Patrick DEVAUX, LE TEMPS APPRIS, Illustrations et préface de Catherine Berael, poésie, Editions LE COUDRIER, 2021, 67 pages.
Préfacé et illustré de trois belles aquarelles de Catherine Bérael, ce recueil de poèmes intitulé : LE TEMPS APPRIS, même écrit par un poète discret, profond et solitaire, me rappelle la conjugaison des verbes ; la vie n’est-elle pas conjugaison entre soi et soi, entre soi et les autres ? S’agit-il ici des temps passés que l’on nomme simple, composé, imparfait, plus que parfait, voire passé antérieur ? Il y a de la pureté des apprentissages d’enfance dans ce recueil puisqu’il s’agit de se situer par rapport aux êtres aimés disparus, dont la place demeure réservée, jonglant entre présent et passé. Il y a la conjugaison de la parole et du silence. Il faut aussitôt noter l’écriture verticale aérée, une écriture ascensionnelle… Volonté de ne pas s’appitoyer ? Ouvrir un lien direct, rapide, un envol de la pensée entre terre et cieux ? Le choix est bienvenu, tout en justesse et pudeur des mots.
Ccomment interpréter l’absence dans la durée? Le poète n’a pour salut que le questionnement perpétuel dans l’écriture.
: « il est tard mais je la sais vivante entre les mots du sommeil » p.8
Présence rassérénante, ou bien douloureuse ? Ici, il ne s’agit pas »d’un au-delà facile » car »depuis silongtemps elle passe sans se retourner »p.11
Le seul pouvoir qui reste au poète c’est :’‘défier l’infini dans l’acte d’écrire’‘ p.21, chercher la légèreté de l’oiseau, d’une aile, d’un geste providentiel ( en ciel ) et l’aube lui est un soutien : »l’aubeporte conseil aux phrases, elles sont mon perchoir » p.27
L’essentiel désormais prend naissance sous la plume comme autant de mystères qui »tremblent à l’idée d’effleurer l’éternité » p.43. Passé et présent vont de concert, concert de silence où les chutes se font sur un mot qui vous projette vers une autre lumière : »le poète est cet accident quibute sur un mot et rebondit sur les aurores » p.44
Ainsi LE TEMPS APPRIS demeure apprentissage. Il est cette attente, cette quête perpétuelle de bonheur, en souvenir de cet instant »où avec un seul regard tout peut basculer » p.56
Aérien et solide à la fois, LE TEMPS APPRIS remet nos pendules de certitude affective à l’heure, à l’heure universelle. L’amour survit au-delà de la mort mais qu’en est-il de l’être aimé ? C’est la question en perpétuel suspens et c’est tout ce qui poursuit le poète, être sensible talonné par le mystère, alors que fait-il ? »il continue son œuvre jusqu’à ce que cendres éparpillées aux lèvres laparole soit transmise » p.54
Et je dirais que par ce très beau recueil illustré d’aquarelles sensibles de paysages profonds, légers et lumineux, de Catherine Bérael, l’auteur nous donne une vision personnelle, élevée et attachante du questionnement sur l’absence ressentie sur la durée.
Albertine Benedetto, Le Présent des bêtes – Dessins Henri Baviera, Éditions Al Manar
Si cet opus comporte trois parties (la dernière ayant donné son nom à l’ensemble) nous faisant passer de l’humain, aux paysages et aux bêtes, Albertine Benedetto nous conduit de bout en bout de la vie, à la vie, à la vie.
Dans cette suite, le titre placé à la fin de chaque poème est comme une clé accrochée en cas de besoin, parfois comme le nom d’une amie sur l’enveloppe du cadeau offert, et ce peut être aussi la date ou le lieu épinglé sur le calendrier du souvenir.
La langue belle, ciselée, tisse une prose dense et poétique, mesurée au sens où rien n’est à enlever, rien à ajouter, notes précieuses de carnet, bijoux sertis pour durer.
Et cette belle langue que parle Albertine Benedetto nous parle. Elle nous plonge d’emblée dans un univers qui conjugue le passé au présent.
Les blouses ménagères font la queue sur leurs cintres à fleurs et à carreaux criards. […]
Quand ça traîne trop les années…
Ainsi commence le recueil dans sa partie intitulée « Images » où se mêlent les temps, les âges ; usure des corps mais aussi fringance des sens puisque Leurs mots glissent se chuchotent à même la peau.
L’œil d’Albertine se pose avec affection sur ces femmes simples qui traversent les époques entre labeur mais aussi légèreté quand elles entrent soudain dans une eau vive et qu’assises elles s’en vont.
Se pose et se souvient des cortèges au cimetière où l’émotion en foule se masse et s’engage par la colonne d’air venant du ventre encore une fois jusqu’au puits de la bouche.
Mais cela n’est pas triste à cause des oiseaux et des fleurs nous dit-elle.
Dans le compte à rebours de son écriture, elle peint sous nos yeux un drame, un conte, un mythe, une vie de la Vierge, un tableau à la Breughel où l’on voit comme si on y était au centre la tache du pré qui grouille d’enfants semés en parterre. Car Albertine est restée proche de l’enfance et c’est la mère sans nul doute qui parle de l’Ogre Bachar, ogre(s) moderne(s) qui dépèce(n)t les enfants à la première page du journal. La mère qui appelle au secours des innocents, le génie des contes persans du temps où ils nous faisaient encore rêver.
