Estelle FENZY – Mon corps c’est ta maison – La Porte * – 2018, 16 p.

Une chronique de Marc Wetzel

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    Estelle FENZY – Mon corps c’est ta maison – La Porte * – 2018, 16 p.


 

      Une maison, c’est à la fois un refuge ( = une tanière où faire halte), un sanctuaire (= un domicile qui a droit à lui-même) et un logis ( = un bâtiment qui s’entretient, qui s’affaire à son ménage). Et elle est les trois, car un cercueil aussi est un refuge, un temple est un sanctuaire, une cage aussi est un logis. Quand donc une amoureuse déclare faire de son corps la maison d’un autre, elle prend un risque solennel, celui de faire de sa présence charnelle une véritable maisonnée (où plusieurs générations d’élans et de sentiments vivront sous un même toit) et un domicile actif (qui veut bien servir d’adresse vivante au meilleur de quelqu’un).

 

                         « Mon corps c’est ta maison

 

                           Un abri vers le sud de notre temps

                           libre, rien n’y vient arrêter les gestes »

 

        Une liberté ne peut pas, en apparence, se donner plus ouvertement (la maison close est clandestinement collective, la maison ouverte est dévolue à un seul)  et dangereusement (je suis ta maison : fais comme chez toi !). Et pourtant l’ardent et subtil poème d’Estelle Fenzy prouve l’inverse : d’une part, quoi de moins ouvert, quoi de plus complexe, indéfini et opaque qu’un corps (il sera pour son hôte maison sans fondations, aux pièces indénombrables, labyrinthe plus enchevêtré qu’une conscience, habitacle organique à milliards de mues et contorsions de survie obligées à chaque seconde) ? D’autre part, quoi de moins autonome et loisible pour l’être qu’on y accueille (je suis ta maison : fais donc comme chez moi !) ? Il y est comme dispensé d’évasion sensée (on peut tout à fait ôter sa laisse à la bête cloîtrée), et condamné à la plus enveloppante et enracinée des révoltes (tout déménagement se fait dans la forteresse). Franche (ou ironique) ambivalence de cette fidélité territoriale à autrui : pourquoi se chercher encore là où on nous trouvera toujours ?

 

                               « Mon corps ton immunité ta terre insolente

                               un pays sans talismans ni amulettes

                               où les oiseaux n’ont pas besoin de nid  »

 

           Mais là encore, notre poète dépasse l’apparence, et suggère deux remarquables aperçus sur la condition humaine .

  D’abord, puisque chaque être humain loge en lui (en elle) un animal, on ne pourra l’apprivoiser – impartialement, intelligemment – seul(e). « Mon corps, c’est ta maison » signifie alors : « Que ton amour vienne m’aider à dresser ou domestiquer la part de moi qui, livrée à elle-même, m’échapperait toujours ».

   Ensuite, toute expressivité d’un corps humain requiert témoin fidèle, qualifié et constant : un corps n’exprime sa pureté que dans la pudeur (et il n’y a pas de pudeur isolée), sa douceur que dans la tendresse (et il n’y a pas non plus de tendresse célibataire), sa délicatesse, sa fine aisance, son charme que dans la grâce (et la grâce, comme irradiation du mouvement de vivre, exige une bénévole interception par autrui, elle n’est rien toute seule et suppose un enregistreur vivant de notre justesse). « Mon corps, c’est ta maison » signifie alors : « Sois l’intendant objectif de ma finitude ». Nul contact de vie n’a de sens hors d’une sorte d’étreinte idéale :

 

                          « Le compas de mes cuisses, liens que l’on noue

                           qu’on dénoue, s’ouvre comme s’ouvrent les silences

 

                            et tous les espaces qui me séparent de toi »

 

   Rien, on le voit, n’est plus noble et fiable que ce que notre poète appelle elle-même « l’accueil démesuré » de son corps à l’égard de l’extraordinaire confident qu’elle convoite et convoque. Exigeante (elle ne tolère que les miracles !), mais fraternelle (ce qu’elle demande à l’impossible, c’est de nous révéler une nécessité partageable). Elle est comme l’étrange et magnifique huissier d’une… réintégration locative !

 

  « J’ai taillé des portes trop grandes pour ma maison ». C’est donc, non pour elle-même, mais pour autrui, qu’Estelle Fenzy voit grand.

©Marc Wetzel


* On rappelle l‘originale formule des belles Editions La Porte :

   4 euros le livret. Abonnement : 6 livrets trimestriels 22 euros port compris pour la France. Règlement à : Yves Perrine, 215 rue Moïse Bodhuin, 02000 Laon- France.

