Décapage n°55 ; Automne-Hiver 2016 ; 15€ ; 192 pages

Chronique de Nadine Doyen

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Décapage n°55 ; Automne-Hiver 2016 ; 15€ ; 192 pages


Les abonnés l’attendent toujours avec impatience cette revue, d’autant que le sommaire alléchant, plus la couverture attractive sont partagés sur twitter.

Pour le numéro 55, le portrait de Serge Joncour, dû au talent d’Olivier Lerouge, convoque. On tente de décrypter les dessins. Les rails ? Un évidence : Notre écrivain national aime prendre le train. Des corbeaux ? Lisez REPOSE-TOI SUR MOI et vous comprendrez qu’ils ont été le détonateur d’une idylle. Des haltères ?

« C’est le parfait défouloir » pour l’auteur. Oui, Serge Joncour se met à nu, pose dans cet escalier qui a gagné sa notoriété grâce à ce dernier roman, distille quelques photos. Il nous livre son panthéon littéraire : ses notes, ses lectures (Clavel, Miller, Calaferte…) « ses livres étaient », ceux « qui donnent envie de vivre, d’agir, de jouir ».

Il nous invite dans son bureau, nous dévoile sa façon de construire un roman, « les méandres de la création ». N’occultons pas le talent de scénariste de Serge Joncour,

qui fit le succès de Elle s’appelait Sarah et les adaptations cinématographiques.

En bref, vous saurez tout ce que vous vouliez savoir sur l’éminent Serge Joncour sans le demander, comme la voiture qu’il s’acheta à vingt ans !Et ses voyages.

Vous trouverez de judicieux conseils de lecture dans la page incontournable de Jean-Baptiste Gendarme, intitulée La Pause (p 45). Parmi eux, une réédition d’un pur bijou, l’opus de Frédéric Vitoux :Il me semble que Roger est en Italie, aux éditions Équateurs parallèles, « un vibrant hommage, un touchant éloge de l’amitié, un petit chef d’œuvre ».

Clément Bénech exhume l’œuvre d’Édouard Levé, « devenu culte » certes, mais « pour une poignée de lecteurs ». Ironie du sort, son dernier manuscrit s’intitule Suicide. Il met en exergue sa modernité, sa passion pour les images, la photographie.

Méconnu également, le gallois Arthur Machen qui inspira Borges. Philippe Forest retrace la biographie de celui qui est considéré comme « l’un des pionniers de la littérature d’horreur ». Et nous explique le point commun qui le lie à cet auteur.

Bernard Quiriny s’intéresse aussi aux biographies, mais celles qu’il décline concernent plus d’une quinzaine d’écrivains fictifs : Michel Vircondet, Alain Michelet,

Constance Genevrin, Michèle Vaniescu. Antonin Karmidjian aurait-il programmé son suicide en écrivant : Dans deux ans je serai mort ?

Des pages bien mystérieuses.

Jean-François Kierzkowski aborde la question de la postérité d’un auteur ou comment ne pas sombrer dans l’oubli.

On connaît le pouvoir des livres. Ce dossier fait écho à l’émission de LGL(1)

La vision du livre par Michèle Petit le prouve : « Un livre, c’est une hospitalité, une sorte d’abri , un refuge… ». Dix auteurs confirmés (A Zeniter, B Giraud, E Pagano, E faye, F Chiarello , E Neuhoff, F-H Désérable… révèlent le livre qui leur fut comme une bouée de sauvetage, « qui leur a permis de sortir la tête de l’eau, de retrouver un peu d’élan, d’espoir » . Autant de pistes de lectures à explorer.

A lire de Régine Detambel : « Les livres prennent soin de nous,l’auteur étant « à la bibliothérapie ce que François Bon est à l’atelier d’écriture ».

Vous aimez le style épistolaire. Olivier Liron, auteur du poétique Danses d’atomes d’or ( Alma) écrit à une de ses idoles.

Vous préférez la poésie ? Sébastien Ayreault glisse des pages de son journal fragmentaire et poétique. La disparition de David Bowie lui a inspiré un texte.

Les rédacteurs de Décapage insèrent aussi des défouloirs, vous pouvez créer des autocollants, des marque-pages à faire des envieux.Sont rassemblés tweets, divers messages de lecteurs.

