Hélène Honnorat, KL, complots et caducées, Éditions GOPE, (189 pages), Février 2023.

Une chronique de Nadine Doyen

Hélène Honnorat, KL, complots et caducées, Éditions GOPE, (189 pages), Février 2023.


L’écrivaine gobe-trotter Hélène Honnorat nous a déjà fait voyager avec la version illustrée de Sois sage, ô mon bagageDans ce roman, elle campe cette fois son intrigue en Malaisie, plus précisément à Kuala Lumpur, en 1998, année riche en événements. Une ville « où les gratte-ciel émergent des marécages comme des lotus ». La narratrice explique le sens du nom : « Confluent vaseux ».

Un congrès coïncide avec les seizièmes jeux du Commonwealth auxquels assistent la reine Elisabeth II et le Prince Philip, si bien que les hôtels débordent ! 

Un vrai casse-tête pour les organisateurs de Caducée Tours. On suit donc les échanges entre Caroline sur place et ses collègues à Paris. Sa mission : recevoir, loger et « cornaquer » un groupe de sommités du monde médical, dans ce pays naguère sous-développé que le chef de gouvernement a transformé en « jeune dragon ».

Ses inquiétudes sont palpables à cause du retard des travaux dans la finition des hôtels qui doivent loger les participants au séminaire. Des palaces ! Il faudra répartir les participants dans deux hôtels. Dans les couloirs du Sabah flotte « une odeur amère ».  Le drapeau malaisien, en guise d’ornementation.

Caroline part donc faire l’état des lieux avec un chauffeur guide et commente l’architecture futuriste, les différents quartiers. Le Padang, « la miraculeuse gare anglo-indienne à clochetons », le terrain de cricket. La mosquée nationale « hissant son minaret en forme de parapluie fermé. »

 Le Nouveau Village, le quartier des ambassades. Des buissons d’hibiscus mais aussi  « des cratères boueux d’où émergent des grues ».

La population croisée est un vrai melting pot : Chinois, Malais, Japonais, Philippins,  Indonésiens… aux confessions diverses. D’où les différents lieux de culte : temples,  mosquées, la cathédrale Sainte-Marie.

Le lecteur n’a plus qu’à consulter une carte de la capitale, des photos des lieux cités pour prendre conscience de la hauteur des imposantes tours Petronas. 

Pour Caroline, ces « princesses » lui rappellent « Le Cantique des colonnes de Paul Valéry ». Des « championnes planétaires, avec leurs pinacles jumeaux embrochant à leur base deux globes d’acier creux. »  En clé de voûte s’allume dans la nuit WASASAN 2020, la vision de Mahathir Mohamad. Sa mégalomanie est fustigée.

La Malaisie ouvre grand les yeux sur l’horizon 2020, autrement dit 

 « dua puluh dua puluh » !

Avec Boris, le médecin attaché à l’ambassade, Caroline devise sur la situation politique du moment, des rumeurs concernant les accusations contre le dauphin  Anwar Ibrahim, le joker de Mahathir, le «  Doctor M ». Déchu, Anwar s’est retiré dans la banlieue résidentielle de Bukit Damansara, où un chauffeur accepte de conduire Caroline moyennant quelques dollars ! Mais celle-ci sera sommée par des policiers de quitter le site.

Le lecteur est vite mis dans l’ambiance : on boit du rooibos, on paye en ringgit. L’exotisme réside dans les plats offerts aux congressistes : du roti (petite crêpe épaisse), un nasi lemak (riz au lait, œuf dur, poulet), laklaks, onde-onde (connu comme boule de sésame sur une feuille de bananier), du « bubur ayam ou du bubur ikan » (porridge). On sert du poulet tandoori dans les marchés de nuit, des « glass noodles, des dumplings » dans les hôtels. On fréquente le marché du dimanche (« Sunday market) et on subit les embouteillages au retour.

Le vocabulaire est déroutant : « palu » (pan de sari), « baju kurung » (jupe longue …), « songkok » (traditionnel petit chapeau malais de feutre noir), « vinâ » (luth indien), « cristao » (langue), « wayang kulit » (marionnette). On circule en trishaws.  On pratique l’écriture phonétique pour les panneaux signalétiques. 