 

Claire Fourier,  Tombeau pour Damiens, La journée sera rude, avec 8 peintures de Milos Sobaïc , Éditions du Canoë, Mai 2018, ( 21 € – 318 pages)

Chronique de Nadine Doyen

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Claire Fourier,  Tombeau pour DamiensLa journée sera rude, avec 8 peintures de Milos Sobaï , Éditions du Canoë, Mai 2018, ( 21 € – 318 pages)


La phrase liminaire donne le ton : «  La journée sera rude ». Elle devient une antienne qui ponctue tout le récit et débute chaque chapitre. Claire Fourier nous confie avoir fait siens les mots de son héros, Damiens, «  un brave », pour «  se sentir des ailes », au réveil. Mais qui est cette figure historique que l’auteure ressuscite avec tant de lyrisme, en retraçant sa vie ? Pourquoi a-t-il envoûté à ce point la romancière ?

Deux dates marquent le destin de Damiens : 5 janvier 1757 ( attaque du roi Louis XV) et 28 mars 1757 ( sa mise à mort ). L’écrivaine revisite un pan de l’Histoire.

On retrouve la vivacité, la pétulance de Claire Fourier quand elle apostrophe tantôt le supplicié, tantôt le lecteur, leur confiant ses pensées.

Mais aussi quand elle se met en scène, laissant libre cours à ses réflexions sur la vie,  notre société. Elle aime observer ses contemporains, « ouvrant grand ses mirettes » et s’interroge sur le devenir de l’humanité, soulignant « le mal dont les humains sont capables », la peur des gens. Mais en optimiste, glisse un «  I will survive ! »

Elle glisse des allusions à sa santé, à ses multiples examens redoutant le pire, vu « les milliers d’angoisses accumulées dans la vie », mais relativise. Elle nous confie ses goûts, comme la collectionnite de chapeaux ! Les digressions surgissent pour entendre les récriminations d’un mari qui a du mal à supporter l’omniprésence de Damiens . Petits règlements de compte au point de se plaindre de son « cruel époux » qui la « torpille en permanence » !

Mais  Damiens n’a-t-il pas eu une vie hors norme, chaotique, pour que la romancière le compare à Patrick Dewaere, et même à Simone Weil ?! Quand elle évoque l’enfance de Damiens, qui n’eut pas de psy pour lui apprendre la résilience, elle rebondit sur la sienne, évoquant la perte de ses parents.

Elle tisse un parallèle entre la vie du supplicié, la sienne,et la nôtre à tous. Ne sommes-nous pas tous écartelés ? Elle ne nous ménage pas quand elle décrit sa détention, puis sa mise à mort. L’auteure en frémit à écrire cette scène insoutenable, le lecteur aussi.

Les 8 tableaux du peintre serbe Milos Sobaïc rendent compte de la barbarie humaine et font écho aux exactions subies par Damiens, ce martyr dont Claire Fourier brosse un portrait très complet, plein de compassion envers son héros qui est affublé de noms divers : «  le grison », « l’Espagnol ». Sa résistance ne préfigure-t-elle pas celle des «  sans -culottes » ?

C’est avec fougue qu’elle retrace la vie de celui dont elle s’est entichée et qui est devenu «  son amant essentiel », elle sait se mettre à sa place, le comprendre.  On découvre que son enfance fut marquée par les coups, la perte de sa mère. Il connaît une période plus heureuse, se marie, mais c’est en cachette qu’il voit sa femme, sa fille. On le suit dans son errance en Hollande. En tant que laquais, il a été  au service de nombreux notables, jusqu’à ce qu’il entende l’injonction de Gautier :« frapper le roi serait œuvre méritoire ». On le suit la veille de son «  geste fatal », l’historienne imagine ses tergiversations, ses pensées, ; relate l’attentat, puis les réactions post attentat. D’un côté, les pleureuses qui croient leur « Roy » assassiné, de l’autre, à Paris, on renverse les lys. Elle détaille son arrestation, sa détention, les tortures subies, faisant allusion à celles des jihadistes, s’étonne qu’il ne se soit pas évadé durant la nuit et se fait son avocate jusqu’à la fin de ce récit, rétablit des vérités, ayant compulsé une pléthore de documents. Elle commente le procès, insère la lettre que Damiens a envoyée au roi. La réaction de Voltaire indigne Claire Fourier au point de lui adresser ses griefs : « l’écrivain que tu es n’a pas compris que Damiens avait frappé directement la Couronne parce que l’expression via l’écriture lui était impossible. » On apprend que Victor Hugo, ému par le cas Damiens, a milité pour que l’assemblée vote l’abolition de la peine de mort.

Elle épingle «  les gens de pouvoir » qui «  ont plus de couleurs que n’en a le caméléon ». La voix de la Bretonne résonne, celle que son entourage qualifie de « toquée ». N’est-elle pas atteinte de «  psychostasie », tant Damiens «  a infusé » en elle ? Une passion contagieuse que l’historienne risque de communiquer au lecteur !

Ceux qui connaissent l’oeuvre de Claire Fourier retrouveront son admiration pour le peintre Caspar David Friedrich, reconnaîtront ses allusions à des romans précédents.

Dans ce dernier, truffé de références littéraires, artistiques (le Tableau de Paris de Mercier) qui restitue la période du règne de Louis XV, quand le Pont Neuf était un lieu de commerce, la narratrice réhabilite, avec lyrisme, Damiens, «  le scélérat et fanatique », «  mort en samouraï » à 42 ans. Elle loue sa loyauté, sa vaillance, son panache, sa gentillesse avec beaucoup de tendresse.

