Voici une très belle chronique écrite par Daniel Fattore sur le livre de Claude Luezior publié par Traversées: SUR LES FRANGES DE L’ESSENTIEL suivi de ÉCRITURES.
À lire ici




« … je suis le vent qui rouvre vos plaies
le hibou perché qui vous guette
la bactérie qui vous bouffe
ou un litre de lait suri
un pissenlit fané depuis des lustres
la rouille de vos vieux os
l’eau qui noie vos chairs
l’arme que vous possédez pourtant
et qui vous perdra un jour » (p.9)
Comme il s’agit d’un premier recueil d’une jeune femme québécoise prenant pseudonyme littéraire (Babi suggère seulement qu’on y prendra en compte l’enfant qu’on a été …) – pas d’antécédents littéraires ni repères biographiques (on sait seulement qu’elle étudie la littérature et l’histoire, et qu’elle est comédienne), le titre est notre seul appui : un vivarium, c’est comme un géant aquarium aérien et terrestre, et en même temps un modèle réduit, vitré et acclimatant, de milieu naturel, où l’on tente d’établir coexistence instructive entre bestioles choisies. C’est comme une famille zoologique à l’essai, composée pour l’observation et la prise de paris, comme : cette micro-Création durera-telle ? que deviendront concurrence et symbiose si méticuleusement organisées ? cette jungle de poche, sous cloche, et rationnellement surveillée, mérite-t-elle un avenir ? Ou même : s’intéressera-t-elle assez à elle-même pour jouer le jeu de la survie ? Mais la zoologie n’est ici qu’un voile.

« c’est une patte d’oiseau
cachée sous la boue
un chant de percnoptère
le sang des terriers
la nuit qui enveloppe
la boucherie de la jungle
la paix sous les lacs et au fond des rivières
le nom des baleines, l’engrais de la terre
ou au creux de l’hiver
l’écrasement du monde
je cherche dans toutes les filles
les pieds froids de ma soeur
(ils sont des pieds d’ange
à n’en plus finir)
Je ne connais pas la prière
qui pourra nous recoudre au ciel » (p.45)
La très jeune femme qui nomme ainsi son recueil le peuple, certes, des quelques espèces attendues : hiboux, rats, araignées, fourmis et asticots (une décomposition de ce monde parqué est donc prévue, voire déjà en cours), mille-pattes, loups et scorpions … mais ce vivarium contient trois figures humaines, trop humaines, qui réorientent tout : un papa (inquiétant); des jeunes filles aimablement soeurs, mais « folles à toutes les sauces », « maigres et tranquilles dans la lumière grise des couloirs », ou « tulipes qu’on arrose d’essence »; enfin l’une d’elle évoquée surtout, précocement et tragiquement disparue (drôle de vivarium qui traque ses soeurs ou les fait disparaître ?), elle qu’on aurait souhaité « protéger de tout », et d’abord, de « mains voraces », « du silence des motels », et de « serrures de chair » dramatiquement « ouvertes, coulantes ». D’un coup, ce vivarium à la fois ludique et expérimental se fait implacable garderie anthropologico-éducative où dissolution, harcèlement, asphyxie et vengeance mènent leur bal.
