Les lectures de Février 2026 de Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

Poésie

Titre :La petite toscane

Auteur : Georges Cathalo

Éditeur : Encres Vives 560

Année de parution : 2025

https://encresvives.fr/

Dans cet Encres Vives, Georges Cathalo nous parle de son pays. Celui qu’il aime et où il vit. Le Grand Lauragais, dans les environs de Toulouse. Un territoire qu’on surnomme la petite toscane. Des poèmes courts, comme à son habitude. Il nous présente comme en cartes postales des vues et des émotions.

je viens de faire connaissance
avec un vieux figuier
oublié au fond d’un champ
sur une colline du Lauragais
il était là il m’attendait
sobre et généreux
et ce que nous nous sommes dit
ne regarde personne

chut ! Quelques mots ! Des paysages et du coeur. Une invitation pour chacune et chacun à écrire son pays quotidien ; qu’il soit de collines, de montagnes, de mer ou bien de béton…

La poésie c’est question de regard avant tout.

ah n’être qu’un brin d’herbe
qui se balance au gré des vents
entre deux rives et deux talus
entre deux sources dérisoires
minces filets qui disparaissent
s’abandonner et se confondre
avec la douceur des choses
brin d’herbe simple brin d’herbe.

©Georges Cathalo

on apprend de source officielle
que deux jonquilles
les premières de la saison
viennent d’éclore
en bordure du chemin de Bordeneuve.

©Georges Cathalo

Titre : Les petites bonnes femmes

Auteur : Isabel Voisin

accompagnement plastique : Albinun

Éditeur : Unicité

Année de parution : 2025

Un livre original. Par son format à l’italienne mais avec la reliure sur la tranche : il s’ouvre comme un pupitre et chaque page alors devient un univers.

Des poèmes. Des images. Des images de femmes. Des femmes du quotidien, c’est à dire pas des V.I.P., juste notre quotidien ; juste la vie. Et des poèmes délicatesse. De la bienveillance sans aucune mièvrerie. De l’humain. À chaque page. C’est un livre à déguster, lentement et qui vient murmurer au lecteur que chaque vie, c’est respect.

Un livre qu’on pourra accueillir des le collège, en cdi et bien au-delà car, on ne le répète jamais assez, la poésie n’a pas d’âge.

https://www.editions-unicite.fr/index.php

Titre :Le Vivant recommence

Auteur : Catherine Andrieu

Éditeur : Encres Vives 559e

Année de parution : 2025

Isbn : 978-2-85550-123-9

prix : €6,60

On est ici dans la poésie de la perte. Rien de larmoyant. Au contraire. On entre dans la poésie du plein accord. L’autrice chemine auprès du Vivant. Elle expérimente en allant pas à pas dans le monde, le tout du monde. Elle entre en présence. Ici, tout se tient. Tout se répond. Tout se complète et s’accompagne. La vie naît, meurt et renaît. À l’infini. Et toujours différente.

Nous ne sommes que de passage. On le sait. Mais ici, ce passage ne se termine pas il évolue. Il continue. Différemment. La vie nous traverse et se poursuit.

On est ici en résonance avec l’univers. C’est simple. C’est grand. C’est vivant !

Le poème me traverse.
Je ne l’écris pas
il me dévore,
il me rend au souffle premier,
il fait de moi un pain levé
pour la bouche du temps.

Et je comprends
dans le feu calme de ce battement :
je ne suis qu’un fragment d’éternité,
nu,
fragile,
offert au brasier immense
du jour et de la nuit.

*

… l’éphémère suffit à creuser l’éternité.

Et dans l’écorce,
dans la neige promise,
demeure l’instant,
nu,
qui ne demande rien
et pourtant nous sauve.

https://encresvives.fr/

Titre :Onze poètes du Cantal

Auteur : anthologie

Éditeur : Encres Vives 563e

Année de parution : 2026

Isbn : 978-2-85550-137-6

prix : 6,650€

On connaît la longévité d’Encres Vives : 563 livrets avec celui-ci. Plus la collection Lieux. Cette approche éclectique de la poésie est un des plus beaux et variés catalogue de la poésie contemporaine. Avec cette approche géo-poétique de la collection Lieux où le poète donne de l’écho à un territoire qu’il aime. Là, on avance un pas de côté : un territoire et ses poètes. Unité de lieu. Diversité des poèmes.