N’est-il pas devenu « son berger »,« ce fou de hauteur » pour Montherlant ?

Comme le déclare Todorov ; «  La vie a perdu contre la mort, mais la mémoire gagne dans son combat contre le néant ». Par cet ouvrage, servi par une écriture impétueuse, incantatoire, pleine d’empathie, Claire Fourier a relevé le défi en livrant cette «  ode à un damné », ce « chant d’amour pour un grand vaincu de l’Histoire » à la dimension biblique et offre à Damiens, un tombeau de papier, le sauvant ainsi de l’oubli et cerise sur le gâteau, l’écrivaine gratifie le lecteur de son sourire lumineux habituel!

« Rire pour exorciser, plaisanter pour mettre à distance ce qui fait mal ! »

Le souhait de Claire Fourier sera-t-il exaucé : à savoir : « rebaptiser la place de l’hôtel de ville, place Damiens » ou donner son nom à une rue?

 

©Nadine Doyen

Jean-Christophe Rufin, Le suspendu de Conakry,  Flammarion, Mars 2018, ( 310 pages – 19,50 €)

Chronique de Colette Mesguisch

 

Jean-Christophe Rufin, Le suspendu de Conakry,  Flammarion, Mars 2018, ( 310 pages – 19,50 €)

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«  La gymnastique mentale à laquelle il se livrait d’habitude, il allait pouvoir l’utiliser à bon escient dans cette enquête parallèle. » Rien ne prédisposait Aurel, consul de Conakry, à occuper ce poste prestigieux. Un mariage – qui dura peu de temps – avec la fille d’un diplomate, le propulsa au Quai d’Orsay. Depuis, il trompe son ennui dans des destinations lointaines, en jouant du piano… Le consul général est absent et cet être effacé va révéler des qualités insoupçonnées dans une affaire épineuse.

Un homme est suspendu au mât de son voilier amarré dans une marina. C’est un gros industriel qui a vendu son entreprise et tout l’argent se trouvait dans un coffre dévalisé! La compagne du pendu Madame Fatima a disparu. Aurel multiplie les contacts avec les proches de l’industriel. Sur le voilier, il découvre un indice capital et ses flâneries le long des quais lui révèlent des individus suspects.

Ce roman ne serait-il qu’une histoire policière ? Certes non ! D’un seul trait de plume, Jean-Christophe Rufin campe une galerie de personnages avec talent et que dire de l’humour décapant ! Il suggère aussi à un diplomate de manifester « de l’étonnement, de l’approbation et de la soumission dans ses relations avec autrui. » N’est-il pas judicieux d’utiliser les astuces, les techniques de la diplomatie pour résoudre une énigme policière ? Ce roman – dont la portée moralisatrice est patente- est la réhabilitation d’ Aurel, homme obscur et méprisé. C’est lui qui fait éclater la vérité ! Quelle revanche ! Quel roman jubilatoire !

©Colette Mesguisch

 

 

Service de presse n°52

P5061832.JPGTraversées a reçu :

Les recueils suivants :

    • A la lisière des enfantements, prose poétique

Stephen Blanchard

Préface de Patrice Breno

Stephen Blanchard vit constamment dans le besoin d’écrire et ses pages à nous offertes ne doivent en aucun cas rester blanches. Ses poèmes sont modelés, ciselés, pensés, triturés et c’est en véritable orfèvre que l’auteur uppercute au lecteur ces pages pleines de vie et d’espoir. Il a « soif de mots », soif de les coucher sur papier et de les transmettre, bref de jeter « l’encre »

« Le poète existe

pour apprendre à aimer

dénoncer le pire

quand le monde se tait… »

A la lisière des enfantements, ce titre du recueil répond à la citation du grand poète qu’est Rainer Maria Rilke et que Stephen met en exergue : « Porter jusqu’au terme, puis enfanter : tout est là… »

Stephen Blanchard a la poésie dans la peau, dans le coeur et dans la tête. Et de la tête aux doigts, le chemin est court. Ainsi, l’auteur se libère « le coeur / du poids du silence » et ses poèmes jaillissent comme s’il s’agissait d’une véritable « délivrance ». Le poète est seul avec lui-même et n’est pas vraiment sûr d’être bien compris mais quelle importance finalement. Il suffit de croire « qu’un poème / peut changer la face du monde ».

Et puis, nous écrit-il, « un sourire / suffit à mon bonheur ». C’est cela, la poésie, elle doit nous permettre comme à Stephen de sortir de sa solitude, d’accomplir ses rêves et d’ouvrir ses tripes, même si le poète n’est « peut-être de nulle part ».

Stephen Blanchard est « toujours en partance / vers l’inspiration passagère / qui (le) presse d’écrire ». Qu’il continue d’écrire, d’inspirer au plus profond de son âme et d’expirer sur papier, et d’abandonner ses rêves « aux plis de la mémoire ». Pour notre plaisir !