« J’ai connu moi aussi le froid des ruelles
et le motel avec un miroir au plafond
nos yeux transparents sont les mêmes
nos cuisses bleues nos dents serrées
combien de fois pour que ce soit vrai
les feuilles sont mortes je suis vivante
tu es morte je suis vivante
ma soeur est morte je suis vivante
nos soeurs sont mortes mais je les venge » (p.43)
Être enfant, déjà, on en réchappe, au mieux, de justesse : on avale sans savoir quoi, nos jouets n’écoutent pas plus nos cris que des arbres, on est porté où on ne veut pas, on n’est ni conscient qu’on s’endort ni libre de s’éveiller, on doit répéter tout ce qu’on entend pour commencer à savoir ce qu’on dit, il faut laborieusement ou hypocritement mériter ses cadeaux. L’enfant, faute d’expérience, ne peut se faire confiance; et, faute de savoir, ne peut se passer de confiance. Mais être une enfant, montre Anna Babi, démultiplie ces aléas, complique toute la formation d’humanité. Un petit garçon se sent espionné pour ce qu’il cache; mais une petite fille, pour ce qu’elle montre. Lui doit seulement s’arranger de l’indifférence qu’il suscite; elle, s’inquiéter aussi de celle qu’elle rompt; lui recourt au sabre magique, par un courage lui assurant raison; elle, devant bien plutôt abriter son coeur dans la prudence, forge bien plus difficilement son bouclier magique. Là où le petit garçon n’a qu’à dire intelligemment oui ou non à la loi et à l’autorité du père (il se fiche bien, lui, de désirer ce qu’il lui suffit de respecter ou non), la petite fille doit affronter une rationalité de ce pouvoir toujours troublée d’une chair intrigante, d’une dérangeante nuance oedipienne. La peur masculine de n’être pas aimé en sa révolte se résout en transfiguration d’enchanteurs et princes charmants; mais la peur féminine d’être désirée dans son obéissance se compense moins glorieusement en marâtres et sorcières d’appoint.

« On m’enterre sous la fourrure d’un chat
on dirait presque la peau de ma mère
alors que je descends les fleurs m’étouffent
dans le noir le sang s’assèche
je suis née depuis longtemps
je suis une poudre et je me glisse
sous vos dents, vos griffes
on m’a vue naître d’un noyau sec » (p.49)
Ce recueil, écrit peut-être d’abord par une jeune femme pour d’autres, comprend pourtant mieux le drame ambigu de la paternité que bien des traités psycho-sociaux. Que peut, en effet, un art de se faire obéir sans technique de commandement ? Comment acquérir la compétence de père sans commencer à ne l’avoir pas ? Et quelle est cette « compétence » qui ne saurait elle-même juger seule de ce qu’elle sait ou non produire ? Les filles pardonnent à leur mère par solidarité charnelle, car l’hérédité les fait strictement peaux de mère en fille, mais le père, qui n’accouche que de et par mots, comment assumer ses désirs et négocier avec leur (même résiduelle) indiscrétion ? Si le présumé « héros au sourire si doux » fait véritablement les yeux doux, en Satan des pouponnes ?
« Ils sont nos pères, tapis dans l’obscurité
de couloirs dont nous ne savons plus les couleurs
ils prennent la forme de lépismes
ou de monstres dont nous sommes fières
ils sont les pères que nous avons eus
plus grands que nous
silencieux
immenses
ils sont la sueur, la force, le métal, la laine
(nous sommes le gras, le rose, la terre, la peur)
et ils n’ont pas vu nos sangs
ils n’ont pas su nos plaintes » (p.29)

En face, Anna Babi ne manque pas d’armes : « les longues mains affutées » d’une virtuose des textures de présence à déjouer ou induire; d’étranges « tresses de combat » pour aider qui perd pied à courir contre le courant; l’art de s’introduire savamment dans les « bottes », les « bras » et les « têtes molles » d’autrui; l’art aussi de pérenniser les rôles salutaires (« tu seras une enfant éternelle et je serai ta mère / on se ressemblera tellement / nous serons la même »); l’art suprême enfin (p.37), qui est à la fois art de vivre et d’écrire – de la cueillette en terre invisible ! Cette toute jeune femme est une admirable écrivain, nette, résolue, passionnément lucide – et directe. Puisse sa sauvage maturité ne pas se civiliser trop vite; puisse sa vengeance savoir ne faire souffrir en retour que le mal; puisse son esprit ne pas se meurtrir trop où il ose si généreusement descendre.
Scholastique Mukasonga dédie son deuxième roman aux femmes et en particulier à Stefania, « La femme aux pieds nus ». « The barfoot woman » pour la traduction anglaise, récit récemment mis à l’honneur, à Dublin en mai 2022, dans le cadre du festival international de littérature .
