Frédéric Chef, Le Colporteur magnifique, éd. Weyrich, coll. “Plumes du Coq”, 204 p.,15 €

Chronique d’Alain Dantinne

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Frédéric Chef, Le Colporteur magnifique, éd. Weyrich, coll. “Plumes du Coq”, 204 p.,15 €


Quelle mouche a bien pu piquer Frédéric Chef ? J’opterais plutôt pour un moustique virevoltant au-dessus des eaux saumâtres du Schelde (l’Escaut dans la langue d’Hugo Claus et Tom Lannoye). Le valeureux Rémois nous raconte une folle équipée sur les pas de Robert Louis Stevenson et de son ami Walter Wilson. Au travers des Cévennes avec un âne ? Pas du tout. En 1876, l’écrivain écossais projette de descendre en canoë les canaux d’Anvers à Gretz-sur-Loing, petite bourgade entre Fontainebleau et Nemours où Fanny Osbourne, qui vint troubler son cœur de jeune dandy, s’adonne à la peinture. Il raconte son périple aquatique dans un petit livre En canoë sur les rivières du Nord (réédité par Actes sud, coll. « Babel » en 1994) qui servira de guide à Frédéric Chef qui marchera (et ramera) sur le même parcours près d’un siècle et demi plus tard. C’est dire si nous assisterons à l’enterrement d’une Révolution, industrielle, sans pour autant entrer dans une autre, technologique, car c’est sans portable que notre auteur naviguera de friches en zones d’abandon et de misère.

Il quitte Anvers pour Boom et ses briqueteries, puis Willebroek (que l’auteur, pour éviter que ses compatriotes ne se tordent la langue n’hésite pas à traduire phonétiquement en « ouillebrouque ») avant de suivre le halage jusque Bruxelles et le canal de la Senne. Le choc du décor, usine Renault abandonnée à Vilvorde ou décharge publique de Neder-Over-Heembeek, sera adouci par la bonne liqueur de Jean-Pierre, le bouquiniste de La Borgne Agasse dans Matonge (quartier congolais de la capitale) qui hébergera notre explorateur d’un autre temps pour une nuit roborative. Mais n’eût-il pas dû le prévenir en lui donnant à lire Belgique toute nue où Charles Baudelaire, magnanime, prévient du suicide :

– Je sais un moyen de guérir

De cette passion malsaine

Ceux qui veulent ainsi périr :

Menez-les au bord de la Senne

Voilà de quoi lui donner le courage de retrouver le Canal qui mène à Charleroi. Le paysage ne change guère « Entre Tubize et Ittre, les anciennes usines sidérurgiques arborent leurs tuyères rouillées, leurs cuves, leurs monte-charges inclinés, leurs gueulards inoffensifs. Des pipelines traversent le canal. Toutes ces ruines de l’ancien labeur n’attendent que le chamboule-tout de la démolition. » (p. 59) La traversée de La Louvière, où canettes de bière et gravats jonchent le sol, donne à la ville un petit côté surréaliste : la ville d’Achille Chavée accueillit en 1935 la première exposition mondiale du mouvement initié par Breton. Ce fut la seule aussi.

La marche vers Charleroi passe par Pont-à-Celles, ce qui nous vaut cette petite contribution de notre voyageur au déterminisme social : « Des adolescents boutonneux

traînant toute la misère du monde draguent deux minettes aux allures collectives. » Il est vrai que l’auteur précise que « Charleroi rappelle certaines cités de la défunte URSS » ce qui lui confère en fin de compte « une paradoxale beauté ». L’auteur n’est pas sans nous rappeler le passage de Rimbaud dans le “Pays noir”. Je ne suis pas sûr que ce détail rassure le lecteur et que l’ouvrage sera primé par l’Office du Tourisme de Wallonie, même si les vallées à venir vont se présenter sous une lumière plus soyeuse. Stevenson nous avait averti : « Contrairement à toute attente, la Sambre n’est nulle part aussi belle qu’entre Jeumont et Charleroi. » La Haute-Sambre paraît dès lors presque joyeuse et fleurie, le promeneur rencontre un port de plaisance où « quelques voiliers, attachés à leur anneau, songent à prendre le large. » Il n’en faut pas plus pour qu’il nous gratifie d’un sonnet.

