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Ossature du silence, Isabelle Lévesque ; préface de Pierre Dhainaut ; encres de Claude Lévesque ; Edition Les Deux-Siciles,2012.
Ce recueil ne « se donne pas » au premier coup d’œil. En effet, le lieu de la poésie d’Isabelle Lévesque est « hors vue » (libérée du déjà vu !). ici, chaque mot opère une rupture avec la réalité donnée et semble installé dans la mouvance que cache le sensible ; ici, chaque mot semble chargé d’un silence volant vers l’infini ouvert…
Feu rivé
canal d’hommes autour
la danse un tour
une lueur
les cailloux frottés sont devenus
la carcasse limée
feu passé
de main en main
serrer le ciel
Au détour de chaque page, Isabelle Lévesque montre le côté incertain de tout ce qui est visible, doute du caractère définitif de la réalité, met de l’infini dans le fini et montre qu’à l’intérieur de tout ce qui est, il reste de l’inconnu, de l’invisible voire des forces qui résistent à tout ce qui nous présuppose.
Déconcertée
l’allumette a crépité de l’ombre
quel bruit tendu au silence
n’est plus la nuit
son tissu ment
l’étoile
ne crépite et cesse
atonie
le soir apaise
Bref dans ce recueil, Lévesque bat en brèche l’apparence des choses, dévoile le réel dans sa dimension mouvante et sauvage tout en développant une force d’énigme à même de déborder le seul individu dans ses identifications. Cependant, malgré l’énigme qui le porte sur les récifs d’un monde sans espace ni durée, Ossature du silence distille une poésie qui, non contente de sauter les barrières d’un temps sans aiguilles, ose un chant qu’on devine au bras de tout ce qui s’envole avant d’être à portée de mains.
Deux roues tracées chemin
repris le pas de l’aubépine
fines aiguilles
sans printemps
comme cœur trébuche
◊Pierrre Schroven
