L’étreinte, de Corinne Pluchart

Tu dis l’étreinte et puis la peau. La disparition de l’aube et de l’autre. Le ruissellement du sel à ta chair fragile, l’encombrement pesant des jours d’après.

Et puis… l’instant du soir entre l’étoile et l’ombre, l’immobile silence dans le dérangement des minutes arides. Ta main passée le long du temps, pressée contre l’emplacement de l’autre, les mots inutiles.

Tu dis la chair contre l’absence du nom et puis…. l’opacité fiévreuse des doigts sur l’invisible. La nuit bâclée par d’autres mémoires, les draps à peine vivants dans la montée du jour.

Tu dis l’étreinte et puis la peau…….et tout ce qui se tait dans l’indécise aurore.

 Son blog […]

Jacques Ancet

On entre dans un nouveau silence.
On ne sait pas s’il a un nom.
La neige le recouvre et l’éclaire.
On ne sait rien. On ne saisit qu’un
mouvement de doigt dans la lumière,
un visage, la pause d’un pied,
On entre dans ce qu’on ne sait pas.

Dans ce qu’on ne sait pas
il y a ce qu’on sait et autre chose.
On reconnaît le coussin, le carrelage,
la tasse, le livre, la lampe,
mais il y a ce vide que met le regard,
une sorte de battement de cil.
Sans savoir, on entre dans l’infime.

Inédits de Jacques Ancet publiés dans le N° 60 de Traversées

Traversées a reçu…

Les recueils suivants :

  • ANCET Jacques. Portrait d’une ombre. Poèmes. Erès, collection Po&Psy.
    • Il y a une ombre. On dit ombre, faute d’un autre mot. Pour donner forme à ce qui n’en a pas. On pourrait dire tout aussi bien compagnon – « ce latent compagnon qui en moi accomplit d’exister », écrivait Mallarmé. Mais ombre est moins net, plus évasif. Alors faire le portrait d’une ombre ? Faire signe non pas vers une image déjà visible. Vers cette chose qui passe et vous laisse dans la bouche comme une voix silencieuse. Une voix qui parle, pourtant, qui parle, même si vous vous taisez. Ce que dit cette voix, vous n’en savez rien. Vous ne vous y reconnaissez pas – vous vous y reconnaissez, peu importe. Il ne s’agit pas d’identité. Ou alors de cette identité obscure qui est une autre manière de dire qu’on ne sait rien. Qu’on est entre : entre ici et ailleurs, entre hier et demain, entre tout et rien. Entre, toujours, entre. Entre le jour, la nuit, ce qui vient, ce qui s’en va – et qui revient toujours.

Jacques Ancet

  • BESNARD Jean-Baptiste. Dans la ville au bord du fleuve. Prix de poésie Paul-Fort 2011 décerné par la municipalité d’Andrésy et les Poètes du dimanche. 26 p.
  • DEGHELT, Frédérique. La nonne et le brigand. Roman. Actes Sud, 2011, 432 p.
    • Alors qu’elle se lance dans une relation passionnelle avec Pierre, un homme rencontré dans un aéroport, Lysange est invitée par un inconnu à venir s’installer dans sa cabane du Cap Ferret. Là-bas, elle trouve le journal de sœur Madeleine, en mission au Brésil dans les années cinquante, prise dans la dualité de la foi et de l’amour. Le lien entre les deux femmes va peu à peu se resserrer au fil de la lecture de Lysange.

Comment une femme accomplie, épouse, mère, libertine et une nonne peuvent-elles se comprendre et se faire écho sans jamais se rencontrer ? Peut-on se renier par amour ? Ou retrouver espoir dans le cœur de l’autre ? Deux histoires de femmes qui s’abîment et se perdent dans leur passion. Chacune avance à rebours de l’autre, équilibristes fragiles mais déterminées. Sensibles, elles sont traversées par toutes les nuances du sentiment amoureux. Malmenées, adorées, les amantes vont déconstruire leur monde et renaître. Aux monologues de Lysange répond la lecture du cahier de sœur Madeleine ; les deux aventures tissent peu à peu une intrigue familiale qui prend ses racines au Brésil et emmène le récit à Paris puis au Cap Ferret où le mystérieux Tomas invite Lysange à venir résider dans sa cabane. Arrivées au bout d’elles-mêmes, ces deux femmes tenteront d’aimer totalement, malgré la souffrance de Pierre, en dépit de la sauvagerie d’Angel. La force de La nonne et le brigand insufflée par le murmure brûlant du désir. La langue, enivrée et décomplexée, porte ces deux histoires de femmes audacieuses à la frontière d’elles-mêmes. Frédérique Deghelt signe là un roman sensuel et tourmenté.