C’est accompagné de Cingria qu’il passe la frontière. À Jeumont, chez Lina, il est le seul client pour goûter la flamiche au Maroilles. À Guise, c’est le familistère de Jean-Baptiste Godin, ce “Versailles du prolétaire”, qui intéresse le marcheur, plus que l’Hôtel de Guise où sa réservation a été perdue. À Compiègne, il veut imiter son initiateur et se procure un canoë, un modèle gonflable, made in China, pour descendre l’Oise. Le canoteur n’est pas le bienvenu aux écluses. Il rame jusqu’à Creil, tantôt en eau propre, tantôt au milieu de déchets, bouteilles de soda gluantes ou barquettes de frites graisseuses. « Les voyages, comme les testaments s’achèvent toujours par un codicille » (p.185), notre champion arrive en forêt de Fontainebleau. Il retrouve le vieux pont de Grez-sur-Loing (Gretz qui, depuis Stevenson, perdu son “t”) et l’auberge Chevillon mentionnée par son illustre prédécesseur. Comme lui, il descend sur Barbizon, pays fréquenté autrefois par Corot, Daubigny, Rousseau, Millet. L’âme de Fanny Osbourne et la mémoire de Robert Louis flottent dans ces murs ; sur la façade de l’hôtellerie à faux pans de bois du Bas-Bréau, on peut lire R Louis Stevenson while at his wrote Forest Notes.

Il faut prendre cette odyssée au second degré, le livre ne manque pas d’humour, et d’humour belge ai-je envie de préciser, car la dérision (et même l’autodérision) est partout présente. Il a aussi la qualité de nous faire découvrir un grand auteur naturaliste, Robert Louis Stevenson, qui nous donne sa vision du voyage : « Une randonnée devrait être entreprise seul, parce que la liberté en est l’essence ; parce qu’on devrait être à même de s’arrêter ou de repartir, suivre le chemin-ci ou celui-là, au gré de sa fantaisie » (p. 124). L’Écossais, que l’on découvre libertaire, nous livre ici un voyage à l’intérieur de l’être.

L’écriture trouve dans les dessins en noir et blanc de Daniel Casanave un parfait complément. Ils participent du même esprit, même la statue de Léopold II, le roi conquérant, paraît minable sinon ridicule sous un vent d’automne que l’on devine froid et triste. À se demander si Casanave, à l’instar de Wilson, n’a pas suivi l’auteur pour croquer, dans son dos, des atmosphères, des sensations.

Je ne sais quel conseil donner à Frédéric Chef pour un prochain périple littéraire. Peut-être devrait-il suivre, entre Herstal et Seraing en banlieue liégeoise, l’itinéraire

des frères Dardenne ? Ou mieux, s’il repasse à Bruxelles, de choisir les frites de “Chez Antoine”, place Jourdan. Les meilleures du Royaume.

©Alain Dantinne

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La Promesse d’Almache – Alain Dantinne – Plumes de coq ; Weyrich

Une chronique Nadine Doyen

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  • La Promesse d’Almache – Alain Dantinne – Plumes de coq ; Weyrich (200 pages -15€).

Tout d’abord, il me semble utile pour le lecteur de situer Almache. Un hameau dans un coin perdu de l’Ardenne profonde, « un croupion de terre wallonne », proche de Bouillon. Ce qui explique la « pauvreté culturelle » déplorée par les protagonistes.

Quelle est donc cette promesse? A qui est-elle destinée? De qui émane-t-elle?