Les concepteurs de Décapage prennent soin de nous, et nous autorisent une pause de deux semaines avant de dévorer les nouvelles de la partie : créations.

Ne manquez pas « la bibliographie d’écrivains fictifs » de Bernard Quiriny, le journal de Laurent Sagalovitsch, les inédits de Sébastien Ayreault, Thomas Vinau, Lisa Balavoine, David Thomas et François Matton, illustrés par lui-même.

Autres illustrateurs talentueux qui rehaussent les textes de la partie créations : Alban Perinet, Elvis Wilk, Marek, Florence Ricard, Aurélie Garnier, Maya Brudieux.

La revue,en page finale, rappelle toutes les bonnes raisons de lire Décapage. Elle incite à s’y abonner, à la retrouver sur twitter. Éclectique, livre de chevet idéal.

Un vraie réussite ce numéro à lire pendant les veillées automnales.

©Nadine Doyen


(1) LGL = La Grande Librairie animée par François Busnel.

Béatrice Pailler, « Jadis un ailleurs », Édition L’Harmattan – collection Poètes des cinq continents – 2016 – 113 pages.

Chronique de Michel Bénard

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Béatrice Pailler, « Jadis un ailleurs », Édition L’Harmattan – collection Poètes des cinq continents – 2016 – Format 13,5 x 21,5 – 113 pages.


« …/…de sa voix s’exalte le cantique halluciné des vapeurs opiacées. » BP.

Une écriture est née ! Le décor est planté, il ne nous reste plus qu’à nous laisser emporter pour nous perdre dans les méandres de ses énigmes.

Béatrice Pailler a le don des visionnaires, elle perçoit l’envers du miroir, traverse son tain et anticipe les aurores boréales.

Elle porte sur le monde cette vision singulière et personnelle toute festonnée de nuances poétiques.

Le langage est riche, les images sont fertiles, elles enfantent des univers d’entre deux où l’on discerne tout juste la part du réel ou celle du rêve.

« …/…à cette heure, mon corps murmure les chants des anciens temps. »

Son encre est toute de miel et de douceur liquoreuse. Elle ponctue le temps plaintif, violent, béni ou silencieux.

Notre poétesse s’exprime dans un vocabulaire qui convie à l’étonnement, au ravissement.

Son chant littéraire l’extirpe de la réclusion. Elle nous suggère un voyage entre le rythme de la vie et les respirations de la mythologie, un embarquement vers Cythère où nous descellons quelques fragments d’amour aux frôlements érotiques, mais où la morsure n’est jamais très éloignée.

« A toi, je laisse, au creux d’une main, l’irritante brûlure de mon sein…/…la morsure de ma toison.

Et sur ta langue où s’enracine la fièvre, je dépose la sève de mes baisers, l’amère salive, souillure de mes poisons. »

L’écriture ciselée avec préciosité, de richesses filigranées et d’orfèvreries inusitées s’impose à nous et bouscule nos fondements.

Il arrive à Béatrice Pailler de se faire l’archéologue de la vérité et n’hésite pas pour cela à fouiller dans les cendres funéraires.

François Villon ne lui serait-il pas soudain revenu du mont des gibets dans un tournoiement de bacchantes aux parfums soufrés de Walpurgis ?

« Et la lune noire, lune du désespoir, seule au ciel luit. »

L’écriture procède d’un rythme parfois tellement réaliste qu’il pourrait nous donner le mal de mer.

« Tangue, tangue le rafiot, forte houle au creux de l’eau. »

De temps à autre nous croisons sur notre chemin de poésie quelques émanations baudelairiennes. Béatrice Pailler sait égrener avec bonheur ça et là des soupçons d’images romantiques, réalistes, oniriques, érotiques tout juste voilées au travers de formules soignées, denses, serties d’un langage des plus raffinés.

Malicieuse, elle joue de l’éblouissement des saisons, des futaies corsetées, des dentelles de pluie, des ramures ébouriffées, elle détourne l’ordre du temps.

Elle façonne son verbe par des expressions singulières et des formules personnalisées qui ne peuvent pas être lues de manière linéaire, mais plutôt de façon binaire, voire trinaire.

