Service de presse n°49

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Traversées a reçu :

Les recueils suivants :
• Belle Immanence, poèmes
Miloud Keddar
Petit Rameur, 2016, 26 pages
• Bird et le mage Chô, roman
Annie Préaux
M.E.O., 2017, 216 pages
Que faire lorsqu’on subit un licenciement aussi brutal qu’arbitraire et que le mot « chômage » devient imprononçable? La question, douloureuse, enfonce dans la sidération Sandrine, ex-cadre commercial d’une firme pharmaceutique. Avec, en filigrane dans la solitude et l’opacité des jours vides, la soif d’un père absent depuis l’enfance, qui vient de mourir et dont elle occupe la baraque déglinguée.
Jean-Marc, lui, se demande si le stress post-traumatique lui permettra de reprendre son travail de professeur apèrs avoir été agressé par un élève. Sa brève rencontre avec Sandrine, ivre morte le soir de son licenciement, ravive son vieux désir d’écrire. La jeune femme lui serait-elle tombée de nulle part, comme la Bird du Baiser cannibale, son roman fétiche, pour devenir LE personnage qu’il attendait?
Encore faudrait-il la retrouver…
Prix RTL-TVI pour son premier roman, Coréenne, Anni Préaux, romaniste et enseignante, s’intéresse aux arts plastiques, à la philosophie et au théâtre-forum, qu’lle a pratiqué avec la Compagnie du P’tit Thomas. Elle anime aussi des ateliers de lecture-écriture et publie des articles de pédagogie et de réflexion humaniste.
Deux de ses romans ont paru aux éditions M.E.O.
• Cendre lissée de vent, poèmes
Irène Duboeuf
Unicité, 3, sente des Vignes à F-95130 Saint-Chéron, 2017
• Chat, poèmes
Michelle Caussat
Thierry Sajat, 5, rue des Têtes à F-75019 Paris, 2017
thierrysajat.editeur@orange.fr
• Clartés intimes, petits textes en prose
Félix Labetoule
A. Gaillard, Le moulin de l’Etaule à F-16410 Dignac, 2013
L’auteur de ce recueil, selon sa propre expérience, nous invite à partager quelques moments intenses. Ces clartés intimes sont aussi pour le lecteur, l’occation d’aller chercher les lumières de sa vie sur son propre chemin.
Prix Charles Baudelaire 2014 décerné par la Société des Poètes français
• Fait maison, poèmés
Pierre Covarel
Clapas, collection Franche Lippée, 2017
• Haute voltige d’une présence sans nom, poèmes
Pierre Schroven
L’Arbre à Paroles, BP12 à B-4540 Amay, 2017
editions@maisondelapoesie.com
• Itinéraire d’un voyou, roman
Ghislain Cotton
Murmure des soirs, 2017, 265 pages
Qui est-il donc, ce « voyou »? Cet Adrien Debucy qui passe une jeunesse aventureuse à Liège avant qu’une circonstance tragique ne l’oblige à fuir la Cité ardente. Et à poursuivre son parcours pervers et mouvementé dans la région parisienne et jusqu’en Bretagne. S’agit-il d’un imposteur, d’une victime, d’un escroc, d’un criminel sans scrupules, d’un monstre de narcissisme, d’un mythomane, d’un plaisantin? Serait-il tous ces personnages en même temp? Ou peut-être aucun d’eux?
Romancier et journaliste, chroniqueur judiciaire, chroniqueur littéraire dans plusieurs hebdomadaires dont Pourquoi pas? Et Le Vif/L’Express, fondateur du Journal des livres et prix ex-Libris 1997, lauréat du prix triennal George Garnir pour le Passage des Cinq Visages (Weyrich), Ghislain Cotton, né à Bruxelles, vit aujourd’hui en Famenne luxembourgeoise où il se partage entre plaisir d’écrire et vertu de paresse….
• Les heures du dragon – Cinq saisons, poèmes
Gabriel Eugène Kopp
Prix de poésie Jean Aubert 2016
Flammes vives, 2017, 96 pages
• Jusqu’au coeur, poèmes
Alain Brissiaud
Librairie Galerie Racine, 23, rue Racine à F-75006 Paris, 2017
collection Les hommes sans épaules
• Les larmes et les rires
Léon Laffut
Bookelis, nd, 205 pages
Entre récit et poème.
Un amour impossible entre Julien, 17 ans, d’origine juive, douloureusement marqué par l’holocauste et la mort d’une partie de sa famille dans les camps nazis, il a de la vie et du monde une vue profondément pessimiste, et Anne, 16 ans, issue d’une famille de gauche où l’on trouve des communards, des anarchistes et des communistes. Venue à Huy retrouver les endroits dont ses parents lui ont si souvent parlé, Anne y rencontre Julien. Leur amour va se briser sur les ressacs d’une Histoire trop fraîche et trop lourde pour eux.
J’ai voulu parler de cette époque où les derniers relents d’une Histoire abominable côtoyaient les espoirs les plus fous; de ces enfants hagards qui ne pouvaient regarder devant eux sans étrangler ce passé proche; de cette immense difficuluté d’être dont ils ne guériront jamais.
• Libre choix d’épitaphes, aphorismes
Guido
Clapas, collection Franche Lippée, 2017
• Mécomptes de Noël
Gabriel Eugène Kopp
L’ours blanc, collection Etrange et Fantastique, 2016, 128 pages
assocloursblanc@yahoo.fr
http://assocloursblanc.over-blog.com
00331 45 80 66 57
Né dans la noirceur convivviale des mines de Lorraine, peu après la blancheur détachante de la Seconde Guerre mondiale, Gabriel Eugène Kopp joue très tôt avec le noir et le blanc comme s’ils étaient des couleurs: jusqu’à ce qu’il découvre l’encre et le papier. Depuis, il partage son temps entre les livres et l’écriture, l’Alsace, où il réside et travaille, et la Bretagne, où vivent ses enfants.
Psychanalyste, philosophe, romancier, nouvelliste et poète, il crée aussi des transpositions de ses poèmes aidé de plasticiens, de compositeurs et d’auteurs étrangers.
Evoquer le Père Noël ouvre toujours à des mondes légendaires. Pourant ce sacré personnage parait plus humain que beaucoup d’humains! Pour mieux le cerner ou donner d’autres couleurs à son mythe une douzaine d’histoires, drôles, surprenantes, cruelles, tendres aussi, nous content ses déprimes, ses erreurs et déchéances, ses rencontres, ses cadeaux, et même ses victoires. Dans ce recueil thématique et dosé, subtil et osé, rosse et carrosse, la science-fiction côtoie le quotidien, le fantastique le jour d’aujourd’hui, labsurde le chaotique d’hier et la tristesse les faiblesses de demaine.
Préface de Claire Decortiat