Le narrateur remonte à l’historique de cette bâtisse, « ancien relais de chasseurs », « gentilhommière campagnarde », à son acquisition par Pierre et Dydie. Couple sans enfant, ce qui peut expliquer que Dydie reporte toute son affection sur son neveu, Arthur. La vie de ces bourlingueurs est évoquée depuis leur rencontre jusqu’au décès du mari. Tout bascule pour la veuve, plongée « dans une solitude forestière ».

Le narrateur explore la relation complexe entre un neveu et sa tante, liens d’autant plus intimes qu’elle manifeste le souhait de l’adopter, d’en faire son héritier putatif.

Qu’éprouvait-il pour elle? De l’amitié»? De la commisération?

Le narrateur décortique le parcours d’Arthur, l’obtention de ses diplômes, son poste d’enseignant. Son éloignement de ses géniteurs (dû à un père qui le considérait comme « un incapable, un déviant ») ne favorisa-t-il pas son rapprochement de sa tante? Une complicité se tisse. Plus en confiance, Arthur n’hésite pas à revendiquer sa différence, à faire son coming out, à s’épancher de façon directe, évoquant son tourisme sexuel, « les backroooms », quitte à choquer cette prude bourgeoise, mettant fin à ces questions indiscrètes de sa tante, qui tournait autour du sujet.

Dydie se montre tolérante, soucieuse de son bonheur, « avec une fille ou un garçon ». Il n’hésite plus à rendre visite à sa tante avec ses conquêtes du moment.

Il lui présentera donc Christophe, éphèbe à la « peau d’ange », aux « lèvres brûlantes qui n’ignoraient rien de la tendresse », Etienne, envers qui elle ressentit de la jalousie ». Il privilégiait les «  rencontres fugaces » mais intenses, refusant de se laisser phagocyter par la passion. Lucide, quand un fossé de vingt ans les séparait. Arthur ayant une oreille réceptive, pour sa tatie, celle-ci, à son tour se livre à des confidences, lui confessant de « délicieux égarements ».

La présence d’Arthur est si fréquente que cela va devenir une habitude, une nécessité.

Progressivement, il se retrouve piégé, aliéné, esclave des caprices de cette tante, qui au décès de son mari sombre dans la dépression, la mélancolie et s’installe dans l’immobilisme et l’oisiveté. Ses journées sont ponctuées par les rencontres de bridge, les visites du voisinage (personnages hauts en couleur, parfois parasites), et à l’occasion, par la préparation de repas festif.

Le tri de la pléthore d’ouvrages de la bibliothèque de l’oncle (où se côtoient Mauriac, Blondin, Matzneff, Marceau, Jules Roy…) génère chez Arthur une réflexion autour de la pérennité d’un livre, constatant l’aspect « «éphémère » de la littérature. Que garder pour sa tante ? Les écrits des féministes: Colette, Sagan, Beauvoir, Duras, s’imposaient, Redu étant la destination idéale pour les autres, mieux que le pilon.

On suit l’évolution de la santé de cette dépressive, et assiste impuissant à la déliquescence de son corps. Situation qui nécessite toute une logistique d’aides à domicile. Le narrateur ne nous épargne rien des rechutes de l’intranquille, des alertes

lors de ses hospitalisations, abordant la perte de l’autonomie et la déchéance liées à la vieillesse. La possibilité d’un « centre de revalidation » s’avère typiquement belge.

Alain Dantinne, à la plume caustique, ne manque pas de distiller une série de scènes cocasses: Arthur, victime des puces; l’incident des « chatteries » sous la table, lors d’une partie de bridge. La confection de la tête de veau, est décrite avec tant de détails, qu’on croirait suivre une séquence culinaire filmée. L’escapade dans les Hautes Alpes, chez Michel, où Arthur « trouvait son Patmos », une vraie odyssée.

Ces parenthèses apportent de la drôlerie, de la légèreté, l’humour enrobant le tragique.

