Julia KRISTEVA, Meurtre à Byzance, roman, Fayard, Livre de Poche, 2006.     

Byzance, ou l’autre du même

« Mort et vie sont au pouvoir de la langue !

Ceux qui la chérissent mangeront de son fruit. »

(Livre des Proverbes, 18 6/21)

Julia KRISTEVA, Meurtre à Byzance, roman, Fayard, Livre de Poche, 2006.     


On pourrait appeler Meurtre à Byzance* de Julia Kristeva un faux polar (« vous faites du polar en vous moquant du polar », p. 431), mais ce serait bien plus approprié de dire que c’est un polar métaphysique, religieux, satirique, avec en toile de fond Santa-Barbara (le même du Vieil Homme et les Loups et de Possessions), c’est-à-dire notre contemporanéité néolibérale, sous toutes ses sinistres, palpables dimensions. Aux côtés du couple déjà familier commissaire Northrop Rilsky–journaliste Stéphanie Delacour (plus épris que jamais), on est incité à suivre deux affaires criminelles : l’énigme du terroriste Numéro Huit ou l’Infini (qui élimine, un à un, les membres de la secte du Nouveau Panthéon), et la double énigme de la disparition de l’oncle de Rilsky, Sebastian Chris-Jones, et de son présumé assassinat de Fa, son amante chinoise, enceinte du propre fils de Sebastian (coïncidence : Fa était la sœur jumelle de Xia Chang, alias Numéro Huit ou l’Infini, ou le Purificateur). Après que ce dernier eut vengé sa sœur en tuant Sebastian, à son tour il sera abattu par l’équipe de Rilsky (avec une maigre contribution du colt de Stéphanie, qui lui a juste éraflé un bras)… Ces foisonnantes intrigues sont brillamment orchestrées, bien qu’à la fin il n’y eût ni procès, ni preuve définitive, irréfutable, contre les deux assassins, même si Rilsky, personnellement, avait une assez juste vision de ce qui s’était passé. Les mêmes énigmes « criminologiques » en suspens (sans jugement ni sentence) que dans Le Vieil Homme et le Loups et dans Possessions, comme si dans notre Santa-Barbara le crime triomphait en toute impunité, car il n’y a plus de mesure, ni de « frontière » : après la liquidation de l’Infini, un autre terroriste (tel un clone) poursuivra ses meurtres « toujours dans la nébuleuse du Nouveau Panthéon » (p. 440). Voilà une des possibles lectures de ce roman total.

Une autre lecture (à la fois existentielle, historique, métaphysique), infiniment plus complexe et passionnante (imbriquée dans la trame de l’énigme policière) serait de suivre, d’une part (tout comme dans les précédents romans), Stéphanie Delacour (l’un des avatars de Julia Kristeva) ; et de l’autre, le roman d’amour raconté par le même Sebastian Chrest-Jones (qui s’y identifie), historien des migrations d’origine bulgare (du côté de son père, et en quête de son ancêtre), une sorte de fantôme byzantin parachuté dans le monde santa-barbarois : le roman d’amour, tué dans l’œuf, entre le clerc auvergnat Ebrard de Pagan (ou de Payns) et Anne Comnène (la première historienne du monde chrétien, telle une Mme de Staël byzantine, fille du basileus Alexis Ier, et qui décrirait magnifiquement, sur fond de la première Croisade, le règne de son père bien-aimé dans l’Alexiade en 15 volumes – cette « Chronique d’une princesse », ou « La recherche du père perdu », p. 51). 

En fait, dans l’amour d’Anne et d’Ebrard, on pourrait voir une métaphore du roman d’amour, tué dans l’œuf, entre l’Occident catholique et la Byzance orthodoxe ! Rappelons juste les deux faits majeurs de cette regrettable histoire : le Schisme de 1054 entre l’Occident et l’Orient, suite à une longue querelle théologique d’une subtilité « byzantine » (« À cause du per Filium qui subordonne le Fils au Père, puisque les orthodoxes croient que le Saint-Esprit descend d’abord du Père par le Fils qui lui est soumis, et non qu’il descend à égalité du Père et du Fils, Filioque, comme l’affirment les catholiques », p. 304), et, pour finir, en 1461, la chute de Constantinople conquis par l’Empire ottoman. 

Avec la journaliste Stéphanie Delacour, on marche dans les pas d’une écrivaine, d’une mère, d’une fille, d’une psychanalyste, d’une penseuse humaniste occidentale, venue depuis des décennies de Bulgarie (donc du giron de Byzance !) et vivant, elle aussi, avec l’Occident (la France d’abord, puis les USA), un roman d’amour qui, Dieu merci, sera partagé ; mais elle s’emploiera aussi (en sa qualité d’« entre-deux »), depuis toujours (et, souvent, pour un travail de Sisyphe), à jeter des passerelles, à colmater la faille entre l’Ouest et l’Est de l’Europe, tout en rêvant, aux côtés de quelques esprits têtus et lucides, d’une vraie Europe culturelle et social-démocrate, pas uniquement du marché – quoiqu’à l’heure actuelle ça paraisse utopique. Voici la maxime de « philosophie pratique » de J. Kristeva elle-même, ou sa manière d’être: « Vous avez raison, monsieur le ministre. Il n’y a rien à faire : alors, qu’est-ce qu’on fait ? » (in Je me voyage : Mémoires. Entretiens avec Samuel Dock, p. 46, Fayard, 2016).  

