Falaises de l’éclair, Jean Dumortier 

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  • Falaises de l’éclair, Jean Dumortier ; Bruxelles : Le Non-Dit, 2011.

Chaque poème de ce recueil semble avoir été acheminé par la marée d’un cœur qui se donne sans condition. En effet, au détour de chaque page, Jean Dumortier vise à transmettre une vision lumineuse et joyeuse du monde, célèbre l’infinité de l’être tout en proposant une vision qui veut encore croire en un monde meilleur.

Véritable cri d’amour adressé aussi bien à la femme aimée qu’à l’univers tout entier, ce livre tend à mettre en avant les forces actives de la vie, s’oppose aux violences du temps et approche le secret perdu d’un bonheur apte à conjurer la mort. En ce sens, la poésie de Dumortier nous incite à effectuer un pas vers la lumière d’une pensée s’ouvrant aux clartés de la terre ; en ce sens, la poésie de Dumortier cherche à nous donner l’amour de la vie…

En conclusion, on peut affirmer que Dumortier est moins un auteur qu’une vie qui respire ; poète engagé dans son temps, il médite sur la condition humaine et ouvre en nous les rideaux d’un éveil susceptible de nous aider(à qui jamais ne s’éveille rien ne sert de rêver) à retrouver le goût de l’essentiel ; à savoir, la simple joie d’exister et d’aimer…

Je vais comme l’éléphant de mes forêts

Cœur battant dans le silence du bonheur

Poème de joie, poisson volant de mes hémisphères

tu t’élances au-delà du temps qui passe

Faon dans sa course vers sa mère

et si tôt conscient de la fragilité des choses

Tu t’ébats en abordant mes cieux multiples

Poème de joie, je t’embrasse au couchant de la vie

En lianes de promesses, fais vœu

pour que l’éphémère n’ait raison de nous

et que la solitude, dans son manteau noir

ne nous maintienne au friselis des eaux

◊Pierre Schroven

Ossature du silence, Isabelle Lévesque

 

  • Ossature du silence, Isabelle Lévesque ; préface de Pierre Dhainaut ; encres de Claude Lévesque ; Edition Les Deux-Siciles,2012.

Ce recueil ne « se donne pas » au premier coup d’œil. En effet, le lieu de la poésie d’Isabelle Lévesque est « hors vue » (libérée du déjà vu !). ici, chaque mot opère une rupture avec la réalité donnée et semble installé dans la mouvance que cache le sensible ; ici, chaque mot semble chargé d’un silence volant vers l’infini ouvert…

Feu rivé

canal d’hommes autour

la danse un tour

une lueur

les cailloux frottés sont devenus

la carcasse limée

feu passé

de main en main

serrer le ciel

Au détour de chaque page, Isabelle Lévesque montre le côté incertain de tout ce qui est visible, doute du caractère définitif de la réalité, met de l’infini dans le fini et montre qu’à l’intérieur de tout ce qui est, il reste de l’inconnu, de l’invisible voire des forces qui résistent à tout ce qui nous présuppose.

Déconcertée

l’allumette a crépité de l’ombre

quel bruit tendu au silence

n’est plus la nuit

son tissu ment

l’étoile

ne crépite et cesse

atonie

le soir apaise

Bref dans ce recueil, Lévesque bat en brèche l’apparence des choses, dévoile le réel dans sa dimension mouvante et sauvage tout en développant une force d’énigme à même de déborder le seul individu dans ses identifications. Cependant, malgré l’énigme qui le porte sur les récifs d’un monde sans espace ni durée, Ossature du silence distille une poésie qui, non contente de sauter les barrières d’un temps sans aiguilles, ose un chant qu’on devine au bras de tout ce qui s’envole avant d’être à portée de mains.

Deux roues tracées chemin

repris le pas de l’aubépine

fines aiguilles

sans printemps

comme cœur trébuche

◊Pierrre Schroven

La poésie pour étendard, Anthologie de la poésie humaniste, tome 12

 

  • La poésie pour étendard, Anthologie de la poésie humaniste, tome 12 ; 98 pages ; Les Amis de Thalie, La Valade à F-87520 VEYRAC.

Originellement, La poésie pour étendard fut conçue comme un ouvrage de poésie citoyenne. Mais les poèmes de vie plus personnels n’y manquent pas. Même, il advient, comme dans le tome 12, qu’ils soient largement majoritaires.

