A propos de l’égalité » et de son contraire sous leurs diverses formes. Un thème qui est aussi au centre de la nouvelle « le consul » de Louis Roncalli qui transporte le lecteur en Gascogne à la fin du 15ème siècle, et bien probablement aussi du livre philosophique de Jacques Rancière « La méthode de l’égalité » présenté par Marie-Claire Calmus.

 

La guerre, ses drames atroces et ses situations inattendues, inspirent quand à elles la très émouvante nouvelle de Pierre Guérande « Le chien Clovis » qui évoque le premier conflit mondial en Flandre, et celle de Frédéric Salin « Destins croisés, destins confondus » qui narre ce qui advint à une jeune ouvreuse de L’Opéra de Paris qui repoussa avec vigueur les gestes déplacés d’un officier nazi et à un jeune homme réquisitionné pour le Service de Travail Obligatoire en Allemagne durant la seconde guerre mondiale.

 

La poésie est tout aussi présente avec les poèmes de Roland Jourdan, Slobodan Kojovic et Robert Calmels, et le poème de Louis Delorme « Le tannage des peaux » sur un sujet rarement abordé : l’exploitation des enfants dans certains pays pour confectionner des objets ou des vêtements vendus dans les pays développés où les acheteurs en général ignorent complètement les inacceptables conditions de travail dont ils résultent -il en va de même des jeans délavés-.

 

En son « Billet de mauvaise humeur », Ludovic Torugo continue de relever les fautes de français et les inexactitudes de vocabulaire dont nous nous rendons presque tous coupables et que « les médias odieuxvisuels » diffusent très largement. Subtil, il précise la différence entre voussoyer et vouvoyer que…. tous les dictionnaires ne connaissent pas. Ne parlons pas des logiciels ! La version que j’ai souligne en rouge comme le faute le mot voussoyer.

 

L’Académie de la Carpette Anglaise, composée de diverses associations qui défendent la langue française et la diversité linguistique a par ailleurs décerné pour 2012 son « prix d’indignité civique/ qui/ est attribué annuellement à un membre des « élites françaises » qui s’est particulièrement distingué par son acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France au détriment de la langue française ». Un tel prix est une excellente initiative !

 

En son « Billet d’Humour », François Fournet brocarde le comportement des femmes qui ont un peu d’argent au moment des soldes, sans toutefois tomber dans le sexisme puisqu’il n’épargne pas pour autant la « réactivité » des hommes toute l’année devant gracieuse jupe ou affriolant dessous. Ils n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, pour des millions de gens, les soldes sont l’unique possibilité de ne pas être tributaires des associations caritatives pour se vêtir.

 

Jacky Ferjaut quant à lui poursuit le récit de son séjour au Bénin en 1998.

 

Les chroniques des livres et des revues complètent ce journal qui sait toujours proposer réflexion et émotion dans une appréciable diversité de genres littéraires et de sujets.

 

LA BRAISE ET L’ETINCELLE– Bimestriel- 24 pages de format A4 – 4€ le numéro – 17€ l’abonnement annuel pour six numéros – soutien à partir de 23€

 

La Braise et l’Etincelle– Annie et Yves-Fred Boisset – 7/2 Résidence Marceau – Normandie – 43, avenue Marceau – 92400 COURBEVOIE- France.

 

©Béatrice Gaudy

Les Larmes d’Agathe, Christian Amstatt

Les Larmes d'Agathe, Christian Amstatt

Les larmes d’Agathe reportent le lecteur dans le Morvan des années 50. Le poids de la guerre, ou plutôt des deux guerres mondiales, y est encore très sensible. Ainsi, Agathe est une orpheline de guerre qui ignore tout de ses origines. Comme beaucoup d’autres orphelins, elle a été placé dans une famille de paysans. Ses parents adoptifs ne l’ont pas maltraitée, mais ils ne lui ont pas non plus donné l’affection qu’une enfant dans sa situation est en droit d’attendre. Eux, en recueillant plusieurs enfants – Agathe est la dernière -, ont cru n’être mus que par l’argent qu’en contrepartie leur verse l’Etat. Mais la réalité du cœur est sans doute plus complexe. Ce couple est malheureux : il n’a pas eu d’enfants naturels parce que lui, lors de la première guerre mondiale, a reçu une blessure qui l’a empêché de jamais procréer. Et sans doute, lorsque arrive la seconde guerre mondiale, leur vie a-t-elle déjà été trop rongée par ce drame pour qu’ils aient l’énergie mentale d’accueillir les orphelins comme leurs enfants.

