Service de presse n°46

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Traversées a reçu :

Les recueils suivants :

* Anthologie poétique 1972-2012

Maurice Couquiaud

L’Harmattan, 2014, 220 pages

(7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris;

+ 33 (0)1 40 46 79 20 http://www.harmattan.fr )

Maurice Couquiaud demeure marqué par ses souvenirs d’enfance pendant la Deuxième Guerre mondiale. Sensible aux troubles qui ne cessent d’agiter le monde, à travers le bonheur et la tragédie, il a cherché, pendant plus de soixante ans d’écriture poétique, à traduire émotionnellement non seulement les événements traversés, mais les bouleversements de la pensée, des connaissances, des moeurs, et de la société. L’esprit et le coeur trouvent en ces pages une résonance commune.

« Je crois que jamais vos poèmes ne m’ont semblé comprendre si pleinement à la définition du poème: une image ou un ensemble d’images analogiques, mélodieuses et rythmées. En tout cas, une fois de plus, ils m’ont charmé au sens étymologique du mot. »

Léopold Sédar Senghor

« Je vous retrouve avec plaisir. Vieux souvenirs depuis votre premier livre, au si beau titre: Que l’urgence demeure! »

Yves Bonnefoy

« (…) car avec Char, Guillevic ou Vigée, il est un des grands poètes qui figureront parmi les classiques du XX ème siècle, avec une bonne part du XXIème siècle »

Paul Van Melle

Maurice Couquiaud fut rédacteur en chef de la revue Phréatique pendant 17 ans. Ancien vice-président du Pen-Club français, il est sociétaire de la Société des Gens de Lettres, et membre du Centre International de Recherches et d’Etudes Transdisciplinaires. Il est l’auteur de trois essais consacrés à ses réflexions sur l’étonnement poétique et la place de l’homme au sein d’un univers mystérieux.

Parmi ses recueils publiés, certains ont été couronnés par des jurys prestigieux, comme ceux de l’Académie française ou de la Société des Gens de Lettres.

* Appel du large

Rome Deguergue

Alcyone, collection Surya, 2016, 40 pages

Les textes sont accompagnés de huit superbes photographies en noir et blanc de Yan Le Flohic.

Après avoir pérégriné durant deux décennies en Europe, Arabie, Iran, aux USA, Rome Deguergue a depuis quelques années regagné l’Aquitaine de son adolescence, afin de se consacrer à l’écriture, à la traduction, et à la création d’Ateliers De Plein Air, Champs de géo-poésie, dispensés à de jeunes publics de par l’Europe et destinés à utiliser des « mots migrateurs » pour s’assurer de la vitalité et de l’avenir du français, capable de dialoguer avec d’autres langues du monde.

Du sommet de la dune du Pyla, la randonneuse géo-poète observe l’océan, et le microscosme des sables qui l’emporte – et avec elle le lecteur, à travers les époques et l’espace. « je suis d’ici & d’autres ailleurs traversiers » : sensible à l’étrange étrangeté du monde, que modifient les temps climatériques, Rome Deguergue va de l’avant, se cherche dans le monde offert au marcheur, nous propose de « réapprendre à voir, en écho diffracté », de redevenir « Souffle, graine, voix échappée à la ronde des lunes, aux grands anneaux du temps d’avant, inachevés et complices de l’avenir en expansion infinie » et de « percevoir, mugissantes les paroles croisées, singulières, lancées d’autres déserts ».

La prose poétique, vibrante et rythmée, de l’auteure, fait siennes les leçons d’Hölderlin, de l’exilé de Guernesey, évoque Edouard Glissant, Paul Valéry, Kenneth White… Pour la poète, comme pour eux, « La terre est un mot qui embrasse la terre » – et sa voix prophétique résonne,

appel du large, sur « l’horizocéan » que nous dévoilent ses mots, et les belles photos de Patrice Yan le Flohic.

Marilyne Bertoncini


* Dans l’atelier des nuits – Poèmes somnambules

Claude Vancour

Bf éditeur, 2014, 190 pages.

« Noctis (II)

La traversée du silence

quand les pas gourds reprennent

possession des espaces vieillis

et que l’eau de cette vie nous revient

humectée d’un demi-réveil,

quand les doigts, la langue se remémorent

la place de chaque phalange et s’assurent

de chacune des gerçures,

vérifient une à une

la non-cicratisation des espérances. »

Claude Vancour, poète, traducteur, historien et politologue, né en 1948. Il publie son 7ème recueil de poésie. Auteur (sous son nom d’état-civil Vladimir Fišera) d’anthologies de poésie slave et d’ouvrages d’histoire contemporaine de l’Europe. Prix de poésie Mitteleuropa 1992. Second prix Pierre Corneille 2014.


