Havana Club, Vincent LAMBERT, Éditions L’Harmattan, Roman (111 pages – 13€). Dans son introduction, le narrateur se retourne sur son enfance qu’il résume en deux notions antinomiques : amour et haine. Il rend aussi hommage à sa grand-mère « une perle » qui lui inculqua le goût de l’inconnu. C’est vers Cuba « rêve majeur d’une vie mineure » que nous embarque le narrateur. Un premier contact avec La Havane mémorable, douché par une violente et incessante drache. Il nous fait partager ses pérégrinations, semées d’embûches (collision, crash, rencontres improbables, égarement).Une sorte de voyage initiatique au cours duquel le narrateur mène sa propre révolution. Ne va-t-il pas détériorer la voiture louée ? En lui prélevant l’antenne « offrande divine » qu’il remet à un enfant (agissant en disciple de Fidel), en ôtant les enjoliveurs, il manifeste sa rébellion et poursuit la destruction sabotant l’autoradio, éliminant les signes de modernité, de luxe.
Friand d’exotisme sexuel, il alterne conquêtes féminines (auto stoppeuses, touriste, femme de chambre) et masculines. Désireux de satisfaire ses pulsions, il se livre à de multiples expériences, qui tournent parfois au fiasco (refus de la partenaire, gifle, panne de libido d’où « un flop moral ») et l’obligent à partir. La scène la plus marquante pour le narrateur fut sa rencontre avec Gunther « l’Instable seigneur de Germanie », doté « d’une arme d’un gros calibre » qui « voyageait pour l’entretien de son inestimable sexe ». Ce dernier réussit à hypnotiser le narrateur de sa voix douce et son regard caressant. Leurs furtives étreintes le conduisent à penser que « les langues ne devraient servir qu’au sexe ». Au fil du récit nous croisons toute une galerie de personnages (des révoltés, des révolutionnaires, l’Enfant) et explorons l’île : la vallée de los Ingenios (où le narrateur s’initie à couper la canne à sucre à la machette), la sierra Del Escambray, les villes (Trinidad : « région sucrière désaffectée », Varadero), traversées par des airs de salsa, la musique de Carlos Puebla.
Le narrateur convoque les fantômes d’écrivains qui ont fréquenté l’île : Hemingway, Garcia Marquez. Le passé de Cuba est évoqué : « Les Yankees qui ont déversé leurs déchets du onze septembre ». En filigrane le régime politique et Fidel, les soubresauts de la révolution, les stigmates de l’assassinat du Che sont évoqués ainsi que l’ouverture du pays à la mondialisation et aux dollars.
A la fin du roman, l’heure du bilan s’impose : les regrets « des choses manquées », d’une enfance volée, la solitude. Le narrateur décline ses interrogations existentialistes qui n’ont cesse de le tarauder « Pourquoi penser, savoir, aimer et haïr? », et livre une satire du Monde, habité par le mal, les vices et sa vision résignée de la finitude de l’être humain : « Amour périssable, vie dérisoire », ayant cessé sa quête du bonheur. De même, il se demande, non sans un certain humour, pourquoi tant de nationalités et pourquoi il est belge, si ce n’est « pour rire ».
Dans son post-scriptum, le narrateur revient sur son ambition d’écrire un roman nourri par cette épopée cubaine soulignant les doutes de l’écrivain, la difficulté de maîtriser les protagonistes quand ceux-ci sont rebelles au risque de les supprimer. Toutefois, ne déclare-t-il pas qu’écrire, c’est « laisser des traces, ça vous construit des éternités précieuses » ? rappelant la pensée de Jules Renard : « Chacune de nos lectures laisse un graine qui germe ».
Nadine Doyen