 On décourage Caroline de conduire ses congressistes à Malacca, capitale pourtant digne d’intérêt.  

Car la ville est en ébullition, non pas seulement du fait de la présence d’Anwar Ibrahim (le dauphin banni en campagne), mais aussi par celle des pèlerins rendant hommage à la « Santa Cruz » en ce deuxième dimanche de septembre. Le Dr Wang propose à Caroline d’aller écouter Anwar, lui qui sait galvaniser les foules, et dresse le portrait de ce dernier. Il se montre inquiet pour ce dirigeant politique victime de complot et d’accusations « d’inconduite sexuelle ». Ne risque-t-il pas la prison ? 

Un pamphlet circule à son sujet, que Caroline définit comme un « butin méphitique » dans lequel sont énumérées les tares du dauphin déchu. 

 Des visites d’hôpitaux sont organisées. Caroline, qui fantasme sur Maxime, rêve de prendre pension dans une « Two Bedded Deluxe, une VIP suite ». 

Des visites surprises sont annoncées pour les jours suivants. La place « Merdeka », plus connue sous le nom de la place de la « Liberté » est pavoisée pour les Jeux. Une stèle a été érigée pour commémorer l’indépendance du pays, le 31 août 1957. L’Union Jack ne flotte plus. Toutefois la reine Elisabeth et son époux assistent à la clôture des jeux. Occasion pour évoquer le sultan du Brunei qui reçoit dans son palais résidentiel à plus de 1700 pièces. Sont évoqués ses projets, dont l’acquisition de biens à Paris !

Un ingénieur nous donne le vertige avec les chiffres relatifs aux tours jumelles et en nous propulsant au sommet des tours qui ont détrôné la « Sears Tower » de Chicago.

Grâce à cet ingénieur, une vingtaine d’impétrants ont pu accéder au Saint des saints !

Le groupe dont s’occupent les organisateurs est désigné tantôt comme un « cheptel », tantôt comme des « zèbres » ou encore « des ouailles », « un essaim », « une escouade », « une fournée » ! Véhiculer « ce troupeau de toubibs » avec tant de nationalités peut entraîner des différends quand les susceptibilités sont heurtées. La diplomatie s’impose. Le rythme effréné s’accélère en fin du roman avec simultanément la visite de la reine (qui débarque en pleine tempête politique), une agression, une arrestation. 

Le suspense s’installe avec cette histoire de python, la présence de seringues.

Avalanche de télégrammes diplomatiques. Un autre complot se tramerait-il ?

 Que cache l’expression « classé secret » ?

Hélène Honnorat ponctue son roman de nombreuses références littéraires : Les saisons de Maurice Pons, Boris Pasternak, Cendrars et d’une pléthore de termes en anglais « haze », spectacular », « blood and bandage ». L’auteur a une propension aux énumérations, ce qui génère de longues phrases.

Les entrefilets, les extraits de coupures de presse rendent compte de la situation politique du moment. (Corruption, complots, islamisme). 

L’épilogue daté de 2021, puis de 2022, informe du « coup de cymbale : valse de trois chefs du gouvernement en quatre ans, le roi de Malaisie nomme Premier ministre celui que les adversaires voulaient éliminer, Anwar Ibrahim, « le miraculé de la politique » ! 

Notre guide a réussi le tour de force de nous faire voyager, de nous donner le tournis, de nous immerger dans une autre culture et d’attiser notre curiosité pour ce pays. 

Un style enlevé, imagé, corsé d’humour, d’ironie. Avec en toile de fond, « une symphonie puissante » et bruyante et les effets du passage de la mousson. 