Depuis Les Samouraïs (1990), en passant par Le Vieil Homme et les Loups (1991) et par Possessions (1996), à travers ses avatars, J. Kristeva nous invite à « voyager » dans son monde intérieur, et peut-être découvrir quelques ressorts de son âme ! À ce propos, j’oserais affirmer qu’elle à trouvé la clef (« la magique étude du Bonheur que nul n’élude »), non, à proprement parler, pour « dépasser », « remplacer », mais, paradoxalement, pour incorporer, transfigurer l’Œdipe paternel ; et cet amour partagé du père (tel le conatus spinoziste) l’aidera à augmenter sa puissance d’agir, à chercher les bonnes rencontres, à éprouver des passions joyeuses, à persévérer dans l’existence, dans son être ! (À ce sujet, j’ai écrit une chronique à Le Vieil Homme et les Loups, roman dédié à son père ; à relire, de même, dans le flamboyant récit –dédié aussi à son père – Thérèse mon amour, l’Acte IV : « L’adieu de l’analyste », de la pièce « Dialogues d’outre-tombe ».) 

Du côté de sa mère, il reste, depuis toujours, une énigme, telle une blessure mal cicatrisée : aucun livre qui lui fût dédié, juste quelques pages essentielles dans celui-ci ; or, la présence de cette mère est partout, dans ses œuvres et dans sa vie de femme, de mère, de psychanalyste. J’ose avancer que c’est grâce à elle que J. Kristeva a pu comprendre, et énoncer (en 2011), le concept de reliance, c’est-à-dire : « Le ‘mystère’ de la passion maternelle que j’ai appelé plus tard une reliance. Permettre au nouveau venu, éphémère, étranger, d’acquérir son originalité » (in Je me voyage, p. 280). Et encore : « La reliance opère contre l’emprise maternelle, pour que, au contraire, la séparation devienne possible et que l’autonomie favorise de nouvelles rencontres » (ibid., p. 139).

Et voici, selon moi, l’origine, la source existentielle dramatique (paradoxale, aussi) de cette découverte kristévienne : « Christine, plume, aile, furtif oiseau noir qui n’a fait que nous effleurer tous les trois – ma sœur, moi, papa. Parce qu’en réalité, c’est nous qui pesions sur elle, puisqu’elle était notre appui. Mais cette femme [je souligne] nous laissait croire qu’elle se contentait de nous frayer un passage, qu’elle ne souffrait ni n’infligeait aucune éraflure, rien qu’une caresse. Je ne vous ai pas couvées, je vous ai donné des ailes[je souligne], c’était là sa devise, sans orgueil aucun, l’ironie au coin de l’œil et des lèvres, s’excusant d’en avoir trop dit, d’avoir rompu le silence. Son silence complice n’était qu’un intervalle, il laissait toute la place à nous autres [je souligne], je l’entends encore, je le cherche toujours » (Meurtre à Byzance, pp. 332-333).

Cette mère, juive marrane du côté de sa propre mère, Sara, et chrétienne orthodoxe du côté de son père moscovite, Ivan, il se pourrait (c’est mon hypothèse, peut-être hasardeuse) qu’elle ait vécu avec Ivan la même histoire d’amour œdipien, répétée avec ses deux filles à l’égard de leur père, son mari. Si c’est le cas, on comprend plus aisément ce « silence », ce détachement fidèle, ce « retrait réceptif », cette « étrange capacité d’être seule » (ibid., p. 332).  Il resterait toutefois à Christine la nostalgie, et elle s’en est constitué un petit trésor : « À l’automne de sa vie, maman s’était mise à la recherche non pas de ses proches en Russie, juifs et orthodoxes, il ne restait plus grand monde après tant d’années et de purges, mais de documents historiques sur le Moscou d’avant la révolution – cartes postales, prospectus, chroniques et témoignages divers. […] En quête d’un quartier, d’une maison, de l’air qu’Ivan et Sarah avaient respiré là-bas avant de venir ici » (id., p. 333). On ne saurait passer sous silence le geste hystérique, infantile, gratuitement méchant, de son époux, qui, un jour, a tout jeté à la poubelle ! Ni sa révolte à elle : « Je n’oublierai pas ce jour où Christine a découvert le désastre. Son regard noir s’est brusquement vidé, elle s’est immobilisée de longues minutes, une éternité, devant son mari, muette. Puis elle s’est enfermée dans sa chambré, pour n’en ressortir que vingt-quatre heures après, les yeux rougis de larmes invisibles. ‘Tu sais, ma fille, personne au monde ne méprise les étrangers comme nous les méprisons, nous autres Français. Froidement, sans scrupules, la conscience tranquille. Nous sommes les meilleurs !’ Ah, la méchanceté de ce ‘nous’ ! ‘N’oublie pas ça, veux-tu ?’ Après, plus rien, le silence » (id., p. 334).