Et puis il y a « ce qui reste », le dernier souffle bientôt coupé, la photo qui raconte une histoire ancienne, les poupées Barbie jetées en vrac sur le sol, les vieux murs reliés encore aux bruissements de la forêt, une odeur de tilleul qui court le long des pages, une vieille maison, même si on ne sait rien de ceux qui ont vécu là, juste qu’ils ont vécu, mais vivre est une énigme nous rappelle la poète qui se souvient, témoigne de ceux qu’elle a côtoyés, s’aventure à imaginer aussi en avouant que peut-être aurions-nous moins peur, de vivre là.
Il y a ce qui reste et dont nous faisons provision comme tout ce vert bu par les yeux, mis en mémoire pour les jours de carton.
Les vestiges jusqu’au vertige et c’est la vie à petits tas qu’on pousse devant soi.
Enfin, « le présent des bêtes » nous dit que nous ne faisons qu’un avec cette nature si belle que la poète ne se lasse pas de contempler : paysages d’Auvergne, douceur des vieux volcans, humilité des bêtes au jardin, placidité des ruminants.
À les regarder, on prend racine, on sent le pouls régulier des saisons, le temps se fait rond, nous dit Albertine Benedetto qui nous invite à sa suite à aiguiser notre regard, retrouver la capacité d’émerveillement de l’enfance. Nous n’avons qu’une envie, avoir nous aussi, le cœur décroché devant la merveille, pris de court comme devant le premier amour. Il a suffi que ces bêtes passent, nous dit-elle en évoquant ces bêtes légères. Chevreuil, peut-être biche, […] pour que s’ouvrent des clairières dans leur sillage, des puits de lumière où boivent nos yeux, fatigués de couper les ténèbres.
Il ne faut pas oublier les oiseaux, c’est la plus belle phrase du matin, comme une parole tendre, une caresse de mots pour les êtres menus, ces démunis qui vaguent ébouriffés, dépenaillés, entre ciel et terre, aimantés par la lumière. Qu’ils touchent notre front et les fenêtres s’ouvrent.
À l’instar des oiseaux, la poésie d’Albertine Benedetto ouvre pour nous des fenêtres. Il y a une sorte de grâce dans son écriture, légère et profonde à la fois. À petits pas, simplement, elle nous prend par la main, nous invite à nous réapproprier le passé pour un présent plus vrai, à nous nourrir de l’esprit des lieux pour y ajouter notre empreinte, à ouvrir grands les yeux sur la beauté du monde pour en supporter la noirceur.
Yves NAMUR – N’être que ça – Éditions Lettres vives (collection Entre 4 yeux), 96 pages, mai 2021, 16 €.
« Une chose bien étrange s’était produite ce matin-là : j’avais soudainement l’intime et profonde conviction de naître. Ce qu’alors je venais de ressentir au tréfonds de moi-même, ce tremblement singulier, ces soubresauts cadencés et répétés qui m’avaient traversé tout le corps, c’était donc bien cela : je venais, oui, je venais de donner naissance à un corps. Mais pas à n’importe quel corps. Je venais de donner vie à mon propre corps d’homme. Quel sentiment curieux et à la fois voluptueux ! Quel plaisir plus doux et plus fou que celui de se voir marchant, courant et même sautant dans le dehors ! (…) Sur la pointe des pieds, sans crier quoi que ce soit, tout en silence. Je naissais ! » (p. 9-11)
Le bon docteur Namur se souvient donc d’avoir, un jour de sa « cinquantaine passée », accouché de lui-même. Tout y a été : l’urgence d’un emballement, les contractions centrifuges, le frisson de délivrance. Et tout de suite les prosaïques réflexes d’un nouveau-né véritable : chercher maison (ou au moins, dit-il, l’abri d’une haie), se guider à des voix – les seuls bruits sensés -, ouvrir très vite – dans un champ visuel encore brouillé, sans emploi pour lui-même, chaotique, la porte de voir (p. 12).Si, après l’expulsion, la porte de nature qu’on laisse derrière soi se referme seule (même si l’Origine du monde de Courbet vient hanter tout le livre), la porte d’humanité (renaissance ou naissance, même combat) reste, devant soi, à frayer, à flairer, à faire, à forcer peut-être …
Personne ne s’est jamais demandé comment naître; et pas davantage, voit-on ici, renaître. Namur précise seulement à sa correspondante (ce petit livre est une lettre, écrite sur dix ans, à une inconnue) et à nous (la lettre est donc publique) qu’il vient de lui arriver de naître à nouveau. La fin de la missive indiquera dans quelles douleur, latitude et résolution ça se fait (« comme un mât de bateau qu’on aurait lancé dans mon oeil droit ou planté dans l’interdit » p.84; « naître : c’est, parfois, s’habiller avec une robe ou un costume de fête, c’est aussi l’enlever, se promener nu dans la rue, au nez et à la barbe de tous les badauds » (id); « c’est à coup sûr faire bégayer le penseur qui venait d’assez loin, celui qui se désole d’être né, d’être là ! » (p. 85). Mais ce qu’il fait, une fois re-né, est bien détaillé et surprenant : il en profite pour écouter mieux merles et rouge-gorges; réfléchir plus à loisir (ou plus impartialement ?) à silence, solitude et vide; et enfin rêver (résurrection de haute fantaisie ?) que (p.38) des anges lui pleuvent sur le dos, que (p.56) ses meubles s’envolent, qu’enfin (p.72) une mouette « plane sans fin sur l’î de l’île » …