Dans le chapitre d’ouverture, l’écrivaine rwandaise-française rappelle en un paragraphe le destin tragique de tous les Tutsi victimes du génocide, d’exactions. (sanglantes représailles en 1963, les viols en 1994.) Les Tutsi de Nyamata ont été déplacés. On a brûlé leurs vaches, saccagé leurs biens. Ils sont insultés par les militaires, qui les traitent de cafards. Un passé douloureux. Cette période de violence, de terreur, est gravée à jamais dans la mémoire. D’autre part, la narratrice exprime ses regrets de ne pas avoir pu honorer la demande de sa mère : à sa mort, « recouvrir son corps de son pagne ».
En dix chapitres, elle brosse le portrait d’une femme courageuse, soucieuse de sauver ses enfants. Stefania leur a appris à se cacher dès que le danger menace, leur a inculqué des réflexes de survie, un baluchon est prêt, « le viatique pour l’exil » vers le Burundi. L’auteure retrace sa propre enfance au Rwanda, énumère les tâches quotidiennes de sa maman : balayer la cour, écosser, retourner la terre, défricher, semer, sarcler, récolter, éplucher les bananes. Une femme dont « les mains ne peuvent rester inactives ». Stefania endosse aussi le rôle de « gardienne de feu ». C’est d’ailleurs autour du feu qu’elle lit les contes, commençant toujours par une chanson de bergère, en souvenir de l’époque où « elle gardait le troupeau au bord de la Rukarara ». N’est-ce pas ce qui a généré chez l’auteure un évident talent de conteuse ?
L’architecture de la maison, l’inzu, est détaillée ainsi que l’aménagement intérieur où une longue étagère, » l’uruhimbi », contient « les objets précieux ». Un espace est exclusivement réservé aux femmes, » l’ ikigo » où elles tiennent des réunions. La fréquentation des voisins et voisines reste un commerce courant. Les valeurs qui les unissent sont mises en exergue : » la considération, l’amitié, la solidarité « . La politesse exige de raccompagner sa visiteuse, moment où les secrets sont chuchotés à l’oreille. Cette pratique est limitée car on redoute les mauvaises rencontres. Le véritable objet fédérateur, « c’était la pipe « . Fumer « était le privilège des femmes mariées ».
La culture du sorgho, le roi des champs, est primordiale, sacrée. Elle assure contre la famine et les calamités. Au moment de la moisson, on fête » l’umuganura » en famille, on déguste la pâte de sorgo et on partage la bière de sorgho, « base de la convivialité ». Comme c’est la période des vacances scolaires, les jeunes , pleins d’ardeur, attendent la récompense : « les imisigati ». Tout le monde « mastique ce suc délicieux, ce jus sucré, plus doux que le miel » caché dans certaines tiges de sorgho. Saison de jeux aussi dans le champ laissé en jachère.
La romancière revient sur sa scolarité et celles de sa fratrie d’intellectuels. Au lycée de Kigali, le port du sous-vêtement, l’ »ikaliso », est obligatoire, une innovation que Stefania, elle aussi, adopte immédiatement. Le dimanche les filles, en uniformes, sortent escortées par les religieuses. Les voilà aussi « promues missionnaires du caleçon »! À l’école d’assistante sociale à Butare, la mode est au défrisage de « la brousse sauvage des cheveux crépus « . Mais pas facile de se procurer le peigne miracle ! Leur exil les a jetés dans le malheur ( troupeau décimé par les ennemis) et la misère. Le repas du soir est rapide, » il n’y avait pas grand-chose à manger ».
La famille de Stefania baigne dans de nombreuses croyances et rituels. Stefania invoque souvent Ryangombe, « le grand maître des esprits », « le diable ». D’autres convoquent « Imana, le Dieu des Rwandais « . Elle interprète les signes dans le ciel, croit aux présages. Les corbeaux ne seraient-ils pas envoyés par les « abazimu « , les Esprits des morts ? L’eau de Lourdes sert à raviver le rameau béni, protecteur de la maison. Le plus terrifiant, ce sont les larmes de la lune.