Choquée, troublée, Stéphanie verrait dans cet acte du père un possible accès de russophobie, voire d’antijudaïsme. Et s’il ne s’agissait pas de ça, mais d’un malentendu, d’un de ces non-dits qui tuent ? Peut-être que, ne supportant plus sa « solitude », son « retrait » à elle, il avait (par ce geste absurde, désespéré) voulu l’arracher à son passé fantasmatique-fantomatique, pour qu’enfin elle leur revienne, pour qu’elle vive avec eux trois !

Et ses pleurs à la mort de Christine ? « Tu n’imagines pas, personne n’imagine Stéphanie Delacour pleurer comme une petite fille, pauvre orpheline ! Eh bien si. Je ne pleure dans aucune langue, sans mots, avec le souvenir de son regard, de son parfum, de sa solitude, et ce silence, son silence, mon berceau, mon pays » (id., pp. 334-335). Et J. Kristeva de confirmer : « Je n’ai pas versé de larmes à l’enterrement de mon père, trop de rage, un monde s’écroulait. À la mort de ma mère, j’ai pleuré dix jours sans arrêt. J’avais perdu la fondation, pire, l’instanton » (in Je me voyage, p. 280). Peut-être que derrière ces pleurs en cascade se cachait un vide, le manque de cet amour qu’elle n’a pas pu, n’a pas su avoir pour sa mère qu’elle a même osé nommer « cette femme » (ce qui me rappelle l’Évangile selon S. Jean, « Les noces de Cana, 2, 4 », « Jésus et sa mère, 19, 26 » : sans doute le premier cas de reliance/déliance du monde judéo-chrétien).

N’oublions pas non plus (last but not least, car Stéphanie ne pourrait jamais l’oublier) Jerry, le fils de Gloria (un autre avatar de J. Kristeva), la décapitée de Possessions : « ce fils adoptif que j’ai installé avec Pauline à Paris, la fragilité de cet adolescent féru d’informatique, s’il vous plaît, ce monde que j’estime être le vrai monde se rétracte et disjoncte dès que je débarque ici » (Meurtre à Byzance, p. 125). Et : « Je ne me retire pas au fond de moi, puisque ce fond se dérobe, mais je passe dans un entre-deux, ni fond ni surface, et loge dans ce vide que j’appelle étrangeté. On me prête plusieurs langues, je n’en ai aucune. Je ne m’exprime ni en mots ni en phrases, comme font les autres dans leur langue maternelle, bien que j’aime à tracer des rythmes et des visions plus aisément en français, car c’est la langue de mon fils, une langue désormais infantile pour moi aussi, et cependant méditée, précautionneuse comme l’est celle des enfants demeurés longtemps mutiques – des huîtres qu’on a prises pour des pierres » (ibid., p. 128). (Rappelons que Jerry participerait à l’enquête de Stéphanie, en tant qu’expert informatique : « Jerry a pu entrer dans la mémoire du PC portable de Sebastian Chrest-Jones »…)

Mais, c’est mission impossible de résumer ce livre multiple, polyphonique (suspens, intensité dramatique, poésie, ironie, mise en abyme…), à la construction baroque, ou plutôt « byzantine » : plusieurs strates à gratter pour tant soit peu le déchiffrer, le comprendre, en fait pour comprendre l’autre du même, la Byzance de l’Occident, voire l’autre de nous mêmes, pour ne pas rester « étrangers à nous-mêmes » !

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Bartabas, Les cogne-trottoirs, roman, Gallimard, collection Blanche, 288 pages, janvier 2026, 21€.


Violent, sensible, exubérant, torride ! Généreux, réconfortant, gorgé d’espérance, car dans de ce livre traversé par l’odeur du sang, l’adversité – c’est peu dire – la souffrance jusqu’à l’insupportable, est surmontée, magnifiée, courageusement, joyeusement – il s’agit de la vraie joie, pas d’une joie de pacotille -, fraternellement, car ces cabossés de l’existence sont solidaires, en union de solitude.