L’enfance et l’adolescence d’Agathe, comme beaucoup d’autres, ont donc été tristes, et toute de travail puisqu’à la terre seuls les grabataires ne travaillaient pas.

Mais ces années 50 sont aussi pleines d’espoir d’amélioration matérielle. Quelques voitures commencent à apparaître, les agriculteurs aisés peuvent se mécaniser. Tel est notamment le cas de Fernand, un jeune homme très travailleur qui s’éprend si bien d’Agathe, quoiqu’il la connaisse à peine, qu’il la demande en mariage. Flattée, ayant le cœur par ailleurs libre, et avec l’ardent désir de changer de vie, Agathe convole avec lui.

Sa nouvelle existence n’est pas à proprement parler malheureuse. Certes, elle est toujours toute de travail, mais comme celle de tous les gens de la terre. Et il est intéressant pour elle de voir dans sa ferme même les évolutions apportées par la technologie tant aux travaux agricoles qu’aux tâches domestiques. Et puis, Fernand est un gentil mari. Malheureusement, s’il a la qualité d’être un gros travailleur, et s’il se tient parfaitement au courant des innovations susceptibles d’améliorer les rendements, il est sur d’autres points victime des tabous de l’époque par incapacité à réfléchir par lui-même, à s’interroger. En d’autres termes, il est de ces innombrables hommes qui ignorent que les femmes peuvent éprouver du plaisir sexuel, et pour qui elles sont des réceptacles de leur désir et de leur semence. Mais le ventre d’Agathe, obstinément, demeure plat.

Les « évènements » d’Algérie, euphémisme par lequel est cachée la guerre, paraissent bien lointains dans cette province profonde de France. D’abord, pour beaucoup, l’Algérie a toujours été perçue presque comme un pays étranger. Et les gens sont tout accaparés par leur présent, par la nécessité de se remettre du dernier conflit mondial, et par l’élan vers l’avenir dans une société qui change soudain très vite dans tous les domaines.

Lorsque Agathe apprend la mort de son ami d’enfance Xavier, comme elle orphelin de guerre, le choc est terrible. Surtout, elle veut savoir. Par les détails donnés sur sa mort, elle saisit en effet que celle-ci n’est pas normale. Pour comprendre ce qui est réellement arrivé à Xavier, elle n’a d’autre possibilité que de s’informer sur la guerre en Algérie, en particulier auprès de ceux qui en sont revenus, parfois profondément traumatisés.

Tandis qu’autour d’elle les autres campagnards découvrent la réalité de la guerre qui se produit au loin parce que des appelés reviennent dans un cercueil, tandis aussi que s’amorce la reconnaissance des femmes comme des être humains à part entière – droit de vote, notamment – et qu’Agathe fait pleinement corps avec cette évolution, elle apprend enfin la vérité terrible sur la mort de Xavier.

Ce roman ponctué par les chansons de Jacques Brel qu’Agathe écoute passionnément à la radio démasque donc aussi les répercussions regrettables d’une religiosité étriquée, voire superstitieuse, dans les rapports humains, les travers de certains membres du clergé, les mascarades par lesquelles les pouvoirs publics tentent de masquer l’horreur, et, à travers le lumineux personnage de Xavier, ce qui, en toute guerre, est inacceptable comme la torture. Durant la guerre d’Algérie, des officiers refusèrent de l’appliquer. Même le général Jacques Pâris de la Bollardière, qui durant la seconde guerre mondiale, n’avait pas embrassé la Résistance pour ensuite cautionner la torture dans une autre guerre, la dénonça dans les médias, ce qui détruisit sa carrière. Les larmes d’Agathe, sans oublier les soldats qui exécutèrent des ordres immondes et qui en furent parfois traumatisés, parle des simples appelés qui eurent le courage de se rebeller contre ces ordres immondes au nom d’une conception digne de l’être humain et de la France, et qui parfois en moururent.

Mains romans procurent du plaisir à la lecture mais s’oublient aussitôt. Il ne peut en être de même de celui-ci. Il appartient à la Littérature. Si les Algériennes d’Albert Camus permettent de mesurer la responsabilité des politiques français dans le déclenchement de la guerre d’Algérie, Les larmes d’Agathe sont un hommage profond et sensible à tous ceux, trop souvent oubliés, qui surent s’élever contre l’inacceptable, et plus largement encore un émouvant plaidoyer contre toute guerre.