À la messe, les femmes portent » l’urugori « , signe de la souveraineté maternelle, diadème confectionné à partir » d’une tige sèche de sorgho aux beaux reflets dorés. » Pour soigner, on recourt aux plantes médicinales. Stefania possède une pharmacopée et de nombreuses recettes pour soigner les blessures. Les pieds souffrent de marcher sans sandales (souvent en sang, ongles cassés, orteils écorchés). Car en plus des trajets à l’école, il faut aller chercher de l’eau, du bois sec.
Faute de médecin, on fait confiance au vétérinaire qui soigne les vaches. Toutefois un dispensaire s’est établi dans « une vieille bâtisse délabrée », tenue par un « infirmier tutsi de Butare », Bitega, qui les a précédés dans l’exil.
Les démarches pour demander la main d’une jeune fille sont détaillées, d’autant que Stefania est « une marieuse » réputée. Si la dot dans certains pays d’Afrique est un chameau, au Rwanda c’est « le don d’une vache qui valide un mariage ». Ce qui signifie de nombreux sacrifices. Le père passe ses journées sur le marché à bestiaux pour trouver une vache dont la beauté soit digne de celle de la jeune fille.
D’une bonne épouse, « ce que l’on attendait, c’était sa force de travail. »On suit toutes les observations qu’elle collecte au sujet de la belle Mukasine, qui lui semble un bon parti pour son fils Antoine. L’affaire se conclura-t-elle ?
Le récit nous immerge dans un lexique dépaysant avec tous ces termes locaux, en « kinyarwanda », toutefois bien traduits au fur et à mesure. On note l’emploi récurrent du terme « Les Blancs ». Ils emploient des autochtones. On occulte les histoires que racontent les Blancs, « porteuses de haine, de mort ».
Les Blancs sont fustigés car « ils prétendaient savoir mieux qu’eux qui ils étaient, d’où ils venaient « . Stefania ignore leurs ustensiles pour confectionner la pâte de sorgho, renonce à utiliser des allumettes, vilipende « les cadeaux des Blancs » ! Et les enfants redoutent ce « Tripolo » blanc, présenté comme un croque-mitaine.
Parmi les denrées essentielles qui leur manquent :
– le pain ( que le père va chercher à Kigali – quatre jours de trajet) avant qu’une boutique ouvre à Nyamata. La boule de pain est la récompense du premier de la classe !
-le lait, « ameta », « suprême richesse de l’éleveur » et pour la mère, une « source de vie, qui immunise contre les maladies, protège du malheur ».
-le beurre de vache, « l’ikirumi », produit universel pour les soins de beauté.
La narratrice rend compte des progrès, « amajyambere », des nouveautés qui arrivent jusqu’à sa famille, par l’intermédiaire de voisins. C’est ainsi qu’elle remarque une petite maisonnette, où un jour elle avise Félicité sur une banquette en bois. La nouvelle se répand : il s’agit de latrines, bien plus commodes que « la grande fosse au fond de la bananeraie » utilisée par les autres familles.
Pas de coiffeur à Gitagata ni à Nyamata, il faut compter sur ses proches pour façonner « l’amasunzu », « touffes géométriques en forme de croissant », porté par les jeunes filles vers 18, 20 ans, en âge de se marier. Stefania découvre ainsi la poudre noire qui teinte les cheveux et souhaite tester ce produit, appelé « Kanta ».
Si la figure centrale de ce roman est « La femme aux pieds nus », rappelons que la romancière a aussi dédié un livre à son père dans « Un si beau diplôme ».
Par ce tombeau de papier, l’écrivaine franco-rwandaise rend un vibrant hommage à cette mère sacrificielle, puissante, dont elle n’a pas pu exaucer l’ultime injonction. Scholastique Mukasonga signe un récit mémoriel et d’amour filial, non dénué d’humour, d’autodérision. Un témoignage nécessaire relatant « le destin implacable » auquel on avait voué les Tutsi. C’est la gorge serrée que l’on referme le livre.