Dans ce roman, Alain Dantinne focalise notre attention d’abord sur le couple, puis sur le duo tante/neveu, brossant deux portraits antinomiques, très vivants.

L’auteur excelle à affubler la tante de multiples noms: la douairière, la bourgeoise, l’hôtesse, la rombière, la bigote, selon les circonstances. Avec l’âge et la maladie, elle devient: La vieille sédentaire, la casanière, la vioque. Avec l’addiction à l’alcool, elle devient une « dipsomane ».

De même pour le neveu qui est tour à tour: chenapan, mécréant, baroudeur, une chiffe, un pantin. Malgré tous ces qualificatifs réducteurs, Arthur a engrangé une vaste connaissance littéraire. Féru de peinture, de Verlaine, Rimbaud, il nourrit un projet culturel exaltant , celui de métamorphoser l’hostellerie en «  Centre Paul Verlaine » et ainsi redynamiser les environs. Parviendra-t-il à le concrétiser ?

Pour pimenter la fin du roman, Alain Dantinne introduit un rebondissement déboussolant. Arthur tombe de Charybde en Scylla, tout comme le lecteur. Il encaisse le pot aux roses, cette trahison, tel « un uppercut ». Quand il réalise combien il a été floué, manipulé, il ne peut réprimer sa révolte, sa rage, son indignation, à l’encontre de cette complice: « Salope », « la sournoise ».

On tremble pour le héros, si dépité, quand il prend le volant avec l’idée de dire « Merde à la vie ».

Le lecteur, tout aussi abasourdi devant un tel dénouement, entre en empathie avec celui qui a fait montre de tant d’abnégation et de dévouement. N’a-t-il pas été perdu, « troué » par son excès de bonté, de gentillesse, de tendresse, de sentimentalisme?

Comment allait-il rebondir, remonter la pente? Grâce à son métier? Grâce à l’alcool, remède pour «  les âmes tristes »? Par ses voyages au bout du monde? Toujours est-il que se sentir libéré, « délivré », n’était-ce pas un immense soulagement, après « vingt ans de non-dits »?

Alain Dantinne signe un roman poignant, traversé par la littérature et la peinture et l’humour, mettant en scène un duo, dopé par «  la méthode champenoise ». Un huis clos familial dont l’épilogue si imprévisible, fait découvrir la perfidie des hommes.

Lecture d’autant plus bouleversante que cet ouvrage est dédié au regretté Alain Bertrand, à qui le no 65 de Traversées avait été consacré.

©Nadine Doyen

Traversées a reçu

28/11/2012

 

Traversées a reçu :

 

Les recueils suivants :

 

  • Les beaux suivants, Louis RAOUL, Poésie, éditions de l’Atlantique, collection Phoibos, 2012.

 

  • Les beaux suivants interroge d’abord le souvenir : celui de ceux qui sont partis à tout jamais et dont le moindre objet, tel un révélateur, ressuscite la vivante présence :

 

« Voici que lo’n parle

De celui qui n’habite plus le manteau

Accroché là

Comme un silence

Qui aurait pris corps »

 

Et pourtant point de tristesse (à tout le plus une pointe de mélancolie) dans ce recueil où l’en-allé€ revit soudain et, à travers l’épaisseur de la tendresse, reprend corps dans la Présence même si :

 

« On pense à tous ceux

que nos chiens d’encre

n’ont pas ramenés au jour. »

 

Et qui sont ces beaux suivants sinon ceux qui suivaient autrefois les lents corbillards, qui les suivent encore, y compris du bout de leur mémoire et du bout de leur plume ? Chaque poème résonne ici comme un vitrail.

 

Silvaine Arabo

 

  • Les chemins de Janus, Pierre CORAN, Poésie, M.E.O., 2012.

 

  • Les chemins de Janus est le voyage poétique d’un errant en quête d’un autre lui-même. Trois étapes jalonnent le cheminement : l’euphorie du départ, les épreuves à surmonter et la lumière atteinte : « Je m’étais cru désert et j’étais habité ».