L’âne Balthazar, s’il n’écrit pas ses mémoires comme Cadichon, n’en pense pas moins, sait entendre ce qui n’est pas dit, et braire à bon escient. C’est le sage de l’histoire, le philosophe bienveillant.  Il « apprend (à Marie) à fermer les yeux pour mieux entendre le récit de la pluie et accepter la machinerie de l’existence ». Est-ce le cousin de Balthazar, celui du film de Robert Bresson, « Au hasard Baltazar » ? En tout cas il se range parmi les ânes pour lesquels nous nous prenons d’affection : outre Cadichon, l’âne-Culotte d’Henri Bosco, Modestine, l’ânesse de Stevenson, sans oublier Trotro l’ami des enfants. 

Il est entouré d’hommes et de femmes profondément attachants, brûlés jusqu’à la moëlle – en eux flambe le feu sacré – qui suscitent notre admiration, parce qu’ils avancent, s’abreuvant à leurs larmes, jusqu’au bout de l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes, d’autant plus vivants qu’ils donnent réalité à leur rêve. 

Christian, l’Ange blanc, le funambule de Jean Genêt, avance sur son fil, le sexe dressé en guise de balancier. « Nu, il taille l’air de ses bras et trace un chemin secret que lui seul semble voir ». Le corps s’élève. La place. Les tours de la cathédrale. Spiritualité du corps. 

Le langage n’est jamais vulgaire car les mots sont justes.  On pisse, on pleure, on saigne, c’est simplement la réalité des vivants. Les moments où la poésie vous prend aux tripes n’en sont que plus « précieux ».  La poésie populaire est chantée dans les bas-fonds par des analphabètes anonymes » pourrait être un slogan de Léo Ferré, clamé par son poète Bipède volupteur de lyre / Epoux châtré de Polymnie/ Vérolé de lune à confire/ Grand-Duc bouillon des librairies/ Maroufle à pendre à l’hexamètre/ Voyou décliné chez les Grecs/ Albatros à chaîne et à guêtres/ Cigale qui claque du bec (Poètes vos papiers). De même : « Vos théâtres ne sont que des maisons closes, leurs toits sont des couvre-ciel ! On y pratique la contemplation béate, à distance…Un théâtre où le public s’identifie à des spectres ! Des spectres professionnels !»

Baltazar tourne sa queue sept fois avant de braire, il préfère penser et aimer. Si la muette (l’angelotte) parle avec ses mains, et son corps, les livres lui ouvrent un passage vers une autre vie, ils parlent à son silence.

La langue superbe de Bartabas fixe des moments intenses : « Dans l’euphorie du soir, comme des apôtres fatigués, les yeux brûlés de rimmel, ils lèvent leur verre à la santé de l’angelotte. Ils savent que nul n’apaisera jamais le sang qui les calcine ; cette nuit, le vin aidant, ils ne veulent être que tendresse et douceur. » Nous avons sous nos yeux ce tableau – qu’aurait pu peindre Le Caravage – nimbant les saltimbanques, grandioses, d’une clarté crépusculaire, et nous sommes remués. 

La naissance, la mort, les deux bouts de l’existence, touchent au Mystère. Entre, On souffre pour ne pas mourir. La vie, la mort, celle des hommes, des femmes, celle de l’animal. Au-delà encore la vie. Au centre, le désir, un désir fou, irrépressible qui se pose où il peut. Chacun garde une dignité, même dans l’abjection.

L’Amiral, au passé énigmatique, au rut fougueux, à la verve gouailleuse, qui porte son navire tatoué sur son torse, et crache le feu, lui-même pétri de poésie et de peinture, a su déceler en chacun de ses baladin son meilleur : la force chez le Cyclope, le goût des sentences et des formules chez René le Baron, ancien professeur de Lettres et de Philosophie qui devient l’Érudit, la tendresse offerte chez l’Ange Gabriel à la vie chaotique, qui a gardé pour toujours l’envie de pleurer, l’espérance chez le Père Joly, prêtre défroqué, qui ne cesse de croire dur comme fer à la Rédemption, et nous entraîne à sa suite, le chant chez Madame Lili, la Castafiore, qui a échappé de peu à la rafle du Vel d’Hiv et reporte son affection sur Vagabond, son chat « Une vraie artiste ne renonce jamais, jamais elle ne baisse pavillon. ». Tous avaient un avenir social et professionnel tracé, qu’une chiquenaude a fait basculer, donnant une autre impulsion à leur destinée qui s’accomplit malgré tout, devenant mission.  L’Amiral les porte, les transporte sur l’élan de sa voix. Et il a besoin de ce rapport à l’autre pour se sentir lui-même vivant.

Se joignent à eux Gaspard, l’homme aux rats, ancien vétérinaire, qui a tout perdu en jouant aux courses, et s’est mis à fréquenter les rats ; Clovis Trouille, le comptable pétomane, qui, les soirs du week-end, mène une vie parallèle ; Abdelkader le circassien, acrobate hors pair, que l’Amiral appelle « Le Petit Prince des Trompe-la-Mort », Andrea, l’illusionniste.  Il y a aussi la fille aux oiseaux, dite la Mésange, qui « charme » ses volatiles, et Cascabelle, la blanche Cascabelle, percée jusqu’au fond de ses entrailles, qui se cherche un groupe auquel se joindre, les féministes, les muettes, et trouve une aile sous laquelle se reposer. 