* L’Homme détaché

Mandin

Lanore, 2016, 108 pages http://mandin.com http://www.fernand-lahore.com contact@editionslanore.com

Dans ce parcours s’inscrit l’écriture comme la seule impasse possible sous conditions de gommer ce qu’on pourrait en dire. Une matière s’y travaille de mots rares, où les concepts s’architecturent dans l’épure, se calligraphienet despace blanc et de respirations, spasmes

ou souffles longs, de leitmotive en variations. En cette substance, Savie, est un art poétique liminaire qu’il faut interroger inlassablement comme les échos de Maria Gabriela Llansol ou de Roberto Juarroz. Autant de motifs pour tisser les labyrinthes savants qui mènent à la réconciliation.

Autre spasme, celui de la colère et d’une humanité fustigée en son arrogance ignorante. Le poète poursuit sa solitude, travaillant le médium d’un nouvel amour où la Femme et l’Homme se retrouvent, à côté. Savie est enjeu dans la quête poétique de la Femme au portrait impossible où l’or alchimique affleur d’un regard et d’une chevelure. La sexualité en cascades et mots en chaos se fraye toutes les issues de la liberté dans le dictionnaire amoureux. Les noeuds se sont déroulés jusqu’à leurs noyaux.

La nuit est tombée sur Paris. Une femme fume sous un lampadaire, de l’autre côté de la vitre, le Poète la regarde…

Et l’autre et l’une deviennent la même nuée souple

la même présupposition

La nuit serait consolation si tout faisait corps en son revers.


* Hors je, poésie

Stephen Blanchard

Préface de Joël Conte

France Libris, 2016, 48 pages

Stephen Blanchard est le président-fondateur depuis 1974 de l’association « Les poètes de l’amitié – poètes sans frontières » (marque déposée) qui pubkie la revue de création littéraire et artistique Florilège. Fondateur des Rencontres Poétiques de Bourgogne en 1990, du Prix de l’Edition de la Ville de Dijon en 2001, il crée entre autre « l’Union Nationale pour l’Information des Auteurs et Concouristes » en 1991, puis en 1994, l’associaiton « de la poésie contemporaire française »…


* Humeurs Alphabétiques, poèmes

Jeanne Galand

Chloé des Lys, 2015, 77 pages

rue de Maulde, 26 à F-7534 Barry chloe.deslys@scarlet.be http://www.editionschloedeslys.be

Recueil de poèmes reflètant l’expression spontanée et sans tabous d’un temps de crise amoureux.


* Intempéries

Emmanuelle Imhauser

Atelier de l’agneau, 2015, 51 pages

1, Moulin de la Couronne à F-33220 St-Quention-de-Caplong; +33 (0)5 57 41 28 57 at.agneau@wanadoo.fr http://atelierdelagneau.com

« est-ce si difficile

parler de l’outre creuse infinie des saisons

des blés mûrs et dorés qui poussent dans les rues

de l’effluve des mers au nom vert exotique

des pistes d’un langage aux agrumes bleutés »

Le réel d’une femme, transformé en images ou pas, au rythme des journées et des années… Tout en questionnant les mots, l’auteur célèvre tout autant le froid, les enfants, la fête…

De nationalité belge, Emmanuelle Imhauser naît en 1959 à Bukavu, (province du Kivu, ex-Cong belge). Après des études de français, de théâtre et de communication, elle entreprend une thèse en anthropologie à l’université de Liège.

Proche de l’écrivain Jacques Izoard (1936-2008), passionnée de poésie, elle publie en 2012 son premier livre: Mise en pages à l’Atelier de l’agneau. Elle travaille aujourd’hui à la Bibliothèque Ulysse Capitaine, à la conservation des Fonds patrimoniaux de la Ville de Liège.


* Poéclats (Caprice avec des ruines)

Martine Morillon-Carreau

Editinter, 2015, 74 pages

Transformer la contrainte en véritable moteur de l’inspiration, son apparent ennemi intime, tel est ici le défi. La contrainte d’écriture de Poéclats, le prélèvement (chaque mot de chaque poème – sauf dans les anagrammes liminaires – a été prélevé dans l’oeuvre romanesque et théâtrale de Julien Gracq), joue d’emblée, par des indices suggestifs mais réticents, avec le secret d’abord préservé autour de cette contrainte et son dévoilement: les deux citations épigraphes de Gracq livrent les indices programmateurs, les anagrammes liminaires disent tout, quoique de manière cryptée – les deux dernières pages de l’après-dire révélant enfin au lecteur l’exacte matrice des anagrammes initiales.