S’il y a bien quelque chose, dans les activités post-partum de l’auteur, de déroutant ou d’ingénu (d’innocemment franc, de fermement candide), la re-naissance lui est pourtant affaire sérieuse, et même tragique. D’abord parce que, si « ce qui naît de ce monde porte dès la naissance la vieillesse de ce monde » dit-il en citant A.Porchia, ce qui renaît (comme il arrive biologiquement à un clone, par ailleurs) porte la double anciennenté du monde et de la première version vécue de lui-même. Ensuite, les maîtres de sa première vie, qu’il nomme et commente avec ferveur (Stétié, Jabès, Juarroz, Michaux), se tiennent cois devant la seconde : cette renaissance du disciple les prend de court; leur facilitation du mystère s’est d’un coup périmée. C’est (pour oser une hypothèse) la sorte d’hébétude – voire d’incrédulité psycho-spirituelle – qu’on trouve chez le Christ entre Résurrection et Ascension : il renoue mal avec ses paroles d’avant, il se retrouve avec peine dans la pourtant éclatante confirmation de sa messianité, il n’est à présent qu’un Dieu taiseux. « Un oiseau s’est aujourd’hui posé sur mes lèvres (…) Mais avais-je seulement pu croire que par ce geste-là l’oiseau m’invitait forcément à garder le silence ? » (p.57). Comme la colombe du Saint-Esprit vient clore la bouche du Fils ressuscité, pour fonder l’Église, le sentiment de Namur éclate :
« N’être enfin que ça : un homme qui se tait » (p.63)
Mais, laissant le Christ de côté, il suffit d’évoquer Lazare : sa sortie du suaire est, d’évidence, peu bavarde. L’épreuve du renaissant radical est énigmatique et immense; énigmatique comme le passage suivant :
« Ne suis-je pas moi-même à l’épreuve du livre ?
L’épreuve, comme une épée noire qui transperce le coeur et le grossit mille et mille fois.
Écrivant épreuve, c’est le mot preuve qui surgit et me préoccupe (…) En fait, il me suffit d’évoquer le mot Dieu pour que le mot preuve disparaisse aussitôt de ma vue et du livre. Et c’est bien mieux ainsi » (p.44)
Épreuve immense aussi, incommensurable. Pourquoi ? La réponse est dans le titre, merveilleusement sobre et net, du livre : renaître, c’est encore n’être que ça ! Oui, c’est renaître que ça … !
Ça ? L’allusion (féroce) à Lacan – que l’auteur jeune étudiant avait, dit-il (p.26), entendu grotesquement pérorer, sous les quolibets et les tomates d’un public flamand – assume le sens psychanalytique du terme. Non pas, donc, le simple diminutif de cela (ce qui serait déjà troublant, car « cela » renvoie à ce qui a déjà été dit ou fait – comment ça, cher monsieur ? c’est comme ça, voyez-vous … – ce qui augure mal d’un franc renouveau !), mais bien le « Es » freudien, l’empêchement du soi, ou son auto-échappement. Irritante question : quel est l’inconscient réel de Lazare II ?
Ce qu’Yves Namur constate – enregistre, comme le bon clinicien que, même rené, il demeure – c’est la plus surprenante des conséquences : sa pensée, ses pensées, dit-il, l’abandonnent. Non par confusion mentale, ni besoin de distraction; mais c’est, écrit-il génialement à sa correspondante, « qu’elles me quittent pour affronter l’inconnu » (p.76). Oui, ses pensées ont elles aussi à naître, elles sont « happées » par un « mouvement centrifuge » les faisant s’éloigner de lui. Renaître, c’est être soi-même reversé à l’inconnu; c’est se retrouver devant une langue du monde à presque complètement reprendre ou réapprendre. Seule consolation : l’in-fans le redevient lucidement !
« La langue – et j’entends par le mot langue tout ce cortège de sons dont j’use pour te parler – cette langue-là me paraît bien lointaine.
Non pas qu’elle vienne de très loin ou qu’elle soit peu audible. Non, ce n’est pas cela que je veux dire.
La langue m’est lointaine parce que je n’en saisis qu’une infime parcelle. La langue m’est lointaine parce qu’elle m’est encore obscure » (p.77)
Yves Namur est, on le sait, l’anti-mystificateur. La leçon de cet étrange récit de naissance est donc plutôt toute prosaïque : vivre humainement, c’est – par l’usure, par l’inertie des mérites, par notre mort qui lève déjà les bras plus loin, par la péremption de toutes les « prescriptions » (p.37) – se devenir normalement incompréhensible. Il n’y a alors qu’une manière de se relire rigoureusement : renaître.
Moins d’ailleurs renaître au sens que pouvoir refermer, lentement et par soi-même, la porte du sens. Voilà la sorte de vaillante tristesse d’Yves Namur.
« La vie, c’est peut-être cela, un mot qui devient illisible.
Arrivé à cet instant précis de ma vie, je sais pertinemment que mon carnet doit être refermé.
Parce qu’on habite justement ce que l’on quitte » (p.87)
Le dernier mot de cet étonnant petit livre est celui-ci : trace. En fin de compte, n’être vraiment que ça : une trace, dit la dernière page. Une trace, c’est un trait de mémoire qui a traqué une présence, et tracer une ligne, c’est se représenter ce qu’on va pouvoir suivre. Mais le passage exemplaire d’une vie n’est lui-même qu’un exemple qui passe. Et puis, il y a la merveilleuse arrivée de la neige, neige salutaire (p.86) qui recouvre indifféremment naissances et renaissances, car belle et loyale mémoire s’abolit sans rancune. Et notre poète aura fait vivre une langue dont il peut renaître. Qui dit mieux ?