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https://www.facebook.com/Service-du-Livre-Luxembourgeois-731783446855031/
Titre :Tant que chantent les merles
Auteur : Colette Andriot
Illustrations : Valérie Linder
Éditeur : L’Atelier des Noyers
Année de parution : 2 022
14€
Colette Andriot nous invite à passer un moment dans son jardin. Un jardin de ville. On s’y promène au milieu des fleurs, des arbres, des herbes folles. On y rencontre des oiseaux, des escargots, des lombrics. Du silence aussi. Des couleurs, des parfums.
Un voyage minuscule et quotidien : la vie tout simplement. La vie d’une planète, à hauteur de jardin. Un jardin de ville. Le tout petit rejoint l’immense. Rejoint aussi l’actualité : tout n’est pas aussi paisible que ce jardin en ce monde et l’autrice en est consciente. Consciente aussi des luttes pour vivre à hauteur de végétaux, d’animaux.
Rien n’est aussi simple qu’on croit le voir ; même le poème. Même ce livre. Y entrer, c’est entrer dans l’univers.
Les illustrations de Valérie Linder sont joyeuses et colorées. Elles incitent à la contemplation ; comme si on y était dans ce jardin.
Un beau livre à mettre dans toutes les mains et sans modération.
Un jour on quitte
son jardin devenu trop petit
pour aller visiter le monde
cependant
on l’emporte pour
toujours
dans ses bagages.
https://www.atelierdesnoyers.fr/
Titre : La maison, le jardin et le rêve
Auteur : Paul Bergèse
Illustrations : Solange Guégeais
Éditeur : Voix Tissées
Année de parution : 2 022
15€
Le quinzième album carré de Voix Tissées, collection AAA. Une merveille de douceur et de couleurs. Les pages nous permettent d’entrer dans un jardin. De s’y promener. D’y rêver.
Bien sûr il y a la maison. Une de ses maisons à parfum de nostalgie d’enfance. La maison du bonheur innocent. Et le jardin. Immense. Mystérieux. Toujours pareil et jamais identique. Les jeux. Les oiseaux. Les fleurs. Les insectes. Les cachettes. Le fil des jours heureux. Des jours colorés.
Des poèmes pour embaumer l’esprit du lecteur.
On est bien dans ce livre et les illustrations donnent une part colorée aux rêves de lectures.
Une réussite.
À mettre dans les écoles dès la maternelle et bien au-delà bien sûr.
Titre : L’âcreté du kaki
Auteur : Gorguine Valougeorgis
illustrations : SIXN
Éditeur : Mars-A
Année de parution : 2 022
15€
première partie de ce livre : L’âcreté du kaki
Il y a la vie de tous les jours. Les mots de tous les jours. Les rues de tous les jours, comme celle qui mène à l’école. Les arbres de tous les jours, comme le kaki de la rue qui mène à l’école. Les fruits de saison, comme le kaki que l’on cueille et offre à sa petite sœur. Le kaki qu’on aspire et dont le jus dégouline au menton.
Rien n’est plus beau que les secondes…
qui font du kaki rond un jus
coulant son son menton que sèche son rire
La vie de tous les jours.
Et puis il y a la terreur.
Le ciel a
tous les cerfs-volants
avalés
plus un rêve ne vole dehors
il y a l’enfer maintenant
Le désir de partir pour survivre. Le départ.
Une frontière comme une ligne
une corde à sauter
L’exil. La vie d’un migrant comme on dit. La vie de tous les jours d’un migrant. Une vie à traverser les mers. Les pays. Les gens. Ceux qui te voient. Ceux qui ne te voient pas. Ceux qui te sourient et ceux qui ne te sourient pas.
La vie de tous les jours d’un jeune migrant vendeur à la sauvette de cigarettes place de la Chapelle à Paris
… cet œil adolescent
qui vient à peine d’éclore
mais qui
n’a déjà plus rien dedans
même plus une larme
où se baigner…
…il passe sa vie
à passer
d’un pays à l’autre
d’un trottoir à l’autre
d’un quartier à l’autre
d’un papier à l’autre
d’un rejet à l’autre
d’un boulot à l’autre
d’une pelle à l’autre
d’un balai à l’autre
sans qu’on le voie
…
voilà des mots pour accompagner le cheminement d’un adolescent migrant ou d’un migrant adolescent, on ne sait plus trop dans quel sens mettre les mots. Le cheminement d’un être humain. Des mots partagés lors de rencontres entre l’auteur et le jeune homme. Des mots à partager à notre tour. Des mots pour apprendre à voir aussi.