In fine, il importe peu que « tous les mots » apportent systématiquement une « réponse à nos errances ». Si écrire est vital, la lecture de ces poèmes peut l’être aussi et c’est à nous, lecteurs, de « mesurer / la partie magique / de (ses) errances ».

Comme si nous étions « à la lisière » des « enfantements » de l’auteur !

    • A mes heures gagnées, poèmes, Chloé des Lys, 2017, 65 pages

Eric Dargenton

Ce recueil, le premier publié par son auteur, comporte vingt-six poèmes composés de 2008 à 2010.

    • Anne, une mort choisie, témoignage

Jean Mahler

Editions Ouverture, Le Mont-sur-Lauzanne, Suisse, 2018

Ces pages ont été rédigées durant les mois qui ont suvi la mort d’Anne, tandis que les émotions immédiates, encore bien présentes en moi, me permettaient de revisiter les étapes significatives du cheminement sans trop en reconstruire le déroulement.

La mort fait partie intégrante de la vie, elle n’est pas un événement fortuit, improbable (« S’il m’arrivait un jour quelque chose… » me disait mon père, alors qu’il approchait des cent ans), mais ce qui arrivera de façon certaine et inéluctable pour nous tous. Quelle que soit la manière- tranquille ou violente, attendue ou brutale, tardive ou précoce – dont elle survient.

Aussi, écrire au sujet de la mort, c’est écrire au sujet de la vie et de cette dimension de notre condition humaine, la finitude. Avec toute la palette d’émotions, de questionnements et de représentations que celle-ci suscite en nous.

S’il s’agit dans ces pages d’une histoire singulière, elle peut néanmoins, par résonance, ouvrir sur une dimension universelle.

    • La Bergeride, poèmes, 2017, 109 pages

Jean-Loup Seban

Robert Clerebaut, imprimeur

 

  • Ce n’est pas rien, nouvelles et textes brefs

 

M.E.O., 2018, 122 pages

Ce n’est pas rien poursuit l’écriture de l’auteur dans le bref, des « choses vues », l’ironie du monde, pour ne pas dire le burlesque des situations instables que vivent les hommes aujourd’hui.

Un assemblage de textes brefs, de fictions, d’histoires d’amour, de réflexions sur l’écriture et la lecture, qui se rêve comme un livre de promenade, de chevet ou de rêverie…

 

  • cOsmOésia, poèmes

 

Christophe Dekerpel

La Chouette imprévue, mars 2018

Cosmos, poésie. Plus qu’une virgule, au-delà du trait d’union, Christophe Dekerpel nous invite à explorer la fusion créatrice; celle qui fait naître l’ardeur des soleils, celle qui associe à jamais deux êtres par la même histoire.

Savoir être là, regarder son ciel, tendre la main.

Attraper l’étoile, l’être chair, et son firmament.

Vertige intime, émerveillement. Tel est le voyage de cOsmOésia.

 

  • Les coureurs avaient de ces bouilles!, Irréflexions entrecoupées de quelques études linguistiques suivies de A la mort-moi-l’noeud, 2017, 72 pages

 

Eric Dejaeger

Cactus Inébranlable éditions

cactus.inebranlable@gmail.com

http://cactusinebranlableeditions.emonsite.com

Si l’on devait faire l’exercice d’imaginer l’existence d’Eric Dejaeger à la lecture de ses irréflexions, on pourrait croire qu’il passe sa vie entre langueurs paresseuses (Je puise mon énergie dans le temps que je passe à ne rien faire), l’heure de l’apéro (Peux pas m’en empêcher: j’ai encore débauché une bouteille de vin…) et la gaudriole (J’aime quand elle a un haut et des bas). Et le temps qui reste, qu’il le consacre à se moquer de ses semblables (Lui, poète? Je ne voudrais pas de ses vers pour aller à la pêche!) et à s’interroger sur des questions fondamentales (Et si Marcel Proust avait trempé son spéculoos au lieu de sa madeleine?)

En effet, on pourrait l’imaginer ainsi.

Et l’on n’aurait pas tort.

(JpéQ)

 

  • Déambulations du sable, poèmes

 

Eric Chassefière

Alcyone, colection Surya

La poésie d’Eric Chassefière suggère la sensualité et la densité charnelle du monde de la nature, tout en exprimant sa subtilité, sa quintessence: les jeux de sa lumière, la qualité de son silence… Certains de ses poèmes font songer à des aquarelles dans lesquelles le particulier rejoindrait l’universel.

Silvaine Arabo

 

  • Destin nu (poèmes de la tangerinité) suivi de  Ergs (poèmes de la désertion), 2018, 119 pages

 

Farid Bahri

Editions Slaiki Akhawayne, 1, rue Youssoufia, 38 à Tanger, Maroc.