Les cadences se heurtent, s’opposent, de délicates frondaisons s’entrechoquent avec les pierres et les gouffres béants.

Oui une écriture est née !

Il ne lui reste plus qu’à trouver la voie de sa révélation.

Étrange, vous n’allez pas me croire ? Je me suis même surpris à penser, que c’est aussi beau que du Rimbaud !

©Michel Bénard

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Allant vers et autres escales, Colette Daviles-Estinès – illustration en couverture de Diane Saint-Honoré – éd. de l’Aigrette, septembre 2016. 45 pages, 16 €.

Chronique de Cathy Garcia

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Allant vers et autres escales, Colette Daviles-Estinès – illustration en couverture de Diane Saint-Honoré – éd. de l’Aigrette, septembre 2016. 45 pages, 16 €.


Voici des poèmes qui ne tiennent pas en place, comme l’indiquent la diversité des lieux mentionnés au-dessous avec les dates d’écriture et il semblerait que la raison d’être de cette sorte d’instabilité, soit à chercher dans un lointain ailleurs dont l’auteur aurait pu être arrachée, quelque part sur les vastes continents d’Afrique ou d’Asie, où seraient restés dispersés des morceaux d’elle-même. La bougeotte, parce que difficile de trouver sa place quand on vit une forme d’exil, de déracinement.

Un poème vient confirmer ce ressenti, bref et clair :

Mon pays

Je sais d’où je viens

Je viens d’Expatrie

C’est cette « mémoire métisse » qui donne peut-être sa particularité à la langue de Colette Daviles-Estinès, une langue mouvante, chantante, teintée de lumière, de vent, de poussière, une langue du voyage, qui a dû mal avec les rives qui enserrent, un besoin d’espace et de large.

Je dévide les rives dont je m’éloigne

Pour mieux leur donner sens

Le devoir d’aller

Le droit de me tenir au large

Quand on n’est pas de quelque part, alors on n’est de nulle part et donc de partout, et il y a ce besoin de bouger vissé au corps en même temps que de s’enraciner, une envie d’ailleurs et le besoin d’un ici, solide sous les pieds.

C’est le choix que l’on fait de ne pas savoir où poser le bonheur.

Partir, revenir, quitter, retrouver, les poèmes de Colette sont des poèmes de transhumance et sous la limpidité et le chatoiement de la langue on devine une certaine détresse, un sentiment de perte. Mais il y a aussi dans la bouche, des soleils juteux comme des mangues, une force sous-jacente, sans doute puisée dans la nature dont Colette Daviles-Estinès sait capter et transcrire la beauté, qu’elle soit d’ici ou d’ailleurs et ce souffle qui la traverse, la transcende.

Un vent liquide houle

Feuillette les champs de cannes

Et quel que soit l’hiver

C’est de la même eau d’ambre

Que la lumière des blés aux torrents de tes ciels

L’enfance, nourrie de ce qu’ici on nommerait exotisme, mais qui pour Colette est racines multiples et métissées d’une humanité sans doute plus proche de sa source, a gardé toute sa puissance évocatrice, sa faculté de s’émerveiller, de rêver.

C’est une chose heureuse

Habiter le seuil d’une porte ouverte

adossée à la lumière

Et on ne peut que l’aimer cette petite fille aux allumettes qui craque la flambée des horizons.

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Colette Daviles-Estinès Naissance au Vietnam en 1960, enfance en Afrique, paysanne durant 30 ans dans les Alpes de Haute-Provence. Les aléas de la vie l’ont amenée à être aujourd’hui citadine. Quelques-uns de ses textes ont été publiés dans diverses revues de poésie comme la Barbacane, Le Journal des Poètes, Écrit(s) du Nord, La Cause Littéraire, Le Capital des Mots, Incertain Regard, Ce Qui Reste , la Revue 17 secondes, Paysages Écrits, Nouveaux Délits. Allant vers et autres esacles est sont premier recueil édité. Son blog : http://voletsouvers.ovh/


©Cathy Garcia

Isabelle Kauffmann, Les corps fragiles – Le Passage (138 pages – 15€)

Chronique de Nadine Doyen 

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Isabelle Kauffmann, Les corps fragiles – Le Passage (138 pages – 15€) 


La couverture mérite un arrêt sur image. Un titre qui renvoie à la  fragilité de notre ossature/notre charpente. On peut se casser un bras, une jambe, se broyer une main, se tordre un pied, se luxer une épaule. Dans tous ces cas, on appréciera les mains expertes qui soigneront nos maux.