Deuxième partie : Reflet rouge
l’auteur, issue lui-même et comme tant d’entre nous, d’un voyage, d’un exil, d’une migration : parents, grands-parents… s’interroge à son tour sur sa présence ici. Comme beaucoup d’entre nous. À partir de combien de générations est-on d’ici ? Avec quel service rendu à cet ici qui pourrait être ailleurs ?
Qu’est-ce qu’on a perdu (sans le savoir vraiment puisque cette perte vient d’avant soi) ?
Gorguine Valougeorgis semble nous dire à travers ses textes que le langage avec ses langues multiples est une clef pour dire son identité. Une car il en existe plusieurs, comme celle qui permet de s’ouvrir à l’autre, de l’accueillir et de cheminer avec lui. Et tant d’autres à découvrir…
les encres et aquarelles de SIXN vibrent en silence avec les poèmes. On reste à les contempler en entendant résonner les mots du poème.
Un livre dense à offrir, à partager et à donner à lire dès le collège.
Titre : Une traversée de soi
Auteur : Chantal Couliou
Éditeur : Les Éditions Sauvages
Année de parution : 2 022
Une recueil de poèmes confinés. Périodes que nous avons tous traversés, chacun à notre manière. Pour Chantal Couliou, ce fut avec les mots (stylo, crayon ou clavier, peu importe). Elle n’est pas la seule poète à avoir exploré ainsi cette traversée. D’autres livres sont écrits et ont déjà été ou seront publiés autour de ces moments.
Des poèmes écrits derrière la fenêtre, alors qu’il fait si bleu dehors… Et le bleu en Bretagne…
des poèmes qui s’interrogent sur la fuite des jours. Sur la fragilité de la vie, de sa vie. Des poèmes qui cherchent l’espérance.
Inventer
une nouvelle cartographie
de la terre
pour se frotter au monde.
Pourquoi
ce besoin de bouger,
ce besoin d’échapper au quotidien,
ce besoin d’explorer l’inconnu, ce besoin de lever l’ancre ?
Cet appel de l’inattendu,
de nouvelles destinations.
Insatiable désir.
Toujours en quête
d’un ailleurs-
indéfinissable.
On repasse
toujours aux mêmes endroits
dans les mêmes traces-
en boucle.
Relié à l’autre,
aux autres
par des fils invisibles
dans l’espace,
dans le temps.
https://editionssauvages.monsite-orange.fr/index.html
Titre : Prends ces mots pour tenir
Auteur : Julien Bucci
Éditeur : La Boucherie littéraire
Année de parution : 2 022
9€
Un petit livre de poèmes pour accompagner les derniers mois d’une mère. Comment se tenir face à ce bientôt l’absence, ce bientôt vide ? Face à la douleur de l’autre ? Cette douleur physique qui prend le dessus sur tout le reste ? Cette tristesse infinie ?
La maman, dit Julien Bucci, se récite des poèmes. Des poèmes appris par coeur, pour atténuer sa douleur.
les mots mantras
s’approchent de ton chevet
ils viennent en nombre
te rassurer
ces mots
tu les tenais
les retenais par cœur
au fond ces mots c’était
déjà
de quoi tenir
On est tous confronté plus ou moins tôt, plus ou moins souvent à ce rendez-vous avec la mort. Le vide. L’absence. Avec cette interrogation sur la vie ? Les poèmes suivent ces points d’interrogation.
Les mots qu’on partage, aussi simples soient-ils, permettent de garder le lien entre celui qui reste et cette qui s’en va. Le langage et la pensée façonnent notre humanité. Quand disparaît toute parole, la vie disparaît aussi.