« Tanger la Blanche

Tanger la Noire

Tu n’es plus qu’un fantôme

Dans les songes

Ton pain était nu

Ton festin était nu

Ta légende tenace

Par mille pelleteuses menace

De sombrer à jamais,

Dans l’Atlantique »

 

  • L’épreuve et le baptême, poésie, 2018, 112 pages

 

Frontispice de Jeanne-Marie Zele

Le Taillis Pré, 23, rue de la Plaine à 6200 Châtelineau, Belgique

Poète généreux, ouvert sur le monde, homme de conviction et de combat, Jacques Demaudeest une des voix les plus justes et spirituellement exigeantes de notre littérature…

Pour lire cette poésie initiatique dont la forme a l’éclat lapidaire ou haletant des fragments arrachés à la souffrance et à la conscience des limites, il faut mettre beaucoup de silence et n’en jamais oublier l’assise fondatrice basée précisément sur la résilience et les valeurs de la morale, de la justice et de l’espérance.

Eric Brogniet (Extrait de la préface à Réveiller l’aurore, Le Taillis Pré, 2012)

 

  • Grand Centre, roman, 2018, 196 pages

 

Les éditions du Bord du Lot, Z.A. De Bel air à F-47380 Saint-Etienne-de-Fougères; www.bordulot.fr; contact@bordulot.fr

Dans la zone sécurisée de Grand Centre, des citoyens reclus vivent dans une pâle imitation du monde d’avant la catastrophe.

Félix, agent de réassort est une des rares personnes autorisées à s’aventurer hors zone, parmi les enfermés dehors.

Léo ex-enquêteur zélé auprès de la Commission Mémoire et Vérité n’est plus aujourd’hui qu’un homme déchu, décadent et passablement loufoque. Une amitié indéfinissablelie Félix et Léo. Il y a aussi Lisa et ses jeunes enfants, Nina et Titus, une famille d’enfermés dehors qui occupent une place particulière dans le coeur blessé de Félix.

Des années plus tard, une photographie jaunie va remettre le feu aux poudres et ressusciter d’anciennes velléités de vengeance. Au fil de la nuit où nous suivons Léo, au fil du road-movie de Félix et de son « cloporte », on s’attache à cet improbable binôme. Léo et ses frasques, Félix et son aura fantomatique qu’épaissit le souvenir. Mais qui sont-ils vraiment? Les doutes s’immiscent. Ce qui semblait acquis se dérobe, jusqu’à découvrir l’impensable.

S’agit-il d’un roman policier, d’une fiction d’anticipation, d’un thriller psychologique, ou d’une énigme métaphysique? Probablement tout cela à la foi. Car entre les lignes se révèle un secret savamment distillé par une langue souvent poétique, toujours envoûtante.

Quelle mystérieuse lumière se tient finalement au bout de ce roman qu’on aurait cru noir comme un tombeau?

 

  • Là où la nuit tombe, poèmes, 2018, 109 pages

 

Stéphane Sangral

Préface de Salah Stétié

Galilée, 9, rue Linné à F-75005 Paris

www.editions-galilee.fr

« Une nuit est tombée dans un livre.

Nuit d’automne, pluvieuse, brumeuse, sinueuse, tortueuse, anguleuse, étrangleuse.

Je ne vis pas, je me regarde simuler: regarde, cher miroir, c’est lui, le « Je » du début de cette phrase, oui, regarde, c’est bien lui que je dois duper…

Nuit de réflexion, rêveuse, douteuse, questionneuse, ensorceleuse, hasardeuse, vertigineuse.

C’est cette nuit, je l’ai vu, qui a écrit ce livre. »

Stpéhane Sangral

 

  • Le maître de San Marco, roman

 

Claude Raucy

M.E.O., 2018, 71 pages

« Il voulut crier mais plus aucun son ne sortait. Il chercha en vain de l’air, vacilla et s’écroula sur le pavé grenat. »

Venise, 1530. Qui est le vrai maître de San Marco? Le doge Andrea Gritti? Ou plutôt le compositeur flamand Adriaan Willaert, dont les chanteurs meurent mystérieusement assassinés?

Par qui et pourquoi?

C’est ce que le Vénitien Lorenzo et cet autre Flamand Bernardo, dont l’amité s’est forgée aux temps florentins du Magnifique et de Savonarole, s’efforceront de découvrir à travers ce court récit baigné des mystères de la lagune.

 

  • Mélancolie des falaises, 2017, np

 

Thierry Thirionet

Chloe des Lys

 

  • Musique du moindre bruit, poèmes, 2018, 79 pages

 

France Cayouette

Dominique Chipot

Illustrations d’Aurélia Colombet

Pippa éditions, 6, rue Le Goff à F-755005 Paris

www.pippa.fr

Trois ans de correspondance, parfois active, parfois intermittente. Trois ans à l’écoute de la musique du moindre bruit, comme toujours dans le territoire du kaïku. Mais aussi à l’écoute de la musique de l’autre, de son timbre, de ses harmonies, de ses registres quelquefois étonnants. Trois ans d’orchestration conjointe des mots et du silence.