Martine Morillon-Carreau

« Ce livre, entre palimpseste (le disparu sous ce qui reste) et ramnence (ce qui reste quand le tangible a disparu) se tien au bord du secret, avec vue sur lui et interdiction de le dévoiler – le secret, si près du sacré (phonétiquement comme philosophiquement)! »

Martine Morillon-Carreau, née à Nantes en 1948, est membre de la Direction de rédaction collective de la revue Poésie/Première et du comité de rédaction de la revue 7 à dire. Invitée du Mercredi du Poète en octobre 2010 à Paris, elle est publiée par diverses revues et anthologies de poésie et de nouvelles, tant françaises qu’étrangère. Poéclats, Caprice avec des ruines, est son neuvième ouvrage. (http://m.morillon.carreau.free.fr)


* Poèmes insolites

Véronique Guyotot-Lanz alias ÉOA


* Silence, mort et conquête, poèmes

Grégory Lebarbier

Les Presses littéraires, collection Florilège


* Soleils au monde

Anna Roques-Sanchez

Snott, collection Revers, 2015, 69 pages

53, Boulevard Montebello à F-81000 Albi

Encres de Laurent Arévalo


* Zoartoïste et autres textes

Catherine Gil Alcala

Editions La maison brûlée, 2016, 131 pages

(Joël Marette; +33(0)9 67 31 97 76; contact@editionslamaisonbrulee.fr )

Zoartoïste:

Théâtre * poésie

Un rite des morts et des renaissances.

Le flot des vies jaillit du corps morcelé, ensorcelé de Zoartoïste dans les éclats des miroirs.

« Zoartoïste… prononce une voix de noyé dans un rêve, c’est le nom d’une divinité animale du monde archaïque ou d’un démiurge industrieux dans la dent creuse d’une caverne tellurique.

Les esprits s’agitent et vitupèrent autour des dormeurs dans le vacarme de la mort.

Alors l’autiste rase les murs dans un abîme de sons. »

Contes défaits en forme de liste de courses

Poésie

Tapage des miracles, tourbillon des rêves, des sons, des sens, de la jouissance du langage, de l’érotisme des corps, des désirs de la mort, de l’humour grinçant des dents noires de geisha.



Les revues suivantes :

* Le bibliothécaire 4/2016, octobre à décembre 2016, 92 pages

périodique trimestriel – juillet à septembre 2016

B-1470 Genappe dagneau.michel@skynet.be

(Michel DAGNEAU)

* Cabaret n°20, hiver 2016

31, rue Lamartine, F-71800 La Clayette revue-cabaret@laposte.net

(Alain CROZIER)

* Cahiers de la rue Ventura n°34 amis.rueventura@hotmail.com http://clcailleau.unblog.fr

9, rue Lino Ventura à F-72300 Sable-sur-Sarthe

(Claude CAILLEAU)

Bonne feuilles… Antoine Emaz

Une rencontre inattendue… par Bernard Grasset

Femmes poètes (suiite):

Andrée Chédid, Hélène Cadou, Sabine Sicaud

Textes de Paul Badin, Christina Bulting, Françoise Vignet

Vers et proses de… Daniel Birnbaum, Eric Chassefière, Paul Couëdel, Guillame Decourt, Colette Elissalde, Claude Gobin, Béatrice Marchal, Sydney Simonneau

Des jours entre les mots… par Michel Passelergue

Les pages d’enfance de… François Tézenas du Montcel, Nicole Nadir

Lire et relire Marie Noël… par Jean-Marie Alfroy

Vagabondage dans les revues et les livres


* Le carnet et les instants n°192, octobre à décembre 2016, 50 pages

Lettres belges de langue française, bimestriel

Bd Léopold II, 44 à B-1080 Bruxelles http://le-carnet-et-les-instants.net carnet.instants@cfwb.be

(Laurent MOOSEN)

Dossier: La littérature pour adolescents

Evénement: Xavier Hanotte

Anniversaire: Plumes du Coq …


* Florilège n°165, décembre 2016; 56 pages

revue trimestrielle de création littéraire et artistique

Maison des Associations « Les poètes de l’Amitié », revue Florilège, boîte H1, 2, rue des Corroyeurs à F-21000 Dijon. redacflorilege@gmail.com

(Stephen BLANCHARD)


* Interventions à Haute Voix n°56, 4ème trimestre 2016.

Indignons-nous!