Parmi la petite quarantaine des écrivains qui ont participé à ce tome s’apprécient plus particulièrement

  • Christian Hartweg qui restitue merveilleusement l’un de ces moments où, comme si le temps s’abolissait, nous percevons sur les lieux où ils vécurent, des disparus et leur quotidien,

  • Adrien Cannamela, exaspéré que l’ONU barguignât tant à voler au secours du peuple lybien,

  • Josette Frigiotti dont la poésie est allègre communion avec la nature et philosophie de vie,

  • Danielle Drab et Pascale Gruet qui mettent en évidence des aspects cauchemardesques de notre société,

  • Rayad Haïchour qui souligne combien l’étendue de nos choix de vie demeure relative,

  • Alfred Herman qui s’oppose à la peine de mort, encore en vigueur dans trop de pays et d’états, parce qu’elle tue souvent des innocents,

  • et Jules Masson Mourey qui évoque l’adieu plein de nostalgie d’un Vagabond.

Üzeyir Lokman çayci dont on regrette de ne plus voir les splendides encres de Chine en revue, Chantal Cros, Lena Rodrigues, Isa et Christian Boeswillwald par une photographie reproduite en quadrichromie qui est forte mais qui intrigue, enchantent quant à eux le regard de leurs œuvres.

◊Béatrice GAUDY

Luce Péclard, Pars si tu peux

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  • Luce Péclard, Pars si tu peux, préface & illustrations de Jacques Herman. Editions du Madrier, Suisse, 2012 (100 pages ; format 15×20).

Au survol du dernier ouvrage de Luce Péclard Pars si tu peux, la première impression est le ressenti du souffle essentiel d’un doux vent de liberté, tout imprégné d’une belle lucidité.

Pénétrons à pas retenus ces espaces de l’inconnu, ces champs hors du temps, loin des voies jalonnées.

« Quitte tes quatre murs,

Verrouille à triple tour,

Jette la clé

Avec tes peurs. »

Ici tout est dédoublement, alternance, tant de l’intérieur que de l’extérieur.

Luce Péclard nous démontre par ce recueil son besoin d’intemporalisation, cette soif d’évasion, au risque même de se perdre dans les méandres de l’infini, de plonger avec Pégase et Icare dans l’aventure du vide. Patiemment elle sculpte son œuvre mot après mot y révélant les formes qui sommeillent en elle, elle élague jusqu’à la révélation.

Luce Péclard éprouve parfois ce besoin du regard de l’autre, ce qui est très légitime, sorte de sécurisation existentielle nécessaire.

Elle joue sur les fragments de vie, les parcelles édifiant l’existence, tout en continuant à s’étonner de l’ordinaire, à s’éblouir de la simplicité.

« Une journée aussi légère

Que la bulle au ciel, éphémère. »

Peu de choses suffisent au poète, une lueur d’étoile est suffisante pour améliorer la progression de son chemin terrestre, pour modifier l’angle de vision, pour mieux se rapprocher d’une perspective différente, aller vers une lumière nouvelle.

Comme dans la majeure partie de ses œuvres Luce Péclard tend vers le bon sens du cœur, à l’offrande de l’âme qui voudrait contenir la clé de l’univers : «  Sens & essence du monde. »

Elle considère que trop de questionnements demeurent en suspension, au travers de « l’homme » oscillant toujours du meilleur au pire, de la joie à la douleur, de l’espoir à la torpeur !

« C’est sans nous que se fait l’histoire.

J’entends : l’effrayante machine

…………………………………….

Qui produit des tyrans

Et décime des peuples. »

Surprise parfois par le réflexe de l’enfance, elle conserve toujours ce besoin instinctif de se protéger dans les jupes de la mère, de retrouver les parfums lointains et les odeurs de poussière de la craie sur le tableau noir.

Telle est son errance au fil des images sans but précis, au hasard du chemin. Prendre conscience de notre état de sursis, du miracle de l’instant.

Luce Péclard, vit la poésie un peu comme une prière, une incantation, mais non pas dirigées vers un « Dieu » innommable et innomé, mais plutôt vers le Divin, le sacré, l’universalité.

S’éblouir, s’éblouir, sans cesse s’étonner, oser prendre l’inconnu par la main.