Les deux silhouettes aériennes, pleines de grâce, de délicatesse, de légèreté, de souplesse, sculptures de l’artiste Roseline Granet rappellent la nouvelle d’Isabelle Kauffmann dans Cabaret sauvage « Trapèze-moi », à la chute dramatique.

L’auteur autopsie, dissèque le corps et consacre chacun des chapitres à un organe, un membre précis : mains, coeur, tête, jambes, yeux.

Isabelle Kauffmann a l’art d ‘introduire son motif. Du gros plan du dessin de la main d’une enfant de six ans ( en  1935)  l’oeil glisse, coulisse vers les  mains de madame Masson, aux doigts difformes, « aux articulations boursouflées ». La vocation de la « petite Antoinette » était née, trouvant « injuste » cette inégalité, consciente des difficultés rencontrées par cette voisine dans la gestion de son quotidien, elle veut aider, soulager, être utile. Le rendez-vous matinal avec sa patiente devient un rituel.

L’auteure nous plonge dans la campagne que son héroïne traversait pour se rendre à   l’école. La narratrice confesse y avoir puisé « plénitude et harmonie », son « équilibre fondateur », indispensable quand on embrasse la vocation de soignante.

Mais  avoir la vocation ne suffit pas, suivre le cursus d’infirmière nécessite volonté et  travail. De la ténacité aussi, surtout quand on se retrouve orpheline à 19 ans avec une soeur cadette à prendre sous son aile.

Marie-Antoinette revisite ses débuts à l’hôpital Saint Joseph, pointe le fossé entre les cours et la réalité. Certains gestes n’étaient pas enseignés, comme le massage cardiaque. Certains sujets restaient tabous comme le sexe, obligeant le personnel à se former sur le tas. Elle se remémore les traversées nocturnes en solitaire », pas encore préparée à côtoyer la mort, qui la laisse « démunie et impuissante» .

Elle travailla aussi à La Croix rouge, en 1954, période où elle doit venir en aide à  « une population indigente ». Elle n’hésite pas à sacrifier son salaire pour permettre à une mère de nourrir son jeune enfant.

Elle souligne aussi la pénurie de personnel, qui est toujours d’actualité et qui conduit  à l’épuisement physique et parfois au burn out, même si ce terme est plus récent. Elle se revoit effectuant comme un travail à la chaîne, épuisée.

On croise des auxiliaires de santé plus anciennes :les religieuses aux « cornettes blanches », « comme des grands oiseaux battant des ailes » à qui Marie-Antoinette reproche leur « Manque d’humanité ».

Être infirmière, c’est se dévouer corps et âme, alors peut-on concilier vie privée et professionnelle quand on décide de s’installer infirmière libérale ?

La narratrice confie comment elle géra les deux, mettant en exergue les qualités de son mari : «  il me soutiendra, m’attendra, m’écoutera avec une infinie patience. »

Une impressionnante galerie de patients aux pathologies diverses, passées dans les mains délicates de Marie-Antoinette défilent. Des jeunes, des plus âgés, des gens modestes, des artistes illustres, émirs, des fous, tous sont soignés, écoutés avec la même attention. « Quel miracle quand la vie jaillit de la maladie ! ». Sa présence apaise. Elle est la confidente, la conseillère, la mère qui offre du réconfort par sa voix lénifiante. « La voix éclaire celui qui l’écoute ».

Mais Marie-Antoinette se fait un honneur de refuser toute invitation.

La tuberculose sévit encore, faute d’antibiotiques, la polio (obligation du BGC en 1950), l’alcool fait ses ravages. Un miracle quand elle réussit à contrer une tentative de suicide. Des situations de détresse pour des jeunes filles accouchant seules (déni  de grossesse), la contraception étant à ses balbutiements «  au seuil des années 70 ».

