Joël Bastard à la Librairie Centrale à Ferney-Voltaire

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Lecture et signature par Joël Bastard, le vendredi 5 juillet à partir de 19h, dans le jardin de la Librairie Centrale à Ferney-Voltaire.

L’auteur lira SANS REVENIR (éditions Aencrage), SUR CET AIR GRACIEUX ET LEGER (éditions Cenomane) et présentera son dernier ouvrage CE SOIR NEIL ARMSTRONG MARCHERA SUR LA LUNE (Esperluète).

M. Alain Pouleau, le libraire, offrira ensuite des petites choses à grignoter et à boire pour fêter la poésie et l’été…

3, rue de Meyrin 01210 Ferney-Voltaire
Tél. 04-50-40-90-61 Fax. 04-50-40-90-69
E-mail : librairie-centrale@wanadoo.fr

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Jean-Luc GEOFFROY, «L’Oscar et l’Alfred à l’icole», Musée de la parole en Ardenne ; 158 pages, 15 €.

Jean-Luc GEOFFROY

Jean-Luc GEOFFROY


  • Jean-Luc GEOFFROY, «L’Oscar et l’Alfred à l’icole», Musée de la parole en Ardenne ; 158 pages, 15 €.

L’événement est trop rare pour qu’on le passe sous silence. Tout un roman en patois gaumais, cela faisait longtemps que plus personne ne s’y était risqué.

Jean-Luc Geoffroy est bien connu de tous les amateurs de littérature en sa qualité de responsable du Service du livre luxembourgeois (Province de Luxembourg belge). On le connaît aussi comme auteur de nouvelles, comme poète et, à ses débuts en tout cas, comme animateur au sens large du terme. S’il a souvent eu l’occasion de s’exprimer pour l’une ou l’autre manifestation en employant le gaumais (une forme belge du patois lorrain) de ses ancêtres virton(n)ais, il ne l’avait jamais fait par écrit. Voilà qu’il vient de franchir le pas avec un roman truculent: «L’Oscar et l’Alfred à l’icole» (Oscar et Alfred à l’école).

La trame est classique, Saint-Mard quelques années avant la seconde guerre mondiale, deux jeunes garçons issus de milieux différents fréquentent la même école de village… Après des débuts plutôt houleux, les deux gaillards («les deux varas d’jeunes») vont finalement s’entendre et notamment dans la rude compétition scolaire qui doit mener à la sacro-sainte remise des prix de fin d’année. Une histoire riche en rebondissements qui n’est pas sans faire songer au petit Nicolas de Sempé et Goscinny…

Si la lecture d’un livre en patois réclame un peu d’efforts, le résultat en vaut la peine: on est littéralement tordu de rire dès les premières lignes. En outre, quand il s’agit de glisser une bonne dose d’humour entre les mots, Jean-Luc Geoffroy n’est jamais loin et quand, en plus, on y ajoute la saveur inattendue du parler populaire le résultat est garanti: «Il allout à l’huche dè la cujine aveu n’ démârtche dè pète-cu qu’è tchi das l’culote» (Il avançait vers la porte de la cuisine avec une démarche de snob qui s’est oublié dans sa culotte)… Tout un programme! D’autant plus que le récit embarque un grand nombre de trouvailles et fait revivre nombre de mots oubliés.

L’entrain et la drôlerie des dialogues permettraient sans doute une adaptation du texte à la scène. Affaire à suivre…

© Paul MATHIEU

 

L’assassin à la pomme verte – Christophe Carlier – roman, Serge Safran éditeur (176 pages – €15)

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  • L’assassin à la pomme verte – Christophe Carlier – roman, Serge Safran éditeur (176 pages – €15)

Christophe Carlier plonge le lecteur dans un décor à la Hopper avec le huis clos de l’hôtel Paradise dont les clients se croisent au bar (refuge des insomniaques) ou lors des repas. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous, comme l’a affirmé Paul Eluard. Le récit se focalise donc sur le trio : Craig, Elena et Adriano.

Qui sont-ils ? Craig est un universitaire qui voit la vie parisienne sous l’angle d’un américain et débusque dans « la trompeuse courtoisie des passants » « des pointes de sauvagerie ». Il ne se prive pas de brocarder les institutions, et commente avec ironie l’accès à la BNF, « monument de prétention idiote dont on sortait exsangue, horrifié et bredouille ». Une diatribe mémorable des plus justes, par un connaisseur de ce lieu écrasant, « funérarium », « cet enfer fonctionnel où rien ne fonctionnait » !

Adriano est un homme volage qui fit l’erreur de confier à Craig sa double vie, triple même, sans se rendre compte qu’une femme, la belle « LNA » a aussi entendu ses confidences. Ce qui va rapprocher les deux dépositaires de ses secrets. Les protagonistes se dévoilent à travers une succession de portraits croisés.

Des indices, comme celui de Craig s’interrogeant sur qui il allait « tuer » sur son passage mettent le lecteur en éveil. La découverte du crime, particulièrement étrange, par la femme de ménage va bouleverser la vie des clients. Le directeur tient à préserver l’image irréprochable de son établissement face aux médias. Chacun joue au détective, donne sa version, on suppute un crime passionnel.

Le réceptionniste, Sébastien, semble de mèche avec la police les informant pour effectuer les perquisitions. Mais il fomente aussi des idées macabres et nourrit la tentation « d’entremêler les fils, d’affoler le délicat mobile des existences ».

La façon dont l’enquête est menée conduit l’auteur à fustiger la police. On s’étonne que Sébastien, fin limier et observateur de ce microcosme, ne soit pas interrogé.