  • DEMAUDE, Jacques. Formes, clartés, portes charnelles. Poèmes. Orbes, 2011.
  • El KHAYAT, Rita. Les poètes andalous. Poèmes et proses universels. L’arbre à paroles, 2011, 163 p.
    • La poésie est l’art suprême de la littérature : crainte et joie profonde travaillent Rita El Khayat quand elle écrit de la poésie. Crainte de l’imperfection et de la lourdeur, de la sensiblerie ou de l’aspect intime visible à jour frisant dans les mots et les vers… Joie profonde de la délivrance quand apparaît le poème fini, expression du plus abyssal et du plus inconnu du monde du poète…

 

Que vaut la vie ?

La prunelle des yeux de ma fille

Les doigts d’enfant de ma mère

Sur moi,

Vigilants… (extrait)

  • PASSELERGUE, Michel. Ombres portées, ombres errantes. Poèmes. Editions du Petit Pavé, 2011.
    • Ombres portées, ombres errantes propose une poésie d’une grande tenue et d’une grande tension, une écriture épurée, ascétique…

Jean Hourlier

  • PODRIMJA, Ali. Flaka e vjedhur / La flamme volée.

Albanais / Français. Poèmes, L’arbre à paroles, collection Résidences, 2010, 63 p.

    • Lorsque les colères des événements historiques rejoignent celles, plus personnelles ou plus intimes, d’une existence rompue par ce qui l’inonde, le poème découvre son parcours, trace son évidence, laisse entrevoir ce qui le porte loin devant. Pour donner à ces réalités assaillantes, Ali Podrimja en appelle au passé de la poésie, et à celui de sa langue ; tout comme aux mythes, aux légendes, aux contes qui habitent cette langue, comme beaucoup d’autres, afin de rendre à l’instant qui s’enflamme la présence du poème retenu au plus fort de l’émotion et de l’expression. Entre l’imagination et les sentiments éprouvés se joue dans ces poésies l’horizon de l’écriture, à la fois son incertitude, sa précision et sa justesse :

Mon ombre me triche

parfois durant des heures je ne la

rattrape pas

parfois du tout ne la cerne

Qu’est-ce qui m’arrive mon dieu

qui commence aux ongles et tombe

quelque part

au-delà de l’espace blanc

Je tourne autour de moi-même

mais me méfie de mon ombre

la prend ou la laisse

  • PORCHIA, Antonio. Voix éparses. Poèmes. Erès, collection Po&Psy.
    • Les Voix d’Antonio Porchia, dont nous publions ici une sélection, sont une œuvre doublement unique : unique en ses genre, composition et histoire, mais aussi l’unique livre de leur auteur, qui fut diffusé « en secret » (à une époque qui ne disposait pas des facilités de communication actuelles) – et vénéré – avant même d’avoir été publié !

« Mon livre, Voix, est quasiment une biographie. Qui est quasiment à tout le monde. » disait Antonio Porchia, qui ajoutait humblement : « Je suis si peu en moi… » – peut-être parce qu’il était toujours en quelqu’un : seul ce qui est secret de cette façon peut dévoiler les autres secrets et – c’est là la clé – les unir entre eux : « La poésie unit, relie ; quand nous sommes, nous sommes des unions. »

Roger Caillois, qui a découvert l’œuvre de Porchia dans l’Argentine des années 1940 et qui l’a traduite et publiée en France, raconte : « J’ai trouvé l’œuvre de Porchia à Buenos Aires {…}. Tout à coup, j’ai vu un livre très humble, et je ne sais quelle force fit que je m’arrêtai et commençai à l’examiner. Je ne voulais pas y croire, et je ne pus m’arrêter avant d’avoir fini de le lire. Après, j’ai essayé de savoir qui en était l’auteur ; personne ne le connaissait, mais je l’ai rencontré. Et j’ai dit à Porchia : « J’échangerais contre ces lignes tout ce que j’ai écrit.

