Lecture spectacle
Le 12 mars 2025 à 20 heures
à l’Ancienne Mairie d’Ethe
rue du Dr Hustin, 69
6760 ETHE
Renseignements: Patrice Breno – Revue Traversées: traversees@hotmail.com +32 497 44 25 60
à l’Ancienne Mairie d’Ethe
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Tél.: 0032(0)63/57.68.64
GSM : 0032(0)497/44.25.60
Courriel: traversees@hotmail.com – Blog : https://traversees.wordpress.com/a-propos/
Dépôt légal : JANVIER 2021 – ISSN : 1371-8339
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Carte blanche à
Guy Denis
Michel Francard
Michèle Garant
Pierre-Alain Gillet
Frédéric Gribaumont
René Lejeune (Wiloos)
Paul Mathieu
Benoît Piedboeuf
Kim Julie Vallon
en osmose avec des peintures de Pierre-Alain Gillet
Format 21,5X21,5 cm, couverture cartonnée,ISBN: 978-2-931077-12-2, décembre 2024, 62 pages, 25€TTC
Patrice Breno
Directeur de publication
43, Faubourg d’Arival
6760 VIRTON (Belgique)
traversees@hotmail.com
Le Prix Rimbaud 2024 de la Maison de poésie a été décerné à Grégory Rateau pour Le Pays incertain à la Rumeur libre éditions. Dédié à la jeune création poétique, tous les ans, il était décerné à un jeune poète de 18 à 25 ans, mais a désormais évolué, saluant l’aspect novateur d’une œuvre.
« Une gerbe incandescente que l’on attendait depuis Rimbaud, Vaché, Desnos, Jouffroy et Borer. » Sylvestre Clancier, président de la Maison de poésie.
La remise du prix aura lieu le 5 décembre à la Maison de Poésie, 11 bis rue Ballu 75009 Paris de 18H à 20H (à l’Hôtel Blémont).
Loin des gesticulations littéraires et des célébrations de salon, il y a encore aujourd’hui une poésie qui sent le soufre, qui brûle la pensée et les nerfs, qui vous jette, haletant et hagard, sur des chemins inconnus où l’on marche avec « des sacs remplis de colère » et dont parfois, mentalement ou physiquement, on ne revient pas, tels Nerval, Crevel, Duprey, Bosc, Rodanski, Artaud, Prevel.
Ces « suicidés de la société » n’écrivent pas pour écrire, mais pour ouvrir des brèches dans l’être et dans la vie, avec le couteau du désespoir et de la révolte. Souvent, on les rejette comme des pestiférés. On ne les entend pas. On ne les écoute pas. Il est vrai qu’ils ne parlent pas pour l’audience et les honneurs, mais pour quelques-uns, poètes et lecteurs qui forment ainsi une « société secrète de l’écriture », comme l’écrivait naguère le regretté Alain Jouffroy.
Si Grégory Rateau fait référence et rend hommage à Jacques Prevel, poète largement méconnu, c’est dans l’esprit d’un compagnonnage posthume. Se reconnaissant des affinités, l’impression d’être lui aussi un « paria de naissance », il entremêle au fil des textes son destin au sien. Il y a ce même constat, implacable : la vie n’est pas la vie, du moins elle n’est pas ce qu’elle devrait être. Et il y a cette impuissance à pouvoir la changer, Rimbaud l’avait si bien compris. Que reste -t-il aux désœuvrés de l’existence ? Les paradis artificiels, l’alcool, qui aident à fuir pendant quelques heures. Et puis il y a la poésie qui, à défaut de transformer le monde, a le pouvoir de révolutionner le regard. C’est cette voie qu’arpente Grégory Rateau. Il peut y exprimer sa compassion pour les damnés baptisés par la poisse, sa colère contre tous ces rois vaniteux de la culture, assis sans le savoir sur des trônes de paille, sa rage, sa révolte et sa soif absolue. Désespéré ? Certes ! Mais un homme qui crie son désespoir dans une société à bout de souffle est un homme vivant parmi les morts.
Je suis de retour :
Revisitant les plis de ma ville, sans amertume le visage égaré derrière des lunettes noires comme Léaud avant moi. Orphelin des bistrots, Je vois l’ami de loin mais il passe son tour, prend mon souvenir dans ses bras. Sortant du bar, une goutte me tombe sur le crâne, la piqûre du baptême, les mêmes trottoirs, brouhaha de poèmes. Sur les boulevards entre deux trenchs, Miles coule un jazz. La nuit remonte des catacombes, les trottoirs se vident, ma renaissance est complète.
Tes trop polar ! me lance le vieux pouet pouet, la main rongée, battant fièrement la mesure sur son comptoir.
Je lui réponds :
Compagnon
j’ai trop longtemps traîné
ma rancune dans les périphéries
comme tu traînes aujourd’hui ton membre fantôme
j’ai ourdi des sabotages pour brûler mon avenir
redistribuer l’échec
nourrir encore et toujours ma rancœur
des ennemis sans visage que je voyais partout
masques de Bacchus la panse remplie de soleil
jouant l’éternité pour quelques bulles
avec une aptitude à vivre là où je n’avais que mes rimes
même les yeux fermés, ils étaient là
identiques à mon propre reflet et usant de mon passé
pour tuer en moi tout héroïsme
En remontant les quais, je les vois alignés, ces bouts luisants, couchés dans l’ombre satisfaite bien à l’abri des divins monuments. Certains s’étirent en faisant le dos rond, d’autres prennent des poses antiques, bouclettes courbées sur la brise. Des cadenas scellent des promesses sans suite. Panoramiques à la volée, essaim qui déborde dans un long Chorus d’ascenseur. Ces êtres si bien assortis, si cliniquement accordés, à bonne distance de leurs autres moitiés : les moins que zéro des lignes périphériques attendent toujours, en bordure des villes.
Ils ont beau les parquer sur les hauteurs, les endormir à coup de poudre du bonheur, impossible d’étouffer plus longtemps leur aigreur.
Nous y sommes ! de l’autre côté du périph’, restons bien droits mes frères, fidèles à notre poisse jusqu’au soufflet final, la non-éclaircie de trop. Il faut s’armer de patience ! même les bouquinistes vendent d’autres camelotes que la nôtre, noyant dans la Seine les derniers rêves de nos mères. Qu’ils s’approchent de plus près, qu’ils s’exposent jusqu’à la jugulaire. En attendant ce jour, roucoulons sagement notre lave :
Pris dans le même traquenard
la bouche pendante
ils sont légions à ne plus rien voir
ni pouvoir goûter à la brise du soir
repliés dans des caves aux rétines livides
la même fréquence des abîmes
dans une communion muette
avatars de ce moi égaré sur les routes du non-lieu
sans la moindre possibilité de se retenir à l’instant
leur main encore bien réelle
tendue vers un contre-ciel


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