Prix Paul-Quéré 2015 / 2016

Prix Paul-Quéré 2015 / 2016.

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Créé par l’association Les Editions Sauvages, le prix Paul-Quéré, décerné tous les 2 ans, distingue un poète partageant la démarche, les valeurs et les qualités défendues par Paul Quéré, poète, critique et peintre, fondateur des revues Ecriterres et Le Nouvel Ecriterres, décédé en 1993 à Pont-l’Abbé.

Le jury a reçu 17 candidatures (9 hommes et 8 femmes), âgés de 24 à 68 ans. 6 sont de Bretagne, les 11 autres de toutes régions. Outre poètes, 7 sont  aussi plasticiens, 5 photographes, 9 critiques, 3  musiciens, certains cumulant plusieurs disciplines.

Le jury du prix Paul-Quéré, composé de Bernard Berrou, Louis Bertholom, Marie-Josée Christien, Bruno Geneste et Ariane Mathieu, a désigné le lauréat 2015/2016. Leur choix s’est porté sur Denis Heudré. 

Denis Heudré, né à Rennes en 1963, vit en Ille-et-Vilaine. Comme Paul Quéré, il écrit (poésie et articles critiques), dessine et peint.

Présent dans plusieurs revues et ouvrages collectifs (par exemple, Décharge, Diptyque, Spered Gouez / l’esprit sauvage, Cairns et les revues par internet Zinzoline et Terre à ciel), il a publié deux recueils : Intitulé titre (La Porte, 2011) et Bleu naufrage – élégie de Lampedusa (La Sirène étoilée, 2015).

Il autoédite également ses livres en version numérique, téléchargeable gratuitement sur son site .

Critique dans la revue par internet Recours au poème, membre de la Maison de la Poésie de Rennes, il se consacre aussi à mettre en lumière la poésie sous toutes ses formes.

Sa personnalité discrète et l’humilité de sa démarche, son écriture sensible et ancrée dans le réel et le monde qui l’entoure, ont séduit le jury.

Denis Heudré sera récompensé en mars 2016 par l’édition à compte d’éditeur de 100 exemplaires d’un ouvrage de poésie dans la collection Ecriterres créée à cet effet, du nom de la revue fondée et animée par Paul Quéré. 

Annexes :

Sur Paul Quéré :

– page wikipédia

– article de Marie-Josée Christien sur Unidivers

– article de Marie-Josée Christien dans la revue Cap Caval, décembre 2013

Poèmes celtaoïstes (choix de textes 1979-1993) de Paul Quéré, Les Editions Sauvages, 2014

Pieds nus dans R. de Perrine Le Querrec – Ed. Les Carnets du Dessert de Lune, collection Pousse-café, février 2015. 28 pages, 5 €.

Pieds nus dans R. de Perrine Le Querrec – Ed. Les Carnets du Dessert de Lune, collection Pousse-café, février 2015. 28 pages, 5 €.

Petit joyau ce pousse-café là, tête-bêche en plus : Pieds nus dans R. ou Barefoot in R. dans sa version anglaise, traduit en anglais par Derek Munn. Petit joyau car la plume de Perrine Le Querrec quand elle ne la laboure pas, vole au-dessus de la page, et il pleut des mots, il pleut de la langue de poète, de celle qui enivre, que l’on boirait encore et encore, jusqu’à tomber par terre ivre vivant ! Ce livre dédié à N. parle d’un il qui revient de R. pieds nus : j’ai perdu mes chaussure à R., me dit-il en arrivant. (…) R. qui se targue d’être la Ville, une ville tout en cadres en bordures en netteté. Comment cela a-t-il pu arriver ? Comment perdre ses chaussures, sa raison, son assise et son apparence, comment se délacer – ô savoureux double sens -, s’égarer, se soustraire aux codes de R., nation d’ordre, de discipline où le premier pas de l’enfant est calculé à la courbe du rendement de R. ? Oui, comment ? Dans un rythme entrainant, envoûtant qui galope sur la page comme une épidémie de pieds nus justement, on se laisse gagner par l’exaltation liberterre de ce nudisme, deux pieds, nus de chair de veines et d’os, de pieds sans semblants, sans artifices ni parures. Ô délicieuse impudence, n’hésitez pas, emparez-vous de ces petites pages de rien du tout, énormes, qui dévalent, osez cette vision insupportable, crue, cruelle mordante, miraculeuse. N’hésitez pas, déchaussez vous !