Le mystère sera-t-il élucidé ? L’auteur nous plonge dans les ruminations de l’assassin se prenant pour l’homme à la pomme verte de Magritte. Quant au coupable, il est assez stupéfiant de l’entendre raconter son forfait. Tout aussi sidérant le résultat de l’autopsie. On devine la malicieuse intention de l’auteur de vilipender la presse qui publie parfois sans vérifier l’information des faits mensongers ou erronés.

Dans ce roman, Christophe Carlier s’interroge sur les mobiles du passage à l’acte chez un meurtrier et montre les séquelles que cela peut générer. Il tente de démonter ses obscurs ressorts, de sonder sa psyché dérangée. N’a-t-il pas sombré dans la folie ? Serait-il taraudé par la culpabilité ? Serait-il un psychopathe ? Quand on sait que l’assassin a défendu dans un colloque sur la littérature policière la thèse que « certains crimes peuvent être commis pour rien », n’aurait-il pas confondu réalité et fiction ?

Témoin du parcours de l’arme du crime, le lecteur constate à nouveau que Monsieur Hasard orchestre les rebondissements de l’intrigue tout comme l’auteur du crime a actionné « la manette », tel un marionnettiste. Et l’auteur de citer Balzac : « Nous remplaçons le destin ». Hasard encore ou coïncidence le sort de l’écharpe, cadeau destiné au mari d’Elena qui va se retrouver dans les mains de Craig qui tente d’interpréter le message induit par Elena. C’est dans l’épilogue, « Six mois plus tard » que Vicky, l’élève qui avait épousé Craig découvre sa face cachée. Le masque tombe et la personnalité trouble et ambiguë de Craig apparaît. Quelle ironie de s’être livré à une étude comparative du crime aux USA et en Europe !

En filigrane se tisse la liaison éphémère entre la belle italienne, au « regard de Gorgone » et Craig, relation adultère, une parenthèse dans ce temps suspendu.

Leur « moment d’intimité » se poursuit en un instant d’abandon. Leur séparation est douloureuse, il restera les lettres. Mais ne sont-elles pas « des bouteilles à la mer » ?

La pirouette de l’épilogue est surprenante, Vicky se glisse dans la peau du maître et concocte une chute magnifique avant « le coup de grâce » vengeur.

Christophe Carlier signe un premier roman choral qui tient en haleine dans lequel il nous invite à un séjour dans le monde feutré, aseptisé, étouffant de l’hôtel Paradise.

©Nadine DOYEN

Traversées N°68

N°68

N°68 – Mai 2013

Abonnement: 4 numéros (Belgique) : 22,00 € (Etranger : 25,00 €)

1 numéro (Belgique) : 7,00 € (Etranger : 8,00 €)

à verser au compte bancaire n° 088.2136790.69 de Traversées, Faubourg d’Arival, 43 à 6760 VIRTON (Belgique)

(CODE IBAN : BE71 0882 1367 9069 – CODE BIC : GKCCBEBB)

Pour la France, il est préférable que vous envoyiez un chèque à l’adresse ci-dessous libellé au nom de “Colette HERMAN”.

Précisez le numéro à partir duquel l’abonnement doit prendre cours.

Ne pas oublier de mentionner : « TRAVERSEES A PARTIR DU N°… »

Séjours là, suivi de D’autres vies/Jean-Louis Massot ; dessins de Gérard Sendrey ; préface de Daniel Simon ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2013

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  • Séjours là, suivi de D’autres vies/Jean-Louis Massot ; dessins de Gérard Sendrey ; préface de Daniel Simon ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2013

Jean-Louis Massot, qui dirige par ailleurs depuis 1995 les éditions Les Carnets du dessert de Lune, évoque ici la figure du père disparu, la fuite du temps, la difficulté d’être mais aussi les joies simples d’ici ( j’aime les textes, les poèmes de Jean-Louis Massot pour cette raison simple, ils racontent notre histoire, ils parlent de notre embardée commune, de nos singuliers équipages, de nos îles si lointaines et jamais atteintes/Daniel Simon). Bref, il redessine les contours de la carte de nos « grandes solitudes » tout en célébrant autant qu’il peut la merveille d’être là !

Les après-midi il va pêcher/dans la rivière endormie/puise les mots/dans les pages d’un livre/qu’il a emporté au cas où/les poissons ne seraient/pas au rendez-vous

Dans ce recueil, Massot met également en question(avec un sens de la dérision que n’aurait pas renié Richard Brautigan) l’exclusion sociale qui gangrène nos sociétés ; mieux, il stigmatise les dérives d’un monde où tout ne reçoit une échelle de valeur qu’en fonction de son utilité(pourtant, c’est bien souvent ce qui ne sert à rien qui nous est le plus essentiel pour vivre !) ; d’une manière générale, on peut affirmer qu’il cherche à entretenir de nouveaux rapports avec le réel soumis aux lois de l’utilitaire et de la raison économique. C’est pourquoi, en tant qu’elle s’inscrit contre le formatage de la pensée et la réduction du monde à la dimension du raisonnable, la poésie de Jean-Louis Massot constitue sans nul doute un moyen de fondre l’espoir dans le désespoir ambiant… 

Dans ce poème/ que je t’adresse/tu trouveras les/meilleurs moments/passés avec toi/Ceux qui nous ont séparés/je les garde pour/une autre occasion

Avec la complicité de Gérard Sendrey dont les dessins « collent » parfaitement au texte, Massot nous fait don ici d’une poésie qui fait la part belle aux petits bonheurs de l’existence et pèse ses mots au moment de confondre l’inutile.

Son téléphone portable/collé à l’oreille droite/elle affiche un si lumineux sourire/malgré la froide pluie/de janvier/qu’à l’instant où il l’a croisée/il se serait bien métamorphosé/en clavier de portable/sur lequel elle aurait posé/des doigts qui doivent être/doux comme/une parole indienne

©Pierre Schroven