Désireux de rompre avec la tradition du renku, suite de tercets et distiques largement codifiée, nous avions défini nos propres règles, qu’il semble inutile de décortiquer. La rigueur technique doit s’effacer devant le souffle poétique. Révélons uniquement que chaque strophe fait discrètement écho à la précédente par le truchement d’un mot, d’une expression, d’un lieu, d’une ambiance, d’un son, d’un silence, d’un thème, d’une sensation…

le petit tracteur

dans la cour des bâtiments

désaffectés

 

soudain la musique

du moindre bruit

ermitage

 

  • Noyer au rêve, poèmes, 2018, 71 pages

 

Luminitza C. Tigirlas

Préface de Xavier Bordes

Editions du Cygne

www.editionsducygne.com

La tige libère le saut encore brou et la mémoire de l’être-poète tient éveillé un dieu phonémique. Il donne corps aux ondulations d’une attente révélatrice dans ce recueil où pour d’autres jonctions / des figures jaillissent de ma cosmose. Le rythme de la poésie est décidé par une lame de fond, les mots remontent, parfois vertigineusement, à la surface de l’oubli. Ils nomment Faiseuse de vagues, celle qui souffle sur le feu des trois langues. Dans cette étreinte, le noyer est à l’enfance, à la nudité du rêve, aux jours-flotteurs d’anneaux… Végétal, un quatrième idiome sécrète le manque au fil des poèmes par les racines et les chatons du noyer. Nucarul, l’arbre mythique est témoin volubile de cet autre exil – meurtrissure dans la chair des vocables maternels. Par-delà la perte, une sève non répertoriée / s’offre avec nouvelles entremises des mots / sur les calvaires d’une langue personnelle –  le territoire intime de l’être s’éploie vers un autre exorde…

Luminitza C. Tigirlas, d’origine roumiane, née en Moldova orientale, terre annexée par la Russie, est une survivante de l’assimilation linguistique dans l’URSS. Elle a publié en roumain, langue maternelle sertie dans l’étrangère graphie cyrillique…

 

  • Poèmes à l’oubli, 2016, 37 pages

 

Bernadette Weber

Bleu d’encre

 

  • Stille nacht, roman, 2017, 174 pages

 

Gérard Adam

M.E.O.

A l’aube de sa septième décennie, Yvan Jankovic, fils d’apatrides naturalisés après la catastrophe de Marcinelle, réfléchit sur la vie avec majuscule et rumine les menus événements d’une existence banale parce que « des pareils à nous », quelles que soient leurs aptitudes, ne peuvent pas espérer mieux. Dans la maison de retraite qui a succédé au sanatorium où son père est mort de silicose, il conduit sa mère à la messe. Sa voiture dérape dans le blizzard. Il médite dans son lieu secret sur les séquelles d’un catholicisme qu’il a récusé mais dont les concepts moraux pervers ont handicapé son existence. Et entreprend la première évasion de sa vie pour veiller Noël avec d’improbables compagnons. Avec toujours en filigrane les strates d’immigrations dont le mixage a fait notre pays.

 

  • Théorie et pratique du haïku raté, 2018, 74 pages

 

Roger Lahu & Hozan Kebo

Cactus Inébranlable éditions

Qu’y a-t-il de plus barbant qu’un haïku francophone? Un recueil de haïkus francophones, pardi! Ce genre traditionnel sino-japonais a dû attirer les occidentaux par son apparente facilité. Or rien n’est plus difficile que de composer un haïku de qualité qui soit loin d’être n’importe quoi alors que c’est pratiquement toujours le cas dans nos contrées.

Les Tokyoïtes n’écrivent ni sonnets ni ballades, cela ne fait pas partie de leur culture. Alors, cessons de vouloir imiter la leur. Sauf… lorsqu’un grutier japonais à la retraite et un Français professeur de français s’associent pour rater sans vergogne et avec fierté tous les haïkus auxquels ils s’attaquent. Les compères Hozan Kebo et Roger Lahu, aidés par moult petits « ballons » de Mâcon-rouge, (« Le thé vert, ça fait juste pisser… » dixit HK) sont passé maîtres dans cet art.

Que les puristes crient au scandale, que les grincheux grinchent, nous, on se marre avec ces deux lascars haïkuclastes.

(E.D.)

 

  • Un Belge au bout de la plage, nouvelles, 2018, 171 pages

 

Michel Ducobu

M.E.O.

www.meo-edition.eu

meo.edition@gmail.com

Un professeur se donne la mort pour s’être ridiculisé devant des élèves; une femme jadis victime d’abus sexuels arpente les routes en vociférant et provoquant des collisions; un piéton impénitent part en guerre cotntre l’incivisme des automobilistes; un homme devient gynécologue sans autre vocation que de retrouver une institutrice dont la jupe l’avait obnubilé enfant; bouleversé par la Vanité à la chandelle, un autre s’insère dans la destinée des êtres qui ont inspiré le chef-d’oeuvre de Jacques Linard…