Un grand-duc blessé les unit, car, outre l’âne Baltazar, les animaux entretiennent une relation mystique avec les humains. Cascatelle entre dans la tête de l’oiseau, ouvrant « grand les yeux alors que l’oiseau abaisse enfin ses paupières en relâchant la pression de ses serres. » 

Bartabas peint le portrait de chacun des Baladins, hissant les formes et les couleurs, tableaux qui s’imposent à nos yeux, et à nos cœurs. Car l’essentiel n’est-ce pas d’aimer ? 

Les saltimbanques se déploient dans les rues, sur les places de Paris, boulevard Saint-Germain, devant l’église, au jardin des Tuileries, traversent le Pont-Neuf. Une soirée étrange et baroque à l’Hôtel Meurice, où le spectacle se joue dans la salle. Les bars, le parc des Buttes-Chaumont. On va à l’église parfois, à la cathédrale, celle de Reims, aux anges de pierre. Puis c’est Lyon, Avignon.

Bartabas nous immerge dans ce monde de baladins qu’il connait si bien, Célébration des corps en ébullition, des cœurs brûlant à fleur de peau. Assistez chez vous au nouveau spectacle de Bartabas ! S’il porte en lui quelque chose de l’Amiral, le révélateur de talents, c’est d’abord lui le metteur en scène, le monteur en selle de l’histoire initiatique de Cascabelle et de son âne, qui rejoignent ainsi la grande famille Zingaro.

Dans le temps où s’enchâsse la lecture de ce livre, je découvre dans le film Plein Pays, présenté par son réalisateur Antoine Boudet », Jean-Marie Massou, un personnage « extraordinaire » , artiste de l’art brut, qui vécut dans le Lot, où, seul avec son tracteur, il a creusé en profondeur de longs souterrains, orné des pierres, créé des musiques étranges, qui attendait les extra-terrestres, un « sauvage » génial qui aurait très bien pu, – et même dû dans la logique des choses – sans diverses interventions, passer son existence en hôpital psychiatrique.  Mais cela est un autre sujet. Quoique…..

Monique Charles-Pichon, Louise ou Les mères intérieures, roman, L’Harmattan, 2024, 275 pages

Monique Charles-Pichon, Louise ou Les mères intérieures, roman, L’Harmattan, 2024, 275 pages


« Tout ce que j’écris, vois-le comme une trousse à outils, de secours, une pioche, des varias d’inquiétudes et d’amour où tu peux grappiller librement »

Les mères intérieures, ou « Les guerres intérieures » (roman de Valérie Tong Cuong), ou Les tourments …, Les espoirs … et tant d’autres à imaginer.

Monique Charles-Pichon nous emmène dans un roman hybride entre psychanalyse, philosophie, entre espoir et renoncement, désir et refoulement, attente et déception, …

C’est de toute façon aussi l’histoire d’un amour floué que nous décrit Louise dans son journal/manuscrit qu’elle intitulera Donner le jour.

Trois parties charpentent ce roman.

Louise, 1984

La maman de Marie, Louise, ne citera les intervenants – surtout ceux de sa famille, ses parents, ses grands-parents, ses marraines, sa fille … que par leur prénom. Elle ne dira jamais « papa », « maman »…

Elle vit avec Louis et a un désir absolu d’avoir un enfant. Pourquoi souhaite-t-on avoir un enfant ? Pour avoir un projet de vie, pour consolider son couple, pour partager ses acquis, pour servir de relais entre hier et demain … Pour tout cela et surtout par amour, pour la plupart d’entre nous, du moins je l’espère !

Louise et Louis, ça ne s’invente pas ! Louise va lui « faire un enfant dans le dos », comme dit l’expression, car de progéniture, Louis n’en veut pas. Mais notre héroïne cherche avant tout à garder son compagnon et c’est la seule alternative à laquelle elle songe.

Alors Louise imagine un dialogue avec son enfant à naître : elle sait d’ores et déjà qu’il s’agit d’une fille. Ce dialogue qui est en fait un monologue, puisque celle qui vit en elle ne peut lui répondre. Une forme de catharsis en quelque sorte qui lui permet de tenir bon et de se dire que Louis ne va pas la quitter, comme ça, sur un coup de tête. Elle dit à son enfant à naître celui qu’elle a été, lui décrit les passages difficiles qu’elle a connus et les personnages qui ont compté pour elle, disparus ou encore présents.

Marie 2020

Ici, c’est Marie qui prend le relais, à 35 ans, Louise avait cet âge quand Marie est née. La mère veut léguer à sa fille Les Volets bleus, maison de son enfance, où elle a été élevée par sa génitrice et ses deux marraines, Hélène et Joan.