Introduction de Pierre Meige
• Murmures de l’absence, poèmes
Gérard Mottet
Tensing, 2017, 103 pages
La poésie, ce lent déchiffrement de l’absence…
Gérard Mottet, en ce recueil, nous suggère que la voix seule du poème accorde chair et souffle / de présence à l’inexistant… aux brumes de l’imaginaire… aux possibles dévoilements. Chair et souffle: mots révélateurs de ce qui sous-tend les Murmures de l’absence.
Ce souffle est porteur d’une voix qui s’abandonne volontiers au flux des images, à une parole spontanée évoquant aussi bien des goufres infinis que les presque riens de tous les jours. Revenant avec insistance sur le thème de l’amour (vécu comme une absence / au creux de moi), la voix se trouve plus ou moins doublée par une voix en écho – un répons lointain perçu tel un halo harmonique. Combien mieux je te vois rayonnante / dans la lumière de l’absence… Une lumière née de l’ombre, et que le poète sait rendre visible
Michel Passelergue
• Nos cris de poupées sans bouche, poèmes
Sylvain Guillaumet
Clapas, Franche-Lippée n°430, 2017, 8 pages
• Opuscule des chuchotements, poèmes
Laurent Bayart
Prix d’édition poétique de la ville de Dijon, 2017
Les poètes de l’amitié, 19, allée du Maconnais à F-21000 Dijon
• La poussière des souvenirs – Fragments, poèmes
Félix Monget
L’Harmattan, collection Poésie(s), 2017, 116 pages
Elève face au maître, l’esprit s’éveille. Il ânonne et récite ce que demain il comprendra. Se perdant souvent il apprend le chemin, ce qui donnera raison à son discours que rien ne se soit produit qui n’eut de sens caché, un bénéfice à escompter.
Avant d’être expertes, ses mains malhabiles seront mille fois blessées. Pourtant ce sont celles-là, ce sont ces mains qui échafauderont ce qui sera son palais. A cette oeuvre, jusqu’à en perdre conscience, passera tout entier le temps de la vie.
A ce moment, en cet endroit de la réflexion, qui de nous ne se sera arrêté pour tenter de déchiffrer le mystère du karma, rappeler quelques souvenirs comme fil d’Ariane en guise d’explication avec soi-même.
Félix Monget est peintre et poète. Préfacier de l’auteur, le poète gitan Jean-Marie Kerwich écrivait: « Félix porte sur son âme la caresse de la poésie, une poésie nomade. Par son oeuvre, Félix détruit les interdits. Il est le disciple de la vérité. Sa souffrance fut sa nourriture. La simplicité est une noblesse rare. Moi, le vrai gitan, le faiseur de mots, je déclare que Félix Monget est un poète rare, et ce qui est rare reste éternel ».
• Refrain, poèmes
Bernard Grasset
Jacques André, collection Poésie XXI, 2017, 53 pages
Avec Refrain, le voyage en compagnie des peintres et des musiciens se prolonge comme sans fin. Refrain: revenir là où on est allée, creuser ce qui a déjà été contemplé et écouté, exlorer, tel un possible, de nouvelles contrées. Retour et commencement.
Dans l’alliance de la poésie avec la peinture et la musique se découvre un chemin de liberté et de lumière. En lisant Refrain, le lecteur est invité à voyager, au fil de l’art, à travers les cultures, les siècles qui passent. Voyage, – aventure dans le langage.
Le dialogue des mots avec l’univers pictural et musical cherche ici son unité du côté des pays intérieurs, des secrets de l’homme, de l’accueil de l’insaisissable. Refrain: écouter, sillons d’un autre langage, ce lointain qui mumure le sacre de l’aurore.
Berrnard Grasset est ordinaire d’une Vendée des frontières. Terres d’ouverture, ancêtres paysans-vignerons ou aurisans, enfance des Trois Provinces dans la proximité de la nature, du sacré et l’éveil à la culture.
Il étudie la philosophie dans le Quartier latin à Paris. C’est le temps de la découverte de l’art (peinture, musique), de l’immersion en poésie.
Bernard Grasset est l’auteur d’une vingtaine de recueils inspirés librement de l’Ecriture, de peintres et des musiciens, ou de ses voyages. Trois passions. Traducteur des langues des origines, expérimentateur d’une écriture poétique bilingue, il ocnsidère la poésie comme une inlassable recherche, un chant des profondeurs.
• Le souffle d’Allah, roman
Guy Denis
L’Harmattan, 2017, 211 pages
Un hôpital qui s’écroule, un rapport d’expert qui se perd, une disparition inquiétante, des amours qui se nouent et se dénouent…
Une plongée dans le quotidien d’une ville de province pareille à toutes les autres, classes sociales, clans, familles, scandales mineurs et majeurs qui font jaser et, tout à coup, l’Événement qui fout tout par terrre…
Les nouvelles, comme les fils des intrigues, s’emmêlent, angoissantes, meurtrières…
Les destins se côtoient et s’imbriquent selon les hasards de la vie.
Un roman au style concis, rapide, qui plonge dans les ressorts de l’âmes humaine, des personnages proches du lecteur.
• Les supplications du monde (celui qui entend), poèmes
Pierre Andreani
Clapas, Franche-Lippée n°431, 2017, 8 pages
• Valses tristes / Valsuri triste, nouvelles / nuvele
Denis Emorine
Edition bilingue française-roumaine
Ars longa, 2016, 117 pages
• Veladores
Corinne Lagenèbre
Editions du Petit Pavé, 2017, 75 pages
« Veiller hors les murs » semble êtr ele propos à source de Veladores.
Corinne Lagenèbre a le don de l’ubiquité, de la projection, de l’empathie, de l’attention aux signes ténus des vies infimes, de l’abolition des frontières. Le réel absent envahit la vision intérireure en des intrusions presque fantastiques, les contours délicatement vulnérables au contact de l’extérieur se laissent compénétrer pour mieux se couler par l’imagination au champ du légendaire. Hier est aujourd’hui, ici est ailleurs, l’autre est soi-même, le pauvre est riche, et réciproquement. Un bel équilibre entre réek et imaginaire, sombre réalité et idéal lumineux se tisse par l’écriture d’une poésie simple dont les mots résonnent longuement. L’enfance aux « tresses de coquelicots blessés » pousse sur « l’arbre voyageur » son « cri de délivrance » « pour défendre les timides / les brimés les humiliés ».