© Nadine Doyen

Cécile A. Holdban – Osselets – illustrations de l’auteure, Le Cadran Ligné, 48 pages, avril 2023, 13€

Une chronique de Marc Wetzel


Cécile A. Holdban – Osselets – illustrations de l’auteure, Le Cadran Ligné, 48 pages, avril 2023, 13€


 Il y a deux choses qui ne trompent pas, et montrent l’authenticité rare de cette poète : d’une part elle dit toujours ce qu’elle a à dire le plus vite et sobrement possible (« Un jour, on ne fit rien d’autre/ que déjeuner du soleil » p. 37 – voilà qui résume la primordiale vie autotrophe; ou « S’il n’y avait qu’un seul bleu possible/ le sommeil n’existerait pas » (p.18) – voilà pour dire la gradation des fonds de monde dont dispose l’humain cerveau). Elle ne s’attarde pas, elle n’a pas d’amour particulier pour ses propres formules, elle consigne seulement ce que sa pensée a atteint, et se tient à ce qu’elle en retient. Elle étoufferait de garder pour elle cette « musique intérieure » qu’elle n’a pas choisie, dont peut-être la remontée même la menaçait (c’est l’inverse de ce que fait voir son activité de peintre, où elle prend tout son temps – et donne tout son espace ! -, laisse venir ses images à complétude, articule et fait respirer les silences extérieurs qu’elle en distingue et y agence).

D’autre part, elle ne vient jamais précéder ce qu’elle dit, se tient soigneusement derrière ce qu’elle énonce,

« Il pleut sur les roses

et soudain on ne sait

si l’eau vient des nuages

ou du coeur rouge des fleurs » (p.36)

s’esquivant non par simple modestie (moins encore par goût du secret), mais parce qu’elle a déjà bifurqué, cherche tout de suite ailleurs, se guidant sur ses propres pas de côté, et n’oubliant jamais que le labyrinthe est plus vaste que tout ce que strophe après strophe elle en révèle. L’univers ne paraît pas avoir ici de secrétaire global, mais de simples juges de paix locaux, qui explorent ses usages à leurs risques et périls :

« Le long voyage au fond de soi commence

à bord de navires nus

sans la voile des frondaisons » (p.39)

 C’est que Cécile Holdban est polyglotte (hongrois, anglais, allemand, français …), qu’elle sait saisir une nature elle-même polyglotte, qui parle  plusieurs registres d’éléments, plusieurs langues (la mécanique, l’optique, l’électrique, la géométrique, la thermique …) et ne cesse d’entre-traduire ses propres productions, de devoir obtenir les unes des autres ses diverses dimensions d’activité. Elle en connaît donc la palette, le nuancier, l’échelle des présences, dans l’incessante universelle opération (qu’a le monde) de se mêler à soi-même. Dans une disponibilité à la fois (étrangement) ardente et « chagrine ». 

« Un jour

en changeant de nom

tu as sauvé

ton visage du futur » (p.16)

 À la fois joie d’une renouvelée conversion (comme une foi se tournant sans cesse vers plus vrai qu’elle), et tristesse d’un constant déséquilibre (comme l’esprit polyglotte paye son indéfinie souplesse du deuil, en lui, de tout centre de gravité). On va de bond en bond, comme un triple sauteur (maître de ses propres ricochets), mais récoltant à chaque « rebond » la seule énergie rendue par le sol, le « bleu » veiné des contusions, le levain des seuls talons. Une ballerine dans un labyrinthe.

« Observant le labyrinthe

je suis à la fois celui qui le crée

et celui qui s’y perd  » (p.9)

Dédale qui « chagrine » (les chemins se valent et aucun n’a de sens; aucun pas n’assure passage aux suivants;  même tricher ne désembrouillerait rien), mais danse forcée de dépassement (« partir de soi pour plus de transcendance » dit quelque part l’auteure, puisque l’issue du labyrinthe ne viendra que d’une autre manière de l’arpenter, se fiant aux courants d’air, à l’humidité des cloisons, à la terre battue ou non des sols, à l’épuisement gradué des lumières : une liberté à la Escher, qui avance par éliminations, s’esquisse sur le miroir même et crayonne son propre sillage pour savoir au moins par où ne plus passer).  

