Paul MATHIEU
Collectif, Anthologie de la poésie chinoise, sous la direction de Rémi Mathieu, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015
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Collectif, Anthologie de la poésie chinoise, sous la direction de Rémi Mathieu, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015
Contrairement à ce qu’on pense souvent, la poésie chinoise est assimilable par tout lecteur occidental et lui permet de comprendre la puissance du discours poétique. Contrecarrer la doxa idéologique des pouvoirs fut le but des mouvements tels que « Bawu Yudong » qui ont marqué l’essor de pratiques expérimentales et ont dépassé Shangai ou Pékin pour se répandre dans toutes les provinces puis hors frontière.
Dès la dynastie Zhou, les poètes chinois n’ont cessé d’innover comme le prouve cette anthologie. Ils conjuguent abstraction, figuration, panthéisme et critique. La poésie chinoise n’échappe jamais (ou presque) à l’intertextualité politique. L’individu et la foule y sont convoqués afin d’être rehaussés face aux pouvoirs qui les annihilent. Le combat n’est pas simple.
Il est difficile à une super structure (l’art) de vivre en apnée face à l’infrastructure politico-économique. Il fallut et il faut aux poètes chinois bien du courage pour imposer leur tyrannie du lyrisme face à l’emprise économique et politique. C’est sans doute pourquoi certains « maîtres » (Mao en tête) se piquèrent de taquiner la muse.
Mais les poètes radicaux devant tant d’impostures et pour imposer leur voix ont préféré l’anonymat afin de se soustraire à l’intertextualité idéologique des puissants. La provocation en fait partie, elle est même inhérente à bien des poètes des dynasties des Tang et des Yuan comme à ceux de la Chine d’aujourd’hui.
©Jean-Paul Gavard-Perret
7 janvier 2015
dans le gris d’une journée
qui ne dit pas son nom
la pluie s’obstine sur la vitre
soudain
les dieux sont devenus plus petits
encore plus petits
ne sont plus dieux
que pour pleurer
que pour chialer
misérables dieux à douze balles
réduits à la seule expression
des crapules percluses de peurs
perdues dans les sables
de l’ignorance
&
sur la vitre
la pluie s’obstine
– rien de plus
Paul Mathieu
6e livraison de la revue littéraire «Transkrit» par Paul MATHIEU
«Transkrit», n° 6; 252 pages, 12 € – abonnement 30€ pour trois numéros
Renseignements: transkrit@kulturfabrik.lu
Sans bruit, «Transkrit» s’inscrit dans le paysage littéraire luxembourgeois et international. Cela tombe bien puisqu’il s’agit avant tout d’y faire passer des textes d’une langue à l’autre autour d’un axe franco-allemand, mais, évidemment ouvert à d’autres horizons.
Doit-on expliquer la formule de la revue? Elle est simple, construite sur des bases solides. Une demi-douzaine de poètes phares présentés par leurs textes et leurs traductions. Des Français, des Luxembourgeois, Allemands souvent, mais aussi des Italiens et, cette fois, un Turc, Salih Ecer escorté et traduit par Sedef Ecer et Serge Basso de March. Outre ces dossiers, la revue rassemble aussi quelques coups de cœur et laisse une grande place à un photographe. En l’occurrence, cette place est occupée par Margery Clay à qui Jean Portante consacre par ailleurs quelques textes brefs: «C’est dans la ville que cela se passe. La ville transfigurée. Comme si, en s’engouffrant dans la chambre noire, elle perdait son âme».
Parmi les auteurs retenus cette fois, on peut s’attarder à Rosemarie Kieffer, voix importante mais méconnue de la littérature luxembourgeoise. Ses textes, préfacés ici par Josée Zeimes, renvoient souvent à ses voyages et à ses rencontres. On trouve aussi François Montmaneix traduit en allemand par Odette Kennel et Ujana Wolf dont la version française est due à Jean Portante et Pascal Poyet.
Un beau parcours dont on se réjouit de suivre les prochaines étapes.
©Paul MATHIEU
Un nouveau roman d’Armel Job (Bastogne) par Paul MATHIEU
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Armel JOB, «Dans la gueule de la bête», Paris, Robert Laffont, 2014; 312 pages, 19, 50 €
On peut vraiment dire qu’il y a une «manière» Armel Job. Presque une recette éprouvée. Son nouveau roman en reprend tous les ingrédients et amène le lecteur dans la sombre période de la seconde guerre mondiale.
Les rues de Liège –à l’poque ça s’écrivait encore Liège – vers le milieu de la seconde guerre mondiale, une famille juive se cache. La fille est chez des bonnes sœurs, le père et la mère vivent chacun dans un appartement différent, tous sous des noms empruntés bien évidemment. Comment souvent chez le romancier belge Armel Job, les personnages sont mis en place petit à petit et l’on ne se rend compte des rapports qui les unit que comme dans une espèce de jeu de puzzle. Victimes, bourreaux, collabos et résistants se livrent ainsi à un jeu de cache-cache bien dangereux où les caractères se révèlent parfois à l’inverse de ce que l’on attendrait d’eux.
Bien entendu, toute la démarche ne tient pas dans la seule intrigue. C’est qu’il y a souvent aussi une sorte de morale derrière l’histoire, une mise à nu des sentiments et de ce qui, à l’occasion, les a motivés. Les circonstances particulières et barbares dans lesquelles évoluent les protagonistes sont d’ailleurs régulièrement le point de départ de reconversions, de changements de trajectoires: des bifurcations, des révélations, des chutes dans l’abîme… Reste, au milieu de ce jeu abominable, la petite Annette sur laquelle s’ouvre l’histoire: comment va-t-elle surmonter l’épreuve?
Au passage, l’auteur n’hésite pas à donner son avis sur tel ou tel problème spécifique. Par exemple sur l’attitude du Vatican face à la déportation des Juifs: «Les voies du Seigneur sont impénétrables, celles de l’Eglise sont hiérarchiques. Monseigneur [l’évêque de Liège] s’aligne sur le cardinal primat, et lui sur le Vatican, dont la politique se résume à ne pas énerver davantage le loup tandis qu’il ravage la bergerie».
Un roman qui ne se lâche pas et qui s’ancre bien dans la lignée des autres ouvrages de l‘écrivain dont un livre précédent, «Loin des mosquées», vient du reste de faire l’objet d’une réédition dans la collection «Pocket».
©Paul MATHIEU