Les revues suivantes :
• Art et poésie de Touraine, n°228 et 229, printemps et été 2017, 40 pages A4
revue trimestrielle
Nicole Lartigue
10, rue du Clos Prenier à F-37540 Saint-Cyr-sur-Loire
prix de la presse poétique 2007 de l’UPF
prix de la presse poétique 2008 de la SPF
Association fondée en 1955
nicole.lartigue@bbox.fr
• Le bibliothécaire n°1/2017, 100 pages A5
Michel Dagneau
périodique trimestriel – janvier à mars 2017
B-1470 Genappe
dagneau.michel@skynet.be
• Bleu d’encre n°37, juin 2017
Claude Donnay
Clos des Tanneurs, 2/33 à B-5590 Ciney
• Cahiers de la rue Ventura n°35, 1er trimestre 2017, 64 pages A5
Claude Cailleau
Dossier: Marguerite Audoux
amis.rueventura@hotmail.com
http://clcailleau.unblog.fr
9, rue Lino Ventura à F-72300 Sable-sur-Sarthe
• Le carnet et les instants, n°194, mars 2017, 50 pages
Lettres belges de langue française, bimestriel
Laurent Moosen
Bd Léopold II, 44 à B-1080 Bruxelles
http://le-carnet-et-les-instants.net
carnet.instants@cfwb.be
• Debout les mots n°64 à 66, janvier à septembre 2017, 6 pages A3
Périodique d’information trimestres de la Maison du Livre, rue de Rome, 28 à B-1060 Bruxelles
bibliotheque.1060@stgilles.irisnet.be
http://www.bibliothequedesaintgilles.wordpress.com
• Eclats de rêves n°61, 1er semestre 2017
Martine Oulès
Association Le temps de rêver
14, rue de la Glacière à F-81600 Gaillac
• Florilège n°166 et 167, mars 2017 et juin 2017, 56 pages A4
revue trimestrielle de création littéraire et artistique
Stephen Blanchard
Maison des Associations « Les poètes de l’Amitié »
boîte H1, 2, rue des Corroyeurs à F-21000 Dijon.
redacflorilege@gmail.com
• Le Gletton n°495, juin 2017; 496-497 (Chemins de traverse: Chassepierre), juillet-août 2017
Michel Demoulin
28, rue Sart Martin à B-6740 Villers-sur-Semois
• Inédit nouveau n°283, juillet 2017
Paul van Melle
Gril, avenue du chant d’oiseaux, 11 à B-1310 La Hulpe
• La lettre de Maredsous n°1, avril 2017
Luc Moës
Abbaye de Maredsous à B-5537 Denée
• La lettre des Académies n°39, 3ème trimestre 2016, et n°40, 4ème trimestre 2016, 8 pages A4
Nouvelles du collège Belgique et du collège des Alumni
Jacques De Decker
Palais des Académies, 1, rue Ducale
B-1000 Bruxelles
lettre.academies@cfwb.be
• Libelle n°286 à 290, février à juin 2017, 6 ou 8 pages A5
6 pages A5 – Mensuel de poésie
Michel Prades
14, rue du Retrait à F-75020 PARIS
pradesmi@wanadoo.fr
http://www.libelle-mp.fr
• Microbe n°100, np, mars 2017, format A6
Eric Dejaeger
Launoy, 4 à B-6230 Pont-à-Celles
ericdejaeger@yahoo.fr
• Plumes et pinceaux n°138, juin 2017
Nelly Hostelaert
rue du Temple,39 à B-7331 Baudour
• Poésie sur Seine n°94, avril 2017
Pascal Dupuy
Association Poésie sur Seine
13, Place Charles de Gaulle à F-92210 Saint-Cloud
• Portique n°106 et 107, avril à septembre 2017, 60 pages A5
revue de création poétique, littéraire et artistique de l’Union des Poètes francophones
Chris Bernard
Mairie à F-84110 Puyméras
http://portique.jimdo.com
http://poesievivante.canalblog.com
• Traction-Brabant n°74, juin 2017 et 75, août 2017
Patrice Maltaverne
Association Le citron gare, appt245, 1, rue des couvents
à F-57950 Montigny