Accoster le jour, Patricia Castex Menier et Sylvie Fabre G., poésie, La Feuille de thé, 2021, 31 pages
Amour quelque part le nom d’un fleuve, Alain Dantinne, L’herbe qui tremble, 2020, 272 pages
« Au coeur de l’écriture
l’ombre de la main
Au coeur de l’ombre
une fêlure
Au coeur de la fêlure
l’absence
Au coeur de l’absence
la poésie »
Ars Poetica – Poèmes bibliques, Yòrgos Thèmelis, présentés et traduits du grec moderne par Bernard Grasset, Ressouvenances, 2021, 186 pages
Ars poetica et Poèmes bibliques sont les deux derniers recueils de Yòrgos Thèmelis (1900-1976), parus peu avant sa mort comme un testament poétique. Un art poétique se dessine en contrepoint de poèmes dialoguant avec des versets bibliques. Le poète, être de feu, est à la fois un veilleur, un messager et un prophète.
Le lecteur, plongé au coeur de notre condition, rencontre l’amour, la vie et la mort, leur lutte. Le poète dénonce l’extension sans frein du règne du profit qui rend notre monde antipoétique, inhumain. Tout s’achète, tout se vend. Pour que notre commune maison ne reste pas une maison de commerce, il invite à écouter la parole brûlante du poème qui oriente vers l’aurore.
Habitée par un questionnement existentiel, traversée de visions surréelles, apocalyptiques, la poésie de Y. Thèmelis mêle à des accents de tragédie grecque un moderne lyrisme. Une pensée poétique de l’homme, de l’univers, s’élève en un chant âpre et puissant. Oscillant entre incroyance et croyance, le poète s’approche du mystère en traversant la chair. Sa quête à la fois incarnée et mystique de la lumière cherche un Visage qui sauverait de la chute abyssale.
Loin du langage qui avilit le monde, transformé en empire de froides marchandises, le poète parle « une autre langue » ardente, délivre les choses en les nommant, les êtres en les aimant. Attentif à ces éclairs qui nous révèlent un peu de l’invisible, il accueille, au milieu des plus grands périls, comme une « fine lune », l’espérance en sa maison de lumière et en fait don dans son chant ultime, tissé d’ailleurs.
Bernard Grasset
Assise dans la chute immobile des heures, Florence Noël, poèmes, Bleu d’encre, 2021, 117 pages
« en ton jardin dormir
est un acte frémissant
partir une effraction
et mourir la réminiscence
de la création »
Au bonheur des cernes mauves, poésie, Michèle Caussat, Gros textes, 1998, dessins d’Eliane Gibert et Jean-Paul Rostain, 48 pages
Au rebord du monde, poésie, Mouren Provensal, La Trace, collection Regards, 2020, 81 pages
Au revoir Lisa, roman, Françoise Houdart, M.E.O., 2021, 126 pages
« C’est toujours maman qui découvrait les cartes postales que mon père m’envoyait des villes où le menaient ses pérégrinations de voyageur de commerce : elle qui les rangeait sur la cheminée pour donner à nos rares visiteurs l’illusion qu’il se préoccupait de nous. Jusqu’au jour où je me suis précipitée pour ramasser le courrier. c’était une carte de Florence. j’ai vu le tremblement de sa lèvre quand j’ai lu au verso de la carte : « Tu me manques, ma petite fille. Je promets de t’amener ici pour te montrer toutes ces beautés. Avec ta maman, si elle se souvient… Au revoir Lisa. Papa. »
Je m’appelle Lisa en souvenir de la Pensione Mona Lisa, près de la gare de Santa Maria Novella, à Florence où mes parents avaient passé leur lune de miel. Je l’ignorais, comme j’ai toujours ignoré la vérité celée de ma naissance, ce non-dit qui a érigé entre eux un mur de mensonge qu’il me revient à présent de déconstruire pierre à pierre. »
Cardio Poèmes, Aline Recoura, Petit Rameur, 2021, 20 pages
Ce qui vient de lumière, Jacqueline Persini & Matt Mahlen, Rougier, 2020, 33 pages
« Né d’une Lumière-poussière-d’étoile, la vie, la nature, le temps et le regard, ce poème en quatre actes est illustré par ce qui vient du pinceau de l’artiste. »
Cette nuit est l’intérieur d’une bogue, précédé de Entrée en écriture, Pouhon bleu la veillée, Premiers émois, Les camps retranchés, Enceinte des eaux,Jean-Pierre Otte, poèmes, Le temps qu’il fait, 2019, 114 pages
De sa dix-neuvième à sa vingt-quatrième année, en un temps d’apprentissage, Jean-Pierre Otte écrivit bon nombre de poèmes et de courts récits. Comme s’il convenait d’abord de s’exercer, de pratiquer des sortes d’exorcismes, et de subir des influences pour progressivement s’en affranchir. Ainsi qu’il le dit dans Entrée en écriture : « il s’agissait d’exprimer à chaque fois un univers devenu familier tout en laissant aux mots la liberté d’ourdir leurs propres images insolites et d’exprimer ainsi la saveur de ce qui, quoi qu’on fasse, nous reste insaisissable. »
Beaucoup de ces poèmes furent détruits, l’écrivain en herbe les considérant, peut-être à tort, comme des « copeaux d’atelier ». D’autres, dispersés, furent publiés en diverses revues et un bon nombre demeura inédit. Ce sont ces textes que l’auteur a réunis ici, les prémices étonnamment matures de l’oeuvre à venir.
