Partage des eaux de Laurent Contamin

Partage des eaux Laurent Contamin – Eclats d’Encre, 72 p. 12 euros –  Laurent Contamin signe-là son troisième recueil chez Eclats d’Encre comme quoi il doit se sentir bien dans cette sympathique maison d’édition dirigée par Sandrine Fay. L’auteur a le bon goût d’augmenter ses ouvrages d’une petite postface qui permet de dégrossir le travail du pauvre chroniqueur. Ainsi l’on apprend que, si le livre est né à l’occasion d’une résidence d’auteurs et est le fruit de recherches fluviales minutieuses, ce Partage des eaux prend toutefois, et en quelque sorte, sa source dans l’Eau et les rêves de Bachelard.
Avec un tel thème on se dit que les images et métaphores seront légion pour apporter de l’eau au moulin poétique de l’auteur. Toujours est-il que, et c’est assurément voulu, on entre tout doucement dans ce livre comme sur une rive en pente douce et bien sablonneuse avec seulement deux ou trois vers dans les premières pages et qu’on s’en échappe (difficilement) de la même façon dans les dernières. A l’inverse le corps central du recueil est constitué de textes plus puissants et plus longs qui, tel un mascaret, nous entrainent dans un flux et reflux incessant.
Voila, en quelques mots,  pour la forme (originale et circonstanciée)! Quant au fond, si Laurent Contamin débute son ouvrage par un léger torrent de mots il sait par la suite aborder des thèmes plus graves qui lui font dire que parler n’est pas suffire mais lutter encore pour trouver la parole et le feu dans la chair. L’auteur n’est pas dupe qui sait que le réel ne se laisse pas aisément topographier et que l’imagination au service du bonheur n’est peut-être qu’un secret de poète pour dévoiler l’âme. Et de toutes façons l’encre du ciel un jour aura raison de nous déclame-t-il, lucide. Laurent Contamin nous assure (postface) que c’est dans une petite ville fluviale à quelques encablures au nord de Paris que ce livre a pris corps mais on constate que cette proximité ne l’a pas empêché (et nous avec) de rêver aux palmeraies, de hammam où fument les hommes trafiquants de porcelaine ou encore à attendre l’apparition des djinns et comme il questionne, c’est sans doute d’habiter le provisoire qui le fait traquer des ombres fugitives. Ophélie, ciel de traine / littoral recouvré sont les deux vers qui ferment l’ouvrage et cette évocation de la noyée de Hamlet ne pouvait tomber plus à pic.
Faire parler le très vieil Héraclite avec sa fameuse sentence : « on ne peut pas entrer une seconde fois dans le même fleuve, car c’est une autre eau qui vient à vous ; elle se dissipe et s’amasse de nouveau ; elle recherche et abandonne, elle s’approche et s’éloigne. Nous descendons et nous ne descendons pas dans ce fleuve, nous y sommes et nous n’y sommes pas » n’est peut-être pas si incongru pour illustrer la poésie qui, comme à l’écoute renouvelée d’une belle musique (sœur de la poésie), supporte de nombreuses relectures toujours différentes à chaque fois et en tout cas l’antique référence semble tout à fait dans le contexte du petit livre qui nous occupe.
On conclura en disant que ce Partage des eaux est, évidemment, un recueil à boire immodérément.

Serge Maisonnier

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