 

TROUVILLE EN HIVER

 

TROUVILLE EN HIVER

Par Mustapha Saha

 

Le sociologue et poète Mustapha Saha passe l’été à Trouville-sur-mer, son habituelle retraite d’écriture, station balnéaire atypique à laquelle il va consacrer un livre, qui reconstitue son histoire artistique et littéraire. Cette ville a été une source d’inspiration pour les écrivains Marcel Proust, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, André Gide, Louis Aragon, Marguerite Duras… et pour les artistes Gustave Courbet, Eugène Boudin, Claude Monet, Fernand Léger, André Hambourg…, et d’autres encore. Le poème en alexandrins « Trouville en hiver » de Mustapha Saha ouvre l’ouvrage en préparation.


 

TROUVILLE EN HIVER
Par Mustapha Saha

Les Voiles sous crachin surchauffent leurs Vapeurs
Le dandy sans loisirs rumine ses déboires
La mondaine en disgrâce exorcise ses peurs
Le serveur sous cape brocarde les pourboires

Traîne sa nostalgie la belle ridicule
Son écharpe l’étrangle son manteau l’étouffe
Les amours lointaines perdent leurs molécules
Son fantasque caniche ébroue sa grosse touffe

Trottine sur les quais vaillante centenaire
Brillent dans son regard des cristaux de jouvence
Secoue fourrure au loup l’indolent partenaire
Arrosent saphistes leur fraîche connivence

Mélusine à l’écart s’amuse du spectacle
Le scribe et sa muse décryptent leur grimoire
Le dernier estivant quitte son réceptacle
Trouville en hiver retrouve sa mémoire

 

Le marinier sans fret défrise ses bacantes
Rouillent les chalutiers sommeille l’estuaire
Rodent les korrigans dans la cité vacante
Lutins et farfadets quittent leur sanctuaire

Savignac sur planches souffle ses particules
La coquette écrase son fou-rire sous robe
Mâtine mouette s’embrume au crépuscule
La magie s’estompe le dessin se dérobe

Marguerite Duras hante la promenade
Dissout grise écume ses pages soupirantes
Loin des Roches noires s’émiettent ses monades
Roulent ses mots-galets sous la vague mourante

La côte sauvage sous lanterne impalpable
Déroule sa légende ancestrale et précaire
Yggdrasil foudroyé sous roc inextirpable
Mimir décapité dans linceul de calcaire

La mer de main d’artiste affine ses sculptures
Creuse dans la pierre son fascinant discours
Tirailleurs sans stèle marins sans sépulture
Grondent dans l’abysse leur appel au secours
Les spectres paradent dans la brume marine
Les blockhaus explosés libèrent leurs fantômes
Trépassent cormorans gavés de muscarine
Démon désincarné disperse ses atomes

Le rivage au couchant dévoile ses dédales
Lézardes gauloises sur stigmates romaines
Cicatrices vikings sur brèches féodales
Empreintes fossiles d’énergies surhumaines

Le chêne souverain gardien des destinées
Préserve fleurs de gui de froidure létale
Le saule mignote colombe couronnée
La baie récupère sa virginité natale

Limpide cascade couve son territoire
Chante sa louange dans l’oreille du barde
Entre clams et clovisses ruisselle son histoire
Défilent ses génies sous tambour et guimbarde

Cascatelle tarie sous rayon de lumière
Profile sur paroi figure du messie
Désinvolte pécheresse exhibe sa trémière
Gratifie l’Apollon de sa fleur de cassie
Pleure Sainte Vierge dans chapelle d’ophite
Nerthus Terra Mater morte sur son autel
Perpétue l’ordalie griffure sur graphite
Disparaît bergère s’égare son cheptel

Regarde chouette rescapée d’un couvent
Le grand large engloutir son obscure aventure
Dresse sa crinière dans le sable et le vent
Le lion des fables dévoreur d’écritures

Frigg d’aiguille d’argent tricote ses stratus
La tempête ébranle l’antique citadelle
S’écroule dans la foudre le grand eucalyptus
Villa Montebello protège ses chandelles