Entre chien et loup, Stella Vinitchi Radulescu, L’Harmattan, collection Poètes des cinq continents, 2021, 79 pages
« … La langue est ici mouvementée par une pensée agile à travers les ouvertures qu’elle crée sans cesse comme autant de dires depuis l’in-dit des choses. Sans se figer dans un « nommer » qui risque la clôture d’effectifs ressentis, elle suscite une expérience sensible des intervalles, comme le suggère le tire même du recueil : Entre chien et loup. Cette écriture offre au lectorat des incursions plus pénétrantes dans les profondeurs des sens et notre relation au monde. Stella Vinitichi Radulescu exprime par une grande sensualité de son verbe notre résonance réelle avec les milieux. »
Philippe Tancelin
Entre-deux, Jean Bensimon, nouvelles, Orizons, 25, rue des Ecoles à F-75005 Paris, collection Littératures, 2021, 198 pages
L’entre-deux n’a pas bonne réputation. Il est le sort des femmes, des hommes de l’écart, du dilemme, qui vivent le cul entre deux chaises. De ceux qui, n’ayant pas d’assise, béquillent entre le zist et le zest, le dedans et le dehors. En porte-à-faux.
L’auteur relève le défi en seize récits empreints de poésie, à la fois profondément semblables et dissemblables…
Ephéméride, Marie Vermunt, poèmes, A l’atelier, 47 pages
« Par le biais de l’imagination littéraire, tous les arts sont nôtres » affirmait Gaston Bachelard. En effet, la poésie les contient tous, dans le regard qu’elle pose sur le monde, dans la musicalité du verbe qui lui est propre.
« Nous sommes frères ; la fleur
Par deux arts peut être fait.
Le poète est ciseleur,
Le ciseleur est poète »
écrivait Victor Hugo à Froment-Meurice, son ami orfèvre.
Dans son recueil Ephéméride, Marie Vermunt offre une résonance singulière à ces propos en réunissant poèmes, images et musiques. Ephéméride, un écrin où chaque poème déposé sur une image hoisie, se prolonge à l’écoute des musiques complices.
Dans cet ouvrage tissé point par point sur la toile des silences entendus, les poèmes s’effeuillent au fil des mots ciselés dans l’acuité du regard. Dans un style concis et lapidaire parfois, l’auteur sculpte cette présence au monde.
Les étés de Jeanne, Nicole Marlière, roman, M.E.O., 2021, 115 pages
« 1962. L’aube des golden sixties, une décennie charnière, sans monstre ni smartphone, avec une jeunesse à l’étroit dans le carcan des conventions. Les filles de seize ans sortent du bois, elles sont baby-sitters, monitrices, elles dansent, flirtent, testent, découvrent.
Jeanne n’a pas peur du loup, aucune incitation à être féministe. Bruxelles, Koksijde, Ostende, Paris, elle dévore la liberté, côtoie les hommes avec impudence, dénonce le faux angélisme des adolescentes en revendiquant la possibilité de dire non. Et découvre l’amour dans un monde où la pilule est encore à venir.
Un roman qui nous parle d’un temps où la vie se réinventait. »
Formules, O. Champod, poèmes, Indigo Graphic, 2017, 63 pages
« Nous entrons dans l’intime féminin, poésie végétale à fleur de peau, l’esprit du sensuel partagé.
En découvrant ces poèmes et en les illustrant « Ai-je été le papillon ou l’abeille qui gourmande, butine cette fleur ou ai-je rêvé d’être cette fleur, son pistil ? »
Haïku en 17 clés (Le), Dominique Chipot, Illustrations d’Anna Maria Riccobono, Pippa, 6, rue Le Goff à F-75005 Paris,2021, 234 p. ; www.pippa.fr, sitepippa@gmail.com
Tout savoir sur le haïku, son histoire, son évolution au fil des siècles, sa construction, ses différentes techniques d’écriture… En 17 clés. Un livre parfaitement documenté, pratique, passionnant, par un des spécialistes du haïku francophone.
L’écriture du haïku, comme tout art, nécessite un temps d’apprentissage pour maîtriser les techniques avant de s’en libérer. s’appuyant sur son expérience d’ateliers d’écriture de haïkus, l’auteur nous accompagne dans la découverte de ce poème dont la brièveté intensifie les sensations suggérées.
Il nous aide à avancer sans détours sur la voie du haïku francophone : ne pas prioriser la formule. Ne pas privilégier une capture hâtive dans le vif de l’action. Apprendre l’harmonie. Trouver l’équilibre. Aiguiser ses sens et ses crayons pour reproduire la fragilité d’un fait du quotidien. Chaque mot, chaque segment doit retenir ce petit rien passé à la vitesse de l’éclaire. Pas de place pour l’à-peu-près, pas de place suffisante. Le haïku n’est pas un texte enfermé dans l’enceinte des mots. Il s’ouvre sur une pluralité de sens dans le silence du non-dit.
Fidèle à son engagement de ne pas enfermer le haïku dans un genre unique, l’auteur nous en dévoile les différentes facettes sans nous imposer un style.