  • RIBEYRE, Jean-Christophe. Une leçon de sève. Editions Henry, collection Les écrits du Nord. Poèmes. Prix des Trouvères des Lycéens 2011.
    • Du recueil Une leçon de sève, Estelle a aimé les thèmes, l’atmosphère lumineuse, la langue simple qui n’empêche pas le mystère. Pour Mathilde, « le poète fait une proposition, mais c’est à nous d’inventer le texte dans notre tête ». margot et Elsa soulignent le lien qui unit les textes, leur progression : pour Karine et Erika, le poète a atteint la fluidité.

C’est Une leçon de sève qui obtient le plus grand nombre de suffrages

        Jean Le Boël

Secrétaire du Prix des Trouvères

  • RÔSHAN, Alireza. Jusqu’à toi combien de poèmes. Poèmes traduits du persan par Tayebeh Hashemi et Jean-Rstom Nasser ; Illustration de Tayebeh Hashemi. Erès, collection Po&Psy

Suis-moi à la trace de mon poème

moi je n’ai pas d’empreintes de pas

va sur les traces de la douleur

et tu parviendras jusqu’à moi

    • Il faut croire que cette invitation d’un jeune poète de Téhéran encore non édité à ce jour, a été entendue, puisque depuis deux ans, plus d’un millier de personnes suivent et commentent assidûment chaque jour ses publications sur Internet.

Sa poésie, tout en étant moderne dans la forme, plonge indubitablement ses racines dans le terreau de la poésie classique et de la mystique iraniennes, où prédomine la thématique de l’amant et de l’aimée habités par des amours fous, parfois impossibles.

La poésie a toujours été constitutive de « l’âme iranienne » mais en ces périodes troubles et douloureuses que traverse l’Iran, elle resurgit avec d’autant plus d’acuité qu’elle semble être l’une des rares planches de salut d’une jeunesse par ailleurs profondément meurtrie.

  • THOMASSETTIE, Monique. Un point de sonorité. Poèmes, Monéveil, collection Sphinx, 2011.

Les revues suivantes :

  • Les Amis de l’Ardenne n° 31, janvier 2011, 112 p.

Vues et voix d’ailleurs sur les Ardennes

10, rue André Dhôtel à F-08130 St-Lambert-et-Mont-de-jeux

lesamisdelardenne@wanadoo.fr

(Frédéric CHEF)

  • La braise et l’étincelle n° 93, 15 mars 2011, 24 p.A4

Journal bimestriel indépendant au service de la francophonie (arts – lettres – poésie – échos) –

En invité : Marius SCALESI, poète italien…

7/2 rés. Marceau-Normandie, 43, avenue Marceau à F-92400 COURBEVOIE – yvesfred.boisset@papus.info

(Annie et Yves-Fred BOISSET)

  • Debout les mots n° 41, 2ème trim. 2011, 8 p.A3

Périodique d’information trimestriel de la Maison du Livre

rue de Rome, 28 à B-1060 BRUXELLES

info@lamaisondulivre.be

  • Florilège n° 142, mars 2011, 40 p. 21 X 30

Revue trimestrielle de création littéraire et artistique

BP65 à F-21021 DIJON Cedex

jean-michel.levenard@wanadoo.fr

(Jean-Michel LEVENARD)

  • Le Gletton n° 420 et 421, mars et avril 2011, 20 p. 16X24

Mensuel de la Gaume et d’autres collines

28, rue Saint-Martin à B-Villers-sur-Semois

jp.soblet@gmail.com

(Michel DEMOULIN)

  • Inédit nouveau n° 250, mai-juin 2011, 32 p.A4

Mensuel littéraire des Editions du Groupe de réflexion et d’information littéraire (GRIL) ne publiant que de l’inédit

avenue du Chant d’Oiseaux, 11 à B-1310 LA HULPE

0032 (0) 2 652 11 90

(Paul VAN MELLE)

  • Lectures françaises n° 647 et 648, mars et avril 2011, 64 p.A5 – Revue mensuelle de la politique française

Ils ont bradé l’or de la France ! … (647)

La finance internationale tire profit de la crise ; les élections cantonales : prélude au « grand » scrutin de 2012  … (648)

BP 1 à F-CHIRE-EN-MONTREUIL

sadpf.chire@gmail.com

(Jean AUGUY)

  • Libelle n° 222, avril 2011, 6 p. A5

Mensuel de poésie

116, rue Pelleport à F-75020 PARIS

(Michel PRADES)

pradesmi@wanadoo.fr

  • Pages insulaires n° 18, avril 2011, 28 p. A4

Bimestriel perméable aux idées

En invité, André DOMS

3, impasse du Poirier à F-39700 ROCHEFORT-SUR-NENON

(Jean-Michel BONGIRAUD)

  • Les Poètes du dimanche, tome XVII, édition 2010, 2011, 159 p.