Téméraire flâneur à mi-chemin se désiste
La galerne exalte son parfum baptismal
Le fauve immobile sous fracassants résiste
Lila crinière au vent cravache l’animal

Les Nornes sur puits d’Urd remaillent les destins
La falaise s’éboule blanche effraie l’abandonne
L’infernal Ratatosk saccage les festins
Nidhögg crache son feu sur maudite madone
Odin sur promontoire observe l’hécatombe
Les berzerks en furie les drakkars en naufrage
Nerthus la féconde choisit la mer pour tombe
Le trésor disparaît surnage son coffrage

Couve son mystère la crypte millénaire
Sur paroi s’imprime l’image d’Aphrodite
Le savant s’intrigue du message lunaire
Erato s’invite dans l’enceinte interdite

Entrelacs en chaîne déclinent leurs symboles
Triangles spirales nœuds tresses circulaires
Figures mouvantes sublimes paraboles
L’ivresse s’amplifie sous rayons spéculaires

Les lacis sur silex content les temps divins
La danse des nymphes les agapes florales
Le banquet des druides la ronde des devins
Les récoltes joyeuses les ardeurs pastorales

Taranis en fanfare surgit du fond des âges
Libelle à coups d’éclairs l’énigmatique augure
La bourrasque exauce son merveilleux présage
En jardin d’agates l’écueil se transfigure
S’élèvent crescendo carnyx et castagnettes
Taballos et Syrinx cornemuse et cymbales
Morgane s’enflamme sous nuée de guignettes
Libane à contre-sens chevauche sa bubale

Rosmerta déverse sa corne d’abondance
Morrigan propage la nitescence astrale
Sirona ranime son fanal en concordance
Epona préside ripaille et bacchanale

Dionysos agite en dansant sa bannière
Dana sous le charme desserre sa tenaille
Le roi fou gouverne l’ours brûle sa tanière
Les gueux s’étoffent d’or la reine s’encanaille

Le rhapsode en transe qu’allégresse ensorcelle
S’arrache en cadence mantelure et plumage
Quel mystère anime sa secrète étincelle
L’étoile polaire le réincarne en mage

S’abat grosse averse sur cirque des idoles
Revêche corneille délaisse sa couveuse
Sirène d’Andersen enfourche sa gondole
Marée basse envoûte l’imprudente rêveuse
Ici mère nature invente l’insondable
Ici naît le mythe dans la source profonde
Perpétue l’ondine son œuvre inoxydable
Nul génie créateur qu’Océanos ne fonde

© Mustapha Saha,

Christian Bobin, Un bruit de balançoire ; l’Iconoclaste, (97 pages – 19€ ) 30 Août 2017