Jamais elle ne voit son visage, poésie, Yann Dupont, Christophe Chomant, 2020, 65 pages
« Après Fragilité(s), Jamais elle ne voit son visage explore un peu plus les failles qui habitent chacun de nous. Ce temps de la solitude où l’on se retrouve face à sa psyché à essayer de cerner les traces, les bouts de soi oubliés dans les jours écoulés. Ce temps où des lieux autrefois habités, on n’entend plus que le parquet grincer. Dans ce recueil, « Elle » pourrait être bien « Il » car dans les reflets du miroir, c’est la sensibilité qui a les traits de son visage. »
Mais le merle n’a aucun message, poésie, Lambert Schlechter, dessins de Lysiane Schlechter, poésie, Phi, L-4439 Soleuvre, B-5370 Havelange, www.phi.lu ; 2020, 103 p. ;
Le miroir amnésique, poésie, Roland Nadaus, éditions Henry, collection La Poésie comme elle va, 2020, 123 p.
« Mais au dernier moment, au moment même où je finissais d’écrire ce livre (qui ne sera jamais achevé), je reçois un coup de téléphone de l’abbaye de St Guénolé : c’est Gilles Baudry ! Il me donne l’autorisation d’utiliser le vers de son poème Plénitude des heures creuses pour en faire le titre de mon livre : ce sera donc « Le miroir amnésique ».
A toi, lecteur, lectrice, en solitude ou en public, intime ou sur ta scène, de choisir l’ordre de tes lectures. Le désordre nous reconstruit.
Les miroirs du désordre, poèmes, encres d’Eric Hennebique, Le Taillis Pré, 2021, 89 page
« Chaque fois que s’en va l’immédiat
il n’emporte ni langage ni bagage
mais juste
un petit éclat de soi »
Noryam, Miloud Keddar, éditions Parole & Poésie, collection de l’Eglantier, 2020, np
Nous et les oiseaux, Carino Bucciarelli, roman, M.E.O., 2021, 152 pages
Par une nuit de neige et de grand froid, Stéphane (ou Pierre?) Delatour heurte une pierre sur l’autoroute. Laissant dans l’habitacle sa femme et ses deux enfants, il va téléphoner à une borne, suivi par l’étrange regard d’une corneille. Au retour, la voiture a disparu. Et dans le commissariat où il fait sa disposition, l’inspecteur semble bien solitaire. c’est l’amorce d’un chassé-croisé de personnages qui se substituent les uns aux autres, mêlés à des oiseaux et à un anorak rouge dans la neige.
A sa manière inimitable, Carino Bucciarelli revisite le réalisme fantastique cher à nos contrées septentrionales.
Oh, et puis zut !, Iocasta Huppen, Bleu d’encre, 2020, 70 pages
L’ovaire noir de la poésie, de Gerrit Achterberg, poèmes traduits du néerlandais par Daniel Cunin, préface de Stefan Hertmans, postface de Willem Jan Otten, éditions de Corlevour, 2021, 133 p.
« Tans qu’on n’a pas lu Achterberg, on ne peut se figurer qu’il est possible d’écrire de la poésie explicitement mystique de manière aussi concrète, dans un style le plus souvent « sec » et en recourant à des éléments aussi banals. »
Stefan Hertmans
« Utérus
A côté de mes mains, ces grands silences,
le vent d’été vous procrée du néant.
De cette volupté, je n’éprouve que la douleur :
une rapide grossesse qui me transperce
et vous mène à terme en un minimum de temps ;
utérus du mot qui s’ouvre, se fend,
pour vous laisser vous écouler en un chant. »
Gerrit Achterberg : Poète néerlandais, né en 1905 et mort en 1962. le seul recueil publié en français est aujourd’hui introuvable : Matière, poèmes, traduit du néerlandais par Henk Breuker, Frédéric Jacques Temple & F. Cariés (La Licorne, 1952).
Périphéries, Patrick Chavardès, poésie, La rumeur libre, Vareilles, F-42540 Sainte-Colombe-sur-Gand, 2021, 60 p.
« C’était juste avant
que le rideau s’ouvre
avant que n’avise
un monde narquois
Ce commun désastre
d’être né un jour
tu dois l’incarner
dit le choeur des anges
Foi de charbonnier
un pied devant l’autre
ce fut mon métier
Jeunesse roulez »
Pleins-vents, Marianne Walter, poésie, La Feuille de thé, 2021, 86 pages
Le printemps des fenêtres, Marie-Claire Mazeilles, MŎ, novembre 2020, np
« Çafait des années que je prends des fenêtres en photo, en me disant : il faudra bien que tu en fasses quelque chose un jour !
Ce jour est venu – va savoir pourquoi on fait les choses…
Depuis deux jours, cet enfermement provisoire nous invite
à ajuster ce qu’on est profondément, comme une urgence
à exprimer, partager et vivre l’essentiel.
Comme un reflet dans les fenêtres italiennes ouvertes,
j’envole mes mots vers vous…
MC – le 14 mars 2020
La vie m’a offert un temps précieux : une résidence d’écriture, être vivante dans l’enfermement. Écrire dans la durée un projet littéraire : une photo et des mots, qui se regardent et se lisent pour la beauté et le sensible. La poésie est ainsi : spontanée, imprévisible et généreuse.
Du 14 mars au 21 juin, j’ai partagé chaque matin une photo et un poème sur mon site et ma page Facebook. Aujourd’hui, le livre est là, d’un beau papier, le premier d’une mini-collection. Je suis fière d’avoir mené ce projet de bout en bout : lorsqu’il y a empêchements, chercher toujours la lumière…
Marie-Claire Mazeillé écrit comme elle vit, avec simplicité et enthousiasme. Il en est de même lorsqu’elle lit ses textes chez l’habitant, dans les jardins, médiathèques, festivals ou évènements littéraires. De ses mots, elle frôle notre intimité, notre humanité, avec délicatesse et joie de vivre.