 

  • Le cri des libellules, Jacques NICOLAS, Weyrich, Roman, 2012.

 

  • Un fait divers relaté en quelques lignes dans les journaux de la province de Luxembourg (Belgique) est le dénouement à peine croyable de ce roman.

Le destin de Maria Laruelle, fille d’un ouvrier d’usine de Bouillon, s’est jouée le 5 juillet 1953. Ce dimanche-là, en fin de matinée, quatre jeunes gens de Sedan passaient la douane au Beaubru pour fêter l’anniversaire de l’un d’entre eux, Lucien Bailly…

 

  • Dixhuitjuilletdeuxmillequatre, Roger DES ROCHES, Poésie, Les herbes rouges, Montréal (Québec), 2004.

 

  • La mort de la mère : ce moment où le fils est anéanti et… libéré.

Rarement la poésie a témoigné de façon aussi personnelle de l’entrée en agonie d’un parent. Quand la mort fait de la mère son pantin, le fils veut fuir ce qui crie entre les murs

« gris de la couleur du jour de la chambre de la seule avec

Dieu qui gratte et Dieu qui tire et Dieu qui mord :

Douzejuilletdeuxmillequatre ».

La mère en allée, la famille envolée avec elle, rien ne reste au poète que sa poésie pour trouver grâce devant leur mémoire.

Depuis 1968, Roger Des Roches a créé un univers littéraire à nul autre semblable. Son œuvre est une source d’inspiration pour toute une génération de poètes.

 

  • Felka, une femme dans la Grande Nuit du camp, Serge PEKER, Roman, M.E.O., 2012.

 

  • Un couple, Félix et Felka. Tous deux peintres, Felka, avant de mourir dans la Grande Nuit du camp, revit les principaux moments de sa vie de couple jusqu’à sa déportation avec son mai en juillet 1944. Les tableaux de Félix animent les souvenirs de Felka et lui permettent de transformer ses ultimes moments en un véritable souffle de vie et de liberté.

« Si les nazis osaient lever les yeux vers nous, ils nous verraient nous étreindre dans le lit de notre indifférence à leurs sombres uniformes. Mais ils n’oseront jamais car ce serait admettre que nous sommes les vainqueurs et qu’ils sont les vaincus. »

Ce couple pourrait être celui de Felka Platek, peintre juive d’origine polonaise, et de Félix Nussbaum, peintre juif allemand, tous deux arrêtés à Bruxelles le 20 juin 1944 et déportés à Auschwitz le 31 juillet.

Le récit s’élabore en duo avec des tableaux peints par Félix Nussbaum, aujourd’hui conservés dans le musée érigé en son honneur dans sa ville natale d’Osnabrück.

 

  • Ici mon désir est ma loi, Théophie de VIAU, Poésie, Choix et présentation par François BODDAERT, Orphée / La Différence, 2012.

 

  • Théophile de Viau (1590-1626). Né protestant près d’Agen, il fait des études classiques, voyage, est exilé, se convertit, se fait connaître à la cour par son esprit (sa comédie Pyrame et Thisbé), se lie avec des poètes de sa génération, dont les sulfureux Boisrobert et Des Barreaux. Il y a une parenté avec Villon dans les mœurs, l’insolence, la mélancolie, la soif de vivre et les affres de l’emprisonnement. Ces temps troublés ne sont pas sans risques. Les Jésuites s’acharnent : la « fureur » de l’élégiaque sarcastique, libertin avant la lettre, lui vaut d’être brûlé place de Grève… en effigie. À l’exception de Corneille et de La Fontaine les classiques condamnèrent eux aussi cet ennemi de l’imitation, cet amoureux de la nature. Les modernes, dès Gautier, Gourmont, redécouvrirent peu à peu tout l’éclat du charme blessé dont il enchanta l’orée du Grand Siècle.