En effet, pourquoi vouloir à tout prix partir à l’autre bout du monde, alors que tout est contenu dans l’informel du poème.

Le poète prend des risques, il lance des défis avec toutes les chances de s’échouer misérablement. Rude constat de notre impuissance face aux rouages broyeurs de l’histoire, terrifiantes mécaniques animées des hommes ignorants et cupides, folie usant la corde jusqu’à la rupture !

« Qui construit ses rouages

Au-dessus de nos têtes,…/… »

Comment ne pas cautionner la saisissante clairvoyance des poèmes de Luce Péclard, comment ne pas surligner ses cris de vérité, mais qui saura vraiment comprendre, qui pourra réellement entendre.

Si un seul lecteur en est convaincu, alors Luce Péclard a gagné son pari !

Indéniablement Luce Péclard demeure dans l’attention, la réflexion, à l’écoute de la petite voix de son espace intime en communion avec le monde et l’eau limpide du torrent qui décrypte les secrets de la pierre.

« J’essaie d’imiter Michel-Ange

A grands coups de burin

Dans le roc quotidien. »

Sorte de militante discrète Luce Péclard formule les plus beaux espoirs sur l’éventuelle reconstruction du monde par l’acte de la poésie, germe porteur de tous les possibles.

S’ouvrir à l’essentiel en se reliant à l’univers !

« Mais le Poète sait d’instinct

Comment tomber dans l’infini ! »

Luce Péclard jongle avec les mots qui s’échappent parfois dans un vol désorienté, indompté et puis peu à peu elle restitue ordre et cohérence dans cette frénésie sauvage.

Il arrive aussi que les vers s’égrènent au rythme de quelques fêtes grégoriennes tout en se confondant aux variations pastorales.

Tout est signe qui ensemence la mémoire.

Alors, partez si vous le pouvez, mais ne le faites pas sans placer dans votre viatique ce beau recueil de Luce Péclard : «  Pars si tu peux.» magnifiquement illustré des subtiles et délicates aquarelles du peintre et préfacier Jacques Herman. Judicieuse osmose du texte à l’image.

◊Michel Bénard

En partance, Guy Jean 

 

  • En partance, Guy Jean ; Trois Rivières : Editions d’art Le Sabord, 2010.

«… En partance, c’est la recherche au cours de voyages du souffle humain tissé entre l’heure et le lieu. C’est l’exploration de l’âme humaine dans ses amours, sa violence, ses espoirs et ses velléités… ». Ce passage extrait de la quatrième de couverture résume parfaitement les thèmes abordés dans le recueil ; à savoir, la fuite du temps, les guerres, l’amour, l’exclusion sociale, la mort, la problématique de l’écriture, le dogme religieux et bien d’autres encore… Mais s’il ne fait aucun doute que la poésie de Guy Jean est une poésie « de chair et de sang », il n’en demeure pas moins qu’elle tente aussi d’approcher le monde dans sa dimension merveilleuse et secrète.

Toutefois, si elle demeure profondément ancrée dans le quotidien, cette poésie n’a rien d’anecdotique. Car si le poète s’emploie à dénoncer les dérives d’un monde dont les valeurs(la vitesse et l’utilitaire) sont loin d’être en concordance avec nos aspirations profondes, il cherche aussi à nous communiquer sa fièvre d’exister. Ici, la poésie est conçue comme un acte libérateur, un acte de résistance voire un chant d’espoir ; ici, la poésie est une langue de liberté, d’égalité et de fraternité ; ici, la poésie éveille le réel, exorcise un présent aliénant et constitue un moyen de fondre l’espoir dans le désespoir ambiant.

A travers ce recueil, le poète questionne la vie et le temps tout en posant un regard sans concessions sur les enjeux d’un monde où tout reçoit une échelle de valeur en fonction de son utilité ; à travers ce recueil, le poète nous met en présence d’une poésie lucide qui intègre le vivant pour maintenir la vie en vie…

Je me résigne et adresse la parole au chien sauvage

les yeux brûlés de hurlements qui secoue de ses griffes

les griffes métalliques installées sur mon histoire

ses instincts portent ma rage, mes envies

je le garde enchaîné

pour qu’il déchire de ses crocs la nuit

pour que mes rêves s’égarent et se dessinent aux murs d’une caverne

les voix emprisonnées dans son nom

◊Pierre SCHROVEN