« Le chemin tient dans la main

de celui qui le dessine  » (p.9)

 La foi poétique surnaturalise l’attention : nous observons passionnément comment la nature se débrouille d’elle-même, et y adaptons (calibrons, étageons, cicatrisons) notre chant :

« Les horizons blessés nous parlent parfois

de dommages plus intimes » (p.15)

 Ainsi nos larmes ont à apprendre des nuages, que pleuvoir allège et clarifie; nos enfances ont à apprendre des vagues, toujours imperceptiblement soulevées; nos loisirs de l’impossible oisiveté du réel (qui ne mène à rien que parce qu’il est toujours ramené vers lui-même); nos replis de l’immense origami cosmique qui ne rabat nulle chose sur elle-même sans l’épaissir à proportion, mais symétriquement ne sait déplier quoi que ce soit sans le désarticuler d’autant. Voici alors, une à une, quatre leçons de choses :

« Les larmes empêchent la lumière

de sombrer tout à fait

dans le gouffre de l’oeil » (p.21)

« Les vagues cachent

sous leur paupière

le secret des prairies de la mer » (p.33)

« Il est impossible de ne rien faire

lorsqu’on ne fait rien on fabrique du temps

ce temps germe

dans ce qui en nous se défait » (p.24)

« Novembre

plier les coins du ciel

en chaque arbre

puis en chaque feuille » (p.39)  

 L’auteure est comme une sainte espionne du Devenir, se montrant à la fois d’une incommensurable nostalgie (« La mémoire brode au fil or et noir » p.41), et d’une inconsolable volonté (« Le temps galope à dos de nuit » p.40), comme une enfant joue aux osselets – semble indiquer le titre -, à la fois plus libre du néant et plus consciente de la mort que l’adulte. Osselets : comme nous les astragales de moutons, la nature recycle en actions imprévues tous ses anciens moyens d’existence, comme l’avouent ses empreintes, et le hurlent ses ricochets. Il y a peut-être dans le titre énigmatique (et glaçant) du recueil l’idée que le jeu d’être conscient est une incomparable torture. 

 La torture aussi est un jeu : dans la variante ultime du jeu d’osselets (la tête de mort), on place d’abord, précautionneusement, les quatre osselets blancs entre les  premières phalanges des doigts, puis, ayant lancé et rattrapé dans sa paume l’osselet rouge, on fait redescendre en elle, sans lâcher le rouge – et sans utiliser l’autre main – les osselets ainsi fichés, par des mini-contorsions musculaires de la main jouant d’elle-même. Or cette acrobatie articulatoire a son équivalent (ou son précurseur) dans le supplice ancestral des os broyés : le tourmenteur médiéval disposait entre les doigts du patient des os surnuméraires avant de lui comprimer latéralement la main. L’aveu requis s’obtenait vite, ce jeu de l’étau portatif étant réputé, pour l’intensité des douleurs créées, sans égal (on ne restait pas longtemps beau joueur dans ce mortel serrement de mains). Mais le jeu d’osselets ici est pacifique, inspirant et généreux : il s’agit bien de ne ramasser les os blanchis au sol que le temps d’envol de l’os père et rouge. Le droit de glâner n’est que dans l’altitude réussie : la poésie ne récolte que ses propres lancers d’apesanteur. Mais Caillois semble y surveiller Prévert.

« Le temps se cueille endormi

sur des totems de fleurs » (p.25)

                                                    ———

© Marc Wetzel

   Poète, traductrice, dessinatrice et peintre, Cécile A. Holdban est née en 1974. Elle co-anime avec Sébastien de Cornuaud-Marcheteau l’étonnante et attachante revue en ligne « Ce qui reste » (qui a par exemple publié des inédits de Vincent Dutois). Ses derniers recueils : « Poèmes d’après » et « Toucher terre » chez Arfuyen, et « Pierres et berceaux » chez Potentille (https://revue-traversees.com/2021/11/24/cecile-a-holdban-pierres-et-berceaux-potentille-septembre-2021-16-pages-7e/)

Carolyne Cannella, Arabesques purpurines, Collection Le Chant du Cygne, éditions du Cygne,  2023,  Nombre de pages 88, format 13×20. 

Une chronique de Michel Bénard

Carolyne Cannella, Arabesques purpurines, Collection Le Chant du Cygne, éditions du Cygne,  2023,  Nombre de pages 88, format 13×20. 