« Je voudrais faire comme toi… écrire la suite de Donner le jour, ce pourrait être ça, un carnet de bord qui détecte les lignes de force du passé et du présent. »

« Le suicide et l’infanticide pour crier à Louis l’horreur de l’abandon, qu’il ne s’en remettre jamis. »

« Louis, je l’ai expulsé ».

Louise devenait folle car – en réalité – Louis l’avait quittée, abandonnée. Cette folie conduisit la mère presqu’au suicide et à l’infanticide ; ce que découvre avec horreur Marie, en lisant le second manuscrit tout raturé et qui chavire en tous sens : Lettres de l’abandon. Marie se rend compte que sa mère devenait dangereuse pour elle-même ainsi que pour sa fille.

3ème partie : Hélène, 2021

Psychanalyste et amie de nos deux protagonistes principales, Hélène va aider Marie à remonter la pente ; Joan aussi. Ses deux marraines, en somme ! Les amitiés vont remplacer les cellules défaillantes et Marie – elle aussi – va se décider d’écrire et ainsi aller à l’essentiel : avoir une vie à soi, un espace de liberté, un endroit « intérieur » où chacun se soulage grâce à l’autre et tente de comprendre et d’aider l’autre.

C’est un roman prenant de but en blanc où les amitiés indéfectibles qui consolident et rassurent, les lieux de vie pour comprendre, l’amour des animaux, le recueillement pour solitude et introspection, l’écriture comme salut … sont les éléments fondamentaux que l’autrice développe pour aider à continuer, malgré les remous, les contraintes et les obstacles qu’offrent les rencontres probables et improbables d’une vie trop ou trop peu remplie …

Et si ces amitiés ne consistaient seulement qu’en une « renaissance » pour chacune des héroïnes.

Un roman féministe peut-être, mais surtout intimiste sur la difficulté d’être mère, de le vouloir et surtout de le pouvoir.

Etre mère, c’est pour moi quelque chose de phénoménal. Moi-même, je ne me suis rendu compte de l’importance, la force et le courage d’une maman que lorsque mon épouse l’a été…

Monique Charles-Pichon, à travers ce roman à multiples clés, nous fait rentrer dans un monde de questionnements, où la trajectoire d’une vie peut dévier si on est seul à s’enfoncer dans ses propres délires ou être « rattrapée » si on peut compter sur des appuis solides.

Nicolas de Mar-Vivo, L’Oreille absolue, Roman, Éditions Edern, 246 pages.


Désorientés, vous risquez d’être complètement désorientés par ce livre qui commence par : Le livre que vous tenez n’est pas de moi. Si j’ai décidé de le publier sous mon nom, c’est après mûre réflexion. Donc, si j’ai bien compris, voilà un auteur qui se sert, en toute impunité, d’un récit qui lui a été remis – offert dirons-nous – qu’il n’a pas écrit mais qui a été écrit par un autre et cet autre, sorti de nulle part, est, tenez-vous bien, un enfant de 10 ans.

Et quel enfant ! En bagarre avec les adultes et en premier avec ses parents, riches héritiers mais surtout artistes, qu’il accuse de l’avoir mis au monde. Je n’ai rien demandé nous dit-il.

Ma famille est d’une banalité confondante puisqu’elle est composée de cinglés, tous un peu artistes, tous un peu excentriques, comme vous et pas moi ?

En bagarre contre ses camarades au collège qui pratiquent l’asservissement à un chef, bellâtre et tout puissant, et qui n’ont aucune idée de ce que peut être la liberté de pensée et la véritable amitié. Première déception amoureuse mais réconfort de ses deux vrais amis, Medhi et Nicolas (Tiens !) qui partagent ses idées sur la famille et la société.

Et c’est en effet une critique acerbe de notre société d’égocentrés, de méprisants, de prétentieux, société de consommation, de loisirs faciles, de petites et grandes lâchetés et j’en passe, que Nicolas de Mar-Vivo nous délivre avec humour par la bouche ou plutôt la plume de Louis (il a cessé de parler à la mort de son petit frère Antoine) qui écrit ces mémoires sur un téléphone portable, car, contrairement aux apparences je suis de mon temps nous dit-il. Lui qui lit les Mémoires de Saint Simon en édition Pléiade et s’interroge sur la notion de doute chez Descartes.

Si vous n’imaginez pas possible qu’un enfant de cet âge soit déjà le sage et le penseur qu’il nous dit être, ne lisez pas ce livre. Par contre s’il vous reste de l’enfance le goût de l’aventure, y compris littéraire, la curiosité et l’esprit de liberté alors dévorez cet ovni à la fois drôle et caustique.

Et puis comme dit le jeune Louis :

Une chose est sûre, depuis notre enfance on nous raconte des salades. Nous avons droit à des variétés différentes, parfois, mais cela reste des salades. Les adultes nous mentent, sur à peu près tout, et personne ne veut le reconnaître.