Artistes, enseignants, marginaux, les personnages de ce recueil ont tous quelque chose de borderline, et par là nous ouvrent une faille vers la profondeur des êtres. C’est que, « trop décousue pour devenir un roman, trop prosaïque pour en faire un poème, trop insaisissable pour être mise en scène », une vie peut s’éclairer, de temps à autre, par hasard ou par besoin, sous forme de nouvelle, qui laisse à chaque fois un goût intense d’inachevé…

A l’image de ce Belge qui se met en marche au fin fond des Ardennes pour traverser tout le pays jusqu’à la lisière des vagues sur une plage de la Vlaamse Kust, ces 19 nouvelles, dont l’écriture s’est étalée sur quarante années, éclairent le parcours d’un écrivain rêveur, toujours en quête d’une facette de notre condition humaine, bonheur ténu ou drame dérisoire au regard de l’éternité qu’il voudrait capter dans une phrase.

 

  • Une vie en miniature, roman, M.E.O., 2018, 103 pages

 

Caroline Alexander

 

  • Wasserfall, poèmes, 2016, 106 pages

 

Kristof

Chloe des Lys

Les revues suivantes :

    • Le carnet et les instants n°198, du 1er avril au 30 juin 2018

Nadine Vanwelkenhuysen, 44, Boulevard Léopold II à 1080 Bruxelles, Belgique

www.le-carnet-et-les-instants.net

secretariat.promolettres@cfwb.be

    • Florilège n°171, juin 2018

Revue trimestrielle de création littéraire et artistique

Stephen Blanchard

19, allée du Maconnais à 21000 Dijon, France

aeropageblanchard@gmail.com

http://poetesdelamitie.blog4ever.com/

    • La lettre de Maredsous, 47ème année, n°1, avril 2018

Abbaye de Maredsous, rue de Maredsous, 11 à 5537 Denée, Belgique

    • Libelle n°299, avril 2018 ; n°300, mai 2018

Michel Prades

14, rue du Retrait à 75020 Paris, France

pradesmi@wanadoo.fr

www.libelle-mp.fr

    • Nos lettres n°25, mars 2018

Association des écrivains belges de langue française

Anne-Michèle Hamesse

Chaussée de Wavre, 150 à 1050 Bruxelles, Belgique

a.e.b@skynet.be ; www.ecrivainsbelges.be

    • Poésie sur Seine n°97, mai 2018

Les poètes du XXIe siècle : L’invitée : Marine Morillon-Carreau, présentée par Jean-Louis Bernard

Les femmes, poèmes choisis,

Les grands de la littérature : Garcia Lorca ou Le chant de l’obscur, par Antoine de Matharel

Hommage à la poésie de la « Belle Province », par Jean Chatard

Poètes à l’honneur : Jeanine Baude, Juliette Darle, Monique W. Labidoire, Cécile Oumhani

Pascal Dupuy, Association Poésie-sur-Seine, 13, Place Charles deGaulle à F-92210 Saint-Cloud

www.poesie-sur-seine.com

poesiesurseine@gmail.com

    • Transparence n°1, janvier 2017 ; n°2, 2018

Idées :

José Havet, L’étude des relations entre chanson et poésie

Louis Daubier, L’honneur et le risque d’être chanté

Pierre Guérande, De la poésie à la chanson française

Raymond-Jean Lenoble, Poésie et chanson française

Poésie : Aristide Bruant, Richard Desjardins, Yves Duteil, Max Elskamp, Jean Genet, Joseph Kessel et Maurice Druon, Jules Laforgue, Raymond Jean Lenoble, Jacques Prévert, Jean-Paul Sartre, Anne Sylvestre, Boris Vian …

revue de poésie et des idées

José Havet, 346 Mountbatten Ave., Ottawa, ON, Canada K1H 5W3

jhavet@uottawa.ca

 

       HOMMAGE A MARC GRANIER* , GRAVEUR CÉVENOL

Chronique de Marc Wetzel

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       HOMMAGE A MARC GRANIER* , GRAVEUR CÉVENOL


           

     La gravure est cet art unique d’entailler la matière pour révéler (et rendre reproductible) ce qu’elle contient, ce qu’on devine la hanter. Et le bois, le cuivre, le linoléum sont comme de loyaux analphabètes voulant bien faire lire ce que l’artiste leur apprendra à écrire.

 

        Chez Marc Granier, quand on veut voir la substance des Cévennes (il en habite l’entrée-Sud, entre Ganges et Le Vigan), les veines réelles de leur teneur, leurs fondations compactes, c’est simple : on soulève le sol, on le rabat de côté, le temps d’observer leurs entrailles géologiques sous le couvercle écarté. On est alors témoin de l’immense armada des sortes de vagues morphogénétiques qui agitent le réel. C’est Héphaïstos en Atlas.