Puis, dans les années 80, l’infirmière dévouée sera confrontée à ce « tsunami planétaire », le sida, dont Philippe Besson retrace l’origine dans Le patient zéro ( Incipit). De ses parents Marie-Antoinette a hérité les valeurs de la tolérance et le respect, pas d’homophobie chez eux, ce qui explique sa consternation de constater le rejet de la société, mais aussi des parents qui n’acceptent pas cette déviance.

Si exercer le métier d’infirmière, on le sait demande « dévouement,empathie, rigueur, dextérité, vivacité, connaissances », on ignore souvent qu’il leur faut aussi « des jambes » pour parcourir « une quarantaine de kilomètres par jour » à pied, les ascenseurs sont réservés aux « immeubles bourgeois ».

Elles savent offrir « cette seconde bénie », « cette fraction intime de bonheur » par un sourire, un geste, une parole. Vient à la mémoire le témoignage de Sylvain Tesson, plein de gratitude pour celles, ceux qui l’ont remis sur pied.

Dans le touchant chapitre final L’âme, Marie-Antoinette, « l’infirmière chantante », à « l’âme de Saint- Bernard », converse avec Françoise, la soignante à trottinette, à qui elle a ouvert la voie, chacune d’elle comparant leur carrière après 40 ans de pratique. Ne sont-elles pas devenues la figure respectable du quartier après tant d’années dans le même secteur, avec qui on reste en lien ?

Elles ont vu les miracles opérés par les vaccins, les antibiotiques, plus d’hygiène, du matériel jetable. Mais constatent un manque de solidarité, une solitude plus grande de nos jours pour les personnes âgées, parfois un sentiment d’abandon.

Et de reprendre l’injonction de Louis Chedid : « On ne dit pas assez aux gens qu’on aime qu’on les aime », pour conjurer l’inéluctable, la finitude de la vie.

Toutefois, si l’avenir est à la robotique, « aucune machine ne pourra remplacer l’ attention », l’oeil de l’infirmière qui, lors de ses visites à domicile, soignent le corps et l’âme, la vie pouvant être d’une brutalité insensée. Un travail prenant, épuisant » un combat » selon les cas, comparé à la journée « d’un paysan tôt dans ses champs, qui fait le tour de ses terres et revient à la tombée de la nuit ».

La genèse du roman, Isabelle Kauffmann nous la révèle dans l’appendice.

Isabelle Kauffmann à travers ses personnages explore la relation patients/soignants.

Sa formation de médecin est là en filigrane ainsi que ce dévouement envers les autres, les patients. Le vibrant hommage qu’elle rend à Marie-Antoinette est pétri de déférence, d’admiration pour avoir été pionnière dans cette profession. Elle rappelle la britannique Florence Nightingale, infirmière et féministe, exemplaire pour sa compassion et dévouement aux soins des malades.

L’auteure insiste sur le rôle que les infirmières ont auprès des personnes isolées.

N’est-ce -pas un des métiers qui  a toujours forcé l’admiration ? D’autant plus de nos jours où les conditions de travail semblent s’être dégradées.

A travers ce parcours d’une vie se déroulent les progrès de la médecine, des soins plus adaptés, des vaccins qui épargnent des vies, contrairement aux hécatombes, aux pandémies du passé. Sauf que les années 80 voient l’émergence du sida.

Isabelle Kauffmann tresse des louanges à Marie-Antoinette qui a su soigner le corps et l’esprit, avec abnégation et patience et réaliser admirablement son rêve d’enfance.

Elle signe un remarquable éloge de la profession d’infirmière dans lequel elle entrelace un panorama de la médecine, son évolution et les conditions de travail du  personnel soignant, autrefois et de nos jours. Un roman qui met au centre le corps,qui  « n’est pas un havre de paix, mais un monde frémissant en perpétuel remaniement ».  Une note positive éclaire le roman : « l’ optimisme », dont Marie-Antoinette est habitée. Un récit mâtiné d’humanité.

©Nadine Doyen 

Mon cerveau, ce héros, mythes et réalité – Elena Pasquinelli – Manifeste – Éditions Le Pommier, Paris 2015 234 pages, 19€

Chronique de Lieven Callant 

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Mon cerveau, ce héros 

mythes et réalité – Elena Pasquinelli – Manifeste – Éditions Le Pommier, Paris 2015 234 pages, 19€ 


 

Jolie couverture avec le dessin d’un cerveau en habit de superman. Mais ce n’est pas la couverture qui m’a incitée à lire ce livre, c’est l’intervention d’Elena Pasquinelli sur les ondes de France Culture.