Pourtant, c’est très simple : le mensonge s’entend. Il suffit de prêter l’oreille. Et  je l’ai absolue.

Louis n’est pas un adulte mais un enfant alors nous pouvons le croire. Par contre j’avais oublié de vous dire qu’il avait aussi l’oreille absolue

Claude Donnay, Ozane, roman, MEO, 2024, 256 pages. 

Claude Donnay, Ozane, roman, MEO, 2024, 256 pages. 


Je viens de terminer la lecture d’Ozane de Claude Donnay.  Le texte renoue avec la puissance de L’été immobile, deuxième roman de l’auteur, qui lui avait valu le Prix Mon’s Livre en son temps. Signalons que Ozane  s’est hissé parmi les cinq finalistes du prix Marcel Thiry 2024.

Tout est dit dans la première de couverture où l’on a l’apparition d’un contour « blanchi » autour du prénom « Ozane ». Et c’est de cela dont il est question dans ce roman passionnant. D’un estompement des lignes identitaires d’une jeune femme, Blanche, suite au traumatisme concentrationnaire.  Le texte amène son lot de questions fortes sur l’amnésie et le traumatisme.  

La prise de risque est belle dans ce nouveau roman. L’auteur s’ouvre à des périodes historiques jusqu’ici jamais abordées dans sa production romanesque. La géographie suit le cours de l’histoire, sur ce point : l’auteur sort de sa zone de confort. Dans La route des cendres (2017), Claude Donnay avait poussé une pointe au Pays-Bas, tout en restant majoritairement en France. Un été immobile (2018) prenait sa source du côté d’Ambleteuse avant de s’ancrer plus bas en France, au détour de quelques va-et-vient savoureusement caustiques vers le Brabant Wallon… On ne coupe pas les ailes aux anges (2020) se situait au cœur de la Belgique.  L’heure des olives (2021), même si certaines pages se centraient sur un périple vers les maisons d’éditions parisiennes, nous était assez proche. Dans Ozane, L’auteur dinantais s’aventure  dans des contrées qui ne sont plus limitrophes puisque, par le hasard de la vie, une partie de ses personnages vont se glisser dans le sillage de l’univers de Sylvain Tesson, un des intertextes puissants de Ozane étant Dans les forêts de Sibérie. Bien au-delà de la vallée mosane,  l’ouverture des paysages s’étend désormais, pour la première fois dans les romans de l’auteur, à l’horreur concentrationnaire de l’Allemagne nazie autant qu’à la nature enchanteresse du lac Baikal en Sibérie. Ce paysage narratif plus étendu,- et plus profond, à l’image du lac sibérien –  devrait, à mon avis, étendre également le lectorat de l’auteur dinantais. Souhaitons-lui une traduction pour ce dernier roman ; ce ne serait pas du vol. 

Grâce à un art de l’analepse, l’auteur nous replonge dans le passé d’Ozane Sorokin. Cette femme d’une septantaine d’année va se retrouver devant un ours, en 2000, alors qu’elle se promène dans la taïga. Après avoir perdu connaissance, elle finira par revenir à elle et c’est à ce moment précis de l’histoire qu’une jeune figure féminine de la résistance dans la vallée mosane va naître dans le récit. On va revivre les horreurs subies par Blanche, séquestrée et violée dans les bureaux de la Gestapo. Nous sommes en 1944. 

Les lieux choisis par l’auteur sont à la fois fidèles et infidèles à l’histoire qu’il voulait raconter. En réalité, l’histoire de Blanche/ Ozane Sorokin, c’est en partie l’histoire de la tante de l’épouse du romancier, une certaine Eliane Gillet, évoquée dans la note de l’auteur en fin d’ouvrage (251-252). Quand Claude Donnay apprend l’histoire de la tante de son épouse, il est poussé par une intuition artistique autant par les encouragements de ses proches qui voient dans cette tragédie familiale un point d’accroche non négligeable avec son lectorat : « La tante de mon épouse était impliquée dans la résistance de la région… ça me tenait à cœur d’évoquer son histoire. J’ai utilisé certaines ressources disponibles grâce à certains groupes, notamment « Territoire de la mémoire ». Ça m’a permis de me reconnecter à un savoir qui m’avait été transmis sur la résistance. Ma grand-mère paternelle était une bonne conteuse. Elle m’avait raconté ce qu’avait été l’époque de la guerre à Ciney. Elle en connaissait un rayon sur les maquis. Par ailleurs, j’ai retrouvé, sans jamais remettre la main sur le texte,  des bribes dans ma mémoire qui venaient d’un livre que j’avais lu quand j’avais une trentaine d’années…  Un ouvrage signé Maurice Jadot sur la guerre dans l’entité de Ciney. J’y avais trouvé beaucoup de renseignements sur le siège de la Gestapo à Dinant. Ces sources-là, combinées à des témoignages issus de sites, dont je prenais soin de vérifier la fiabilité, m’ont aidé à écrire de façon précise ». 