Ses photos sont des instants suspendus où le regard se pose sur la beauté des choses.
« Pro-nombre(s) est une description total du monde par le moyen du microème, tercet pronominal dont la fonction est ici de scruter le ciment de l’être, ce qui relie et tient ensemble les personnes et les choses. Pro-nombre(s) est une entreprise dont la portée est inséparablement poétique et métaphysique : en ajointant ce qui ne s’associe qu’avec réticence, il configure autant de modèles de monde qu’il existe de relations possibles entre les pronoms qu’il convoque. »
Retour à Znamenskoye, Vignettes et tampons pour un voyageur, poésie, Arnoldo Feuer, Les Lieux-Dits, collection Les parallèles croisés, 2021, 133 pages
« Les éléments de ce livre ne se réclament pas de l’illusion d’une fiction poétique, mais doivent l’essentiel de leur substance au lent passage du temps sur les griffures occasionnelles dont un témoin a pris note. Pas plus ne sont-ils des figures de vérité.
Après maturation, ils ont été composés du 27 octobre 2020 au 21 janvier 2021 et sont dédiés à ceux, salauds comme victimes, frères et soeurs en humanité qui ont reçu un nom, été évoqués ou vivent dans une allusion obscure des vignettes et tampons.
L’auteur ne saurait dire plus universellement ce qu’il leur doit. »
AF
Le soleil n’est plus un hortensia, Patrice Blanc, poésie, Le contentieux, 2021, 93 pages, Quatrième de couverture de Patrice Breno.
Tu ne sais pas où tu vas (101 poèmes dans la nuit), Marc Baron, frontispice de Francis Joiris, poésie, Le Taillis Pré, 35, rue de la Plaine à B-6200 Châtelineau, 2021, 111 p. ;
« Tu ne sais pas où tu vas mais tu dis alentour que le
poème est une marche en avant
le poème dans ce qu’il a de plus fidèle et de plus fraternel
le poème combattant
le poème qui n’en veut à personne
mais qui cherche tout le monde
le poème qui ne peut pas mourir au coin d’une rue
ni dans le coeur de ceux qui ont été touchés de plein fouet
(nuit du 16 au 17 novembre 2017)
Un père, poésie, Claudine Bohi, Les Lieux-Dits, collection Cahiers du Loup bleu, 2021, non paginé
Yasmina, Ivan Watelle, auto-édité, 2020, 90 pages
« Ce livre en deux parties avec Yasmina, un livre imaginé sur une Algérie idéalisée à travers une algérienne ayant une existence réelle, puis le livre se poursuit dans les monts verts d’Aubrac où je transcris en romance mon vécu et les rêves de ma jeunesse lyonnaise. »
Et aussi :
les revues suivantes :
Les Amis de l’Ardenne; 70, décembre 2020 ; André Doms, L’anachronique ; Vouziers, France, Dossier Thomas Owen, Prince du fantastique
Arpo ; 87, automne 2020 ; Carmaux, France
Art et poésie, 248, septembre-décembre 2020 ; 249, janvier-avril 2021 ; 250, mai-août 2021 ; Jean-Jacques Chiron, Longuyon, France
Art et poésie de Touraine ; 243 et 244, hiver 2020/2021 et printemps 2021 ; Nicole Lartigue, St-Cyr-sur-Loire, France;
Le bibliothécaire ; 4/2020, 4ème trimestre 2020 ; 1/2021, 1er trimestre 2021 ; Michel Dagneau, 1470 Genappe, rue de Bruxelles, 87, Belgique
Bleu d’Encre ; 44, hiver 2020 ; Hommage à Cee Jay et à Rio Di Marie, disparus en 2020 ; 45, été 2021 ; Claude Donnay, Blocqmont, 5B, 5530 Yvoir, Belgique
Cabaret; 35, automne 2020, 36, hiver 2020 ; 37, mars 2021 ; La Clayette, France
Cahiers de l’Académie luxembougeoise ; 32/2020 ; Arlon, Belgique
Cairns ; 28, 2021 ; Mouans-Sartoux, France
Le carnet et les instants ; Bruxelles, Belgique
Chronique des musées gaumais ; Virton, Belgique
Chez l’une, chez l’autre, 5, octobre 2015, Reims, France
Comme en poésie ; 84 à 86, décembre 2020 à juin 2021 ; Hossegor, France
Coup de soleil ; 111, février 2021 ; 112, juin 2021 ; Michel Dunand, 74000 Annecy, 12,avenue des Tresums, France
Critique ; revue générale des publications françaises et étrangères ; 887, avril 2021 ; N’était Deguy ; Paris, France
Debout les mots ; 79 et 80, 1er et 2ème trimestres 2021 ; périodique d’information bimestriel de la Maison du Livre, 28, rue de Rome, 1060 Bruxelles, Belgique
Décharge ; Auxerre, France
Eclats de rêves ; 68, deuxième semestre 2020 ; 69, 1er semestre 2021 ; Gaillac, France
Femelle du requin (La); 50, décembre 2018, 142 pages ; Christian Casaubon, 93130 – Noisy-le-sec, France
Florilège ; 180, septembre 2020, 181, décembre 2020 ; 182, mars 2021, 183, juin 2021 ; Stephen Blanchard, Dijon, France ; aeropageblanchard@gmail.com
Le Gletton; 534 à 542, octobre 2020 à juin 2021 ; Chantemelle, Belgique
Gong ; 70, janvier à mars 2021 ; 71, avril à juin 2021 ; 72, juillet à septembre 2021 ; Jean Antonini, 10, Place du Plouy Saint Lucien, 40000 Beauvais, France
Haies Vives ; 8, 2020 ;
Donnery, France
L’hôte n°1 à 9…
Interventions à Haute Voix, 62, 1er trimestre 2021 ; Hommage à Guy Chaty & L’irrationnel ; Chaville, France
L’intranquille, 18, avril-septembre 2020, 19, octobre 2020-mars 2021 ; St-Quentin-de-Caplong, France
Traction-Brabant ; 92, janvier 2021 ; 93, avril 2021 ; 97, juin 2021 ; Patrice Maltaverne, Appt 245, 1, rue des Couvent, 57950 Montigny Les Metz, France
Transparence ;Ottawa, Canada
Verso ; Commelle, France
Les recueils de poésie ainsi que les revues compléteront la poémothèque d’Ethe (Virton)… Merci à toutes et à tous !
