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Falaises de l’éclair, Jean Dumortier 

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  • Falaises de l’éclair, Jean Dumortier ; Bruxelles : Le Non-Dit, 2011.

Chaque poème de ce recueil semble avoir été acheminé par la marée d’un cœur qui se donne sans condition. En effet, au détour de chaque page, Jean Dumortier vise à transmettre une vision lumineuse et joyeuse du monde, célèbre l’infinité de l’être tout en proposant une vision qui veut encore croire en un monde meilleur.

Véritable cri d’amour adressé aussi bien à la femme aimée qu’à l’univers tout entier, ce livre tend à mettre en avant les forces actives de la vie, s’oppose aux violences du temps et approche le secret perdu d’un bonheur apte à conjurer la mort. En ce sens, la poésie de Dumortier nous incite à effectuer un pas vers la lumière d’une pensée s’ouvrant aux clartés de la terre ; en ce sens, la poésie de Dumortier cherche à nous donner l’amour de la vie…

En conclusion, on peut affirmer que Dumortier est moins un auteur qu’une vie qui respire ; poète engagé dans son temps, il médite sur la condition humaine et ouvre en nous les rideaux d’un éveil susceptible de nous aider(à qui jamais ne s’éveille rien ne sert de rêver) à retrouver le goût de l’essentiel ; à savoir, la simple joie d’exister et d’aimer…

Je vais comme l’éléphant de mes forêts

Cœur battant dans le silence du bonheur

Poème de joie, poisson volant de mes hémisphères

tu t’élances au-delà du temps qui passe

Faon dans sa course vers sa mère

et si tôt conscient de la fragilité des choses

Tu t’ébats en abordant mes cieux multiples

Poème de joie, je t’embrasse au couchant de la vie

En lianes de promesses, fais vœu

pour que l’éphémère n’ait raison de nous

et que la solitude, dans son manteau noir

ne nous maintienne au friselis des eaux

◊Pierre Schroven

Paroles buissonnières (Carnets confidentiels n° 34), Les années Minou, Jacques CANUT ; les deux recueils à La Botellerie, imprimerie à Vauchrétien ; Déclinaisons, Ed. Rafael de Surtis, Cordes sur Ciel.

Jacques Canut (né en 1930) a publié ces trois minces recueils au cours de l’été 2011. Il s’y montre tendrement attentif à la nature, aux êtres et, surtout, aux rencontres, aux hasards de la vie. Tout ce qui se passe – j’entends les événements de la vie courante, anodins – trouve en lui un poète soucieux de rendre ce qu’il voit, comme s’il voulait porter témoignage et proclamer que tout est poésie. «  En ce calme bureau de poste, sur les bras de sa mère, à peine sortie de l’adolescence, un bébé d’origine africaine, aux traits remarquablement harmonieux et délicats, observe et suit attentivement, sensible et réfléchi, les gestes de l’employée. »

Comme pour un instantané, il s’agit de saisir l’essentiel d’une scène. Après, Jacques Canut se laissera peut-être prendre par une méditation. Toujours, il s’avance et observateur amoureux de la vie, même si, ici et là, quelque nostalgie vient sous sa plume : « [je] ne survis qu’égrenant ma retraite en jours d’austère solitude ». On n’évite pas l’âge et ses aléas…

Ce qui compte ici, c’est un ton, c’est une allure. Rien de tarabiscoté, de la prose dirait-on si n’éclataient ici et là des images comme « l’offrande du beau temps », « respirer sous les champs d’étoiles » ou des bonheurs d’écriture : « La montagne, aujourd’hui / a l’odeur glacée des vieillards / qui se laissent glisser / dans la nuit. »

On l’a compris, rien n’est plus étranger à ce poète que la pose, la recherche formelle à la limite de l’incompréhensible, la parole tonitruante. Il chante dans des murmures (c’est alors qu’il faut se montrer attentif), avance d’un pas égal, sans hâte, énonçant ses bonheurs et ses découvertes comme le ferait un aîné plein de sagesse. Une voix qui touche.

Georges JACQUEMIN

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