 

  • Le laitier de Noël, Roland COUNARD, Le Pont du Change, 2012.

 

  • Robin Dubuisson a cinq ans quand on lui offre un vélo torpédo. Son grand-père meurt, au bas de l’escalier de la terrasse. Sa voisine meurt, sans doute assassinée (par le père de Robin ? Par un intrus ? Par Robin lui-même ?). Et Sabrina, et Colette, que viennent-elles faire dans ce jeu ? Personne n’en sait rien. Cependant, par petites touches précises, écrites avec un réel souci d’égarer le lecteur, Roland Counard donne toutes les pièces d’un puzzle enfantin. Il suffit de se laisser emporter par la magie de ses mots pour se retrouver dans un enchevêtrement de genres : récit de vie, roman policier, long poème sur la lucidité et la perversité de l’enfance, analyse psychologique des relations humaines. Tout cela bien dense, d’une puissance presque éhontée. Un texte dont on se régale, comme une lampée de lait frais, le matin de ses cinq ans.

 

Jean-Claude Legros

 

  • Ne tue pas la mésange bleue, Nicole PIQUET-LEGALL, Prix de poésie 2012 Yolaine et Stephen Blanchard, Les presses littéraires, collection Florilège, 2012.

 

  • Sculptant ses mots au scalpel de l’introversion, l’auteure a continué d’explorer « les strates de détresse dans les dédales du deuil et son déluge de maux… », sans craindre « l’immodération ».

Pour mieux exprimer « l’inacceptable disparition, l’accablante épreuve », elle décrit les lancinantes blessures du corps crucifié dans la désespérance, jusqu’à « l’aliénance ».

Cependant, le constat s’impose, irréversible : « la mort ne se partage pas ». « Toute crainte apaisée dans l’échappée des regrets, il faut guetter les prochains réveils, la sagesse d’une nouvelle ère… » qui libèrera enfin l’envol créateur.

Alors, soyons à l’écoute de ce cri frémissant telle une supplique : « Ne tue pas la mésange bleue et chante encore la vie » !

 

Yolaine et Stephen Blanchard

 

  • Le nouveau temps du verbe être, Roger DES ROCHES, Poésie, Les herbes rouges, 2011.

 

  • « Le passé, l’étendue du corps des femmes, la vie fabriquant des chimères.

Promenade d’homme nu dans un paysage mal réfléchi.

Comment interpréter ce qui fut, ce qui fuit ? Seul but du poème.

Comment retrouver ses chemins dans le noir ?

Travail de mémoire et d’invention. Plutôt qu’écriture automatique, mémoire automatique.

Capturer des images du passé, dont on ne sait plus, dont on ne saura jamais, si elles sont vraies ou fausses.

Spectacle organique, voix de chair. Avec l’image d’un Christ vaincu qui traverse l’espace, la tête et le corps. »

 

  • L’ombre que les loups emportent, Poèmes 1985-2000, Christophe DAUPHIN, Les Hommes sans Epaules éditions, 2012.

 

  • « Sans le poète, »écrit Dauphin, « il n’ya ni rêves, ni miroirs ». Parce que le poète refuse, à tous les niveaux, de se tenir à l’étroit dans le monde. D’où son recours permanent à une toile de fond cosmique : les astres, les étoiles, l’horizon ; à la valse des éléments : le vent, les fleuves, la pluie ; à la Nature jour et nuit en plénitude : les arbres, les feuilles, les fleurs… L’homme – qui d’ailleurs est « un nomade » – est, sans cesse, pénétré par le monde. En effet, pour faire face, pour se voir bouger, pour ressentir son être, il a besoin de cette fresque élémentaire à quoi s’appuyer, avec quoi jongler, entrer et sortir de soi par toutes sortes de portes, puisqu’il envoie ses poèmes à la poursuite du « qui sommes-nous au milieu de tout ça ? » La matière première du monde sensible coagulée à la volonté de connaissance de soi et aux incursions, à nos élans « sur la route du sang »… Christophe Dauphin, poète phare de sa génération, qu’il incarne avec force, originalité et authenticité, comme personne d’autre, est un poète de la poésie vécue, un poète de l’émotion. Il s’insurge contre les massacres. Il nous appelle à réunir nos forces afin de « donner sens à cette terre égorgée par le mensonge ». Et pour se faire entendre, il pratique le « cri arracheur d’entrailles ».