5, rue de Jouy à F-92370 Chaville gerard.faucheux@numericable.be

(Gérard FAUCHEUX)

« …Nous indigner ne suffira évidemment pas. Ce n’est que l’étape nécessaire pour nous inventer une démocratie véritable, au service de l’humanité entière. Mais commençons par cela: faisons entendre notre voix et notre colère, indignons-nous! »

Marie-Josée Christien

Textes de: Eliane Biedermann, Danielle Allain Guesdon, Laurent Bayssière, Louis Bertholom, Anne-Lise Blanchard, Anne Bouchara et de beaucoup d’autres; différentes chroniques, des illustrations en noir et blanc, des textes bien choisis, bref un tout qui permet d’agréables moments de lecture…


* Libelle n°282 à 284, octobre à décembre 2016

6 pages A5 – Mensuel de poésie

14, rue du Retrait à F-75020 PARIS

+ 33 (0)1 43 15 24 29 pradesmi@wanadoo.fr

http://www.libelle-mp.fr

(Michel PRADES)


* Microbe n°98, novembre-décembre 2016

Launoy, 4 à B-6230 Pont-à-Celles ericdejaeger@yahoo.fr

(Eric DEJAEGER)


* La poésie contemporaine – recueil 2016, préfacé par Kathleen Hyden-David et Dissidences – recueil de poèmes 2016, préfacé par Jeanne Champel-Grenier

Les presses littéraires, collection Florilège/L’aéro-page

* Reflets Wallonie-Bruxelles n°50, octobre à décembre 2016, 84 pages

Organe officiel de l’Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie ; Joseph Bodson, 109, rue de la Mutualité à B-1180 Bruxelles ; articles et chroniques joseph.bodson@skynet.be http://www.areaw.org

(Joseph BODSON)


* Septentrion 4/2016, 45ème année, 100 pages

Arts, Lettres et Culture de Flandre et des Pays-Bas,

revue trimestrielle éditée par l’institution culturelle flamando-néerlandaise « Ons erfdeel vzw » …

beaucoup d’articles et chroniques très fouillés

Murissonstraat 260 à F-8930 Rekkem.

+32 (0) 56 41 12 01 http://www.onserfdeel.be http://www.onserfdeel.nl http://septentrionblog.onserfdeel.be

(Luc DEVOLDERE)


* Traction-Brabant n°71, décembre 2016

Association Le Citron Gare, 1, rue des Couvents à F-57950 Montigny-lès-Metz p.maltaverne@orange.fr http://traction-brabant.blogspot.fr

(Patrice MALTAVERNE)



 

Sacrifice, Joyce Carol Oates, éditions Philippe Rey, 2016, 357 pages.

Chronique de Patrice Breno

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Sacrifice, Joyce Carol Oates, éditions Philippe Rey, 2016, 357 pages.



Sybilla Frye est retrouvée de justesse, dans une cave sombre, torturée et violée, couverte d’excréments et d’inscriptions racistes. Elle dit avoir été enlevée par des « flics blancs ».

Nous sommes en 1987, dans la ville de Pascayne, au centre d’un quartier noir du New Jersey, USA, où chacun, dans la misère et l’indifférence, fait ce qu’il peut pour survivre. Vingt ans se sont écoulés depuis les émeutes raciales qui ont fait des dizaines de morts, où la police avait pour mission d « tirer pour tuer » … « tous les âges du bébé au vieux si leurs visages étaient noirs ».

Une famille, plutôt un ersatz de famille : une mère, Ednetta, qui s’est amourachée d’une brute épaisse, Anis ; ce dernier, rarement présent, travaille pour le service voirie de la ville, mais fait subir un véritable enfer à son entourage proche.

Ednetta, complètement perturbée, met à l’écart sa fille Sybilla pendant quelque temps, de la presse, des curieux, des bons et des méchants qu’elle a bien du mal à discerner, mais aussi de son compagnon.

Toutes deux seront contactées puis encadrées et enfin manipulées par un pasteur et son frère avocat. Et puis le Prince Noir, au nom de l’Islam, prendra le relais pour « éduquer » Sybilla.

Ce livre reflète le contexte de l’Amérique livrée à elle-même, où Noirs et Blancs se livrent une lutte à mort ; ils se sont toujours affrontés, avec les dérives qui nous parviennent par médias interposés.

L’auteure s’est attaquée ici à un sujet éminemment sensible. Elle ne prend pas parti, à aucun moment. La corruption et la violence, la justice et le châtiment, le racisme et le profit… ce sont quelques-unes des fragilités que connaît l’Amérique depuis tant de décennies. Ce roman intemporel – écrit par un auteur blanc qui a le courage de parler avec force des dérives de l’establishment judiciaire et policier – signifie aussi à quel point l’innocence et la jeunesse détruites peuvent être des armes terribles dans des mains perverses et cupides. Il permet de comprendre comment et pourquoi des gourous illuminés parviennent à détourner et à diriger des foules éperdues et crédules pour servir leurs intérêts propres, que sont le pouvoir absolu et l’argent à flots.