D’emblée, ce nouvel ouvrage de la poète et musicienne Carolyne CannellaArabesques purpurines – nous transporte dans une note de beauté porteuse des couleurs du temps, symbole d’éternité aux nuances pourpres de la vie. Semblable à son inspiratrice, l’écriture est libre, indépendante, porteuse d’images en transparence et hors du temps. Tout est de subtile sensibilité, tendue comme la corde d’une guitare, c’est aussi un jaillissement de délicieuses métaphores.

Au travers de son jeu littéraire, notre poétesse tente de rejoindre l’homme égaré et mélancolique perdu sur la plage déserte et qui n’attend qu’un souffle. L’ambiance dévoile un univers insolite désireux de réembellir le monde des hommes, par une poésie délicate, énigmatique nous transportant dans un espace aux nuances transparentes. Carolyne Cannella est à la recherche de l’intime beauté et de la fluide lumière. Nous avançons pas à pas dans un environnement spirituel, sorte d’errance mystique informelle porteuse de ce fort besoin de retrouver de vraies valeurs, une voie nouvelle, de donner sens à l’existence. Nous nous retrouvons au cœur d’un monde d’entre deux, sorte d’univers flottant semblable à celui que nous côtoyons dans les paysages d’Extrême Orient.

Voici bien une poésie aux images foisonnantes, patchwork symbolique, mystérieux et irréel. Cette œuvre est aussi un cri silencieux, une blessure cachée, que seul peut cautériser le voyage intérieur qui conduira jusqu’au seuil de la porte de la renaissance. Carolyne Cannella, fait de sa poésie une mélodie, un songe qui tend vers une nouvelle reconstruction, un nouvel accostage, car nous ne pouvons pas danser seul éternellement. Alors la poésie reprend ses droits.

Au gré de mes lectures, je me surprends à cueillir quelques fleurs rimbaldiennes, brocardées de notes romantiques. Les images ici se font réminiscence, un voile de souvenirs plane au-dessus des textes, fruits mémoriels de clichés ne pouvant pas ou ne voulant pas s’effacer. Par l’esprit synthétique des poèmes, nous sommes  proche de l’esprit aux effets haïku . Notre amie parfois a besoin de recul, de retour sur elle-même, accepter le silence intérieur pour mieux se retrouver face à soi-même dans l’aura de l’amour. C’est aussi une possibilité de pénétrer dans l’univers, de percevoir la vie dans le miroir.

L’auteure se risque à quelques approches extrême-orientales, soulignant la pureté, l’essentiel, l’intemporalité et le vide du Tao : « Au début était le vide habité d’une infinitude de possibles dont nous faisions partie. »  Le verbe nous conduit à l’essentiel, se dépouille afin de mieux trouver les sources de la beauté, la ligne mélodique à l’instar d’une partition se veut pure. Phénomène atavique sans doute, notre poète étant professeure de musique.

Il arrive d’être dérouté du sens, il y a rupture volontaire avec la signification même du poème, qu’il faut recomposer comme un puzzle. Carolyne Cannella ne dit-elle pas :

« L’essentiel n’est pas dans les mots, mais dans cet espace par eux créé . » 

Ainsi l’auteure parvient à extraire en quatre vers une forte densité significative, sorte de contre-point :

« J’ai croisé la beauté dans le regard du gueux / intense et clair /  dont la lumière m’enseigne et me renvoie / à ma propre lumière. »

Nous frôlons le voyage astral, juste là où l’éternité prend  naissance, alors nous pénétrons dans le domaine de tous les possibles. Poésie nomade qui nous pénètre en profondeur par ses jeux verbaux et ses métaphores. Le langage se désarticule, joue avec les inversions, se fait magique, il envoute, illumine, s’éparpille dans le vent, afin de mieux communier avec l’univers où réside l’âme aimée.