Chronique de Nadine Doyen

9791095438373
Christian Bobin, Un bruit de balançoire ; l’Iconoclaste, (97 pages – 19€ ) 30 Août 2017


Le nouveau Bobin, comme l’annonce le bandeau, les fidèles lecteurs de l’auteur l’attendent comme les hirondelles le printemps, pour y découvrir « le nid bâti sous la poutre du langage » !
Christian Bobin nous happe dès la couverture avec son texte manuscrit, fragment de l’introït sur pages bleues qui ouvre ce recueil. L’auteur nous y expose sa philosophie de vie, du minuscule (pétales d’églantine, fleurs de cerisier, des mandarines), les motifs traités. Il s’insurge contre « les tambours modernes » qui ne véhiculent que « désenchantement, raillerie, nihilismes » et prône « la simplicité inouïe d’une parole ».
Il nous signale l’influence et « la présence discrète » du poète japonais Ryokan avec qui il a tissé des affinités électives depuis peu. Ce n’est pas un fil rouge mais un fil d’or, un fil lumineux qui se déroule dans ce recueil épistolaire.
L’écrivain souligne combien les livres ont été déterminants, pétri de gratitude pour « leur prévenance ». Comment ne pas partager les propos de l’amoureux des livres, qui les met à l’honneur dans chacun de ses recueils : « Les livres sont des âmes, les librairies des points d’eau dans le désert du monde » ?
En avant-propos, l’auteur montre combien se séparer de son manuscrit équivaut à en faire son deuil. Dans Noireclaire, l’écrivain veut « tuer l’homme ».
Ici, il revisite son enfance, sa rue natale, à la recherche de « son coeur-enfant », de « L’enfant-moi ». On le croise à différentes périodes de sa vie : nouveau né, à quatre ans émerveillé par « l’explosion lente et silencieuse d’un pissenlit », à huit ans sur « cette vilaine place du Creusot », avec le pull jaune de ses 30 ans.
Parmi les récipiendaires des lettres on trouve des femmes, des hommes, mais aussi des objets du quotidien (le bol), des oiseaux, et même un lieu : le vieil escalier.
En adressant la première lettre à une « chère inconnue », il permet à chaque lectrice de s’identifier à elle.
Parfois parisien, Christian Bobin s’arrête près des bouquinistes et sauve de l’oubli « quelques poètes au fond d’un bac », en repêchant « trois carpes géantes », tout en écoutant « La Seine qui éclate de rire ».
On sait combien le poète aime les arbres, vit entouré d’arbres. Dans sa lettre au forestier, on devine son désarroi de voir « des branches abattues, empilées ». Toutefois, respectant le travail du forestier, il en vient à positiver et le remercie « pour la soûlante odeur du bois coupé », pour « le parfum multiplié ».
Comme Vassilis Alexakis, qui poursuit avec sa mère ses conversations d’autrefois dans Je t’oublierai tous les jours, l’écrivain relate à sa mère un instantané de vie. Ainsi, au lieu de se consacrer à sa correspondance, il relit Nerval et s’égare dans la forêt de Compiègne, lui confie-t-il.
Christian Bobin entremêle souvenirs familiaux, odeurs, paysages,musique, sourires.
Ainsi il égrène des notes de Bach, d’un concerto de Mozart. Il nous fait entendre le piano de « ce cher Messager », le compositeur estonien Arvo Pârt, « qui sonnait comme une horloge comtoise – quelque chose de lancinant ».
Il se remémore les jeux d’Hélène avec ses amis, leurs rires et s’y être immiscé.
Il évoque l’histoire en nous conduisant en Pologne, à Lotz, et recourt à une formule choc : l’oxymore : « Le bonheur est un meurtre. », pour décrire son état d’âme : « gai, insouciant » dans ce lieu martyre dont il ignorait le passé.
Dans sa lettre à Nadjeda, il rend hommage à celle qui a mémorisé l’oeuvre de son époux Ossip Mandelstam, le poète qui ne savait « qu’extraire des diamants de la gangue du langage ». Ne l’invite-t-il pas à se livrer, assise à ses côtés ?
Dieu lui apparaît au contact de son bol, dans les livres, dans un brin d’herbe, dans une fleur d’églantine, « même s’il ne sait définitivement pas ce qu’est Dieu » et « s’en moque ». Pas facile de donner à une interlocutrice une définition des anges !
Christian Bobin, le contemplatif, ne cache pas sa passion pour les fleurs. Ne sont-elles pas comme Michael Lonsdale les qualifie « des anges qui nous transmettent un message de beauté et de transcendance » ou « des messagères de Dieu » ? Le lecteur n’a plus qu’à s’émerveiller devant « l’avalanche d’une glycine ».
Le poète adhère à la cause animale, « les bêtes sont des anges » pour lui. Il peut voyager « dans les yeux d’un chat », il se délecte du chant des oiseaux. Si dans La grande vie, Christian Bobin s’adresse à un merle, ici il se confie à Monsieur le coucou et nous fait partager son chant. « C’est sentir mon coeur tapissé d’or », concède-t-il.
L’auteur laisse deviner son côté spirituel et mystique quand il écrit aux invisibles : à son cher fantôme, à sa chère âme. Il n’a pas son pareil pour filmer en mots le ballet de gouttes de pluie sur la vitre « insensible d’un train ». Il sait s’émerveiller devant leur « bombement argenté et bordure laiteuse ». Éphémères leur vie, ramenant à la fragilité et la finitude de l’humain. Et Christian Bobin de conclure : « Vivre n’est rien d’autre que donner sa lumière, traverser la voie lactée des épreuves », « aucune lumière donnée ne se perd ».
On termine la lecture par la lettre à Lydie où il est question de Bach, de mousse et d’où nous parviennent les grelots de ses rires. On peut deviner en boomerang le rire franc de Christian Bobin que l’on garde en mémoire lors d’interviews.
Lydie, un prénom qui renvoie aux entretiens que Lydie Dattas a consignés dans La lumière du monde, dans lesquels la quête de la LUMIÈRE intérieure reste essentielle.
Christian Bobin décline un hymne à la poésie, omniprésente, convoque des figures tutélaires comme Ryokan et son maître Dogen, qu’il confesse avoir découvert récemment. Il rend hommage à à ceux qui, imprégnés de poésie, ont traversé sa vie : comme la poétesse russe Marina Tsvetaeva ou le regretté et ami Jean Grosjean. Il encourage au partage, et à l’ « émietter » comme du pain. Il livre une définition éblouissante et imagée de la poésie : « La poésie est un instrument d’optique autrement plus fin que les télescopes qui grattent le nombril du ciel. »
L’écrivain s’interroge sur l’usage de l’écriture manuscrite, constatant la domination du numérique. Les mails remplaçant l’intimité, la proximité des lettres, ne redoute-t-il pas la disparition d’une main «  qui danse », calligraphie ? Cette résistance au tout numérique était déjà présent dans La grande vie.
Christian Bobin valorise le geste de l’écriture, geste d’ouverture à l’autre, comme le faisait Mallarmé.Il voit dans l’écriture « la souplesse » de s’adapter à la vie, d’être en phase avec la nature.
Tout le long du recueil, l’auteur glisse des métaphores somptueuses relatives à l’écriture (« L’écriture s’enfonce dans le coeur du lecteur comme une aiguille de couturière. C’est pour y faire entrer un jour miraculeux. »), la vie (cette « fugueuse aux yeux verts de prairie » et à la mort, ces « fins dernières de la vie dont il ne sait rien ». N’a-t-il pas imaginé inventer « une tapette à anges » pour conjurer le sort ?
Christian Bobin signe un ouvrage à la présentation soignée, dans lequel il distille, comme des becquées de lumière, son rapport à l’écriture, à la nature, à la croyance, aux livres. La lecture n’est-elle pas sa « prison bienheureuse » ?
Quel florilège rassérénant ces vingt lettres servies par une plume poétique, tour à tour émouvantes, bucoliques, champêtres, nostalgiques, en phase avec la nature !
A nouveau le visage du lecteur « s’éclaire comme si le livre sur lequel il se penche » était une bougie ». « Aimer quelqu’un, c’est le lire » pour Christian Bobin.
Remercions le pour sa sollicitude et le rôle salvateur de son écriture, lui qui a « toujours écrit pour sauver quelque chose ou quelqu’un » ou « faire sourire ».
Un mission altruiste admirable.