Ce livre n’apporte pas de réponses, car il n’y en a pas. Il reflète par constat toutefois que rien ne résiste à l’intolérance, au racisme, à la méchanceté de l’homme et aux dictatures sous-jacentes. L’espoir, c’est que chacun y mette du sien !

A lire en retenant son souffle, tant l’horreur est permanente et … latente.

L’Amérique, une poudrière ! Le monde aussi …

©Patrice Breno

Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne, Jean-Claude Lalumière ; Arthaud (17€ – 228 pages)

Chronique de Nadine Doyen

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Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne, Jean-Claude Lalumière ; Arthaud (17€ – 228 pages)


Ce roman, au titre bien saugrenu en apparence, éponyme du chapitre 9, mais dont le sens s’éclaire beaucoup plus tardivement, est une invitation aux voyages.

La table des matières nous ouvre un vaste horizon !

Vous vous souvenez peut-être du premier roman de Jean-Claude Lalumière Le front russe dans lequel son personnage rêvait déjà de voyager. Ce récit, dans la même veine rapporte, en 27 chapitres, les tribulations de Benjamin Lechevalier, qui aspire à quitter son île d’Oléron, berceau familial afin de s’éloigner de sa fratrie, où les discordances ont surgi lors de la disparition du père.

Au départ, le protagoniste, tout nouveau dans ce poste, chargé de promouvoir La cité de l’Air du Temps, se voit cantonné à des déplacements dans l’hexagone, son boss se réservant la crème des voyages. Mais, n’a-t-il pas avoué sa phobie de l’avion ? On imagine, sans peine, le stress, l’angoisse, d’autant qu’un frère tient le décompte des crashs aériens, collectionne les articles. Comment pourra-t-il dominer sa peur ?

On embarque avec ce globe trotter impénitent, de 36 ans, et comme lui, on se retrouve ballotté. Tout bouge, un séisme s’étant invité au départ du récit et pour clore l’aventure nipponne , ravivant la catastrophe de Fukushima.

Voilà Benjamin, incollable sur les aéroports, les hôtels, toutefois la frustration est grande de ne pas connaître, sauf en les traversant en taxi,les villes où se déroulent les « workshops ». Ne retenant que l’odeur de kérosène ! A peine le temps de poster une carte pour sa mère. On le suit donc dans toutes ses tribulations, d’un pays à un autre.

La lassitude d’être toujours en partance pointerait si les rencontres ne venaient pas pimenter ces déplacements professionnels. Et Clara, une consoeur a tous les atouts pour le charmer, un rapprochement s’opère, mais lui, plus gaffeur que séducteur, cumule les maladresses, les bévues au point qu’elle lui tourne le dos. Comment cette romance avortée va-t-elle évoluer ? Peut-elle renaître ?

Benjamin, habité par Clara, n’en sait rien lui-même. Va-t-il la recroiser dans d’autres voyages ? Clara, une présence à éclipses, à la merci du hasard. Pour le moment, il a en mémoire leur première rencontre, leur déambulation silencieuse dans Rome, de nuit. Et comme talisman, sa carte de visite !

L’exotisme, Benjamin le découvre quand il se retrouve immergé dans le décor de Lost in translation, dans un taxi japonais, ou à la fermeture d’un bar. Il tente de s’approprier le vocabulaire des tour-opérateurs (citybreakers, low cost, last minute), ainsi que des bribes d’anglais et de japonais (« Kanpai ! », « Shitsurei »).

Les lieux convoquent des écrivains : Du Bellay pour Rome, Albert Londres pour le café Excelsior et ses chroniques japonaises, Huysmans et sa description du retable d’Issenheim du musée de Colmar, Jane Austen et Charles Dickens à Londres.

On retrouve l’humour de Jean-Claude Lalumière, et aussi son regard critique sur la mode des selfies, sur les réseaux sociaux où l’on poste des photos « pour épater la galerie ». Il déplore les décors uniformisés des hôtels, la laideur des périphéries.

Il brocarde les transports (2 heures pour récupérer sa valise). Doit-on conclure comme Benjamin que « les transports réservent plus de surprises que les séjours » ?!

Il surprend par ses formules : « à un jus de tomate de Paris ». Des situations cocasses ponctuent les déplacements du narrateur avec les animaux (valise volée). Quiproquo lors de l’achat d’un billet pour son chat /Chartres !

L’auteur signe un roman sous le signe des turbulences : celles d’un coeur amoureux qui s’emballe, celles dues aux conditions atmosphériques dans un avion. En filigrane apparaît la quête du père disparu qui hante le narrateur. Jean-Claude Lalumière nous offre, pour notre plus grand plaisir, une lecture roborative, truffée d ‘imprévus, d’aléas qui rappelle La campagne de France.