Cela intéressera les amateurs du Cantal, habitants ou touristes. Mais aussi tous ceux qui suivent de près ou de loin ces rapports entre la littérature et la géographie.

Contact : encres.vives34@gmail.com

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Bon printemps des poètes !

Patrick Jocquel – www.patrick-joquel.com

Louis Parrot et la laideur splendide

Louis Parrot et la laideur splendide


Vers 1958, dix ans après le décès de Louis Parrot – à 42 ans ! – un lycéen qui fut moi flânait en explorant les coffres de bouquinistes le long de la rive droite de la Seine. Il cherchait vaguement ce qui avait trait à la poésie et à la musique, avec peu d’argent en poche bien sûr. Pour une poignée de pièces, il tomba par hasard sur deux volumes édités par Pierre Seghers (que je rencontrai bien plus tard) en mai 1945, et qui sentaient la guerre, à cause de leur médiocre papier fragile et de leur couverture à l’économie. Tous deux étaient édités dans une sorte de collection de minces recueils, Poésie 45, l’un s’intitulait « Combats avec tes défenseurs » et l’autre « Misery farm ». Le premier m’ennuya, hélas pour son auteur, et je l’ai depuis longtemps égaré. En revanche, le second m’est si bien resté inoublié qui m’accompagna toute ma vie depuis lors et je l’ai encore auprès de moi ce lundi 2 janvier 2015.

Louis Parrot fut ami de Char, de Reverdy, d’Eluard, poètes qu’il rencontra, pour Eluard vers 1935 et les autres quatre ou cinq ans, me semble-t-il, avant la première édition privée de Misery farmen 1944. (Il faudrait vérifier sur Internet, mais peu importe! 1) Communiste convaincu, c’est Louis qui fit publier dans l’Humanité des poèmes d’Éluard pour la première fois. Un certain ton du surréalisme se fit jour, du fait de ces fréquentations, dans les poèmes de Parrot, qui par rapport à de timides recueils antérieurs inauguraient une écriture neuve et personnelle. Si l’on songe qu’il devait mourir tout juste deux ans plus tard, on ne peut se retenir de se demander si vivant aussi longtemps que Char ou Éluard, il n’aurait pas été l’auteur d’une œuvre au moins aussi puissante que les leurs et non moins originale.

En son temps, parmi les poètes des années de la Résistance dont la maison en zone libre de Louis Parrot fut un des refuges, le personnage d’Ursule la laide qui ouvre le recueil, a été suffisamment populaire pour que les Surréalistes entre eux s’en fassent un clin d’oeil et un sujet de plaisanteries dénuées, je le précise, de toute méchanceté. Quoique Louis Parrot ait été actif en tant que journaliste et écrivain, il gardait de sa jeunesse difficile d’autodidacte une profonde et intime humilité dont les poèmes de Misery farm sont manifestement imprégnés. C’est une des composantes qui rend leur ton discrètement marquant. À la première lecture, on se sent dans un univers un peu étrange, déshérité, dont la pauvreté est évidente et ne cache pas l’aspect de solitude, de désœuvrement involontaire.

À la relecture, on découvre que cette indigence est riche d’images qui traversent le coeur, tout inattendues qu’elle soient. Cet univers au décor banal et misérable est transcendé par la poésie qui transsude de chaque page, de chaque poème, et qui métamorphose en beauté ce qui s’avoue officiellement laideur. Une sorte de mystère de la réalité évidente émane du recueil, de poème en poème, sans discontinuer et le lecteur en ressort troublé. Par la suite, l’envie de relire ces pages périodiquement revient, on s’y replonge en se disant que la magie de cette splendide laideur va se dissiper, et c’est l’inverse qui se produit. Les vers jetés, l’air négligé, de chaque poème, le vocabulaire ordinaire et le ton assourdi. Et je note au passage que certaines images d’Éluard qui ont fait florès et servi parfois de titres à des romanciers, telles que « un peu de soleil dans l’eau froide », sont postérieures à des vers de Louis Parrot tels que ceux-ci :