Nadine Doyen


Micro-élégie

Avatar de Xavier BordesXavier Bordes

Micro-élégie

.

Pas gaies les brumes

fourrure des forêts

dont septembre commence

à décliner les couleurs

.

Le promeneur tardif se hâte

en serrant son blouson

À ses oreilles la bise

flûte et reflûte à sa guise

.

Sur l’étang la barque vide

berce une flaque de ciel

Les ajoncs foisonnent gris

camouflant les oies sauvages

.

Aux murs l’odeur de moisi

dessine des efflorescences

Souvenir à nos coeurs transis

rends leurs étés d’incandescence

.

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Virginia Woolf, Flush: une biographie. Traduit de l’anglais par Charles Mauron, préface de David Garnett, éditons Le Bruit du Temps, 151pages, 2015.

Chronique de Lieven Callant

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Virginia Woolf, Flush: une biographie.
Traduit de l’anglais par Charles Mauron, préface de David Garnett, éditons Le Bruit du Temps, 151pages, 2015.


 

Introduction
C’est la rentrée (littéraire) et pourtant mon esprit préfère jouir de quelques moments de vacances et de liberté supplémentaires. Et puis, il y a encore tellement d’excellents livres publiés par des auteurs qui ont fait leur preuve depuis longtemps et que je n’avais pas encore lus qu’après avoir écouté cette émission de France Culture, je ne pouvais faire autrement que lire à nouveau Virginia Woolf. (https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec-virginia-woolf/du-cote-des-betes-des-poetes-des-biographies-inventees)
À en croire la préface et une lettre de 1933 écrite par Virginia Woolf elle-même, Flush aurait été écrit pour se distraire et se remettre de la fatigue occasionnée par l’écriture Des Vagues. Il est vrai que Flush est avant tout remarquablement amusant, étonnant, d’une forme stylistique que je trouve absolument délicieuse.
Une biographie
Flush, un épagneul cocker roux est le chien de la poétesse, essayiste et pamphlétaire anglaise de l’ère victorienne Miss Elisabeth Barrett Browning . La vie racontée de Flush nous permet donc d’avoir un compte rendu assez étonnant et décalé de l’univers dans lequel vit sa maitresse Miss Barrett Browning.