Idéal pour conjurer l’attente en cas d’un retard éventuel de train, d’avion !

©Nadine Doyen

Thierry Radière, À un moment donné, Tarmac Éditions, décembre 2016, 11€

Chronique de Lieven Callant

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Thierry Radière, À un moment donné, Tarmac Éditions, décembre 2016, 11€


Sur la couverture au dos du livre, Thierry Radière résume parfaitement le propos de ce livre qui comprend plusieurs nouvelles:

« À un moment donné, dans un lieu précis, à cause d’un détail particulier, tout bascule, a basculé ou basculera avec des conséquences marquantes. Que ce soit à une intersection, dans l’océan, une épicerie, un couloir, à table ou dans un ascenseur. À un moment donné la prise de conscience de l’importance de la vie est une histoire à raconter. Cette révélation, même si elle a lieu à tout âge, nous renvoie souvent à nos peurs d’enfant. À des angoisses métaphysiques. »

Thierry Radière excelle à nous révéler tous les moments anodins de la vie quotidienne dans de brefs récits qu’il laisse suspendus à une interrogation pour laquelle le lecteur a à chercher la réponse.

Tous ces mystères renvoient forcément aux souvenirs, la mémoire est appelée à reconstruire le passé afin de nous donner une chance de comprendre le présent pour aborder le futur. Mais rien n’est plus fragile que le souvenir surtout s’il remonte à l’enfance et qu’on est devenu un adulte.

Dans beaucoup de nouvelles, Thierry Radière se glisse dans la peau d’un enfant, de l’enfant qu’il était probablement lui-même ou prend la place d’un père qui a à répondre aux questions de son enfant et donc à tenter de comprendre le point de vue de l’enfant.

Les nouvelles sont presque toutes écrites à la première personne du singulier. Un « je » s’exprime, parle parfois à notre place, nous invite à nous identifier au narrateur. À un moment donné pourtant, l’histoire imaginée devient un récit autobiographique, l’auteur glisse dans son écriture des indices qu’il est probablement le seul à correctement interpréter et à reconnaître. À d’autres moments, l’imagination reprend ses droits et réinvente le souvenir. Impossible pour nous lecteurs, de localiser ces moments de basculement de l’écriture, nous savons simplement qu’ils existent en un endroit donné. C’est sans doute l’un des aspects du livre qui m’a le plus interpellée car c’est grâce à des évocations subtiles que Thierry Radière interroge son propre travail d’écrivain et par conséquent la lecture que nous en ferons.

©Lieven Callant

Marie ROUANET – Territoires sonores – Fleurines 2016

Chronique de Marc Wetzel

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Marie ROUANET – Territoires sonores – Fleurines 2016


La farouche, et formidable (et féconde !) Marie Rouanet* vit à la Serre, près de Camarès, sur un causse aveyronnais, depuis plus de cinquante ans. Elle y a perdu son mari Yves (Rouquette), occitaniste, poète et humoriste, en janvier 2015. Ce petit livre (un poème en prose d’une trentaine de pages) veut décrire exclusivement à l’oreille ce nid commun perdu.

Il y a d’abord ce qu’elle ne fait pas : dire quelle formidable personnalité Yves avait, donner dans l’astuce nécrologisante, pleurer la familiarité perdue. Autre chose qu’elle ne fait pas (et qu’elle saurait pourtant !) : chanter, composer une complainte, entonner la musicale élégie de ce qu’ils surent faire et être l’un pour l’autre. Et moins que tout encore : verbaliser un album-photos. Comme son titre l’indique parfaitement, ce livre décrit quelque part, non quelqu’un ; il ne va pas semer de musique, mais vient récolter des sons. Enfin, elle renonce ici à toute image, à toute pose significative, à toute galerie de traits essentiels en garde-à-vous disposés dans le couloir du passé. Non. Elle le dit : elle apprivoise des sons, elle prend le seul parti d’entendre l’interprétation que fait un lieu (un lieu vécu, un lieu si assidûment habité – et habité par deux grands poètes, par deux êtres qui n’attendaient certes pas la mort pour le hanter !) de l’absence d’un de ses résidents, du départ de l’un qui passionnément l’anima.