Mon amour est dans ton amour
Comme une tache froide au fond de l’eau
(Autre temps autres mœurs, M.F. p.21)

On a toujours intérêt à mourir le dernier ! Et si les positions politiques et de réflexion d’Éluard s’affichaient notoirement aux côtés du Parti Communiste, dont les membres lui assuraient la vente de ses recueils comme au poète Guillevic et à nombre d’autres, Louis Parrot était un modeste qui ne s’affichait pas, mais qui était profondément sincère, épris de fraternité, et peu intéressé par les mirages de l’ambition et de la célébrité. Il était plutôt quelqu’un qui se voulait un témoin, un homme dont la chanson est celle de la condition difficile, de la vie dure et de l’environnement crasseux de ceux qui n’ont aucun moyen de s’en extirper mais son capables d’y trouver une intensité de vie…

C’est un homme du « lait dans la cendre », des « étoiles de terre » et du « pays perdu », le pays qui ne nous sera jamais rendu : cendre, charbon, incendies, tisons, la consumation n’est jamais éloignée de cet univers en perpétuelle lutte contre une désespérance sournoise. Cela s’exprime avec parfois des inflexions digne de Verlaine, d’une simplicité brûlante, pleine de non-dits éloquents:

LE PAYS PERDU

Les haillons du pauvre

Un regard suffit

Les pieds sont de braise

La poitrine est d’or.

La pie au gibet

Prépare en hiver

Les feux noirs et pourpres

D’un lustre de neige.

Couchant sur la plaine,

Pieds nus sur la route,

Pourquoi me fuis-tu

Mon pays perdu ?

Il ne faut pas demander aux poèmes de Louis Parrot les fanfares cuivrées de certains de ses contemporains, le côté épique, l’héroïsme flamboyant. Ce sont poèmes pensifs, dont les idées et la philosophie font indirectement leur chemin jusqu’à nous, un peu comme une odeur de jasmin qui ne dévoilerait pas son jardin d’origine – probablement parce qu’il est perdu. Leur musique est une musique pénétrante, qui semble relater une tristesse acceptée, lutteuse sans illusion, venue des tréfonds de l’âme, dont l’atmosphère m’évoque cette Valse Triste (opus 44, quelle coïncidence !2) que Sibelius écrivit pour le drame Kuolema – autrement dit « Mort ». Le recueil de Misery farm, au demeurant, s’achève sur un long poème prophétique dédié à la poétesse Lise Deharme, aujourd’hui oubliée, et ce poème résume dans son seul titre tout ce qui faisait la sincère et intense « humanité » de Louis Parrot, qui mourut à peine trois ans après l’avoir écrit : ce titre c’est « À bon coeur mauvaise fortune ».

C’est contre cette mauvaise fortune que je voudrais lutter, avec l’appui d’autres admirateurs de ce poète, en contribuant à lui rendre une place dans le nouveau siècle, place qui, de toutes manières (Je veux dire : si l’on songe à la situation actuelle de la poésie en général), ne risque pas de froisser sa modestie…

  1. Misery farm (Hors commerce, Poitiers, 1934. Nouvelle édition augmentée, Éditions Seghers, Paris, 1945) ↩︎
  2. https://youtu.be/8CX4AeqyCKo?si=TqAYzY8j2MO-FHWG ↩︎

PRIX DE POESIE NICOLE DRANO-STAMBERG

Prix de poésie Nicole Drano-Stamberg
Ville de Frontignan en Occitanie


L’appel à candidature est ouvert du 1er juillet au 31 octobre 2025.



Ce prix entend honorer la mémoire de Nicole Drano-Stamberg, née à Lodève, décédée à
Frontignan le 19 juin 2023, co-responsable avec son époux Georges Drano de l’association
Humanisme et Culture
, qui a organisé de nombreuses lectures de poésie de France et du monde à
Frontignan et alentours, collaboratrice du festival Voix de la Méditerranée de Lodève, puis Voix
Vives de Méditerranée en Méditerranée de Sète
, ainsi que de rencontres poétiques dans différentes
villes d’Italie, impliquée dans plusieurs revues dont le Carnet des Lierles, ainsi que dans l’aide au
développement à travers des missions humanitaires et culturelles au Burkina Faso, auteure d’une
vingtaine de recueils de poésie.