 

Jean Breton (mars 2000)

 

  • Le portail gris-bleu, Jean-Pierre FARINES, Poésie, éditions de l’Atlantique, collection Phoibos, 2012.

 

  • C’est en ces termes que Jean-Pierre Farines définit son recueil : « Comment grandir sans perdre de vue les éclairs de vérité de l’enfance ? Le portail gris-bleu est le passage étroit entre mémoire et devenir. Un voyage intérieur, dans la lumière du Midi, vers le présent et la découverte de soi.

 

  • Portes de l’anonymat à l’usage d’un long voyage en Chine, Pierrick DE CHERMONT, Poésie, éditions de Corlevour, collection Nunc, 2012.

 

  • Les poèmes rassemblés dans ce recueil veulent répondre à la question : où suis-je quand je marche ? La géographie qui s’en dégage mélange les paysages intérieurs et extérieurs. Elle revoit les enchaînements temporels en les regroupant suivant les points de fixation qu’ils eurent… Des ensembles se dessinent, introduits par des arches invisibles, mais qui, nommées, confèrent aussitôt une identité propre à l’ensemble. S’approcher d’un repère, l’enjamber, c’est comme pénétrer sur une terre nouvelle. Il y a un seuil désormais, un dedans et un dehors. Plus qu’une arche, on parle de porte. {…}

Où est le roi ? Et cette voix qui hante ces ruines et se tait, dont le souffle est plein d’espace et de temps, quelle est-elle ? ça sent encore le vin frais de la cave, la peinture, le soleil après l’absence. J’écoute, je l’interroge, je le combats. Alors après l’Orphée russe, je redis ne pas avoir « envie de parler de moi, mais de tendre l’oreille pour écouter la germination et le bruit du temps. »

 

  • Survitudes, Stephen BLANCHARD, Poésie, préface de Michel LAGRANGE, Les presses littéraires, collection Florilège, 2010.

 

  • Qu’y trouvons-nous ? Le chant d’une âme, qui est un monde pour son auteur, et pour ceux qui s’y reconnaîtront. Ils seront nombreux parce que le chant du poète nous concerne tous. Le chant d’une âme donc, en ses contradictions fertiles. Les facettes d’un esprit personnel, unique et propre à la condition de tout être pensant. Portrait du peintre face au miroir, et désireux d’ouvrir grandement la fenêtre…

 

Michel Lagrange

 

Les revues suivantes :

 

  • L’aero-page n°99, automne 2012, 12 p.A4 ;

Union Nationale pour l’Information des Auteurs et Concouristes pour la Défense de la liberté d’expression des écrivains (UNIAC), 19, allée du Mâconnais à F-21000 DIJON

aeropagblanchard@aol.com

(Stephen BLANCHARD)

 

  • Art et poésie de Touraine n°210, automne 2012, 62p. A4

Carroi de Paris, 61, rue du Coteau à F-37500 SEUILLY

catpoesie.touraine@free.fr

(Catherine BANKHEAD)

 

  • La braise et l’étincellen° 102, 15 novembre 2012,

24 p.A4

Journal bimestriel indépendant au service de la francophonie (arts – lettres – poésie – échos) –

7/2 rés. Marceau-Normandie, 43, avenue Marceau à F-92400 COURBEVOIE –

yvesfred.boisset@papus.info; http://yves-fred.over-blog.com

(Annie et Yves-Fred BOISSET)

 