Très réellement, elle rend le deuil que la maison même porte de son habitant. Elle restitue (parfaitement placée pour ça, puisqu’elle devine infailliblement ce que la chambre d’échos fixe et conserve de la voix perdue) les sons de l’ancienne vie, de l’ex-mortalité partagée, par ressaisie, par reconstruction fidèle, des choses et des êtres qui vibraient ici et ainsi. Très clairement, très sobrement, Marie Rouanet la chanteuse renonce à chanter, elle ne lance aucune belle ou juste mélodie dont les notes naîtraient les unes des autres, dans un processus rêvé ou idéal**, loin des choses. Non, au contraire : elle ne quitte pas d’un écho, d’un tintement, d’un craquement, d’un bourdonnement, les choses mêmes. Ce sont elles les foyers vrais, exclusifs, les épicentres indigènes de ce qu’elles manifestent, et qui fut ici vivre. Elle se fait secrétaire de vibrations posthumes.

Trois exemples :

« Derrière l’ancien fournial, sous le chêne le plus monumental – presque trois siècles d’âge – nous avons installé une table longue et lourde que nous utilisons en été pour des repas en famille ou entre amis, pour manger dans un bruissement de feuilles et une fraîcheur qui défie les zéniths les plus brûlants. Lorsque le vent se lève, il module musicalement au goulot d’une carafe. Ce son estival accompagne les moments de grâce d’après repas, venus de la satiété et du bonheur » (p. 19-20)

« Après, dans notre vie, ce fut moi qui me levais la première, doucement, pour ne pas le réveiller ; dans l’escalier, j’évitais deux marches très bruyantes. A ma table de travail, massive, toujours en désordre, j’attendais son lever, tout en surveillant les sons de l’inerte. Le bois qui malgré son âge continue à craquer – longtemps on a cru qu’il s’agissait de messages venus des morts – telle lame du parquet fait trembler le corps instable de la pendule, la vitre du cadran et le balancier de cuivre. Il vibre avec un chant frêle et long, comme produit par de minuscules guimbardes mêlées à des perles de verre. Il m’arrive pour le plaisir de provoquer ce chant » (p. 11-2)

« En hiver, le feu a été ranimé ; peut-on parler d’inerte pour le feu ? Une bûche s’écroule, un morceau de chêne s’embrase et la flamme souffle. Tous les solitaires ont parlé de la véritable compagnie du feu dont il faut sans cesse s’occuper ; Il respire, baisse, va s’éteindre, une poignée de petits bois le ranime. Il crépite. Il est vivant, à condition de s’en occuper ; dans le beau silence, on peut entendre une rose qui s’effeuille sur la table basse » (p. 12)

Franchement, cette danse du son et de la mort est précieuse et profonde. Pas seulement parce que notre auteure (que je connais très peu, ou de loin, ou de loin en loin, mais qu’on devine telle) est, je l’ai dit, farouche (rude, et orgueilleuse certainement, et redoutablement loyale : l’aura sobre, l’ombre dense !), comme mêlant la vitesse du tigre à la stabilité d’un barrage, une auteure, donc, qu’on s’en voudrait de plaindre, qu’on hésiterait à flatter, tant elle semble coulée d’origine dans le vrai du sort, le dur de l’existence ; mais aussi parce que le son et le mort partagent l’invisibilité, l’un parce qu’il n’a pas de forme pouvant paraître, l’autre parce qu’il est forme toute entière disparue. Mais aussi ce sont des contraires : pour le son (l’être qui, dans ce texte, grince, gronde, gratte, glisse ou même grignote), un pur événement qui n’apprend pas plus de lui-même, qui n’a pas plus d’habitudes internes qu’un écho ; pour le mort, à l’inverse, un être qui avait ici ses habitudes mais ne sera plus jamais événement. Mais leur complémentarité est sublime, comme on le voit dans ce passage, où le bruit propre de l’union d’une âme et d’un corps est plus profond que le tintement des objets, mais aussi que la musique des esprits.

« J’aimais, j’aime toujours ces chambres monacales où il n’y a de place que pour un grand placard mural, une petite étagère à livres, le lit et même pas de table ; la plus petite dite « du fénestrou » était la nôtre, celle de « la portalière » est destinée à un invité de passage, souvent à nos enfants ou petits-enfants. La réa suspendue dehors, juste au-dessus de la vitre grince par grand vent. On l’entend un peu chanter sur les arêtes des tuiles ; on entend la pluie ou la grêle frapper le vasistas.

Mais les plus beaux bruits de la « chambre du fénestrou » sont ceux des corps. Quel bonheur d’écouter une respiration, un cœur, un rire, perçus à leur source dans la cage thoracique de l’autre, caisse de résonance, vraie cage aux barreaux vivants où se manifeste l’agencement magnifique et mystérieux des viscères, du sang et de l’âme.