 

       Chez lui aussi, les corps (ces choses délimitées, prises d’un seul tenant, les organismes privés qui hantent le monde) se détachent à peine (donc avec peine) de la texture générale. On dirait qu’un cordon temporel les lie encore à leur source, qu’une insensible glu initiale les tient au socle. Ce décrochage échoué, jamais achevé, des êtres, leur désamarrage interminable, a l’immense avantage, au rebours, de rendre tous les retours faciles. Plus en effet l’on s’éloigne et se veut autonome, plus aussi grossit la laisse invisible qui court jusqu’au Principe, plus aisé et naturel alors revient le geste de s’y refondre. Le théoricien de l’extraction a comme les épaulettes clouées sur le fond de caverne. Belle leçon que cette signature de levée d’écrou prise dans le registre, solidaire de l’Agenda !

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           C’est que, chez Marc Granier, une solidarité de destin semble relier des choses qui pourtant n’œuvrent pas ensemble, des processus qui se tournent le dos. La vérité est que, même disposant d’une étendue infinie, il n’y a qu’un seul présent, pour toutes choses qui surgissent ou continuent simultanément, à se partager. Il n’y a qu’une seule immense opportunité à répartir entre les innombrables demandes de réalité. Le monde vu par ses forces (car telle est la perspective unique de Granier, au dynamisme célébrant le réseau de tous les autres) rappelle à toutes les parts prélevantes le tarif d’occupation et le taux de Conservation (d’énergie, d’impulsion, de copyright) du Milieu subsistant.

 

          Chez Marc Granier, les êtres sont aussi rappelés à leurs devoirs d’univers. Chaque espèce de choses est avertie de son registre vrai : les racines n’ont faim que d’assise, d’eau et de sels ; la part aérienne a soif de lumière ; plus bas qu’elles, les nappes et blocs souterrains ont goût de maintien mutuel, ont appétit d’équilibre. Les fossiles fuient le jour comme des taupes ; la foudre n’exploite et n’explore que des failles sans matière ; le vent se fiche bien de la composition de l’air qu’il déplace etc. La seule chose que notre ardent graveur « n’entaillera » donc jamais, c’est le fonctionnement sacré du monde. Il s’abstiendra de le diviser  contre lui-même, de rayer son unité. On le voit n’en inciser que les sillons constitutifs ; sa magnifique intuition campe résolument dans les rainures natives du Tout.

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            Et la leçon de cet étagement méthodique des strates d’activité du réel est claire et forte. C’est d’apprendre à l’immense variété concentrée que nous sommes les diverses attitudes que nous conjoignons, mais que le monde séparément déploie. Par exemple (sauf crémation ou engloutissement) un jour nous serons morts et enfouis : instruisons-nous donc à l’avance, semble dire l’artiste, de ces couches et remblais géologiques qui n’ont jamais eu peur, eux, de leur complète, primordiale et définitive obscurité, ne se lamentent pas sur leurs usuels confinement et asphyxie, ne font pas procès d’étanchéité à la Glèbe commune ! Prochains gisants, nous pouvons déjà intercepter la Sagesse gravée du sous-jacent. Et pareillement ce qui en nous danse, vibre, s’ouvre, mais aussi s’obstrue, titube, rancit, se surmène, peut gracieusement s’instruire des voltes analogues du Monde !

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    Une dernière chose : le dernier livre d’artiste paru (« Dans les veines des Cévennes ») de Marc Granier est fait sur de sobres et éclairants textes de Laurent Grison**. Celui-ci restitue comme personne le combat de condensations qu’on voit au sommet de l’Aigoual (et nous empêche souvent en retour de le voir !) ; les sortes de géantes dunes de schistes en cordons innombrables des Cévennes ; les causses – ces gros plateaux arides qu’on ne peut pas habiter et qu’on veut parcourir ; il rend comme à elle-même la sorte d’éponge feuilletée du calcaire profond, la ramifiée et folle hydrophilie souterraine expliquant l’absolue sécheresse de son grenier. Laurent Grison renvoie les éléments les uns aux autres, par retentissements emboîtés, par enveloppements poético-fonctionnels successifs : l’eau y a goût de fruit (de châtaigne …), le ciel y a texture d’eau, le massif venteux de Lozère a mandat de ciel etc. Tout y est, en quelques brèves strophes, situé et compris, du terrain des choses à la carte de leurs signes, puis au territoire de notre usage et notre pétrissement d’elles. Et chacun des deux artistes trouve ainsi en l’autre le terroir en miroir qu’il mérite.

 

   Hommage commun, donc, à nos deux (l’un farouche, l’autre malicieux, mais l’un et l’autre francs de la présence) tenanciers du beau ! 

 

                                               ——————

 

   * Marc GRANIER, né en 1953 dans les Cévennes gardoises. Il y est revenu vivre, après une fructueuse escapade bretonne. Edite lui-même, aux Monteils, de remarquables livres d’artistes, avec des poètes amis ou alliés. On disposera sur son site de tout ce qui permet de joindre l’artiste et rejoindre ses œuvres.  

  ** Laurent GRISON, né en 1963. Poète, essayiste, historien de l’art. Préside, depuis peu, la Maison de la Poésie de Montpellier. Auteur de nombreux et importants ouvrages. A publié dans Traversées (n°74, 77, 81 et 82)