©Béatrice GAUDY

L’aéro-page n°99, automne 2012, trimestriel

 

  • L’aéro-page n°99, automne 2012, trimestriel A4, 16 pages ; l’adhésion à l’UNIAC, d’un montant de 22€, constitue en même temps l’abonnement ; Stephen BLANCHARD, 19, allée du Mâconnais à F-21021 DIJON-LAC CEDEX.

Pour que la poésie trouve ses lecteurs, il faudrait sans doute multiplier les initiatives telles que lectures publiques, diffusion électronique, ou affichages de poèmes – ce qui, pour les lieux où ils sont le plus susceptibles d’être lus, dépend aussi de l’accord des pouvoirs publics, ainsi que l’écrit Kathleen Hyden-David en guise d’éditorial. Mais peut-être, contrairement à ce qu’elle semble entendre, cet effort devrait-il être surtout celui des éditeurs dont c’est tout le travail – les auteurs, de poésie et d’autres genres littéraires, n’auraient en effet nul besoin des éditeurs s’ils trouvaient tout seuls leur lectorat.

Parmi le bouquet de poèmes sur les thèmes les plus divers qu’offre ce numéro de l’Aéro-page, se remarquent tout particulièrement Révélation d’Alain Bernier qui souligne avec son usuelle originalité combien il est en notre monde de Tartuffe qui s’ignorent et que les animaux sont parfois plus doux qu’eux ; la séduisante métaphore d’Amphibien de Dominique Bauer ; la perception que Danielle Auclerc a de la jeunesse et qu’elle retranscrit dans Les enfants d’aujourd’hui ; l’évocation de la Bretagne par Chantal Cros et Joël Conte ; les sujets de conversation de Georges Dumoutiers et son récit d’une menue scène de la nature ; l’Africaine de En marche de Claudine Letourneur, le poème d’amour de l’Algérie Entre mes doigts de Geneviève Couvert ; la dénonciation des dangers de l’alcool au volant sous la plume de Gilbert Lompret ; et le poème Le prisonnier d’Yvette Vasseur qui comptait à la souffrance de l’incarcération de par le monde – en France, depuis 2009, en raison de la surpopulation dans les prisons et de la difficulté financière d’en construire de supplémentaires, seules les peines de plus de deux ans, qui souvent sanctionnent des faits graves, sont appliquées.

De petites illustrations s’intercalent entre les poèmes, conférant à chaque page un attrait visuel. Un dessin de Marie Odile Vallery orne par ailleurs la couverture.

◊Béatrice Gaudy

Eclats de rêves n°51

 

  • Eclats de rêves n°51, deux parutions annuelles, 18 pages A4 ; 4,50€ le numéro ; 10€ l’abonnement annuel ; éditions Le temps de rêver, Rebecca Lorand, 14, rue de la Glacière à F-81600 GAILLAC.

« Vos pères ont-ils torturé en Algérie ?

Vos grands-pères ont-ils dénoncé

Leurs voisins dans les années 40 ? »

demande Rebecca Lorand à tous ceux qui, par désespoir devant la misère qui s’étend et l’impuissance des politiques à arrêter une crise qui en réalité dure depuis plus de trente ans, se laissent convaincre par des idées qui, lorsqu’on prend le temps de les analyser, sont tout à fait indignes.

Revuiste, Rebecca Lorand a choisi La Tolérance comme thème dominant de ce numéro préparé et paru pendant la campagne française de la présidentielle, puis celle des législatives. Il n’aurait pu être plus approprié ! Pour sa part, il prend le parti universel de la Vie.

Parmi les auteurs marquants de ce numéro 51, que leurs poèmes appartiennent ou non à cette veine militante :

  • Ferruccio Brugnaro avec notamment un remarquable Rifiuto delle privatizzazioni – Refus des privatisations,
  • Didier Ober dont les poèmes pleins de conviction se remarquent régulièrement dans La Cigogne,
  • Teresinka Pereira qui mène une carrière poétique internationale, et qui s’investit aussi beaucoup en faveur des Indiens et peuples aborigènes intégrés dans les USA,
  • Michelle Caussat, poétesse et artiste dans le père fut un Résistant de la première heure,
  • Jean-Pierre Hanniet,
  • Ursula Henschel par un conte poétique,

le tout d’une belle diversité thématique et stylistique et accompagné des dessins de Chantal Cros et d’une peinture de Michelle Caussat reproduite en quadrichromie.

Modeste par ses moyens financiers mais grande par sa poésie et son éthique, cette revue est vraiment à découvrir.

◊Béatrice Gaudy