 Claude Donnay a donc cherché à faire revivre la mémoire d’Eliane Gillet et lui a donné un parcours romanesque de haut vol. Les lieux romanesques obéissent autant à des impératifs  historiques qu’à la nécessité de laisser parler la fiction. Le traumatisme d’Ozane Sorokin l’amènera à se remémorer le camp de concentration de Ravensbrück où elle a été déportée alors qu’elle avait une vingtaine d’années. La Sibérie, c’est de la pure invention, et ça tient à l’adoration du livre de Tesson, lu et relu par l’auteur. Au final, il s’agit ici d’un roman qui aura nécessité deux années de travail à Claude Donnay: « Les recherches ont duré une année. J’ai effectué une première recherche sur Google, tout d’abord. J’y ai trouvé pas mal de témoignages de première main. Des personnes rescapées du camp de Ravensbrück qui avaient témoigné aux alentours de 1970. Certaines sont décédées peu de temps après avoir livré leur récit de vie.  Je suis tombé sur des témoignages des surveillantes du camp. Des personnages sombres de Ravensbrück, dont Dorothea Binz, sont évoqués avec rigueur historique.  J’ai relu les archives du procès. Je me suis concentré sur les témoignages du chef du camp, des médecins impliqués, etc. »

Voici un passage évoquant Ravensbrück, extrait d’Ozane,: « Une prisonnière a pu avoir des nouvelles de sa jeune sœur emmenée alors qu’elle n’était pas plus malade que la plupart d’entre nous. La pauvre est clouée sur un lit. Opérée à une jambe, sans raison, elle souffre atrocement. Selon la Blockova, il semblerait que Herr Doktor Gebhardt et son assistante, la Obserheuser, s’adonnent à des recherches sur les plaies infectées. Ils incisent la peau et les muscles de prisonnières saines pour y glisser divers débris, morceaux de verre, de bois, de métal rouillé, et de la terre, de la poussière… pour recréer les conditions rencontrées par les médecins sur le Front. Ensuite, ils enferment la jambe dans un plâtre et la laissent pourrir le temps nécessaire à l’expérimentation de nouveaux traitements aux sulfamides. » (117) 

S’agissant de Ravensbrück, Claude Donnay précise que : « Tout ce qui est dit au niveau historique est réel.  Les noms sont les vrais noms des gardiennes des camps, le nom du chien… » L’auteur a évidemment eu le tact de changer l’identité des gens de la région dont le rôle historique dans la collaboration était avéré, ceci afin de ne pas nuire à la réputation des descendants de personnes qui étaient durant la seconde guerre mondiale du mauvais côté de l’histoire. Sans rien divulguer d’Ozane, disons simplement, que le travestissement identitaire opéré par l’auteur dans ses choix onomastiques, entre dans la composition de ses personnages principaux…

Par une alternance entre les époques bien orchestrée, l’auteur fait de la nature enchanteresse du lac Baikal un contrepoids naturellement crédible à l’univers concentrationnaire, grâce à un important travail de documentation également sur les us et coutumes de Sibérie. Certaines métaphores de ce roman, qui suit d’ailleurs l’eau et les poissons en son sein de très près, donnent à penser à l’importance de briser la glace pour faire émerger la vie.  On se rappellera que pour illustrer le fonctionnement de l’inconscient, une des métaphores les plus utilisées en son temps était celle de l’iceberg… Entre celle qui évolue à la surface (Ozane Sorokin, aux abords d’un lac superficiel s’il en est et qui sert de prétexte géographique pour sonder les profondeurs de l’histoire…) et ce qui se trouve enfoui en elle (Blanche et le traumatisme), on a la nécessité d’une griffe assez définitive dans le vif du sujet, et c’est là, toute la force de frappe de la patte de l’ours dans l’histoire. La patte de l’auteur, elle, est là dans le mélange entre réalité historique et fiction. Claude Donnay est pourtant tout l’opposé de Sylvain Tesson. S’il fait voyager son lectorat, il n’est pas voyageur pour un sou et revendique même un côté casanier…   

Les connaisseurs de l’œuvre de Claude Donnay retrouveront certains thèmes déjà abordés par l’auteur dans ses précédents textes. La violence qui avait pu choquer certains lecteurs dans On ne coupe pas les ailes aux anges, on la retrouve dans Ozane, mais avec un maniement de l’ellipse digne d’intérêt, qui m’a parfois fait songer au texte de Jean Cayrol lu par Michel Bouquet dans Nuit et brouillard. L’inclination naturelle à la poésie, et plus généralement à l’écriture, qu’ont certains personnages d’Ozane, et que on l’appréciait déjà dans La route des cendres, ainsi que dans L’heure des olives ravira les lecteurs des recueils poétiques de l’auteur…