Les corps donnés et aimés – l’enfant, l’amant, l’époux – sont autant de territoires sonores » (p. 10-11)

En plus d’être, comme on voit, admirablement écrit, ce texte, dont (parlons franchement) le thème ouvrait à toutes les facilités de la plainte, de la nostalgie, de la musicologie spirite, de l’accolade hagiographique ou du stoïcisme derrière paravent, s’avère d’une héroïque clarté, et, pour tout dire, d’un rare et généreux courage intellectuel. Car on fait ici (et quelle entreprise plus délicate ?) leçon de deuil utile. Car voici quelqu’un, notre écrivaine « sans lui », qui revient dans la maison irrémédiablement assombrie, dans la Caverne même de notre condition, mais qui la veut délibérée, bénie, et comme providentielle. Qui apprend de la mort ce que même les livres en ignorent : qu’un mort a raison de changer tout à l’inter-humanité ordinaire (aux évidences morales de la négligence – à secouer – et du sacrifice – à offrir !) ; car avec le mort, aucun geste n’est plus à craindre de l’envoyer imprudemment à la mort, – c’est fait ! Aucun martyre perso ne le fera pourtant revenir – un don infini ne le rachèterait pas. Et elle, la pleureuse qui s’y refuse, est à la hauteur de l’épreuve du deuil, de la souffrance de survivre. Elle n’aura pas à apprendre à vivre sans lui, car elle savait déjà ; elle n’a visiblement pas eu besoin de sa mort pour accepter la sienne propre. Elle sait, comme génialement, se détacher d’un déchirement, se réconcilier avec un arrachement . Marie Rouanet se conduit ici comme une sereine incarnation de la merveilleuse formule d’André Comte-Sponville : « La vie emporte tout, jusqu’à la mort même qui l’emporte. Toute douleur cesse, où elles vont toutes ».

C’est qu’elle reste, devant la nécessaire fin de l’amour réel, curieuse et active comme un enfant. De même qu’un petit découvre la nature de la musique en produisant lui-même les bruits (de mains, de flanc, de bouche, de pieds) qu’il organise, en découvrant la cause à même l’effet qu’il fait se produire, la survivante Marie Rouanet paraît découvrir la nature de la vie en répertoriant les climats objectifs de son écoute passée, en accompagnant désormais activement les choses dans la gangue d’origine de leurs vibrations, tapant avec elles comme de l’intérieur de leurs murs, tables, enveloppes, troncs et vitres. Le volant orphelin, mais vaillant, du monde, se conduit aussi bien, diraient les enfants, sans les mains !

Je laisse enfin découvrir l’extraordinaire suggestivité de cette écriture, comme dans ce : « pas encore »

« Sur la cour dallée de la maison, au niveau du sol s’ouvrent deux portes. Celle de son bureau que je n’utilise pas – pas encore … » (p. 25),

et la démiurgique fantaisie de Marie (et il y a si peu de clowns femmes) :

« A la fin du repas je m’amuserai à composer une « petite musique de bouche ». S’il y a des enfants j’exécuterai une magie. J’avale le son produit par deux dents de fourchette pincées, puis relâchées, puis je le régurgite, tout aussi clair, je l’écrase dans mon poing fermé puis je le ressuscite. Tout le monde est baba » (p. 26) .

et lui donne, bien sûr, la conclusion, qui dit parfaitement, dans l’image de la sonothèque auto-féconde, ce milieu de sons que fait, que laisse, que reprend derrière lui, en royal archiviste, l’art de vivre :

« Je ne veux aucun exhausteur de sens. Qu’ajouterai-je à mes jouissances de l’oreille ? Ma sonothèque est en moi. Elle ressurgit quand je voyage et que des bêlements d’agneau, des eaux encaissées, des forêts de sapins ou de hêtres, des peupliers ou des saules appellent l’un ou l’autre des sons de mon magasin. C’est beaucoup mieux qu’une sonothèque car en moi, sans cesse, elle s’agite, mûrit et s’augmente. Cet acquis de moi, qui me dépasse, est disponible sans avoir besoin d’appareil, dans l’instant. Aucune mémoire artificielle ne saurait l’égaler » (p. 29).

Ces « territoires sonores » sont aux antipodes de la pompeuse musique d’une existence ; ils enveloppent, seulement et impeccablement, le rythme posthume de ce qu’un mari militant, prodigue et gaillard poète aura fait vivre des choses.

©Marc Wetzel



* Marie Rouanet est née à Béziers en 1936 ; romancière, mais aussi auteur compositeur et chanteuse, historienne (des milieux et des coutumes), essayiste, documentariste, chroniqueuse et … poète.

** Une remarque inspirée de l’extraordinaire livre du philosophe Francis Wolff, « Pourquoi la musique ? » (Fayard, 2016)