Prétendre que Flush se limite a être une manière détournée pour aborder la vie de Miss Barrett Browning et reviendrait donc à un exercice de style est évidemment inexacte. Virginia Woolf écrit là un livre qui sort des normes et catégories et créé s’il faut en créer un, un genre tout à fait nouveau et unique même si on le découvre parcouru par les thèmes chers à l’auteur et qu’elle a maintes fois repris, remodelés dans ses autres livres. En adoptant le point de vue du chien, Virginia Woolf peut dénoncer, démonter les mécanismes qui contraignent les êtres humains autant que les chiens, l’absurde rigueur d’une société patriarcale.
La comparaison entre sa maitresse et le chien est ainsi brièvement décrite par Virginia Woolf à la fin du premier chapitre. « Entre eux béait le gouffre le plus large qui puisse séparer un être d’un autre. Elle parlait; il était muet. Elle était femme; il était chien. Ainsi, étroitement unis, immensément divisés, ils se mesuraient du regard. Mais d’un seul bond Flush sauta sur le sofa et se coucha là où désormais il devait se coucher toujours- sur la courtepointe, aux pieds de Miss Barrett. »
Les premiers mois de la vie de Flush s’écoulèrent dans un modeste cottage près de Reading, la demeure Miss Mitteford qui fait don du chien à sa chère amie Miss Barrett. Dés l’été 1842, le cocker fait son entrée dans la demeure des Barrett, au n°50 de la Wimpole Street « Une nouvelle conception du monde avait pris place dans le cerveau de Flush. (…) Flush connut avant la fin de l’été que l’égalité n’existe pas chez les chiens; il y a des chiens qui sont des altesses, d’autres qui sont des roturiers. Desquels était-il donc, lui, Flush? » Mais Flush fait bien d’autres découvertes : « Contraindre, refouler, mettre sous le boisseau ses plus violents instincts – telle fut la leçon première de la chambre; leçon d’une difficulté si considérable, que maint érudit en éprouva moins à apprendre le grec, ou maint général à gagner une bataille. » Pour supporter cette vie de reclus, il a pour professeur Miss Barrett. Miss Barrett était une érudite et avait entre autre appris le grec ancien. Souffrant de paralysie, elle vivait recluse dans sa chambre, ne recevait que quelques amis. P34, pour résumer la description de la chambre et du milieu dans lequel vit Miss Barrett, j’ai retenu cette phrase: « Rien ici n’était soi; tout était autre chose. »
Flush constate que Miss Barrett passe le plus clair de son temps à écrire, et rêve à son tour de pouvoir transformer ses sensations et « Noircir du papier sans relâche. » alors que Miss Barrett s’interroge à propos du chemin inverse « Écrire ! S’exclama un jour Miss Barrett après une matinée de labeur, écrire, écrire… » À bien considérer les choses, pensa-t-elle peut-être, les mots disent-ils vraiment tout? Disent-ils même quelque chose? Les mots ne détruisent-ils pas une réalité qui dépasse les mots? »
Flush apprend à lire et à partager la moindre des émotions qu’éprouve Miss Barrett, il se sent lié à elle et quand « l’homme au capuchon » qui n’est autre que Mr Browning futur époux de Miss Barrett, rentre dans la vie de sa maitresse, il s’inquiète des changements qui se produisent en elle, éprouve de la jalousie et va jusqu’à mordre à deux reprises son rival. Après avoir subit une punition infligée par la domestique Wilson, punition approuvée par Miss Barrett, on lit page 69 ce merveilleux passage qui reprend les interrogations de Woolf. « C’est là, dans son exil sur le tapis, que Flush dut essuyer la plus tumultueuse des tempêtes sentimentales – un de ces maelströms où l’âme risque, projetée dur les rocs, de s’y briser définitivement, à moins que, sentant sous le pied un point d’appui parmi les algues, lentement et péniblement elle n’émerge, ne regagne la terre ferme, et, dressée sur les ruines d’un univers détruit, ne finisse par voir s’étaler devant elle un monde fraîchement créé. » Flush apprend « La haine n’est pas la haine; la haine est aussi l’amour. » et finit par accepter l’amoureux et devenir plus tard, l’ami de Mr Browning.
Un jour, Flush se fait voler et pour sa libération une rançon est réclamée. Évidemment, le père comme le futur mari conseillent de ne point céder au chantage. Pourtant Miss Barrett prend la décision de payer la rançon. « Qu’il eût été facile de se laisser retomber sur ses coussins en soupirant: « Je ne suis qu’une faible femme ignorante de la loi et de la justice; décidez pour moi. » (…) Mais Miss Barrett n’était pas femme à se laisser intimider. Miss Barrett prit sa plume et réfuta les discours de Robert Browning. »
« En elle seule, Flush gardait quelque foi. (…) Le moindre sursaut, le moindre mouvement qui traversait la jeune fille traversait aussitôt le chien. » Il est donc normal que Flush partage ses plus grands secrets, son mariage avec Mr Browning contre la volonté de son père et sa fuite avec son époux en Italie. « Ensemble s’évader d’un monde de despotes et de voleurs de chiens. »
C’est en Italie que Flush et donc probablement Miss Barrett vit ses plus belles et heureuses années. « Et Flush connaissait ce que les hommes ne peuvent point connaître – l’amour pur, l’amour simple, l’amour entier; l’amour sans nul souci dans son bagage; l’amour qui ne connaît ni honte ni remords: qui est là, puis qui n’y est plus – comme l’abeille sur la fleur est là, puis n’y est plus; aujourd’hui une rose, la fleur choisie est demain un lis; elle est tantôt la bruyère des landes, tantôt une orchidée ventrue, orgueilleusement nourrie dans la serre. (…) l’amour était tout; l’amour suffisait. »
« Il semble que la Beauté, pour toucher les sens de Flush, dût être condensée d’abord puis insufflée, poudre verte ou violette, par une seringue céleste, dans les profondeurs veloutées de ses narines; et son extase, alors ne s’exprimait pas en mots mais en une silencieuse adoration. Où Mrs Browning voyait, Flush sentait; il flairait quand elle eut écrit. »P114
« C’est pourtant dans ce monde des odeurs que Flush vivait le plus ordinairement. L’amour pour lui était surtout odeur; odeur la couleur et la forme; odeur la musique et l’architecture, le droit; la politique, les sciences – et la religion même. (…) Traduire sa plus simple expérience(…) dépasse nos possibilités. »P115

Les nombreuses citations que je me suis permise de faire montrent par elles-mêmes, je crois, tout l’intérêt de ce livre, qui est avant tout une belle réflexion sur la poésie, sur l’écriture et la difficulté de partager les sensations et les sentiments. Virginia Woolf explore les limites de la biographie, les dépasse même en inventant une véritable histoire et en faisant de Flush un personnage attachant. Si l’ère victorienne est connue pour ses multiples raffinements, elle l’est aussi pour ses injustices faites aux femmes, aux gens ordinaires qui vivent parfois dans une misère que l’aristocratie feint de ne pas voir et pour laquelle elle n’apporte pas de solution viable. C’est aussi tout cela que dénonce Virginia Woolf avec une intelligence ironique et donc une lucidité affutée.
Virginia Woolf propose en fin de livre une série de notes très amusantes qui complètent ou éclairent certaines allusions. Je retiens la note concernant le fait la domestique Lily Wilson qui a été fidèlement aux services de Miss Barrett Browning durant de si nombreuses années et qui apparait elle aussi dans la correspondance des Browning n’a pas eu droit à sa biographie.
Enfin comme tout bon biographe, Virginia Woolf donne les ouvrages qui lui ont servis de sources. Virginia Woolf ne cache pas son admiration pour son ainée et invite tout lecteur qui cherche à approfondir le sujet à lire la poésie et la correspondance de Miss Barrett Browning et à se renseigner sur les quartiers pauvres du Londres de 1850.

Flush: une biographie est bien plus que la petite biographie d’un épagneul cocker roux et à travers celle-ci la biographie de sa célèbre maitresse c’est aussi la critique de la période Victorienne et de la société qu’elle a engendrée telle que nous la connaissons encore aujourd’hui…

©Lieven Callant