Parme Ceriset, Le Serment de l’espoir, Que la vie souffle encore demain, Roman, L’Harmattan, février 2021, 238 pages, 22,50€
Rose est atteinte d’une maladie grave des poumons qui la condamne à moyen terme. Ce livre raconte son difficile parcours, un combat de chaque instant pour la vie. Il ouvre nos yeux sur le quotidien des personnes atteintes de maladies incurables qui vivent avec cette sentence de mort comme une épée de Damoclès au dessus de leur tête. Lorsque la greffe d’organe devient l’unique chance de survie comme cela devient le cas pour Rose, ce livre nous confronte à la grande difficulté des décisions à prendre, aux dilemmes qu’impose chaque choix. Même lorsque les décisions les plus difficiles sont prises, il faut pouvoir assumer les conséquences sur le plan tant physique que moral et affectif.
Son récit se fait en trois parties, en trois renaissances empruntant parfois aux rêves, aux contes la description des êtres qui accompagnent Rose tout au long de son combat. Ils deviennent des héros. Héros du quotidien, de l’amour inconditionnel au service d’une seule chose: la vie.
Rose est une battante et est capable de relever bien des défis, aidée par une famille unie et aimante. Son père est médecin et pour lui, homme de convictions « le sens de la vie est de vivre ». Sa mère est artiste et magicienne des formules et des idées pour lutter contre une fatalité mortifère. Contre l’éventualité d’une greffe, elle trouve: « c’est dans tellement longtemps que c’est comme si c’était jamais ». L’éventualité d’une mort précoce est balayée par cette formule: « Fais comme si c’était jamais ». C’est de cette injonction que nait le Serment de l’espoir. Il consiste à gouter le présent comme s’il avait le goût de l’éternité, la vie dans la moindre de ses petites manifestations naturelles. La famille, la tribu de Rose se rassemble autour de ce serment, ce choix de vivre. Très vite on devine que l’atout majeur pour lutter contre le destin c’est l’amour, la confiance, la connivence et la possibilité de créer des liens indestructibles.
« Je connais un arbre bronchique très particulier, osais-je, un arbre atteint d’une maladie incurable, dont les feuilles se dessèchent progressivement pour ensuite tomber et sédimenter au fond des alvéoles » c’est de cette manière que Rose décrit sa maladie à Adrien qui sera, son ami, son mari, son compagnon de route. Rose peut aussi compter sur la complicité de son frère cadet Edmond et de sa compagne, sur la fidèle amitié de sa chienne Ajax. Sur la compétence d’une équipe médicale dévouée dont la passion est de sauver des vies, d’améliorer la qualité de vie de leurs patients.
L’autre atout majeur réside sans doute dans cette faculté à sortir du temps par la création. La création poétique naturellement soeur des songes et des souvenirs, la création picturale qui font de quelques- unes des pages de ce livre des tableaux tout en couleur. La force est dans la reconnaissance de ses faiblesses, l’astuce est dans la résilience. La force des choses, la force de l’être résident dans l’acceptation et non dans le renoncement. Accepter c’est aimer chaque petite particule de vie, c’est gagner du temps en s’agrippant au présent et à tout ce qu’il offre de dérisoire pour certains, d’essentiel pour d’autres.
« Dès mon plus jeune âge, j’avais compris que la vie serait loin d’être une évidence acquise, qu’elle représenterait un combat permanent, de chaque jour, de chaque instant. Mais ce combat que je menais depuis si longtemps n’était pas dirigé contre ma maladie, puisqu’elle était indissociable de mon être, mais seulement contre son côté destructeur. Un combat pour la vie, en somme. Cette prise de conscience précoce de ma finitude m’avait au moins ouvert les portes d’une existence intense et palpitante. » P83
Naturellement, on ne sort pas indemne d’un tel livre parce qu’il nous ramène aux questions essentielles, celles de la vie et de la mort. Il me confronte parce qu’il s’agit aussi d’un récit autobiographique à la réalité de la souffrance de l’autre, à ce qu’elle a d’injuste et d’irrémédiable. Le destin n’est plus vraiment entre nos mains. iI n’est rien que l’on puisse changer pour empêcher ceux que l’on aime de souffrir, de tomber malade, de mourrir. Régulièrement évoqué dans le livre, il y a l’un de mes poèmes préférés: Le dormeur du val d’Arthur Rimbaud. La mort diffère du sommeil par un tout petit détail: deux trous rouges au côté droit. Autrement dit, par les blessures que nous laisse la vie.