27, rue Jean-Philippe Rameau à F-78570 ANDRESY

poetesdudimanche@noos.fr

http://poetesdudimanche.free.fr

  • Portique n° 82, avril 2011, 52 p.A5

Revue de création poétique, littéraire et artistique

Mairie à F-84110 Puyméras

http://portique.jimdo.com

http://poesievivante.canalblog.com

(Chris BERNARD)

Mathieu Simonet

Mathieu SimonetLes carnets blancsSeuil– (173 pages) La vie à deux implique des compromis. Baptiste , à la veille d’emménager avec le narrateur soulève l’épineuse du devenir des archives volumineuses de Mathieu. Envisage-t-il de garder ses journaux intimes ?de les relire?de s’en défaire?Mais qu’y a-t-il consigné?

Sa vie d’adolescent en quête d’identité, sa nette attirance pour les garçons, sa difficulté à assumer les remarques quant à « ses airs de PD »,à  déclarer son amour à Thibaud,  ses premières expériences sexuelles , l’ambiguïté des relations à trois « les corps qui se plient dans un étrange ballet, l’extase », ses souvenirs d’enfance, ses études, ses phobies, ses rêves, ses lectures( Sagan, Radiguet, Wilde, Proust) , ses références cinématographiques.

De sa famille « un champ de ruines » , on découvre des parents séparés, des secrets familiaux , des relations sororales chaotiques. Mais aussi l’angoisse d’être atteint par la maladie du père et l’éprouvant accompagnement de la mère dans son combat contre le crabe. Être confronté à cette double épreuve, si jeune, nécessitait une échappatoire.

Il lui fallait aussi vaincre les préjugés du père pour qui « l’homosexualité est contre nature et à l’origine d’une malformation mentale ou physique »et ménager sa mère qu’il drape de tendresse , dont il recueille des confessions sur sa naissance et qui suscite l’empathie.

La rédaction de ses carnets fut pour Mathieu « un rempart qui lui permit de vivre avec détachement certains éléments factuels », de se débarrasser de l’indicible et de se mettre à nu. Mais aussi la prise de conscience des limites dans la vie mais pas en littérature (absence de tabou) et de la liberté de l’écrivain à mêler réalité et fiction. La réaction de Baptiste l’oblige  toutefois à s’interroger: Peut-on dévoiler son intimité sans risque de choquer,de gêner?, à se censurer et à se limiter à l’essentiel dans l’intérêt du lecteur.

Ces pages sont jalonnées de réflexions sur le parcours initiatique de l’écrivain en devenir.

Depuis la remise du manuscrit, les affres de l’attente, les refus successifs, la peur du point final , d’être dépossédé de son « mille-feuille au goût de plâtre ou de framboise ».

Il reconnaît le rôle thérapeutique de l’écriture: « Écrire,c’est faire de la chirurgie d’instinct . Elle me console comme on ne m’a jamais consolée»et compare le travail de l’écrivain à celui du sculpteur: « Je rabote, je polis , malaxe, fusionne ». Il souligne le pouvoir de la poésie capable d’apporter « force, courage, patience »ou de véhiculer sa flamme « Ton visage de Slave aux longues mains d’amour /Qui caressent mon corps, insolence timide »ou sa colère.

L’originalité de cet ouvrage: mosaïque d’extraits de lettres, de carnets, d’interviews, de poèmes, de conversations, de confidences,de blogs, réside dans la multitude de  façons(parfois très insolites) dont Mathieu Simonet a  orchestré la  destinée de ses carnets  , après leur relecture et les instructions interactives proposées au lecteur. Ces dispersions, « ces tueries artistiques, geste ludique et joyeux », impliquant des centaines de complices, ont opéré comme une catharsis et tendent à prouver que le diariste a atteint le statut d’adulte,  « qu’il a franchi le pont entre l’écriture quotidienne et le projet de roman » amorcé avec les manuscrits avortés.

Nadine Doyen