©Cathy Garcia

Perrine Le Querrec est née à Paris en 1968. Ses rencontres avec de nombreux artistes et sa passion pour l’art nourrissent ses propres créations littéraires et photographiques. Elle a publié chez le même éditeur Coups de ciseaux, Bec & Ongles (adapté pour le théâtre par la Compagnie Patte Blanche) et Traverser le parc et La Patagonie. Et puis No control, Derrière la salle de bains, 2012 ; Jeanne L’Étang, Bruit Blanc, avril 2013 ; De la guerre, Derrière la salle de bains, 2013 ; Le Plancher, Les doigts dans la prose, avril 2013. Elle vit et travaille à Paris comme recherchiste indépendante. Les heures d’attente dans le silence des bibliothèques sont propices à l’écriture, une écriture qui, lorsqu’elle se déchaîne, l’entraîne vers des continents lointains à la recherche de nouveaux horizons. Perrine Le Querrec est une auteure vivante. Elle écrit dans les phares, sur les planchers, dans les maisons closes, les hôpitaux psychiatriques. Et dans les bibliothèques où elle recherche archives, images, mémoires et instants perdus. Dès que possible, elle croise ses mots avec des artistes, photographes, plasticiens, comédiens.

http://entre-sort.blogspot.be/

photo Derek MunnDerek Munn est né en Angleterre en 1956. Installé en France en 1988, il a enseigné l’anglais dans une école de langues à Paris pendant six ans. En 1994, il a déménagé dans le Sud-Ouest. Il a publié Mon cri de Tarzan, Laureli/Léo Scheer, Un paysage ordinaire, Christophe Lucquin Éditeur.

Dirk Braeckman, Works on Paper, Xeno Gallery, Anvers, du 11 mars au 10 avril 2015.

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

Dirk Braeckman 1/1 - L007 a - 2015 - 1/1 2015 60 x 90 cm gelatin silver print mounted on aluminium unique

Dirk Braeckman
1/1 – L007 a – 2015 – 1/1
2015
60 x 90 cm
gelatin silver print mounted on aluminium
unique

Dirk Braeckman, Works on Paper, Xeno  Gallery, Anvers, du 11 mars au 10 avril 2015.

«Carré noir sur fond noir» : tel pourrait être le symbole de la photographie chez Dirk Braeckman. Le réel s’y trouve transfiguré en énigme : il gagne en pulsion, en mystère, en érotisme. Le chromatisme des différents « degrés » de noir prend des aspects picturaux Ils font plus que jamais de la photo un art de création et non un art de reproduction. L’impression de lumière (noire) que cherche à créer le photographe belge est un moyen d’affaiblir les indices de réalité phénoménale, les illusions réalistes dans un « seuil d’émergence minoré ».

En montrant moins, il montre plus car il force à regarder avec une attention accrue. L’éloignement du réel provoqué par affaiblissement lumineux fait le jeu d’une autre proximité. Elle fait le jeu de l’éloignement du leurre. Il y a donc toujours et pour reprendre un terme de la préhistoire du cinéma ce qu’on peut appel un effet de « dissolving views ».

L’objectif d’un tel choix paraît donc évident : voir ce n’est plus percevoir mais d’une certaine façon « perdre voir ». Le spectateur devient un témoin qui peut être atteint par une sorte de « déceptivité » puisqu’un tel choix viole les lois de la représentation. Pour autant – et à l’inverse – il est saisi d’une forme d’envoûtement. Surgit par le noir une forme d’immanence mais une immanence terrestre. Ce n’est pas une compensation du réel mais une adjonction à ce qu’il offre.

©Jean-Paul Gavard-Perret

De blancs oiseaux boivent la lumière suivi de Nuit de Grand Vent : Poèmes-Réédition(Et sept œuvres plastiques)/ Monique Thomassettie ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2015

Chronique de Pierre Schroven

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De blancs oiseaux boivent la lumière suivi de Nuit de Grand Vent : Poèmes-Réédition(Et sept œuvres plastiques)/ Monique Thomassettie ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2015

Ce recueil, publié une première fois sans les œuvres plastiques en 1994 au Non-Dit, apporte une fois de plus la preuve éclatante que Monique Thomassettie est peintre dans son écriture et écrivain dans sa peinture ; chez elle, poèmes et peintures s’unissent d’une même voix pour interroger les limites de la visibilité et nous faire découvrir que le monde dans sa forme donnée n’est pas le seul possible.

Ose mon encre

Couler en prières

Afin que de mon cœur déborde

Un lait d’étoiles

Au détour de chaque page, l’auteure nous montre qu’elle n’a rien oublié de l’amour, de ses danses et de ses chants d’oiseaux ; par ailleurs, elle pose le mystère comme étant le fondement de notre être et la clé de notre devenir. En effet, ici chaque poème semble être une lueur à vivre voire une main tendue vers son désir d’appréhender la source du monde en son visage brouillé.

D’une manière générale, ce recueil vient nous rappeler que la poésie de Monique Thomassettie n’a ni lieux ni frontières et n’a de cesse de parcourir l’infini à heures fixes afin d’une part, de traquer ce que la vie dissimule et d’autre part, de remettre la beauté et l’amour au goût du jour…

Hauts plateaux

Vaste miroir

Pays d’absence où le livre bourgeonne

Le livre fleurit dans la montagne

En grappes ruisselantes

Voici le point de fuite

Où se niche l’oiseau

©Pierre Schroven