La solitude cependant n’est jamais totale, même au fin fond de la douleur
tu n’es pas seule
au fond
tu es reliée
à ton cœur qui palpite
aux artères qui irriguent ton corps
reliée
tu l’es
à ton histoire
à celles et ceux qui étaient là
avant toi et pour toi
tu es reliée aussi à celles et ceux
qui vont te suivre et seront là
pour dérouler ce fil
sans fin
tu es reliée
à tous les mots que tu as prononcés
à toutes les caresses que tu as reçues et
toutes celles qu tu as offertes
à un père et une mère
qui t’ont invité à venir
au monde
tu es reliée
à tes émotions
à ton corps
qui frissonne
à ce corps qui te parle
tu es reliée
à ces mots mêmes
qui me relient
en ce moment
à toi
tout est relié
ici et maintenant
tu es reliée
comme une part du monde
une part du tout dans le tout
tu es là
toi reliée
à tout
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Titre : Gustave 2
Auteur : revue
Éditeur : LE CENTRE DE CRÉATIONS POUR L’ENFANCE DE TINQUEUX
www.danslalune.org
Année de parution : mai 2022
Un second numéro que l’on peut lire sur écran ou que l’on peut imprimer. Huit pages, 5 poèmes, 5 poètes et une règle de jeu d’écriture proposée par Bernard Friot.
Les cinq poètes : Chiara Carminati, Mélanie Leblanc, Sandra Lillo, Charles Pennequin,Thierry Renard.
Des poèmes à partager en classe, avec les amis, en bcd ou cdi, médiathèque. Lire ou écouter un poème par jour au minimum est bon pour la santé mentale, le moral et la vie, une petite revue supplémentaire permet ainsi d’augmenter même discrètement la présence du poème au quotidien. À chacun de la donner à d’autres comme une chaîne d’amitié.
l’abonnement est gratuit sur le site www.gustavejunior.com
*
Patrick Joquel
Titre : Collectif POÉTISTHME
https://poetisthme.cargo.site/
Année de parution : 2 022
Un numéro spécial consacré aux violences des guerres. Des poèmes, des images. L’art comme témoin, comme solidarité, comme partage, comme désir d’humanité. Pour aller un peu plus loin, un peu plus haut.
Un numéro spécial à donner à lire, à partager.
Ce sont ces petits signes d’humanité qui portent et accompagnent l’humanité vers un horizon un peu plus humain.
***
Aujourd’hui c’est mon jour de service…
Aujourd’hui c’est mon jour de service,
je veille sur notre champs
dont la terre réchauffée sourit au printemps,
au-dessus de moi des avions volent comme des oiseaux de fer,
je les observe
pour voir si c’est l’ennemi et si des visiteurs importuns avec leurs parachutes
n’arrivent pas,
mon chien est avec moi,
j’appelle ma femme
pour demander comment elles vont, elle et notre fille,
elle me répond qu’elles sont dans un abri anti-aérien,
qu’elles attendent que l’alerte soit finie
et je pense que pour qu’il n’y ait pas de guerres,
il faut fabriquer non pas les balles,
mais les produits paisibles de la culture,
la poésie de l’évolution du bonheur général
est ma position principale,
c’est pourquoi je défends la construction de l’État
sur la base du bien poétique !
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©mykola istyn
Сьогодні моя доба чергування,
охороняю наше поле,
яке зігрітою ріллею посміхається весні,
наді мною залізними птахами пролітають літаки,
придивляюся чи не летить ворожий,
та чи не приземляються непрохані гості з парашутами,
зі-мною друг пес,
телефоную дружині,
питаю як вона там з дочкою,
відповідає що сидять в бомбосховищі,
чекають на відбій повітряної тривоги,
а взагалі, для того аби не було війн,
більше за кулі треба виготовляти
мирні продукти культури,
і поезія еволюції всещастя
є моя головна позиція,
тому захищаю конструкцію держави
в основному – добропоетичну!
poèmes traduits de l’Ukrainien par ella yevtouchenko
mykola istyn a envoyé ses poèmes-témoignages depuis le front de l’Ouest Ukrainien.
Collectif POÉTISTHME: https://poetisthme.cargo.site/