  • Comme en poésien° 51, septembre 2012, 76 pages A5

Revue trimestrielle de poésie

Le pierrot lunaire

2149, avenue du Tour du lac à F-40150 HOSSEGOR

j.lesieur@orange.fr

(Jean-Pierre LESIEUR)

 

  • Comme un terrier dans… l’igloo dans la dune!n° 98, septembre 2012, 112 p. A5

Par-dessus le bastingage

67, rue de l’église à F-59840 LOMPRET

guy.ferdinande@neuf.fr

(Dan & Guy FERDINANDE)

 

  • Le Glettonn°439, octobre 2012, 20 p. 16X24

Mensuel de la Gaume et d’autres collines

28, rue Saint-Martin à B-Villers-sur-Semois

secretariat.gletton@gmail.com

Michel DEMOULIN)

 

  • Inédit nouveaun° 259, novembre-décembre 2012, 32p.A4

Mensuel littéraire des Editions du Groupe de réflexion et d’information littéraire (GRIL) ne publiant que de l’inédit

Ardenne mythique… et européenne

avenue du Chant d’Oiseaux, 11 à B-1310 LA HULPE

0032 (0) 2 652 11 90

(Paul VAN MELLE)

 

  • Lectures françaisesn° 666, octobre 2012, 64 p.A5 – Revue mensuelle de la politique française

BP 1 à F-CHIRE-EN-MONTREUIL

sadpf.chire@gmail.com

(Jean AUGUY)

 

  • Libellen°237 et 238, septembre et octobre 2012,

6 p.A5/n° – Mensuel de poésie

116, rue Pelleport à F-75020 PARIS

pradesmi@wanadoo.fr

(Michel PRADES)

 

  • Microbe n°73, septembre-octobre 2012, 24 pages A6

La revue qui va pouvoir regarder des films interdits aux moins de 12 ans !

et Mi(ni)crobe # 36 : Les femmes fatales sont-elles mortelles, Hélène DASSAVRAY

Launoy, 4 à B-6230 PONT-A-CELLES

ericdejaeger@yahoo.fr

(Eric DEJAEGER)

 

  • Nouveaux délitsn°43, octobre à décembre 2012, A5

Revue de poésie vive

Létou à F-46330 ST CIRRQ-LAPOPIE

nouveauxdelits@orange.fr

(Cathy GARCIA)

 

  • Pages insulairesn°26 et 27, août et octobre 2012, 24p. A4

Bimestriel perméable aux idées

3, impasse du Poirier à F-39700 ROCHEFORT-SUR-NENON

pagesinsulaires@orange.fr

(Jean-Michel BONGIRAUD)

 

  • Portiquen° 88, octobre 2012, 56 p.A5

Revue de création poétique, littéraire et artistique

Mairie à F-84110 Puyméras

http://portique.jimdo.com

http://poesievivante.canalblog.com

(Chris BERNARD)

 

  • Portulan bleu n°13, octobre 2012, 52 p.A5 ; 10€.

Éditions Voix Tissées, 105, avenue Aristide Briand à F-92120 MONTROUGE.

portuland@orange.fr

(Martine RIGO-SASTRE)

 

  • Reflets Wallonie-Bruxelles / La pensée wallonne n° 33, 3ème trimestre 2012, 75p.18X25

Organe officiel de l’Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie

Espace Wallonie, 25, rue Marché-aux-Herbes à B-1000 BRUXELLES

joseph.bodson@skynet.be

(Joseph BODSON)

 

  • Revue indépendanten° 335, octobre à décembre 2012,

54p. 15X24

Résidence B, 24, rue Saint-Fargeau à F-75020 PARIS

sje_ri@yahoo.fr

(Jeannine-Julienne BRAQUIER)

 

  • Traction-Brabant n°48, 18 octobre 2012, A5,

résidence Le Blason 3ème étage,

4, place Valladier à F-57000 METZ.

p.maltaverne@orange.fr

(Patrice MALTAVERNE)