Elena Pasquinelli, chercheure en philosophie et en sciences cognitives, chargée de cours à l’Ecole normale supérieure et membre de la Fondation La Main à la Pâte passe en revue la plupart des grands neuro-mythes.

L’auteur distingue les mythes liés aux capacités extraordinaires du cerveau comme le mythe des pouvoirs du cerveau sur la matière, comme le pouvoir extra-mental qui permettrait de recevoir et de transférer de l’énergie et des informations. Elle distingue les mythes sur les capacités ordinaires du cerveau. L’auteur se penche ainsi sur la mémoire, la perception. Elle distingue les mythes liés à l’anatomie et aux fonctions du cerveau. Ici aussi l’auteur dénonce le mythe affirmant qu’on utiliserait que 10% des potentialités de notre cerveau et que dans une certaine mesure il serait possible d’en améliorer les performances comme on le ferait pour un athlète au moyen d’exercices (brainGym). Les possibilités de modeler, de modifier le cerveau sont relativement restreintes même si la plasticité cérébrale été maintes fois démontrée notamment sur des cerveaux endommagés où une zone du cerveau reprenait les fonctions ou une partie de des fonctions de la zone endommagée. Le mythe du cerveau droit et du cerveau gauche, c-à-d la théorie qui soutiendrait qu’on utiliserait une partie du cerveau plutôt qu’une autre selon les activités, le sexe, l’âge est lui aussi remis en cause par Eléna Pasquinelli.

Bien plus que remettre les horloges à l’heure en confrontant les mythes avec les théories scientifiquement établies et les réelles connaissances actuelles en neurologie, Elena Pasquinelli propose une méthode d’analyse qui peut facilement être extrapolée à d’autres domaines, à tous les domaines de la vie courante.

Ainsi chaque chapitre se structure de la même manière: Décrire le mythe, son contexte historique, ses moyens de diffusion. Confronter les fausses informations aux connaissances réelles en la matière. Tirer une conclusion et fournir les sources appuyant la conclusion et les différentes étapes de l’étude du mythe en question. Les lecteurs sont régulièrement invités à vérifier par eux-mêmes les informations mises à disposition par Elena Pasquinelli.

Il est rappelé tout au long des démonstrations que toute expérience scientifique pour être validée doit respecter des protocoles très précis et préétablis par des experts spécialisés dans le domaine en question. L’analyse des résultats d’une expérience doit elle aussi suivre une méthode scientifique. Les statistiques jouent un rôle capital dans l’évaluation et l’extrapolation des résultats. Il ne faut pas perdre de vue que toute expérience se base sur un échantillon de sujets. La pertinence du choix de l’échantillon reste elle aussi à être évaluée. Tout au long du processus de découverte peuvent se glisser des erreurs.

Les médias spécialisés ne jouent pas toujours correctement leur rôle qui est de vérifier la valeur des études publiées. Les chercheurs eux-mêmes ont tendance à attirer l’attention sur les thèmes perçus comme étant positifs. La contre-expertise qui vient éventuellement invalider les résultats trouve plus difficilement sa place dans les médias.  Il nous revient à nous, lecteurs, de ne pas faire aveuglément confiance. Des outils de réflexion sont mis à notre disposition, ce livre en est un. Le bon sens prône de toujours vérifier soigneusement les informations en analysant et interrogeant les sources. N’oublions pas d’actualiser régulièrement nos connaissances. Rappelons-nous qu’il est facile de confondre les liens de causalité et ceux de la simple corrélation.

Si Elena Pasquinelli trouve nécessaire de dénoncer les neuro-mythes c’est avant tout pour réveiller les consciences. Posséder des informations exactes, correctes éviterait aux décideurs de prendre des mesures inefficaces, inadéquates voire dangereuses et néfastes dans des domaines tels que la santé publique, l’éducation nationale.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. Son ton militant, direct et sans ambiguïté m’a séduit. Notre cerveau est un organe fascinant ne laissons personne l’exploiter indûment.

©Lieven Callant