Une ligne musicale impose son rythme, sa cadence : 

« Ivraie semée / La blessure suinte / Noire orchidée / Cœur labyrinthe » 

Carolyne Cannella livre son combat jusqu’à l’effacement des ombres ténébreuses dans la perspective d’un avènement de lumière. Puis elle s’arrête pour contempler et procéder à une lente renaissance pour ne plus faire qu’un dans le grand tout : « Être… une présence-absence » Au-delà de la mort, par la musique et la poésie Carolyne Cannella tente de franchir l’autre rive où se dessine le profil  de lumière de l’homme solaire : « Un soir, Il apparut… ! »

©Michel Bénard.

Lauréat de l’Académie française

Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Poeta Honoris Causa du Cénacle Européen des Arts et des Lettres.

Nouveaux Délits N°75 – revue amie

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com


Quelle époque épuisante, collectivement et puis pour beaucoup individuellement ! Tellement qu’écrire un édito pour ce numéro semble au-dessus de mes forces et puis il y aurait tant à dire que ce n’est pas une petite page qui y suffirait. Quelques mots résonnent : colère, absurdité, injustice, paix, changement, radical, urgence, catastrophe, confusion, bêtise, mépris, inhumanité, aveuglement… Mais j’ai trop usé ma langue sur les bords amers et tranchants de ce monde modelé par quelques fous qui prennent toute l’humanité et son futur en otages. Je préfère laisser ma langue non pas aux chats mais à toutes celles et ceux qui œuvrent à alimenter le feu des consciences, à élever l’imaginaire, à semer des graines de sens là où rien ne pousse, à parler la langue du vrai, aussi noire que nécessaire mais qui ne triche pas, qui n’enrobe pas de vernis, de sucre de séduction ; à celles et ceux qui savent la langue de soin qui tend vers l’autre des mots de secours, langue bonne et belle des naïfs qui refusent de jouer dans la cour des cruels et des prétentieux, langue du sage silence aussi quand la cacophonie rend tout contact explosif. Tant de langues, tant de possibles. Car « Nous sommes arrivés à un moment de l’histoire où nous devons d’urgence redéfinir le sens de la civilisation », a dit très justement Hayao Miyazaki et clairement cette langue qu’on nous assène depuis les hauteurs des palais et des étincelants buildings n’a plus rien à voir avec une quelconque idée de civilisation.                          cgc

Je sais pourquoi 

autant se taire

Ne pas crier dans le désert 

quand c’est chaque grain de sable qui souffre 

ne pas parler aux vieux murs qui radotent

Passer en silence

avec la petite escorte d’insouciance

qu’on aura un temps séduite

Lionel Mazari

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AU SOMMAIRE

Délits de poésie :

Marie-Florence Ehret, Au jardin (extrait)

Antoine Simon

Marie-Françoise Ghesquier, Le pont suspendu (extraits) 

Pierre Gondran dit Remoux, ainsi s’endort le ballast suivi de on hoche on hoche on hoche (extraits)

Marie Tavera

Danielle Querol Bonhomme, Fondrières de la parole

Délit de l’autre : Éric Cuissard, L‘autre qui était peut-être lui (extraits)

Résonance : Gîtes de Julio Cortázar, trad. de l’espagnol (Argentine) par Laure Bataillon, Gallimard, 2012.

Délits d’(in)citations ainsi font font font les petites pâquerettes. Vous trouverez le bulletin de complicité fort désolé : la disparition du tarif éco, entre autres, force à l’augmentation du prix de l’abonnement (par voie postale) donc à prendre en compte pour tout renouvellement à partir du 1er avril 2023. 

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Illustratrice :  Anouk Rugueux

« Ancienne libraire, j’ai toujours aimé lire, écrire et dessiner. Ayant eu la chance de travailler de nombreuses années à la librairie d’un musée, j’ai pu fusionner mes centres d’intérêt dans le plaisir quotidien de feuilleter des livres d’art, de discuter de création et de livres avec les clients et visiteurs. Je dessine aujourd’hui surtout sur des pages de livres anciens et des matériaux de récup. »                                              

Son site : https://rugueu.com/

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Pour qui sait se ménager du loisir, une journée s’étend sur mille ans. 

Pour qui a le cœur vaste, une cabane est aussi spacieuse que l’univers. 

 Zicheng Hong

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Revue et association Nouveaux Délits – St Cirq-Lapopie (Lot)

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